Œuvres de P. Corneille, Tome 02

Part 15

Chapter 153,588 wordsPublic domain

Vois-tu, j'aime Alidor, et c'est assez te dire[658]. Le reste des mortels pourroit m'offrir des voeux, 35 Je suis aveugle, sourde, insensible pour eux; La pitié de leurs maux ne peut toucher mon âme Que par des sentiments dérobés à ma flamme. On ne doit point avoir des amants par quartier; Alidor a mon coeur et l'aura tout entier; 40 En aimer deux, c'est être à tous deux infidèle.

PHYLIS.

Qu'Alidor seul te rende à tout autre cruelle, C'est avoir pour le reste un coeur trop endurci.

ANGÉLIQUE.

Pour aimer comme il faut, il faut aimer ainsi.

PHYLIS.

Dans l'obstination où je te vois réduite, 45 J'admire ton amour et ris de ta conduite. Fasse état qui voudra de ta fidélité, Je ne me pique point de cette vanité, Et l'exemple d'autrui m'a trop fait reconnoître[659] Qu'au lieu d'un serviteur c'est accepter un maître. 50 Quand on n'en souffre qu'un, qu'on ne pense qu'à lui, Tous autres entretiens nous donnent de l'ennui; Il nous faut de tout point vivre à sa fantaisie, Souffrir de son humeur, craindre sa jalousie, Et de peur que le temps n'emporte ses ferveurs[660], 55 Le combler chaque jour de nouvelles faveurs; Notre âme, s'il s'éloigne, est chagrine, abattue[661]; Sa mort nous désespère et son change nous tue, Et de quelque douceur que nos feux soient suivis, On dispose de nous sans prendre notre avis; 60 C'est rarement qu'un père à nos goûts s'accommode, Et lors juge quels fruits on a de ta méthode. Pour moi, j'aime un chacun, et sans rien négliger, Le premier qui m'en conte a de quoi m'engager: Ainsi tout contribue à ma bonne fortune; 65 Tout le monde me plaît, et rien ne m'importune. De mille que je rends l'un de l'autre jaloux, Mon coeur n'est à pas un, et se promet à tous[662]: Ainsi tous à l'envi s'efforcent à me plaire; Tous vivent d'espérance, et briguent leur salaire; 70 L'éloignement d'aucun ne sauroit m'affliger, Mille encore présents m'empêchent d'y songer. Je n'en crains point la mort, je n'en crains point le change; Un monde m'en console aussitôt ou m'en venge[663]. Le moyen que de tant et de si différents 75 Quelqu'un n'ait assez d'heur pour plaire à mes parents? Et si quelque inconnu m'obtient d'eux pour maîtresse[664], Ne crois pas que j'en tombe en profonde tristesse: Il aura quelques traits de tant que je chéris, Et je puis avec joie accepter tous maris. 80

ANGÉLIQUE.

Voilà fort plaisamment tailler cette matière, Et donner à ta langue une libre carrière[665]. Ce grand flux de raisons dont tu viens m'attaquer Est bon à faire rire, et non à pratiquer. Simple, tu ne sais pas ce que c'est que tu blâmes, 85 Et ce qu'a de douceurs l'union de deux âmes; Tu n'éprouvas jamais de quels contentements Se nourrissent les feux des fidèles amants. Qui peut en avoir mille en est plus estimée, Mais qui les aime tous de pas un n'est aimée; 90 Elle voit leur amour soudain se dissiper: Qui veut tout retenir laisse tout échapper.

PHYLIS.

Défais-toi, défais-toi de tes fausses maximes[666]; Ou si ces vieux abus te semblent légitimes[667], Si le seul Alidor te plaît dessous les cieux, 95 Conserve-lui ton coeur, mais partage tes yeux: De mon frère par là soulage un peu les plaies; Accorde un faux remède à des douleurs si vraies; Feins, déguise avec lui, trompe-le par pitié[668], Ou du moins par vengeance et par inimitié. 100

ANGÉLIQUE.

Le beau prix qu'il auroit de m'avoir tant chérie, Si je ne le payois que d'une tromperie! Pour salaire des maux qu'il endure en m'aimant, Il aura qu'avec lui je vivrai franchement.

PHYLIS.

Franchement, c'est-à-dire avec mille rudesses, 105 Le mépriser, le fuir, et par quelques adresses Qu'il tâche d'adoucir.... Quoi! me quitter ainsi! Et sans me dire adieu! le sujet?

SCÈNE II.

DORASTE, PHYLIS.

DORASTE.

Le voici. Ma soeur, ne cherche plus une chose trouvée: Sa fuite n'est l'effet que de mon arrivée; 110 Ma présence la chasse, et son muet départ A presque devancé son dédaigneux regard.

PHYLIS.

Juge par là quels fruits produit mon entremise. Je m'acquitte des mieux de la charge commise; Je te fais plus parfait mille fois que tu n'es: 115 Ton feu ne peut aller au point où je le mets; J'invente des raisons à combattre sa haine; Je blâme, flatte, prie, et perds toujours ma peine[669], En grand péril d'y perdre encor son amitié, Et d'être en tes malheurs avec toi de moitié. 120

DORASTE.

Ah! tu ris de mes maux.

PHYLIS.

Que veux-tu que je fasse? Ris des miens, si jamais tu me vois en ta place. Que serviroient mes pleurs? Veux-tu qu'à tes tourments J'ajoute la pitié de mes ressentiments? Après mille mépris qu'a reçus ta folie[670], 125 Tu n'es que trop chargé de ta mélancolie; Si j'y joignois la mienne, elle t'accableroit, Et de mon déplaisir le tien redoubleroit; Contraindre mon humeur me seroit un supplice Qui me rendroit moins propre à te faire service. 130 Vois-tu? par tous moyens je te veux soulager; Mais j'ai bien plus d'esprit que de m'en affliger. Il n'est point de douleur si forte en un courage Qui ne perde sa force auprès de mon visage; C'est toujours de tes maux autant de rabattu: 135 Confesse, ont-ils encor le pouvoir qu'ils ont eu? Ne sens-tu point déjà ton âme un peu plus gaie?

DORASTE.

Tu me forces à rire en dépit que j'en aie; Je souffre tout de toi, mais à condition D'employer tous tes soins à mon affection[671]. 140 Dis-moi par quelle ruse il faut....

PHYLIS.

Rentrons, mon frère: Un de mes amants vient, qui pourroit nous distraire[672].

SCÈNE III.

CLÉANDRE.

Que je dois bien faire pitié De souffrir les rigueurs d'un sort si tyrannique! J'aime Alidor, j'aime Angélique; 145 Mais l'amour cède à l'amitié, Et jamais on n'a vu sous les lois d'une belle[673] D'amant si malheureux, ni d'ami si fidèle.

Ma bouche ignore mes desirs, Et de peur de se voir trahi par imprudence, 150 Mon coeur n'a point de confidence Avec mes yeux ni mes soupirs: Tous mes voeux sont muets, et l'ardeur de ma flamme[674] S'enferme toute entière au dedans de mon âme.

Je feins d'aimer en d'autres lieux, 155 Et pour en quelque sorte alléger mon supplice, Je porte du moins mon service A celle qu'elle aime le mieux. Phylis, à qui j'en conte, a beau faire la fine; Son plus charmant appas[675], c'est d'être sa voisine. 160

Esclave d'un oeil si puissant, Jusque-là seulement me laisse aller ma chaîne, Trop récompensé, dans ma peine, D'un de ses regards en passant. Je n'en veux à Phylis que pour voir Angélique, 165 Et mon feu, qui vient d'elle, auprès d'elle s'explique.

Ami, mieux aimé mille fois, Faut-il, pour m'accabler de douleurs infinies, Que nos volontés soient unies Jusqu'à faire le même choix[676]? 170 Viens quereller mon coeur d'avoir tant de foiblesse Que de se laisser prendre au même oeil qui te blesse.

Mais plutôt vois te préférer A celle que le tien préfère à tout le monde, Et ton amitié sans seconde 175 N'aura plus de quoi murmurer. Ainsi je veux punir ma flamme déloyale; Ainsi....

SCÈNE IV.

ALIDOR, CLÉANDRE.

ALIDOR.

Te rencontrer dans la place Royale, Solitaire, et si près de ta douce prison, Montre bien que Phylis n'est pas à la maison. 180

CLÉANDRE.

Mais voir de ce côté ta démarche avancée Montre bien qu'Angélique est fort dans ta pensée.

ALIDOR.

Hélas! c'est mon malheur: son objet trop charmant, Quoi que je puisse faire, y règne absolument.

CLÉANDRE.

De ce pouvoir peut-être elle use en inhumaine? 185

ALIDOR.

Rien moins, et c'est par là que redouble ma peine: Ce n'est qu'en m'aimant trop qu'elle me fait mourir, Un moment de froideur, et je pourrois guérir; Une mauvaise oeillade, un peu de jalousie, Et j'en aurois soudain passé ma fantaisie; 190 Mais las! elle est parfaite, et sa perfection N'approche point encor de son affection[677]; Point de refus pour moi, point d'heures inégales; Accablé de faveurs à mon repos fatales[678], Sitôt qu'elle voit jour à d'innocents plaisirs, 195 Je vois qu'elle devine et prévient mes desirs; Et si j'ai des rivaux, sa dédaigneuse vue Les désespère autant que son ardeur me tue.

CLÉANDRE.

Vit-on jamais amant de la sorte enflammé, Qui se tînt malheureux pour être trop aimé? 200

ALIDOR.

Comptes-tu mon esprit entre les ordinaires? Penses-tu qu'il s'arrête aux sentiments vulgaires? Les règles que je suis ont un air tout divers: Je veux la liberté dans le milieu des fers[679]. Il ne faut point servir d'objet qui nous possède; 205 Il ne faut point nourrir d'amour qui ne nous cède: Je le hais, s'il me force; et quand j'aime, je veux Que de ma volonté dépendent tous mes voeux, Que mon feu m'obéisse au lieu de me contraindre, Que je puisse à mon gré l'enflammer et l'éteindre[680], 210 Et toujours en état de disposer de moi, Donner quand il me plaît et retirer ma foi. Pour vivre de la sorte Angélique est trop belle: Mes pensers ne sauroient m'entretenir que d'elle[681]; Je sens de ses regards mes plaisirs se borner; 215 Mes pas d'autre côté n'oseroient se tourner[682]; Et de tous mes soucis la liberté bannie Me soumet en esclave à trop de tyrannie[683]. J'ai honte de souffrir les maux dont je me plains, Et d'éprouver ses yeux plus forts que mes desseins. 220 Je n'ai que trop langui sous de si rudes gênes[684]: A tel prix que ce soit, il faut rompre mes chaînes[685], De crainte qu'un hymen, m'en ôtant le pouvoir, Fît d'un amour par force un amour par devoir.

CLÉANDRE.

Crains-tu de posséder un objet qui te charme[686]? 225

ALIDOR.

Ne parle point d'un noeud dont le seul nom m'alarme. J'idolâtre Angélique: elle est belle aujourd'hui, Mais sa beauté peut-elle autant durer que lui? Et pour peu qu'elle dure, aucun me peut-il dire Si je pourrai l'aimer jusqu'à ce qu'elle expire[687]? 230 Du temps, qui change tout, les révolutions Ne changent-elles pas nos résolutions? Est-ce[688] une humeur égale et ferme que la nôtre? N'a-t-on point d'autres goûts en un âge qu'en l'autre[689]? Juge alors le tourment que c'est d'être attaché, 235 Et de ne pouvoir rompre un si fâcheux marché. Cependant Angélique, à force de me plaire, Me flatte doucement de l'espoir du contraire; Et si d'autre façon je ne me sais garder, Je sens que ses attraits m'en vont persuader[690]. 240 Mais puisque son amour me donne tant de peine, Je la veux offenser pour acquérir sa haine, Et mériter enfin un doux commandement[691] Qui prononce l'arrêt de mon bannissement. Ce remède est cruel, mais pourtant nécessaire: 245 Puisqu'elle me plaît trop, il me faut lui déplaire[692]. Tant que j'aurai chez elle encor le moindre accès, Mes desseins de guérir n'auront point de succès.

CLÉANDRE.

Étrange humeur d'amant!

ALIDOR.

Étrange, mais utile. Je me procure un mal pour en éviter mille. 250

CLÉANDRE.

Tu ne prévois donc pas ce qui t'attend de maux, Quand un rival aura le fruit de tes travaux? Pour se venger de toi, cette belle offensée Sous les lois d'un mari sera bientôt passée[693]; Et lors, que de soupirs et de pleurs répandus 255 Ne te rendront aucun de tant de biens perdus!

ALIDOR.

Dis mieux, que pour rentrer dans mon indifférence[694], Je perdrai mon amour avec mon espérance, Et qu'y trouvant alors sujet d'aversion, Ma liberté naîtra de ma punition. 260

CLÉANDRE.

Après cette assurance, ami, je me déclare. Amoureux dès longtemps d'une beauté si rare, Toi seul de la servir me pouvois empêcher; Et je n'aimois Phylis que pour m'en approcher. Souffre donc maintenant que pour mon allégeance 265 Je prenne, si je puis, le temps de sa vengeance; Que des ressentiments qu'elle aura contre toi Je tire un avantage en lui portant ma foi, Et que cette colère en son âme conçue[695] Puisse de mes desirs faciliter l'issue[696]. 270

ALIDOR.

Si ce joug inhumain, ce passage trompeur, Ce supplice éternel, ne te fait point de peur, A moi ne tiendra pas que la beauté que j'aime Ne me quitte bientôt pour un autre moi-même. Tu portes en bon lieu tes desirs amoureux; 275 Mais songe que l'hymen, fait bien des malheureux.

CLÉANDRE.

J'en veux bien faire essai; mais d'ailleurs, quand j'y pense[697], Peut-être seulement le nom d'époux t'offense. Et tu voudrois[698] qu'un autre....

ALIDOR.

Ami, que me dis-tu[699]? Connois mieux Angélique et sa haute vertu; 280 Et sache qu'une fille a beau toucher mon âme, Je ne la connois plus dès l'heure qu'elle est femme. De mille qu'autrefois tu m'as vu caresser, En pas une un mari pouvoit-il s'offenser? J'évite l'apparence autant comme le crime; 285 Je fuis un compliment qui semble illégitime; Et le jeu m'en déplaît, quand on fait à tous coups Causer un médisant et rêver un jaloux. Encor que dans mon feu mon coeur ne s'intéresse, Je veux pouvoir prétendre où ma bouche l'adresse, 290 Et garder, si je puis, parmi ces fictions, Un renom aussi pur que mes intentions. Ami, soupçon à part, et sans plus de réplique[700], Si tu veux en ma place être aimé d'Angélique, Allons tout de ce pas ensemble imaginer 295 Les moyens de la perdre et de te la donner, Et quelle invention sera la plus aisée.

CLÉANDRE.

Allons. Ce que j'ai dit n'étoit que par risée.

FIN DU PREMIER ACTE.

FOOTNOTES:

[645] Dans l'édition de 1637: Les acteurs.

[646] VAR. (édit. de 1637-57): La scène est à la place Royale.

[647] _Var._ Ton frère eût-il encor cent fois plus de mérite, Tu reçois aujourd'hui ma dernière visite, Si tu m'entretiens plus des feux qu'il a pour moi. PHYL. Vraiment tu me prescris une fâcheuse loi. Je ne puis, sans forcer celles de la nature. (1637-57)

[648] _Var._ Tu m'aimes, il se meurt, et tu le peux guérir, Et sans t'importuner je le lairrois périr! Me défendras-tu point à la fin de le plaindre? (1637-57)

[649] _Var._ Le mal est bien léger d'un feu qu'on peut éteindre. (1637)

[650] _Var._ Il le devroit du moins, mais avec tant d'appas. (1637-57)

[651] _Var._ Aussi ne pourroit-on m'y résoudre en sa place. (1637-57)

[652] _Var._ S'il vit dans une humeur tellement obstinée. (1637-57)

[653] _Var._ Mais ce qui me déplaît et qui me désespère. (1637-60)

[654] _Var._ Rompre notre commerce et fuir ton entretien. (1637-57)

[655] _Var._ Que s'il me faut quitter cette douce pratique. (1637-57)

[656] _Var._ Sûre que ses effets auront leur premier cours Aussitôt que ton frère éteindra ses amours. (1637-57)

[657] _Var._ Que toi-même pourtant trouverois équitable. (1637-57)

[658] _Var._ Vois-tu, j'aime Alidor, et cela c'est tout dire. (1637-57)

[659] _Var._ On a peu de plaisirs quand un seul les fait naître: Au lieu d'un serviteur, c'est accepter un maître. Dans les soins éternels de ne plaire qu'à lui, Cent plus honnêtes gens nous donnent de l'ennui. (1637)

[660] _Var._ Et de peur que le temps ne lâche ses ferveurs. (1637)

[661] _Var._ Notre âme, s'il s'éloigne, est de deuil abattue. (1637-57)

[662] _Var._ Mon coeur n'est à pas un en se donnant à tous; Pas un d'eux ne me traite avecque tyrannie, Et mon humeur égale à mon gré les manie; Je ne fais à pas un tenir lieu de mignon, Et c'est à qui l'aura dessus son compagnon. Ainsi tous à l'envie s'efforcent de me plaire[662-a]. (1637-57)

[662-a] Les éditions de 1637-48 donnent: _à me plaire_, comme l'édition de 1682.

[663] Les éditions de 1644, de 1652 et de 1657 portent, par erreur sans doute, _on m'en venge_.

[664] _Var._ Et si leur choix fantasque un inconnu m'allie, Ne crois pas que pourtant j'entre en mélancolie. (1637)

[665] _Var._ Et donner à ta langue une longue carrière. (1637-60)

[666] _Var._ Défais-toi, défais-toi de ces fausses maximes. (1637-52 et 57)

[667] _Var._ Ou si pour leur défense, aveugle, tu t'animes. (1637-57)

[668] _Var._ Trompe-le, je t'en prie, et sinon par pitié, Pour le moins par vengeance ou par inimitié. (1637-57)

[669] _Var._ Je blâme, flatte, prie, et n'y perds que ma peine. (1637)

[670] _Var._ Après mille mépris reçus de ta maîtresse, Tu n'es que trop chargé de ta seule tristesse. (1637)

[671] _Var._ [D'employer tous tes soins à mon affection.] PHYL. Non pas tous: j'en retiens pour moi quelque partie. DOR. Il étoit grand besoin de cette repartie; Ne ris plus, et regarde après tant de discours Par où tu me pourras donner quelque secours; [Dis-moi par quelle ruse il faut....] (1637)

[672] _Var._ Un de mes amants vient, qui nous pourroit distraire. (1637-57)

[673] _Var._ Et l'on n'a jamais vu sous les lois d'une belle. (1637-57)

[674] _Var._ Mes voeux pour sa beauté sont muets, et ma flamme, Non plus que son objet, ne sort point de mon âme. (1637-57)

[675] Voyez tome I, p. 148, note 3.

[676] _Var._ Jusques à faire un même choix? Viens quereller mon coeur, puisque en son peu d'espace Ta maîtresse après toi peut trouver quelque place. (1637-57)

[677] _Var._ N'est pourtant rien auprès de son affection. (1637-57)

[678] _Var._ Accablé de faveurs à mon aise fatales, Partout où son honneur peut souffrir mes plaisirs. (1637-57)

[679] _Var._ Je veux que l'on soit libre au milieu de ses fers. (1637-57)

[680] _Var._ Que je puisse à mon gré l'augmenter et l'éteindre. (1637-57)

[681] _Var._ Mes pensers n'oseroient m'entretenir que d'elle. (1637-57)

[682] _Var._ Mes pas d'autre côté ne s'oseroient tourner. (1637-57)

[683] _Var._ Fait trop voir ma foiblesse avec sa tyrannie. (1637-57)

[684] _Var._ Mais sans plus consentir à de si rudes gênes, A tel prix que ce soit, je veux rompre mes chaînes. (1637-57)

[685] _Var._ A quel prix que ce soit, il faut rompre mes chaînes. (1660)

[686] _Var._ Crains-tu de posséder ce que ton coeur adore? ALID. Ah! ne me parle point d'un lien que j'abhorre. Angélique me charme: elle est belle aujourd'hui. (1637-57)

[687]_Var._ Si je pourrai l'aimer jusqu'à ce qu'elle empire. (1637-57)

[688] L'édition de 1637 porte, par erreur: _être_, pour _est-ce_.

[689] _Var._ Un âge hait-il pas souvent ce qu'aimoit l'autre? (1637-57)

[690] _Var._ Ses appas sont bientôt pour me persuader. (1637-57)

[691] _Var._ Et pratiquer enfin un doux commandement. (1637) _Var._ Pour en tirer par force un doux commandement. (1644-57)

[692] _Var._ Puisqu'elle me plaît trop, il me lui faut déplaire. Tant que j'aurai chez elle encore quelque accès. (1637-57)

[693] _Var._ Sous le joug d'un mari sera bientôt passée; Et lors, que de soupirs et de pleurs épandus. (1637-57)

[694] _Var._ Mais dis que pour rentrer dans mon indifférence. (1637-57)

[695] _Var._ Et que dans la colère en son âme conçue. (1637-57)

[696] _Var._ Je puisse à mes amours faciliter l'issue. (1637) _Var._ Je puisse à mon amour faciliter l'issue. (1644-57)

[697] _Var._ Poussons à cela près; mais aussi, quand j'y pense. (1637) _Var._ Faisons à cela près; mais aussi, quand j'y pense. (1644-57)

[698] L'édition de 1682 porte: «Et tu voulois,» ce qui est probablement une erreur. Toutes les autres impressions ont _voudrois_.

[699] _Var._ Et tu voudrois qu'un autre eût cette qualité Pour après.... ALID. Je t'entends: sois sûr de ce côté; Outre que ma maîtresse, aussi chaste que belle, De la vertu parfaite est l'unique modèle, Et que le plus aimable et le plus effronté Entreprendroit en vain sur sa pudicité, Les beautés d'une fille ont beau toucher mon âme. (1637-57)

[700] _Var._ Ami, soupçon à part, avant que le jour passe, D'Angélique pour toi gagnons la bonne grâce, Et de ce pas allons ensemble consulter Des moyens qui pourront t'y mettre et m'en ôter. (1637-57)

ACTE II.

SCÈNE PREMIÈRE.

ANGÉLIQUE, POLYMAS.

ANGÉLIQUE, tenant une lettre ouverte[701].

De cette trahison ton maître est donc l'auteur?

POLYMAS.

Assez imprudemment il m'en fait le porteur[702]. 300 Comme il se rend par là digne qu'on le prévienne, Je veux bien en faire une en haine de la sienne; Et mon devoir, mal propre à de si lâches coups, Manque aussitôt vers lui que son amour vers vous[703].

ANGÉLIQUE.

Contre ce que je vois le mien encor s'obstine[704]. 305 Qu'Alidor ait écrit cette lettre à Clarine, Et qu'ainsi d'Angélique il se voulût jouer!

POLYMAS.

Il n'aura pas le front de le désavouer. Opposez-lui ces traits, battez-le de ses armes[705]: Pour s'en pouvoir défendre il lui faudroit des charmes. 310 Mais surtout cachez-lui ce que je fais pour vous[706], Et ne m'exposez point aux traits de son courroux; Que je vous puisse encor trahir son artifice, Et pour mieux vous servir, rester à son service.

ANGÉLIQUE.

Rien ne m'échappera qui te puisse toucher[707]: 315 Je sais ce qu'il faut dire, et ce qu'il faut cacher.

POLYMAS.

Feignez d'avoir reçu ce billet de Clarine, Et que....

ANGÉLIQUE.

Ne m'instruis point, et va, qu'il ne devine[708].

POLYMAS.

Mais....

ANGÉLIQUE.

Ne réplique plus, et va-t'en.

POLYMAS.

J'obéis.

ANGÉLIQUE, seule.

Mes feux, il est donc vrai que l'on vous a trahis? 320 Et ceux dont Alidor montroit son âme atteinte[709] Ne sont plus que fumée, ou n'étoient qu'une feinte? Que la foi des amants est un gage pipeur! Que leurs serments sont vains, et notre espoir trompeur! Qu'on est peu dans leur coeur pour être dans leur bouche! Et que malaisément on sait ce qui les touche! Mais voici l'infidèle. Ah! qu'il se contraint bien!

SCÈNE II.

ALIDOR, ANGÉLIQUE.

ALIDOR.

Puis-je avoir un moment de ton cher entretien? Mais j'appelle un moment, de même qu'une année Passe entre deux amants pour moins qu'une journée. 330

ANGÉLIQUE.

Avec de tels discours oses-tu m'aborder[710], Perfide, et sans rougir peux-tu me regarder? As-tu cru que le ciel consentît à ma perte, Jusqu'à souffrir encor ta lâcheté couverte? Apprends, perfide, apprends que je suis hors d'erreur: 335 Tes yeux ne me sont plus que des objets d'horreur; Je ne suis plus charmée, et mon âme plus saine N'eut jamais tant d'amour qu'elle a pour toi de haine.

ALIDOR.

Voilà me recevoir avec des compliments[711] Qui seroient pour tout autre un peu moins que charmants. Quel en est le sujet?