Œuvres de P. Corneille, Tome 01

Chapter 39

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[1233] VAR. (édit. de 1644-1657): les grâces de la représentation la mettoient en son jour.

AU LECTEUR[1234]

Si tu n'es homme à te contenter de la naïveté du style et de la subtilité de l'intrique, je ne t'invite point à la lecture de cette pièce: son ornement n'est pas dans l'éclat des vers. C'est une belle chose que de les faire puissants et majestueux: cette pompe ravit d'ordinaire les esprits, et pour le moins les éblouit; mais il faut que les sujets en fassent naître les occasions: autrement c'est en faire parade mal à propos, et pour gagner le nom de poëte, perdre celui de judicieux. La comédie n'est qu'un portrait de nos actions et de nos discours, et la perfection des portraits consiste en la ressemblance. Sur cette maxime je tâche de ne mettre en la bouche de mes acteurs que ce que diroient vraisemblablement en leur place ceux qu'ils représentent, et de les faire discourir en honnêtes gens, et non pas en auteurs. Ce n'est qu'aux ouvrages où le poëte parle qu'il faut parler en poëte: Plaute n'a pas écrit comme Virgile, et ne laisse pas d'avoir bien écrit. Ici donc tu ne trouveras en beaucoup d'endroits qu'une prose rimée, peu de scènes toutefois sans quelque raisonnement assez véritable, et partout une conduite assez industrieuse. Tu y reconnoîtras trois sortes d'amours aussi extraordinaires au théâtre qu'ordinaires dans le monde: celle de Philiste et Clarice, d'Alcidon et Doris, et celle de la même Doris avec Florange, qui ne paroît point. Le plus beau de leurs entretiens est en équivoques, et en propositions dont ils te laissent les conséquences à tirer. Si tu en pénètres bien le sens, l'artifice ne t'en déplaira point. Pour l'ordre de la pièce, je ne l'ai mis ni dans la sévérité des règles, ni dans la liberté qui n'est que trop ordinaire sur le théâtre françois: l'une est trop rarement capable de beaux effets, et on les trouve à trop bon marché dans l'autre, qui prend quelquefois tout un siècle pour la durée de son action, et toute la terre habitable pour le lieu de sa scène. Cela sent un peu trop son abandon, messéant à toute sorte de poëme, et particulièrement aux dramatiques, qui ont toujours été les plus réglés. J'ai donc cherché quelque milieu pour la règle du temps, et me suis persuadé que la comédie étant disposée en cinq actes, cinq jours consécutifs n'y seroient point mal employés. Ce n'est pas que je méprise l'antiquité; mais comme on épouse malaisément des beautés si vieilles, j'ai cru lui rendre assez de respect de lui partager mes ouvrages; et de six pièces de théâtre qui me sont échappées[1235], en ayant réduit trois dans la contrainte qu'elle nous a prescrite, je n'ai point fait de conscience d'allonger un peu les vingt et quatre heures aux trois autres. Pour l'unité de lieu et d'action, ce sont deux règles que j'observe inviolablement; mais j'interprète la dernière à ma mode: et la première, tantôt je la resserre à la seule grandeur du théâtre, et tantôt je l'étends jusqu'à toute une ville, comme en cette pièce. Je l'ai poussée dans le _Clitandre_ jusques aux lieux où l'on peut aller dans les vingt et quatre heures; mais bien que j'en pusse trouver de bons garants et de grands exemples dans les vieux et nouveaux siècles, j'estime qu'il n'est que meilleur de se passer de leur imitation en ce point. Quelque jour je m'expliquerai davantage sur ces matières[1236]; mais il faut attendre l'occasion d'un plus grand volume: cette préface n'est déjà que trop longue pour une comédie.

[1234] Cet avis Au lecteur, et les hommages poétiques adressés à Corneille, au sujet de sa comédie de _la Veuve_, par divers poëtes contemporains, ne se trouvent, ainsi que l'Argument, que dans l'édition de 1634.

[1235] Corneille a ici en vue, outre _la Veuve_, _Mélite_ et _Clitandre_, déjà imprimés, _la Galerie du Palais_ et _la Suivante_, qui furent jouées dans le courant de l'année 1634, et _la Place Royale_, qui ne fut représentée qu'au commencement de 1635. Ce passage nous apprend que Corneille avait terminé ces trois dernières pièces avant le 13 mars 1634, date de _l'achevé d'imprimer_ de _la Veuve_.

[1236] Voyez ci-dessus, p. 117.

HOMMAGES

ADRESSÉS A CORNEILLE, AU SUJET DE _LA VEUVE_, PAR DIVERS POËTES CONTEMPORAINS.

POUR _LA VEUVE_ DE MONSIEUR CORNEILLE.

AUX DAMES.

Le soleil est levé, retirez-vous, étoiles; Remarquez son éclat à travers de ses voiles; Petits feux de la nuit qui luisez en ces lieux, Souffrez le même affront que les autres[1237] des cieux. Orgueilleuses beautés que tout le monde estime, Qui prenez un pouvoir qui n'est pas légitime, Clarice vient au jour; votre lustre s'éteint; Il faut céder la place à celui de son teint, Et voir dedans ces vers une double merveille: La beauté de la Veuve, et l'esprit de Corneille.

DE SCUDÉRY[1238]

[1237] Ainsi dans l'édition de 1634, qui seule, comme nous l'avons dit, renferme ces hommages poétiques. Serait-ce une faute, et faut-il lire les _astres_?

[1238] Georges de Scudéry, né au Havre vers 1601. Après avoir servi quelque temps dans le régiment des gardes (voyez p. 129), il s'adonna entièrement à la littérature et à la poésie. L'hommage qu'il rend ici à Corneille n'est que le remercîment dû à une politesse du même genre. En effet, en 1631, lors de la publication de _Ligdamon_, notre poëte lui avait adressé un quatrain, signalé dans ces derniers temps par M. Triçotel, et qui sera placé pour la première fois dans la présente édition, parmi les poésies diverses de Corneille. On trouvera dans notre _Notice_ sur _le Cid_ le récit des différends que le succès de cet ouvrage fit naître entre les deux amis. Scudéry mourut en 1667.

A MONSIEUR CORNEILLE, POËTE COMIQUE, SUR _SA VEUVE_.

ÉPIGRAMME.

Rare écrivain de notre France, Qui le premier des beaux esprits As fait revivre en tes écrits L'esprit de Plaute et de Térence, Sans rien dérober des douceurs De Mélite ni de ses soeurs, O Dieu! que ta Clarice est belle, Et que de veuves à Paris Souhaiteroient d'être comme elle, Pour ne manquer pas de maris!

MAIRET[1239].

[1239] Jean Mairet, né à Besançon en 1604, mort en 1686, est au nombre des amis de Corneille dont l'affection ne sut pas résister au succès du _Cid_; il est longuement question de lui dans la _Notice_ sur cet ouvrage.

A MONSIEUR CORNEILLE, SUR SA CLARICE.

Corneille, que ta Veuve a des charmes puissants! Ses yeux remplis d'amour, ses discours innocents, Joints à sa majesté plus divine qu'humaine, Paroissent au théâtre avec tant de splendeur, Que Mélite, admirant cette belle germaine[1240], Confesse qu'elle doit l'hommage à sa grandeur. Mais ce n'est pas assez: sa parlante peinture A tant de ressemblance avecque la nature, Qu'en lisant tes écrits l'on croit voir des amants Dont la mourante voix naïvement propose Ou l'extrême bonheur ou les rudes tourments Qui furent le sujet de leur métamorphose. Fais-la donc imprimer, fais que sa déité Jour et nuit entretienne avecque privauté Ceux qui n'ont le moyen de la voir au théâtre; Car si Mélite a plu pour ses divins appas, Tout le monde sera de Clarice idolâtre, Qui jouit de beautés que Mélite n'a pas.

GUÉRENTE.

[1240] _Germaine_, soeur.

MADRIGAL POUR LA COMÉDIE DE _LA VEUVE_ DE MONSIEUR CORNEILLE.

A CLARICE.

Clarice, la plus douce veine Qui sache le métier des vers Donne un portrait à l'univers De tes beautés et de ta peine; Et les traits du pinceau qui te font admirer Te dépeignent au vif si constante et si belle, Que ce divin portrait, bien que tu sois mortelle, Demande des autels pour te faire adorer.

I. G. A. E. P.

A MONSIEUR CORNEILLE.

ÉLÉGIE.

Pour te rendre justice autant que pour te plaire, Je veux parler, Corneille, et ne me puis plus taire. Juge de ton mérite, à qui rien n'est égal, Par la confession de ton propre rival. Pour un même sujet, même desir nous presse; Nous poursuivons tous deux une même maîtresse La gloire, cet objet des belles volontés, Préside également dessus nos libertés; Comme toi je la sers, et personne ne doute Des veilles et des soins que cette ardeur me coûte. Mon espoir toutefois est décru chaque jour Depuis que je t'ai vu prétendre à son amour. Je n'ai point le trésor de ces douces paroles Dont tu lui fais la cour et dont tu la cajoles; Je vois que ton esprit, unique de son art, A des naïvetés plus belles que le fard, Que tes inventions ont des charmes étranges, Que leur moindre incident attire des louanges, Que par toute la France on parle de ton nom, Et qu'il n'est plus d'estime égale à ton renom. Depuis, ma Muse tremble et n'est plus si hardie; Une jalouse peur l'a longtemps refroidie, Et depuis, cher rival, je serois rebuté De ce bruit spécieux dont Paris m'a flatté, Si cet ange mortel qui fait tant de miracles, Et dont tous les discours passent pour des oracles, Ce fameux cardinal, l'honneur de l'univers, N'aimoit ce que je fais et n'écoutoit mes vers. Sa faveur m'a rendu mon humeur ordinaire; La gloire où je prétends est l'honneur de lui plaire, Et lui seul réveillant mon génie endormi Est cause qu'il te reste un si foible ennemi. Mais la gloire n'est pas de ces chastes maîtresses Qui n'osent en deux lieux répandre leurs caresses; Cet objet de nos voeux nous peut obliger tous, Et faire mille amants sans en faire un jaloux. Tel je te sais connoître et te rendre justice, Tel on me voit partout adorer ta Clarice. Aussi rien n'est égal à ses moindres attraits; Tout ce que j'ai produit cède à ses moindres traits; Toute veuve qu'elle est, de quoi que tu l'habilles, Elle ternit l'éclat de nos plus belles filles. J'ai vu trembler Silvie, Amaranthe et Filis, Célimène a changé, ses attraits sont pâlis[1241]; Et tant d'autres beautés que l'on a tant vantées Sitôt qu'elle a paru se sont épouvantées. Adieu; fais-nous souvent des enfants si parfaits, Et que ta bonne humeur ne se lasse jamais.

DE ROTROU[1242].

[1241] Ces noms sont ceux des héroïnes des pièces de théâtre qui avaient eu le plus de succès dans les années précédentes: _la Silvie_, tragi-comédie-pastorale de Mairet, fut représentée en 1621; _l'Amaranthe_, pastorale de Jean Ogier de Gombaud, en 1625; _la Filis de Scire_, comédie-pastorale du sieur Pichou, en 1630; enfin, en citant _la Célimène_, Rotrou avoue sa propre défaite, car ce titre est celui d'une comédie qu'il fit représenter en 1625. (Voyez _Histoire du théâtre françois_, tome IV, p. 352, 377 et 500, et tome V, p. 7.)

[1242] Jean Rotrou, né à Dreux en 1609, mort en 1650, est le seul auteur dramatique lié avec Corneille que le succès du _Cid_ n'ait pas brouillé avec lui.

A MONSIEUR CORNEILLE.

De mille adorateurs Mélite est poursuivie; Ces autres belles soeurs le sont également; Clarice, quoique veuve, a surmonté l'envie Et fait de tout le monde un parti seulement.

C. B.

A MONSIEUR CORNEILLE SUR SA _VEUVE_

ÉPIGRAMME.

Ta veuve s'est assez cachée, Ne crains point de la mettre au jour; Tu sais bien qu'elle est recherchée Par les mieux sensés de la cour. Déjà des plus grands de la France, Dont elle est l'heureuse espérance, Les coeurs lui sont assujettis, Et leur amour est une preuve Qu'une si glorieuse Veuve Ne peut manquer de bons partis.

DU RYER, Parisien[1243].

[1243] Pierre du Ryer, né en 1605, mort en 1658, a fait un grand nombre de traductions et dix-huit pièces de théâtre. Il a été secrétaire de César, duc de Vendôme.

AU MÊME, PAR LE MÊME.

Que pour louer ta belle Veuve Chacun de son esprit donne une riche preuve, Qu'on voye en cent façons ses mérites tracés: Pour moi, je pense dire assez Quand je dis de cette merveille Qu'elle est soeur de Mélite et fille de Corneille.

A MONSIEUR CORNEILLE.

Belle Veuve adorée, Tu n'es pas demeurée Sans supports et sans gloire en la fleur de tes ans: Puisque ton cher Corneille A ta conduite veille, Tu ne peux redouter les traits des médisants.

BOIS-ROBERT[1244].

[1244] François le Métel, sieur de Boisrobert, abbé et poëte, né à Caen vers 1592, mort en 1662, fut le favori du cardinal de Richelieu, et un des cinq auteurs qu'il chargeait de la rédaction de ses pièces. Voyez les _Notices_ sur _la Comédie des Tuileries_ et sur _le Cid_.

A MONSIEUR CORNEILLE SUR SA _VEUVE_.

Cette belle Clarice à qui l'on porte envie Peut-elle être ta Veuve et que tu sois en vie? Quel accident étrange à ton bonheur est joint? Si jamais un auteur a vécu par son livre, En dépit de l'envie elle te fera vivre, Elle sera ta Veuve et tu ne mourras point.

D'OUVILLE[1245].

[1245] Antoine le Métel, sieur d'Ouville, frère de l'abbé de Boisrobert, plus connu par ses contes que par ses oeuvres dramatiques, a écrit neuf ou dix pièces de théâtre, que les frères Parfait placent entre 1637 et 1650. L'époque de sa naissance et celle de sa mort sont ignorées. Voyez _Histoire du théâtre françois_, tome V, p. 357.

A MONSIEUR CORNEILLE SUR SA _VEUVE_.

ÉPIGRAMME.

La Renommée est si ravie Des mignardises de tes vers, Qu'elle chante par l'univers L'immortalité de ta vie. Mais elle se trompe en un point, Et voici comme je l'épreuve: Un homme qui ne mourra point Ne peut jamais faire une Veuve. Quoique chacun en soit d'accord, Il faut bien que du ciel ce beau renom te vienne, Car je sais que tu n'es pas mort, Et toutefois j'adore et recherche la tienne.

CLAVERET[1246].

[1246] Un des rivaux les plus acharnés de Corneille, après le succès du _Cid_. Voyez notre _Notice_ sur cette tragédie.

MADRIGAL DU MÊME.

Philiste en ses[1247] amours a dû craindre un rival, Puisque ta Veuve est la copie De ce charmant original A qui ta plume la dédie. Ton bel art nous peint l'une adorable à la cour; La nature a fait l'autre un miracle d'amour. Je sais bien que l'on nous figure L'art moins parfait que la nature; Mais laissant ces raisons à part, Je ne sais qui l'emporte, ou la nature ou l'art. Ta Veuve toutefois par sa douceur extrême Sait si bien celui de charmer, Qu'à la voir on la peut nommer Un original elle-même, Et toutes deux des ravissants accords[1248] D'un bel esprit et d'un beau corps.

CLAVERET.

[1247] Il y a _ces_ pour _ses_ dans l'édition originale.

[1248] On lit ainsi (_des_, et non _de_) dans l'édition originale.

A MONSIEUR CORNEILLE SUR L'IMPRESSION DE SA _VEUVE_.

La veuve qui n'a d'autres soins Que de se tenir renfermée Et de qui l'on parle le moins, Est plus chaste et plus estimée; Mais celle que tu mets au jour Accroît son lustre et notre amour, Alors qu'elle se communique: Bien loin de se faire blâmer, Tant plus elle se rend publique Plus elle se fait estimer.

J. COLLARDEAU[1249].

[1249] Julien Collardeau, procureur du Roi à Fontenay-le-Comte, auteur de diverses poésies latines et françaises, et notamment de quatre petits poëmes intitulés: _Tableaux des victoires du Roi_, Paris, J. Quesnel, 1630, in-8{o}.

POUR _LA VEUVE_ DE MONSIEUR CORNEILLE.

Bien que les amours des filles Soient vives et sans fard, florissantes, gentilles, Et que le pucelage ait des goûts si charmants, Cette Veuve, en dépit d'elles, Va posséder plus d'amants Qu'un million de pucelles.

L. M. P.

A MONSIEUR CORNEILLE.

SONNET.

Tous ces présomptueux dont les foibles esprits S'efforcent vainement de te suivre à la trace, Se trouvent à la fin des corneilles d'Horace[1250], Quand ils mettent au jour leurs comiques écrits.

Ce style familier non encore entrepris, Ni connu de personne, a de si bonne grâce Du théâtre françois changé la vieille face, Que la scène tragique en a perdu le prix.

Saint-Amant[1251], ne crains plus d'avouer ta patrie, Puisque ce Dieu des vers est né dans la Neustrie, Qui pour se rendre illustre à la postérité,

Accomplit en nos jours l'incroyable merveille De cet oiseau fameux parmi l'antiquité, Nous donnant un Phénix sous le nom de Corneille.

DU PETIT-VAL[1252].

[1250] Allusion à ces vers d'Horace:

_Ne si forte suas repetitum venerit olim Grex avium plumas, moveat cornicula risum, Furtivis nudata coloribus._

(_Épîtres_, liv. I, ép. III, v. 18-20.)

[1251] Le poëte Saint-Amant était né à Rouen, comme Corneille.

[1252] Raphaël du Petit-Val, libraire et poëte de Rouen, dont on trouve des vers en tête de plusieurs ouvrages de Béroalde de Verville.

A MONSIEUR CORNEILLE.

SONNET.

Mélite, qu'un miracle a fait venir des cieux, Les coeurs charmés à soi comme l'aimant attire; Mais c'est avec raison que tout le monde admire La Veuve qui n'a pas moins d'attraits dans les yeux.

Faire parler les rois le langage des Dieux, Faire régner l'amour, accroître son empire, Peindre avec tant d'adresse un gracieux martyre, Fermer si puissamment la bouche aux envieux;

Faire honneur à son temps, enseigner à notre âge A polir doucement son vers et son langage[1253], Corneille, c'est assez pour avoir des lauriers.

Dessus le mont sacré, toujours tranquille et calme; Mais pour dire en un mot, de venir des derniers Et les surpasser tous, c'est emporter la palme.

[1253] Ce vers est étrangement défiguré dans l'édition originale:

A polie (_sic_) doucement son voeu (_sic_) et son langage.

A MONSIEUR CORNEILLE.

SIXAIN.

Ce n'est rien d'avoir peint une vierge beauté, Mélite, vrai portrait de la divinité. La grâce de l'objet embellit la peinture Et conduit le pinceau qui ne s'égare pas; Mais de peindre une Veuve avec autant d'appas, C'est un effet de l'art qui passe la nature.

PILLASTRE, avocat en parlement.

A MONSIEUR CORNEILLE.

ÉPIGRAMME.

Toi que le Parnasse idolâtre, Et dont le vers doux et coulant Ne fait point voir sur le théâtre Les effets d'un bras violent, Esprit de qui les rares veilles Tous les ans font voir des merveilles Au-dessus de l'humain pouvoir, Reçois ces vers dont Villeneuve[1254], Ravi des beautés de ta Veuve, A fait hommage à ton savoir.

[1254] Ce poëte était en relation avec Guillaume Colletet. Voyez les _Divertissements de Colletet_, 1631, p. 38.

A MONSIEUR CORNEILLE.

Corneille, je suis amoureux De ta Veuve et de ta Mélite, Et leurs beautés et leur mérite Font naître tes vers et mes feux. Je veux que l'une soit pucelle; L'autre ici me semble si belle Qu'elle captive mes esprits, Et ce qui m'en plaît davantage, C'est que les traits de son visage Viennent de ceux de tes écrits.

DE MARBEUF[1255].

[1255] Il était maître des forêts à Pont-de-l'Arche. On a un _Recueil des vers de M. de Marbeuf_, Rouen, David du Petit-Val, 1628, in-8{o}.

A MONSIEUR CORNEILLE SUR SA _VEUVE_

SIXAIN.

On vante les exploits de ces mains valeureuses Qui font dans les combats des veuves malheureuses; Mais j'estime, pour moi, qu'il t'est plus glorieux D'avoir fait en nos cours une Veuve sans larmes, Et que l'on ne sauroit, sans t'être injurieux, Donner moins de lauriers à tes vers qu'à leurs armes.

DE CANON.

A MONSIEUR CORNEILLE SUR SA _VEUVE_.

SONNET.

Corneille, que ta Veuve est pleine de beauté! Que tu l'as d'ornements et de grâce pourvue! Le plaisir de la voir tous mes sens diminue, Et trahir tant d'appas ce seroit lâcheté[1256].

Quoi que puisse à nos yeux offrir la nouveauté, Rien ne les peut toucher à l'égal de sa vue; Il n'est point de mortel, après l'avoir connue, Qui se puisse vanter de voir sa liberté[1257].

Admire le pouvoir qu'elle a sur mon esprit, Ne cherche point le nom de celui qui t'écrit, Qui jamais ne connut Apollon ni sa lyre.

Ton mérite l'oblige à te donner ces vers, Et la douceur des tiens le force de te dire Qu'il n'est rien de si beau dedans tout l'univers.

L. N.

[1256] Dans l'édition de 1634 il y a le non-sens que voici:

Et traîne (_sic_) tant d'appas ce seroit la cheté (_sic_).

[1257] Tel est le texte de l'édition originale; peut-être faut-il lire: «d'avoir sa liberté.»

A MONSIEUR CORNEILLE EN FAVEUR DE SA _VEUVE_.

Corneille, que ton chant est doux! Que ta plume a trouvé de gloire! Il n'est plus d'esprit parmi nous Dont tu n'emportes la victoire. Ce que tu feins a tant d'attraits Que les ouvrages plus parfaits N'ont rien d'égal à ton mérite[1258]; Et la Veuve que tu fais voir, Plus ravissante que Mélite, Montre l'excès de ton savoir.

BURNEL.

[1258] Dans l'édition originale: «à son mérite.»

A MONSIEUR CORNEILLE.

Clarice est sans doute si belle Que Philiste n'a le pouvoir De goûter le bien de la voir, Sans devenir amoureux d'elle. Ses discours me font estimer Qu'on a plus de gloire à l'aimer[1259] Que de raison à s'en défendre, Et que les argus les plus grands, Pour y trouver de quoi reprendre, N'ont point d'yeux assez pénétrants.

Apollon, qui par ses oracles A plus d'éclat qu'il n'eut jamais, Tient sur les deux sacrés sommets Tes vers pour autant de miracles; Et les plaisirs que ces neuf soeurs Trouvent dans les rares douceurs Que parfaitement tu leur donnes, Sont purs témoignages de foi Qu'au partage de leurs couronnes La plus digne sera pour toi.

MARCEL.

[1259] Dans l'édition originale: «de l'aimer.»

A MONSIEUR CORNEILLE SUR SA _VEUVE_.

STANCES.

Divin esprit, puissant génie, Tu vas produire en moi des miracles divers; Je n'ai jamais donné de louange infinie, Et je ne croyois plus pouvoir faire de vers.

Il te falloit, pour m'y contraindre, Faire une belle Veuve et lui donner des traits Dont mon coeur amoureux peut[1260] se laisser atteindre; L'amour me fait rimer et louer ses attraits.

Digne sujet de mille flammes, Incomparable Veuve, ornement de ce temps, Tu vas mettre du trouble et du feu dans les âmes, Faisant moins d'ennemis que de coeurs inconstants.

Qui vit jamais tant de merveilles? Mes sens sont aujourd'hui l'un de l'autre envieux; Ton discours me ravit l'âme par les oreilles, Et ta beauté la veut arracher par les yeux.

Quand on te voit, les plus barbares A tes charmes sans fard et tes naïfs appas Donneroient mille coeurs, et des choses plus rares S'ils en pouvoient avoir, pour ne te perdre pas.

Lorsqu'on t'entend, les plus critiques Remarquent tes discours et font tous un serment De les faire observer pour des lois authentiques, Et de condamner ceux qui parlent autrement.

Cher ami, pardon si ma Muse, Pour plaire à mon amour manque à notre amitié; Donnant tout à ta fille, elle a bien cette ruse De juger que tu dois en avoir la moitié.

Prends donc en gré tant de franchise, Et ne t'étonne pas si ceci ne vaut rien. Par son désordre seul tu sauras ma surprise: Un coeur qui sait aimer ne s'exprime pas bien.

Il me suffit que je me treuve Dans ce rang qui n'est pas à tout chacun permis, Des humbles serviteurs de ton aimable Veuve, Et de ceux que tu tiens pour tes meilleurs amis.

VOILLE.

[1260] Ainsi dans la première édition; mais c'est sans doute _peust_, c'est-à-dire _pût_, qu'il faut lire.

STANCES SUR LES OEUVRES DE MONSIEUR CORNEILLE.

Corneille, occupant nos esprits, Fait voir par ces divins écrits Que nous vivions dans l'ignorance, Et je crois que tout l'univers Saura bientôt que notre France N'a que lui seul qui fait des vers.