Œuvres de P. Corneille, Tome 01

Chapter 46

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C'est comme doit agir un véritable amour: Un feu moindre eût souffert quelque plus long séjour; Et nous voyons assez par cette expérience Que le sien est égal à son impatience. 1720 Mais puisqu'ainsi le ciel rejoint ces deux amants, Et que tout se dispose à vos contentements, Pour m'avancer aux miens, oserois-je, Madame, Offrir à tant d'appas un coeur qui n'est que flamme[1572], Un coeur sur qui ses yeux de tout temps absolus 1725 Ont imprimé des traits qui ne s'effacent plus? J'ai cru par le passé qu'une ardeur mutuelle Unissoit les esprits et d'Alcidon et d'elle, Et qu'en ce cavalier son desir arrêté Prendroit tous autres voeux pour importunité. 1730 Cette seule raison m'obligeant à me taire, Je trahissois mon feu de peur de lui déplaire; Mais aujourd'hui qu'un autre en sa place reçu[1573] Me fait voir clairement combien j'étois déçu, Je ne condamne plus mon amour au silence, 1735 Et viens faire éclater toute sa violence[1574]. Souffrez que mes desirs, si longtemps retenus, Rendent à sa beauté des voeux qui lui sont dus; Et du moins par pitié d'un si cruel martyre Permettez quelque espoir à ce coeur qui soupire. 1740

CHRYSANTE.

Votre amour pour Doris est un si grand bonheur Que je voudrois sur l'heure en accepter l'honneur; Mais vous voyez le point où me réduit Philiste, Et comme son caprice à mes souhaits résiste[1575]. Trop chaud ami qu'il est, il s'emporte à tous coups 1745 Pour un fourbe insolent qui se moque de nous. Honteuse qu'il me force à manquer de promesse, Je n'ose vous donner une réponse expresse, Tant je crains de sa part un désordre nouveau.

CÉLIDAN.

Vous me tuez, Madame, et cachez le couteau: 1750 Sous ce détour discret un refus se colore.

CHRYSANTE.

Non, Monsieur, croyez-moi, votre offre nous honore: Aussi dans le refus j'aurois peu de raison: Je connois votre bien, je sais votre maison. Votre père jadis (hélas! que cette histoire 1755 Encor sur mes vieux ans m'est douce en la mémoire!), Votre feu père, dis-je, eut de l'amour pour moi: J'étois son cher objet; et maintenant je voi Que comme par un droit successif de famille L'amour qu'il eut pour moi, vous l'avez pour ma fille. S'il m'aimoit, je l'aimois; et les seules rigueurs De ses cruels parents divisèrent nos coeurs: On l'éloigna de moi par ce maudit usage[1576] Qui n'a d'égard qu'aux biens pour faire un mariage; Et son père jamais ne souffrit son retour 1765 Que ma foi n'eût ailleurs engagé mon amour. En vain à cet hymen j'opposai ma constance; La volonté des miens vainquit ma résistance. Mais je reviens à vous, en qui je vois portraits[1577] De ses perfections les plus aimables traits. 1770 Afin de vous ôter désormais toute crainte Que dessous mes discours se cache aucune feinte, Allons trouver Philiste, et vous verrez alors Comme en votre faveur je ferai mes efforts.

CÉLIDAN.

Si de ce cher objet j'avois même assurance[1578], 1775 Rien ne pourroit jamais troubler mon espérance.

DORIS.

Je ne sais qu'obéir, et n'ai point de vouloir.

CÉLIDAN.

Employer contre vous un absolu pouvoir! Ma flamme d'y penser se tiendroit criminelle.

CHRYSANTE.

Je connois bien ma fille, et je vous réponds d'elle. 1780 Dépêchons seulement d'aller vers ces amants.

CÉLIDAN.

Allons: mon heur dépend de vos commandements.

SCÈNE VII.

PHILISTE, CLARICE.

PHILISTE.

Ma douleur, qui s'obstine à combattre ma joie, Pousse encor des soupirs, bien que je vous revoie; Et l'excès des plaisirs qui me viennent charmer 1785 Mêle dans ces douceurs je ne sais quoi d'amer. Mon âme en est ensemble et ravie et confuse: D'un peu de lâcheté votre retour m'accuse, Et votre liberté me reproche aujourd'hui Que mon amour la doit à la pitié d'autrui. 1790 Elle me comble d'aise et m'accable de honte: Celui qui vous la rend, en m'obligeant m'affronte; Un coup si glorieux n'appartenoit qu'à moi.

CLARICE.

Vois-tu dans mon esprit des doutes de ta foi? Y vois-tu des soupçons qui blessent ton courage, 1795 Et dispensent ta bouche[1579] à ce fâcheux langage? Ton amour et tes soins trompés par mon malheur, Ma prison inconnue a bravé ta valeur. Que t'importe à présent qu'un autre m'en délivre, Puisque c'est pour toi seul que Clarice veut vivre, 1800 Et que d'un tel orage en bonace réduit Célidan a la peine, et Philiste le fruit?

PHILISTE.

Mais vous ne dites pas que le point qui m'afflige C'est la reconnoissance où l'honneur vous oblige: Il vous faut être ingrate, ou bien à l'avenir 1805 Lui garder en votre âme un peu de souvenir[1580]. La mienne en est jalouse, et trouve ce partage, Quelque inégal qu'il soit, à son désavantage: Je ne puis le souffrir. Nos pensers à tous deux[1581] Ne devroient, à mon gré, parler que de nos feux; 1810 Tout autre objet que moi dans votre esprit me pique.

CLARICE.

Ton humeur, à ce compte, est un peu tyrannique: Penses-tu que je veuille un amant si jaloux?

PHILISTE.

Je tâche d'imiter ce que je vois en vous: Mon esprit amoureux, qui vous tient pour sa reine, 1815 Fait de vos actions sa règle souveraine.

CLARICE.

Je ne puis endurer ces propos outrageux: Où me vois-tu jalouse, afin d'être ombrageux[1582]?

PHILISTE.

Quoi? ne l'étiez-vous point l'autre jour qu'en visite J'entretins quelque temps Bélinde et Chrysolite? 1820

CLARICE.

Ne me reproche point l'excès de mon amour.

PHILISTE.

Mais permettez-moi donc cet excès à mon tour: Est-il rien de plus juste, ou de plus équitable?

CLARICE.

Encor pour un jaloux tu seras fort traitable, Et n'es pas maladroit en ces doux entretiens[1583], 1825 D'accuser mes défauts pour excuser les tiens; Par cette liberté tu me fais bien paroître Que tu crois que l'hymen t'ait déjà rendu maître, Puisque laissant les voeux et les submissions, Tu me dis seulement mes imperfections. 1830 Philiste, c'est douter trop peu de ta puissance, Et prendre avant le temps un peu trop de licence. Nous avions notre hymen à demain arrêté; Mais pour te bien punir de cette liberté, De plus de quatre jours ne crois pas qu'il s'achève[1584]. 1835

PHILISTE.

Mais si durant ce temps quelque autre vous enlève, Avez-vous sûreté que pour votre secours[1585] Le même Célidan se rencontre toujours?

CLARICE.

Il faut savoir de lui s'il prendroit cette peine. Vois ta mère et ta soeur que vers nous il amène. 1840 Sa réponse rendra nos débats terminés.

PHILISTE.

Ah! mère, soeur, ami, que vous m'importunez!

SCÈNE VIII.

CHRYSANTE, DORIS, CÉLIDAN, CLARICE, PHILISTE.

CHRYSANTE, à Clarice.

Je viens après mon fils vous rendre une assurance De la part que je prends en votre délivrance; Et mon coeur tout à vous ne sauroit endurer[1586] 1845 Que mes humbles devoirs osent se différer.

CLARICE, à Chrysante.

N'usez point de ce mot vers celle dont l'envie Est de vous obéir le reste de sa vie, Que son retour rend moins à soi-même qu'à vous. Ce brave cavalier accepté pour époux, 1850 C'est à moi désormais, entrant dans sa famille, A vous rendre un devoir de servante et de fille; Heureuse mille fois, si le peu que je vaux[1587] Ne vous empêche point d'excuser mes défauts, Et si votre bonté d'un tel choix se contente! 1855

CHRYSANTE, à Clarice.

Dans ce bien excessif qui passe mon attente, Je soupçonne mes sens d'une infidélité, Tant ma raison s'oppose à ma crédulité[1588]. Surprise que je suis d'une telle merveille, Mon esprit tout confus doute encor si je veille[1589]; 1860 Mon âme en est ravie, et ces ravissements M'ôtent la liberté de tous remercîments.

DORIS, à Clarice.

Souffrez qu'en ce bonheur mon zèle m'enhardisse[1590] A vous offrir, Madame, un fidèle service.

CLARICE, à Doris.

Et moi, sans compliment qui vous farde mon coeur, 1865 Je vous offre et demande une amitié de soeur.

PHILISTE, à Célidan.

Toi, sans qui mon malheur étoit inconsolable, Ma douleur sans espoir, ma perte irréparable, Qui m'as seul obligé plus que tous mes amis, Puisque je te dois tout, que je t'ai tout promis, 1870 Cesse de me tenir dedans l'incertitude: Dis-moi par où je puis sortir d'ingratitude; Donne-moi le moyen, après un tel bienfait, De réduire pour toi ma parole en effet.

CÉLIDAN, à Philiste.

S'il est vrai que ta flamme et celle de Clarice 1875 Doivent leur bonne issue à mon peu de service, Qu'un bon succès par moi réponde à tous vos voeux, J'ose t'en demander un pareil à mes feux. J'ose te demander, sous l'aveu de Madame, Ce digne et seul objet de ma secrète flamme[1591], 1880 Cette soeur que j'adore, et qui pour faire un choix Attend de ton vouloir les favorables lois.

PHILISTE, à Célidan.

Ta demande m'étonne ensemble et m'embarrasse. Sur ton meilleur ami tu brigues cette place, Et tu sais que ma foi la réserve pour lui. 1885

CHRYSANTE, à Philiste.

Si tu n'as entrepris de m'accabler d'ennui, Ne te fais point ingrat pour une âme si double.

PHILISTE, à Célidan.

Mon esprit divisé de plus en plus se trouble; Dispense-moi, de grâce, et songe qu'avant toi Ce bizarre Alcidon tient en gage ma foi[1592], 1890 Si ton amour est grand, l'excuse t'est sensible; Mais je ne t'ai promis que ce qui m'est possible; Et cette foi donnée ôte de mon pouvoir Ce qu'à notre amitié je me sais trop devoir.

CHRYSANTE, à Philiste.

Ne te ressouviens plus d'une vieille promesse; 1895 Et juge, en regardant cette belle maîtresse, Si celui qui pour toi l'ôte à son ravisseur N'a pas bien mérité l'échange de ta soeur.

CLARICE, à Chrysante.

Je ne saurois souffrir qu'en ma présence on die Qu'il doive m'acquérir par une perfidie: 1900 Et pour un tel ami lui voir si peu de foi Me feroit redouter qu'il en eût moins pour moi. Mais Alcidon survient; nous l'allons voir lui-même Contre un rival et vous disputer ce qu'il aime[1593].

SCÈNE IX.

CLARICE, ALCIDON, PHILISTE, CHRYSANTE, CÉLIDAN, DORIS.

CLARICE, à Alcidon.

Mon abord t'a surpris, tu changes de couleur; 1905 Tu me croyois sans doute encor dans le malheur: Voici qui m'en délivre; et n'étoit que Philiste A ses nouveaux desseins en ta faveur résiste, Cet ami si parfait qu'entre tous tu chéris T'auroit pour récompense enlevé ta Doris. 1910

ALCIDON.

Le désordre éclatant qu'on voit sur mon visage[1594] N'est que l'effet trop prompt d'une soudaine rage. Je forcène[1595] de voir que sur votre retour Ce traître assure ainsi ma perte et son amour[1596]. Perfide! à mes dépens tu veux donc des maîtresses? 1915 Et mon honneur perdu te gagne leurs caresses?

CÉLIDAN, à Alcidon.

Quoi! j'ai su jusqu'ici cacher tes lâchetés, Et tu m'oses couvrir de ces indignités! Cesse de m'outrager, ou le respect des dames N'est plus pour contenir celui que tu diffames. 1920

PHILISTE, à Alcidon.

Cher ami, ne crains rien, et demeure assuré Que je sais maintenir ce que je t'ai juré: Pour t'enlever ma soeur, il faut m'arracher l'âme.

ALCIDON, à Philiste.

Non, non, il n'est plus temps de déguiser ma flamme. Il te faut, malgré moi, faire un honteux aveu[1597] 1925 Que si mon coeur brûloit, c'étoit d'un autre feu. Ami, ne cherche plus qui t'a ravi Clarice: Voici l'auteur du coup, et voilà le complice. Adieu: ce mot lâché, je te suis en horreur.

SCÈNE X.

CHRYSANTE, CLARICE, PHILISTE, CÉLIDAN, DORIS.

CHRYSANTE, à Philiste.

Eh bien! rebelle, enfin sortiras-tu d'erreur? 1930

CÉLIDAN, à Philiste.

Puisque son désespoir vous découvre un mystère Que ma discrétion vous avoit voulu taire, C'est à moi de montrer quel étoit mon dessein. Il est vrai qu'en ce coup je lui prêtai la main: La peur que j'eus alors qu'après ma résistance 1935 Il ne trouvât ailleurs trop fidèle[1598] assistance....

PHILISTE, à Célidan.

Quittons là ce discours, puisqu'en cette action La fin m'éclaircit trop de ton intention, Et ta sincérité se fait assez connoître. Je m'obstinois tantôt dans le parti d'un traître; 1940 Mais au lieu d'affoiblir vers toi mon amitié, Un tel aveuglement te doit faire pitié. Plains-moi, plains mon malheur, plains mon trop de franchise, Qu'un ami déloyal a tellement surprise; Vois par là comme j'aime, et ne te souviens plus[1599] 1945 Que j'ai voulu te faire un injuste refus. Fais, malgré mon erreur, que ton feu persévère; Ne punis point la soeur de la faute du frère; Et reçois de ma main celle que ton desir, Avant mon imprudence, avoit daigné choisir[1600]. 1950

CLARICE, à Célidan.

Une pareille erreur me rend toute confuse; Mais ici mon amour me servira d'excuse: Il serre nos esprits d'un trop étroit lien Pour permettre à mon sens de s'éloigner du sien.

CÉLIDAN.

Si vous croyez encor que cette erreur me touche, 1955 Un mot me satisfait de cette belle bouche; Mais, hélas! quel espoir ose rien présumer[1601], Quand on n'a pu servir, et qu'on n'a fait qu'aimer?

DORIS.

Réunir les esprits d'une mère et d'un frère, Du choix qu'ils m'avoient fait avoir su me défaire, 1960 M'arracher à Florange et m'ôter Alcidon, Et d'un coeur généreux me faire l'heureux don, C'est avoir su me rendre un assez grand service Pour espérer beaucoup avec quelque justice. Et puisqu'on me l'ordonne, on peut vous assurer 1965 Qu'alors que j'obéis, c'est sans en murmurer.

CÉLIDAN.

A ces mots enchanteurs tout mon coeur se déploie, Et s'ouvre tout entier à l'excès de ma joie.

CHRYSANTE.

Que la mienne est extrême, et que sur mes vieux ans Le favorable ciel me fait de doux présents! 1970 Qu'il conduit mon bonheur par un ressort étrange! Qu'à propos sa faveur m'a fait perdre Florange! Puisse-t-elle, pour comble, accorder à mes voeux[1602] Qu'une éternelle paix suive de si beaux noeuds, Et rendre par les fruits de ce double hyménée 1975 Ma dernière vieillesse à jamais fortunée!

CLARICE, à Chrysante.

Cependant pour ce soir ne me refusez pas L'heur de vous voir ici prendre un mauvais repas, Afin qu'à ce qui reste ensemble on se prépare[1603], Tant qu'un mystère saint deux à deux nous sépare. 1980

CHRYSANTE, à Clarice.

Nous éloigner de vous avant ce doux moment[1604], Ce seroit me priver de tout contentement.

FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.

[1548] _Var._ De conserver l'honneur de mes meilleurs amis. (1634-57)

[1549] _Var._ De voir qu'un bon succès ait trompé mon attente. (1634-60)

[1550] _Var._ De mon affliction le triste souvenir. (1634-60) _Var._ De toute ma douleur le triste souvenir[1550-a]. (1663)

[1550-a] Nous donnons ce vers tel qu'il est corrigé dans l'errata. Voici comme il est imprimé dans le texte de 1663:

De cet enlèvement le triste souvenir.

[1551] _Var._ Je dois ma liberté, mon honneur, mes amours. (1634-57)

[1552] _Var._ Disposez de tous deux, et ce que l'un et l'autre Auront en leur pouvoir, tenez-le comme au vôtre; Tandis permettez-moi de le faire avertir Qu'il lui faut en plaisirs ses douleurs convertir. CÉL. [C'est à moi qu'appartient l'honneur de ce message,] Trop heureux en ce point de vous servir de page; [Mon secours, sans cela, comme de nul effet.] (1634-57)

[1553] Ce vers a été omis par erreur dans l'édition de 1682.

[1554] _Var._ Si bien que désormais, quelque espoir qui me flatte. (1634-57)

[1555] _Me mettent à retour_, font que je vous dois du retour.

[1556] _Var._ Notre heur, incompatible avecque sa misère, Ne se peut avancer qu'en lui disant le sien. (1634-57)

[1557] _Var._ CÉL. Mais dedans sa fureur quoique rien ne l'apaise, Si je t'avois tout dit, c'est pour en mourir d'aise. (1634-57)

[1558] _Var._ Dedans son désespoir elle parle de toi. (1634-60)

[1559] _Var._ [Son fidèle Alcidon, m'en consoloit ici,] Qu'en le voyant mon mal deviendroit adouci! (1634-57)

[1560] _Var._ Je ne me pensois pas si fort en sa mémoire. (1634-60)

[1561] _Var._ Il ne tiendra qu'à toi d'en voir la vérité. ALC. Quand? CÉL. Même avant demain. ALC. Ma curiosité Accepte ce parti: ce soir, si bon te semble, Nous nous déroberons pour l'aller voir ensemble, Et, comme sans dessein, de loin la disposer, Puisque Philiste est mort.... [CÉL. J'entends, à t'épouser.] (1634-57)

[1562] _Var._ Me donne un libre accès aux lieux de sa prison. (1634-60)

[1563] _Var._ Adieu, pour le présent j'ai quelque affaire en ville. (1634-57)

[1564] _Var._ Mais je ne songe pas que mon aise imprudente. (1634-57)

[1565] _Var._ De mes contentements lui faire quelque part. (1634-57)

[1566] _Var._ Le ciel venge ta soeur; ton brusque aveuglement. (1634-57)

[1567] _Var._ Ta maîtresse ravie et peut-être forcée. Cependant Alcidon te querelle toujours, Au lieu de renouer ses premières amours. PHIL. Madame, c'est sur vous qu'en tombe le reproche: Le moyen que jamais Alcidon en rapproche! L'affront qu'il a reçu ne lui peut plus laisser De souvenir de nous que pour nous offenser. [Ainsi mon mauvais sort m'a bien ôté Clarice.] (1634-57)

[1568] _Var._ Ce que vous n'aimiez point! Petite écervelée. (1634-57)

[1569] _Var._ Mais dis qu'il te falloit un esprit moins léger. (1634-57)

[1570] Les mots _à Célidan_ manquent dans l'édition de 1663.

[1571] _Var._ Lui fait faire envers nous une incivilité: Excusez, s'il vous plaît, sa passion trop forte. (1634-57)

[1572] _Var._ Offrir à cette belle un coeur qui n'est que flamme. (1634-57)

[1573] _Var._ Mais à présent qu'un autre en sa place reçu [Me fait voir clairement combien j'étois déçu,] Et que ce malheureux l'a si peu conservée, Mon âme, que ses yeux ont toujours captivée, Dans le malheur d'autrui vient chercher son bonheur. CHRYS. Votre offre avantageux nous fait beaucoup d'honneur. (1634-57)

[1574] _Var._ J'en viens faire éclater toute la violence. (1660-64)

[1575] _Var._ Et comme sa boutade à mes souhaits résiste. Trop chaud ami qu'il est, il s'emporte aujourd'hui Pour un qui nous méprise et se moque de lui. (1634-57)

[1576] _Var._ On l'éloigna de moi, vu le peu d'avantage Qui se trouva pour lui dedans mon mariage, Et jamais le retour ne lui fut accordé Qu'ils ne vissent mon lit d'Acaste possédé. (1634-57)

[1577] _Portraire_, peindre, tracer.

[1578] _Var._ Il faudroit de ma belle une même assurance, Et rien ne pourroit plus troubler mon espérance. DOR. Monsieur, où Madame est je n'ai point de vouloir. CÉL. Employer contre vous son absolu pouvoir! Ma flamme d'y penser deviendroit criminelle. (1634-57)

[1579] Voyez p. 208, note [692].

[1580] _Var._ Lui garder en votre âme un petit souvenir. (1634-60)

[1581] _Var._ Je ne le puis souffrir. Nos pensers à tous deux. (1634-57)

[1582] _Var._ Où m'as-tu vu jalouse, afin d'être ombrageux? PHIL. Ce fut, vous le savez, l'autre jour qu'en visite. (1634-60)

[1583] _Var._ Et tu sais dextrement dedans nos entretiens Accuser mes défauts en excusant les tiens. (1634-57)

[1584] _Var._ Tu peux compter huit jours paravant qu'il s'achève. (1634-57)

[1585] _Var._ Pensez-vous, mon souci, que pour votre secours. (1634-57)

[1586] _Var._ L'aise que j'en reçois ne savoit endurer Que mes humbles devoirs se pussent différer. (1634-57)

[1587] _Var._ Pourvu qu'en mes défauts j'aye tant de bonheur Que vous me réputiez digne d'un tel honneur, Et que sa passion en ce choix vous contente. (1634-57)

[1588] _Var._ Tant la raison s'oppose à ma crédulité. (1634)

[1589] _Var._ Mon esprit tout confus fait doute si je veille. (1634)

[1590] _Var._ Souffrez qu'en ce bonheur mon aise m'enhardisse. (1634-64)

[1591] _Var._ Celle qui de tout temps a possédé mon âme, Une soeur qui, reçue en mon lit pour moitié[1591-a], D'un lien plus étroit serre notre amitié. (1634-57)

[1591-a] Une soeur qui, reçue à mon lit pour moitié. (1654 et 57)

[1592] _Var._ Ce colère Alcidon tient en gage ma foi. CÉLIDAN, _à Philiste_. Voilà de ta parole un manque trop visible. PHILISTE, _à Célidan_. Je t'ai bien tout promis ce qui m'étoit possible, Mais une autre promesse ôte de mon pouvoir Ce qu'aux plaisirs reçus je me sais trop devoir. (1634-57)

[1593] _Var._ Disputer maintenant contre vous ce qu'il aime. (1634-57) _Var._ Contre votre faveur disputer ce qu'il aime. (1660)

[1594] _Var._ Le désordre qu'on lit en mon âme étourdie Vient moins de votre aspect que de sa perfidie. (1634-57)

[1595] _Je forcène_, c'est-à-dire j'enrage.

[1596] _Var._ [Ce traître assure ainsi ma perte et son amour.] O honte! ô crève-coeur! ô désespoir! ô rage! Qui venez à l'envi déchirer mon courage, Au lieu de vous combattre, unissez vos efforts Afin de désunir mon âme de mon corps. Je tiens les plus cruels pour les plus favorables. Mais pourquoi vous prier de m'être secourables? Je mourrai bien sans vous: dans cette trahison, Mon coeur n'a, par les yeux, que trop pris de poison. Perfide, à mes dépens tu soûles donc ta braise[1596-a], Et mon honneur perdu contribue à ton aise? CÉLIDAN, _à Alcidon_. Traître, jusques ici j'ai caché tes défauts, Et pour remercîment tu m'en donnes de faux? [Cesse de m'outrager, ou le respect des dames.] (1634-57)

[1596-a] Ce vers et le suivant ne se trouvent sous cette forme que dans l'édition de 1634; dans celles de 1644-57, ils sont semblables aux vers 1915 et 1916 de notre texte.

[1597] _Var._ Il faut lever le masque, il faut te confesser Qu'une toute autre ardeur occupoit mon penser. (1634-57)

[1598] On lit _foible_ dans l'édition de 1682, mais c'est une faute typographique qui mérite à peine d'être relevée.

[1599] _Var._ Vois par là comme j'aime, et perds le souvenir Qu'un traître contre toi tu m'as vu maintenir. Bien que ma flamme, au point d'avoir sa récompense, De me venger de lui pour l'heure me dispense, Il jouira fort peu de cette vanité D'avoir su m'offenser avec impunité. [Fais, malgré mon erreur, que ton feu persévère.] (1634-57)

[1600] _Var._ Paravant cette offense, avoit voulu choisir. (1634-57)