Œuvres de P. Corneille, Tome 01

Chapter 36

Chapter 363,508 wordsPublic domain

Je te le dis encor, tu perds temps à me suivre; Souffre que de tes yeux ta pitié me délivre: Tu redoubles mes maux par de tels entretiens.

PYMANTE.

Prenez à votre tour quelque pitié des miens, Madame, et tarissez ce déluge de larmes[1086]: 985 Pour rappeler un mort ce sont de foibles armes; Et quoi que vous conseille un inutile ennui, Vos cris et vos sanglots ne vont point jusqu'à lui.

DORISE.

Si mes sanglots ne vont où mon coeur les envoie, Du moins par eux mon âme y trouvera la voie[1087]: 990 S'il lui faut un passage afin de s'envoler, Ils le lui vont ouvrir en le fermant à l'air. Sus donc, sus, mes sanglots! redoublez vos secousses: Pour un tel désespoir vous les avez trop douces; Faites pour m'étouffer de plus puissants efforts. 995

PYMANTE.

Ne songez plus, Madame, à rejoindre les morts[1088]; Pensez plutôt à ceux qui n'ont point d'autre envie[1089] Que d'employer pour vous le reste de leur vie; Pensez plutôt à ceux dont le service offert Accepté vous conserve, et refusé vous perd. 1000

DORISE.

Crois-tu donc, assassin, m'acquérir par ton crime? Qu'innocent méprisé, coupable je t'estime? A ce compte, tes feux n'ayant pu m'émouvoir, Ta noire perfidie obtiendroit ce pouvoir[1090]? Je chérirois en toi la qualité de traître, 1005 Et mon affection commenceroit à naître Lorsque tout l'univers a droit de te haïr?

PYMANTE.

Si j'oubliai l'honneur jusques à le trahir, Si pour vous posséder mon esprit, tout de flamme, N'a rien cru de honteux, n'a rien trouvé d'infâme, 1010 Voyez par là, voyez l'excès de mon ardeur: Par cet aveuglement jugez de sa grandeur.

DORISE.

Non, non, ta lâcheté, que j'y vois trop certaine, N'a servi qu'à donner des raisons à ma haine. Ainsi ce que j'avois pour toi d'aversion 1015 Vient maintenant d'ailleurs que d'inclination: C'est la raison, c'est elle à présent qui me guide Aux mépris que je fais des flammes d'un perfide.

PYMANTE.

Je ne sache raison qui s'oppose à mes voeux, Puisqu'ici la raison n'est que ce que je veux, 1020 Et ployant dessous moi, permet à mon envie De recueillir les fruits de vous avoir servie. Il me faut des faveurs malgré vos cruautés[1091].

DORISE.

Exécrable! ainsi donc tes desirs effrontés Voudroient sur ma foiblesse user de violence[1092]? 1025

PYMANTE.

Je ris de vos refus, et sais trop la licence Que me donne l'amour en cette occasion.

DORISE, lui crevant l'oeil de son aiguille[1093].

Traître, ce ne sera qu'à ta confusion.

PYMANTE, portant les mains à son oeil crevé[1094]

Ah, cruelle!

DORISE[1095].

Ah! brigand[1096]!

PYMANTE.

Ah! que viens-tu de faire?

DORISE[1097].

De punir l'attentat d'un infâme corsaire[1098]. 1030

PYMANTE, prenant son épée dans la caverne, où il l'avoit jetée au second acte[1099].

Ton sang m'en répondra; tu m'auras beau prier, Tu mourras.

DORISE.

Fuis, Dorise, et laisse-le crier.

SCÈNE II.

PYMANTE.

Où s'est-elle cachée? où l'emporte sa fuite? Où faut-il que ma rage adresse ma poursuite? La tigresse m'échappe, et telle qu'un éclair, 1035 En me frappant les yeux, elle se perd en l'air; Ou plutôt, l'un perdu, l'autre m'est inutile; L'un s'offusque du sang qui de l'autre distile. Coule, coule, mon sang: en de si grands malheurs,[1100] Tu dois avec raison me tenir lieu de pleurs: 1040 Ne verser désormais que des larmes communes, C'est pleurer lâchement de telles infortunes. Je vois de tous côtés mon supplice approcher; N'osant me découvrir, je ne me puis cacher. Mon forfait avorté se lit dans ma disgrâce[1101], 1045 Et ces gouttes de sang me font suivre à la trace. Miraculeux effet! Pour traître que je sois, Mon sang l'est encor plus, et sert tout à la fois De pleurs à ma douleur, d'indices à ma prise, De peine à mon forfait, de vengeance à Dorise. 1050 O toi qui, secondant son courage inhumain[1102], Loin d'orner ses cheveux, déshonores sa main, Exécrable instrument de sa brutale rage, Tu devois[1103] pour le moins respecter son image: Ce portrait accompli d'un chef-d'oeuvre des cieux, 1055 Imprimé dans mon coeur, exprimé dans mes yeux, Quoi que te commandât une âme si cruelle[1104], Devoit être adoré de ta pointe rebelle. Honteux restes d'amour qui brouillez mon cerveau! Quoi! puis-je en ma maîtresse adorer mon bourreau[1105]? Remettez-vous, mes sens; rassure-toi, ma rage; Reviens, mais reviens seule animer mon courage[1106]; Tu n'as plus à débattre avec mes passions L'empire souverain dessus mes actions; L'amour vient d'expirer, et ses flammes éteintes[1107] 1065 Ne t'imposeront plus leurs infâmes contraintes. Dorise ne tient plus dedans mon souvenir Que ce qu'il faut de place à l'ardeur de punir[1108]: Je n'ai plus rien en moi qui n'en veuille à sa vie. Sus donc, qui me la rend? Destins, si votre envie, 1070 Si votre haine encor s'obstine à mes tourments[1109], Jusqu'à me réserver à d'autres châtiments, Faites que je mérite, en trouvant l'inhumaine, Par un nouveau forfait, une nouvelle peine; Et ne me traitez pas avec tant de rigueur, 1075 Que mon feu ni mon fer ne touchent point son coeur. Mais ma fureur se joue, et demi-languissante, S'amuse au vain éclat d'une voix impuissante. Recourons aux effets, cherchons de toutes parts; Prenons dorénavant pour guides les hasards[1110]. 1080 Quiconque ne pourra me montrer la cruelle[1111], Que son sang aussitôt me réponde pour elle; Et ne suivant ainsi qu'une incertaine erreur, Remplissons tous ces lieux de carnage et d'horreur.

(Une tempête survient.)

Mes menaces déjà font trembler tout le monde: 1085 Le vent fuit d'épouvante, et le tonnerre en gronde; L'oeil du ciel s'en retire, et par un voile noir, N'y pouvant résister, se défend d'en rien voir; Cent nuages épais se distillant en larmes, A force de pitié, veulent m'ôter les armes; 1090 La nature étonnée embrasse mon courroux[1112], Et veut m'offrir Dorise, ou devancer mes coups. Tout est de mon parti: le ciel même n'envoie Tant d'éclairs redoublés qu'afin que je la voie. Quelques lieux où l'effroi porte ses pas errants[1113], 1095 Ils sont entrecoupés de mille gros torrents. Que je serois heureux, si cet éclat de foudre[1114], Pour m'en faire raison, l'avoit réduite en poudre! Allons voir ce miracle, et désarmer nos mains, Si le ciel a daigné prévenir nos desseins. 1100 Destins, soyez enfin de mon intelligence, Et vengez mon affront, ou souffrez ma vengeance!

SCÈNE III.

FLORIDAN.

Quel bonheur m'accompagne en ce moment fatal! Le tonnerre a sous moi foudroyé mon cheval, Et consumant sur lui toute sa violence, 1105 Il m'a porté respect parmi son insolence. Tous mes gens, écartés par un subit effroi, Loin d'être à mon secours, ont fui d'autour de moi, Ou déjà dispersés par l'ardeur de la chasse, Ont dérobé leur tête à sa fière menace. 1110 Cependant seul, à pied, je pense à tous moments Voir le dernier débris de tous les éléments, Dont l'obstination à se faire la guerre Met toute la nature au pouvoir du tonnerre. Dieux, si vous témoignez par là votre courroux, 1115 De Clitandre ou de moi lequel menacez-vous? La perte m'est égale, et la même tempête Qui l'auroit accablé tomberoit sur ma tête. Pour le moins, justes Dieux, s'il court quelque danger[1115], Souffrez que je le puisse avec lui partager. 1120 J'en découvre à la fin quelque meilleur présage; L'haleine manque aux vents, et la force à l'orage; Les éclairs, indignés d'être éteints par les eaux, En ont tari la source et séché les ruisseaux; Et déjà le soleil de ses rayons essuie 1125 Sur ces moites rameaux le reste de la pluie. Au lieu du bruit affreux des foudres décochés, Les petits oisillons, encor demi-cachés[1116].... Mais je verrai bientôt quelques-uns de ma suite: Je le juge à ce bruit.

SCÈNE IV.

FLORIDAN, PYMANTE, DORISE[1117].

PYMANTE saisit Dorise qui le fuyoit[1118].

Enfin, malgré ta fuite, 1130 Je te retiens, barbare.

DORISE.

Hélas!

PYMANTE.

Songe à mourir; Tout l'univers ici ne te peut secourir.

FLORIDAN.

L'égorger à ma vue! ô l'indigne spectacle! Sus, sus, à ce brigand opposons un obstacle. Arrête, scélérat!

PYMANTE.

Téméraire, où vas-tu? 1135

FLORIDAN.

Sauver ce gentilhomme à tes pieds abattu.

DORISE.

Traître, n'avance pas; c'est le Prince.

PYMANTE, tenant Dorise d'une main, et se battant de l'autre[1119].

N'importe[1120]; Il m'oblige à sa mort, m'ayant vu de la sorte.

FLORIDAN.

Est-ce là le respect que tu dois à mon rang?

PYMANTE.

Je ne connois ici ni qualités ni sang: 1140 Quelque respect ailleurs que ta naissance obtienne[1121], Pour assurer ma vie, il faut perdre la tienne.

DORISE.

S'il me demeure encor quelque peu de vigueur, Si mon débile bras ne dédit point mon coeur, J'arrêterai le tien.

PYMANTE.

Que fais-tu, misérable? 1145

DORISE[1122].

Je détourne le coup d'un forfait exécrable.

PYMANTE.

Avec ces vains efforts crois-tu m'en empêcher[1123]?

FLORIDAN.

Par une heureuse adresse il l'a fait trébucher. Assassin, rends l'épée[1124].

SCÈNE V.

FLORIDAN, PYMANTE, DORISE, TROIS VENEURS, portant en leurs mains les vrais habits de Pymante, Lycaste et Dorise[1125].

PREMIER VENEUR.

Écoute, il est fort proche: C'est sa voix qui résonne au creux de cette roche, 1150 Et c'est lui que tantôt nous avions entendu.

FLORIDAN désarme Pymante, et en donne l'épée à garder à Dorise[1126].

Prends ce fer en ta main.

PYMANTE.

Ah cieux! je suis perdu.

SECOND VENEUR.

Oui, je le vois. Seigneur, quelle aventure étrange[1127], Quel malheureux destin en cet état vous range?

FLORIDAN.

Garrottez ce maraud; les couples de vos chiens 1155 Vous y pourront servir, faute d'autres liens. Je veux qu'à mon retour une prompte justice Lui fasse ressentir par l'éclat d'un supplice[1128], Sans armer contre lui que les lois de l'État, Que m'attaquer n'est pas un léger attentat. 1160 Sachez que s'il échappe il y va de vos têtes.

PREMIER VENEUR.

Si nous manquons, Seigneur, les voilà toutes prêtes[1129]. Admirez cependant le foudre et ses efforts, Qui dans cette forêt ont consumé trois corps[1130]: En voici les habits, qui sans aucun dommage 1165 Semblent avoir bravé la fureur de l'orage.

FLORIDAN.

Tu montres à mes yeux de merveilleux effets[1131].

DORISE.

Mais des marques plutôt de merveilleux forfaits. Ces habits, dont n'a point approché le tonnerre[1132], Sont aux plus criminels qui vivent sur la terre: 1170 Connoissez-les, grand prince, et voyez devant vous[1133] Pymante prisonnier, et Dorise à genoux.

FLORIDAN.

Que ce soit là Pymante, et que tu sois Dorise!

DORISE.

Quelques étonnements qu'une telle surprise Jette dans votre esprit, que vos yeux ont déçu, 1175 D'autres le saisiront quand vous aurez tout su. La honte de paroître en un tel équipage Coupe ici ma parole et l'étouffe au passage; Souffrez que je reprenne en un coin de ce bois[1134] Avec mes vêtements l'usage de la voix, 1180 Pour vous conter le reste en habit plus sortable.

FLORIDAN.

Cette honte me plaît: ta prière équitable, En faveur de ton sexe et du secours prêté, Suspendra jusqu'alors ma curiosité. Tandis, sans m'éloigner beaucoup de cette place, 1185 Je vais sur ce coteau pour découvrir la chasse; Tu l'y ramèneras. Vous, s'il ne veut marcher[1135], Gardez-le cependant au pied de ce rocher.

(Le Prince sort, et un des veneurs s'en va avec Dorise, et les autres mènent[1136] Pymante d'un autre côté.)

SCÈNE VI.

CLITANDRE, LE GEÔLIER.

CLITANDRE, en prison[1137].

Dans ces funestes lieux où la seule inclémence D'un rigoureux destin réduit mon innocence, 1190 Je n'attends désormais du reste des humains Ni faveur ni secours, si ce n'est par tes mains.

LE GEÔLIER.

Je ne connois que trop où tend ce préambule[1138]. Vous n'avez pas affaire à quelque homme crédule: Tous, dans cette prison, dont je porte les clés[1139], 1195 Se disent comme vous du malheur accablés[1140], Et la justice à tous est injuste de sorte Que la pitié me doit leur faire ouvrir la porte; Mais je me tiens toujours ferme dans mon devoir: Soyez coupable ou non, je n'en veux rien savoir; 1200 Le Roi, quoi qu'il en soit, vous a mis en ma garde. Il me suffit: le reste en rien ne me regarde[1141].

CLITANDRE.

Tu juges mes desseins autres qu'ils ne sont pas. Je tiens l'éloignement pire que le trépas, Et la terre n'a point de si douce province 1205 Où le jour m'agréât loin des yeux de mon Prince. Hélas! si tu voulois l'envoyer avertir[1142] Du péril dont sans lui je ne saurois sortir, Ou qu'il lui fût porté de ma part une lettre, De la sienne en ce cas je t'ose bien promettre 1210 Que son retour soudain des plus riches te rend: Que cet anneau t'en serve et d'arrhe et de garant; Tends la main et l'esprit vers un bonheur si proche.

LE GEÔLIER.

Monsieur, jusqu'à présent j'ai vécu sans reproche, Et pour me suborner promesses ni présents 1215 N'ont et n'auront jamais de charmes suffisants. C'est de quoi je vous donne une entière assurance: Perdez-en le dessein avecque l'espérance: Et puisque vous dressez des piéges à ma foi, Adieu, ce lieu devient trop dangereux pour moi[1143]. 1220

SCÈNE VII.

CLITANDRE.

Va, tigre! va, cruel, barbare, impitoyable[1144]! Ce noir cachot n'a rien tant que toi d'effroyable. Va, porte aux criminels tes regards, dont l'horreur Peut seule aux innocents imprimer la terreur[1145]: Ton visage déjà commençoit mon supplice; 1225 Et mon injuste sort, dont tu te fais complice, Ne t'envoyoit ici que pour m'épouvanter, Ne t'envoyoit ici que pour me tourmenter. Cependant, malheureux, à qui me dois-je prendre D'une accusation que je ne puis comprendre? 1230 A-t-on rien vu jamais, a-t-on rien vu de tel? Mes gens assassinés me rendent criminel; L'auteur du coup s'en vante, et l'on m'en calomnie; On le comble d'honneur et moi d'ignominie; L'échafaud qu'on m'apprête au sortir de prison, 1235 C'est par où de ce meurtre on me fait la raison. Mais leur déguisement d'autre côté m'étonne: Jamais un bon dessein ne déguisa personne; Leur masque les condamne, et mon seing contrefait, M'imputant un cartel, me charge d'un forfait. 1240 Mon jugement s'aveugle, et, ce que je déplore, Je me sens bien trahi, mais par qui? je l'ignore; Et mon esprit troublé, dans ce confus rapport, Ne voit rien de certain que ma honteuse mort. Traître, qui que tu sois, rival, ou domestique, 1245 Le ciel te garde encore un destin plus tragique. N'importe, vif ou mort, les gouffres des enfers Auront pour ton supplice encor de pires fers[1146]. Là mille affreux bourreaux t'attendent dans les flammes; Moins les corps sont punis, plus ils gênent les âmes, 1250 Et par des cruautés qu'on ne peut concevoir, Ils vengent l'innocence au delà de l'espoir[1147]. Et vous, que désormais je n'ose plus attendre, Prince, qui m'honoriez d'une amitié si tendre, Et dont l'éloignement fait mon plus grand malheur[1148], 1255 Bien qu'un crime imputé noircisse ma valeur, Que le prétexte faux d'une action si noire Ne laisse plus de moi qu'une sale mémoire[1149], Permettez que mon nom, qu'un bourreau va ternir, Dure sans infamie en votre souvenir; 1260 Ne vous repentez point de vos faveurs passées, Comme chez un perfide indignement placées: J'ose, j'ose espérer qu'un jour la vérité Paroîtra toute nue à la postérité, Et je tiens d'un tel heur l'attente si certaine, 1265 Qu'elle adoucit déjà la rigueur de ma peine; Mon âme s'en chatouille, et ce plaisir secret La prépare à sortir avec moins de regret.

SCÈNE VIII.

FLORIDAN, PYMANTE, CLÉON, DORISE, en habit de femme; TROIS VENEURS[1150].

FLORIDAN, à Dorise et Cléon[1151].

Vous m'avez dit tous deux d'étranges aventures. Ah! Clitandre! ainsi donc de fausses conjectures 1270 T'accablent, malheureux, sous le courroux du Roi[1152]! Ce funeste récit me met tout hors de moi.

CLÉON.

Hâtant un peu le pas, quelque espoir me demeure[1153] Que vous arriverez auparavant qu'il meure.

FLORIDAN.

Si je n'y viens à temps, ce perfide en ce cas 1275 A son ombre immolé ne me suffira pas. C'est trop peu de l'auteur de tant d'énormes crimes; Innocent, il aura d'innocentes victimes. Où que soit Rosidor, il le suivra de près, Et je saurai changer ses myrtes en cyprès[1154]. 1280

DORISE.

Souiller ainsi vos mains du sang de l'innocence!

FLORIDAN.

Mon déplaisir m'en donne une entière licence. J'en veux, comme le Roi, faire autant à mon tour; Et puisqu'en sa faveur on prévient mon retour, Il est trop criminel. Mais que viens-je d'entendre[1155]? 1285 Je me tiens presque sûr de sauver mon Clitandre; La chasse n'est pas loin, où prenant un cheval, Je préviendrai le coup de son malheur fatal; Il suffit de Cléon[1156] pour ramener Dorise. Vous autres, gardez bien de lâcher votre prise; 1290 Un supplice l'attend, qui doit faire trembler Quiconque désormais voudroit lui ressembler.

FIN DU QUATRIÈME ACTE.

[1085] _Var._ PYMANTE, DORISE _dans une caverne._ (1632-57)

[1086] _Var._ Tarissez désormais ce déluge de larmes[1086-a]. (1632-57)

[1086-a] Le IVe acte commence à ce vers dans les éditions de 1632-57.

[1087] _Var._ Au moins par eux mon âme y trouvera la voie. (1632-57)

[1088] _Var._ Belle, ne songez plus à rejoindre les morts. (1632) _Var._ Ne songez plus, Dorise, à rejoindre les morts. (1644-57)

[1089] _Var._ Pensez plutôt à ceux qui vivants n'ont envie. (1632-57)

[1090] _Var._ Ton perfide attentat obtiendroit ce pouvoir? (1632-57)

[1091] _Var._ Il me faut un baiser malgré vos cruautés[1091-a]. (1632-57)

[1091-a] En marge, dans l'édition de 1632: _Il veut user de force._

[1092] _Var._ Veulent sur ma foiblesse user de violence. PYM. Que sert d'y résister? je sais trop la licence. (1632-57)

[1093] _Var. Elle lui crève un oeil du poinçon qui lui étoit demeuré dans les cheveux._ (1632, en marge.)--_Elle lui crève l'oeil de son aiguille._ (1663, en marge.)

[1094] _Var. Il porte les mains à son oeil crevé._ (1663, en marge.)

[1095] _Var._ DORISE, _en s'échappant de lui._ (1632-1657)

[1096] _Var._ Ah! infâme! (1632)

[1097] _Var._ DORISE, _sortie de la caverne._

[1098] _Var._ De tirer mon honneur des efforts d'un corsaire[1098-a]. PYMANTE, _ramassant son épée._ Barbare, je t'aurai. DORISE, _se cachant._ Fuyons, il va sortir. Qu'à propos ce buisson s'offre à me garantir! PYMANTE, _sorti._ Ne crois pas m'échapper: quoi que ta ruse fasse, J'ai ta mort en ma main. DORISE, _cachée._ Dieux! le voilà qui passe. PYMANTE _passe de l'autre côté du théâtre[1098-b]._ Tigresse! DORISE, _revenant sur le théâtre[1098-c]._ Il est passé, je suis hors de danger. Ainsi dorénavant mon sort puisse changer! Ainsi dorénavant le ciel plus favorable Me prête en ces malheurs une main secourable! Cependant, pour loyer de sa lubricité[1098-d], Son oeil m'a répondu de sa pudicité, Et dedans son cristal mon aiguille enfoncée, Attirant ses deux mains, m'a désembarrassée. Aussi le falloit-il que ce même poinçon, Qui premier de mon sexe engendra ce soupçon, Fût l'auteur de ma prise et de ma délivrance, Et qu'après mon péril il fît mon assurance[1098-e]. Va donc, monstre bouffi de luxure et d'orgueil, Venge sur ces rameaux la perte de ton oeil, Fais servir si tu veux, dans ta forcenerie, Les feuilles et le vent d'objets à ta furie: Dorise, qui s'en moque et fuit d'autre côté, En s'éloignant de toi se met en sûreté.

SCÈNE II[1098-f].

PYM. Qu'est-elle devenue? Ainsi donc l'inhumaine Après un tel affront rend ma poursuite vaine! Ainsi donc la cruelle, à guise d'un éclair, En me frappant les yeux est disparue en l'air! [Ou plutôt, l'un perdu, l'autre m'est inutile.] (1632-57)

[1098-a] De sauver mon honneur des efforts d'un corsaire. (1644-57)

[1098-b] PYMANTE, _passé de l'autre côté du théâtre._ (1644-57)

[1098-c] Ici commence la scène II dans les éditions de 1644-57.

[1098-d] Pour peine cependant de sa lubricité. (1644-57)

[1098-e] Ces quatre vers, à partir de: «Aussi le falloit-il, etc.,» manquent dans les éditions de 1644-57.

[1098-f] SCÈNE III. (1644-57)

[1099] _Var. Il prend son épée dans la grotte où il l'avoit jetée au second acte._ (1663, en marge.)

[1100] _Var._ Coule, coule, mon sang: dans de si grands malheurs. (1632-57)

[1101] _Var._ Mon forfait évident se lit dans ma disgrâce. (1632-57)

[1102] _Var._ Bourreau qui, secondant son courage inhumain[1102-a], Au lieu d'orner son poil, déshonorez (_sic_) sa main. (1632)

[1102-a] En marge: _Il tient à la main le poinçon que Dorise lui avoit laissé dans l'oeil._

[1103] On lit _tu devrois_ dans l'édition de 1632, mais c'est probablement une faute d'impression.

[1104] _Var._ Quoi que te commandât son âme courroucée, Devoit être adoré de ta pointe émoussée; Quelque secret instinct te devoit figurer Que se prendre à mon oeil c'étoit le déchirer. Et toi, belle, reviens, reviens, cruelle ingrate, Vois comme encor l'amour en ta faveur me flatte. Ce poinçon qu'à mon heur j'éprouve si fatal, Ce n'est qu'à ton sujet que je lui veux du mal: Vois dans ces vains propos, par où mon coeur se venge, Moins de blâme pour lui que pour toi de louange[1104-a]. Tu n'as dans ta colère usé que de tes droits, Et ma vie et ma mort dépendant de tes lois, Il t'étoit libre encor de m'être plus funeste, Et c'est de ta pitié que j'en tiens ce qui reste. Reviens, belle, reviens, que j'offre tout blessé A tes ressentiments ce que tu m'as laissé. Lâche et honteux retour de ma flamme insensée! Il semble que déjà ma fureur soit passée, Et tous mes sens, brouillés d'un désordre nouveau, Au lieu de ma maîtresse adorent mon bourreau. (1632-57)

[1104-a] Ces quatre vers, à partir de: «Ce poinçon qu'à mon heur, etc.,» ne sont que dans l'édition de 1632.

[1105] _Var._ Pourrois-je en ma maîtresse adorer mon bourreau. (1660)

[1106] _Var._ Seule je te permets d'occuper mon courage. (1632-57)