Œuvres de P. Corneille, Tome 01

Chapter 35

Chapter 353,559 wordsPublic domain

Le généreux orgueil des âmes magnanimes Par un noble dédain sait pardonner les crimes; Mais votre aspect m'emporte à d'autres sentiments, 735 Dont je ne puis cacher les justes mouvements; Ce teint pâle à tous deux me rougit de colère[1038], Et vouloir m'adoucir, c'est vouloir me déplaire[1039].

ROSIDOR.

Mais, Sire, que sait-on? peut-être ce rival, Qui m'a fait après tout plus de bien que de mal[1040], 740 Sitôt qu'il vous plaira d'écouter sa défense, Saura de ce forfait purger son innocence.

ALCANDRE.

Et par où la purger? Sa main d'un trait mortel A signé son arrêt en signant ce cartel[1041]. Peut-il désavouer ce qu'assure un tel gage[1042], 745 Envoyé de sa part, et rendu par son page? Peut-il désavouer que ses gens déguisés De son commandement ne soient autorisés? Les deux, tous morts qu'ils sont, qu'on les traîne à la boue[1043], L'autre, aussitôt que pris, se verra sur la roue[1044]; 750 Et pour le scélérat que je tiens prisonnier, Ce jour que nous voyons lui sera le dernier. Qu'on l'amène au conseil; par forme il faut l'entendre[1045], Et voir par quelle adresse il pourra se défendre. Toi, pense à te guérir, et crois que pour le mieux 755 Je ne veux pas montrer ce perfide à tes yeux: Sans doute qu'aussitôt qu'il se feroit paroître, Ton sang rejailliroit au visage du traître.

ROSIDOR.

L'apparence déçoit, et souvent on a vu Sortir la vérité d'un moyen imprévu[1046], 760 Bien que la conjecture y fût encor plus forte; Du moins, Sire, apaisez l'ardeur qui vous transporte; Que l'âme plus tranquille et l'esprit plus remis, Le seul pouvoir des lois perde nos ennemis.

ALCANDRE.

Sans plus m'importuner, ne songe qu'à tes plaies. 765 Non, il ne fut jamais d'apparences si vraies; Douter de ce forfait, c'est manquer de raison. Derechef, ne prends soin que de ta guérison[1047].

SCÈNE II.

ROSIDOR, CALISTE.

ROSIDOR.

Ah! que ce grand courroux sensiblement m'afflige!

CALISTE.

C'est ainsi que le Roi, te refusant, t'oblige[1048]: 770 Il te donne beaucoup en ce qu'il t'interdit, Et tu gagnes beaucoup d'y perdre ton crédit. On voit dans ces refus une marque certaine[1049] Que contre Rosidor toute prière est vaine. Ses violents transports sont d'assurés témoins 775 Qu'il t'écouteroit mieux s'il te chérissoit moins. Mais un plus long séjour pourroit ici te nuire[1050]: Ne perdons plus de temps; laisse-moi te conduire[1051] Jusque dans l'antichambre où Lysarque t'attend, Et montre désormais un esprit plus content. 780

ROSIDOR.

Si près de te quitter....

CALISTE.

N'achève pas ta plainte. Tous deux nous ressentons cette commune atteinte; Mais d'un fâcheux respect la tyrannique loi M'appelle chez la Reine et m'éloigne de toi. Il me lui faut conter comme l'on m'a surprise, 785 Excuser mon absence en accusant Dorise; Et lui dire comment, par un cruel destin[1052], Mon devoir auprès d'elle a manqué ce matin.

ROSIDOR.

Va donc, et quand son âme, après la chose sue, Fera voir la pitié qu'elle en aura conçue, 790 Figure-lui si bien Clitandre tel qu'il est, Qu'elle n'ose en ses feux prendre plus d'intérêt.

CALISTE.

Ne crains pas désormais que mon amour s'oublie[1053]; Répare seulement ta vigueur affoiblie: Sache bien te servir de la faveur du Roi, 795 Et pour tout le surplus repose-t'en sur moi[1054].

SCÈNE III.

CLITANDRE, en prison[1055].

Je ne sais si je veille, ou si ma rêverie A mes sens endormis fait quelque tromperie; Peu s'en faut, dans l'excès de ma confusion, Que je ne prenne tout pour une illusion. 800 Clitandre prisonnier! je n'en fais pas croyable Ni l'air sale et puant d'un cachot effroyable, Ni de ce foible jour l'incertaine clarté, Ni le poids de ces fers dont je suis arrêté: Je les sens, je les vois; mais mon âme innocente 805 Dément tous les objets que mon oeil lui présente, Et le désavouant, défend à ma raison De me persuader que je sois en prison. Jamais aucun forfait, aucun dessein infâme[1056] N'a pu souiller ma main ni glisser dans mon âme; 810 Et je suis retenu dans ces funestes lieux! Non, cela ne se peut: vous vous trompez, mes yeux[1057]; J'aime mieux rejeter vos plus clairs témoignages, J'aime mieux démentir ce qu'on me fait d'outrages, Que de m'imaginer, sous un si juste roi, 815 Qu'on peuple les prisons d'innocents comme moi. Cependant je m'y trouve; et bien que ma pensée[1058] Recherche à la rigueur ma conduite passée[1059], Mon exacte censure a beau l'examiner, Le crime qui me perd ne se peut deviner; 820 Et quelque grand effort que fasse ma mémoire, Elle ne me fournit que des sujets de gloire. Ah! Prince, c'est quelqu'un de vos faveurs jaloux Qui m'impute à forfait d'être chéri de vous. Le temps qu'on m'en sépare, on le donne à l'envie, 825 Comme une liberté d'attenter sur ma vie. Le coeur vous le disoit, et je ne sais comment Mon destin me poussa dans cet aveuglement, De rejeter l'avis de mon Dieu tutélaire: C'est là ma seule faute, et c'en est le salaire, 830 C'en est le châtiment que je reçois ici. On vous venge, mon prince, en me traitant ainsi; Mais vous saurez montrer, embrassant ma défense[1060], Que qui vous venge ainsi puissamment vous offense. Les perfides auteurs de ce complot maudit, 835 Qu'à me persécuter votre absence enhardit, A votre heureux retour verront que ces tempêtes, Clitandre préservé, n'abattront que leurs têtes. Mais on ouvre, et quelqu'un, dans cette sombre horreur, Par son visage affreux redouble ma terreur[1061]. 840

SCÈNE IV.

CLITANDRE, LE GEÔLIER.

LE GEÔLIER.

Permettez que ma main de ces fers vous détache.

CLITANDRE.

Suis-je libre déjà?

LE GEÔLIER.

Non encor, que je sache.

CLITANDRE.

Quoi! ta seule pitié s'y hasarde pour moi?

LE GEÔLIER.

Non, c'est un ordre exprès de vous conduire au Roi.

CLITANDRE.

Ne m'apprendras-tu point le crime qu'on m'impute, 845 Et quel lâche imposteur ainsi me persécute?

LE GEÔLIER.

Descendons: un prévôt, qui vous attend là-bas, Vous pourra mieux que moi contenter sur ce cas.

SCÈNE V.

PYMANTE, DORISE.

PYMANTE, regardant une aiguille qu'elle avoit laissée par mégarde dans ses cheveux en se déguisant[1062].

En vain pour m'éblouir vous usez de la ruse, Mon esprit, quoique lourd, aisément ne s'abuse; 850 Ce que vous me cachez, je le lis dans vos yeux: Quelque revers d'amour vous conduit en ces lieux; N'est-il pas vrai, Monsieur? et même cette aiguille Sent assez les faveurs de quelque belle fille[1063]: Elle est, ou je me trompe, un gage de sa foi[1064]. 855

DORISE.

O malheureuse aiguille! Hélas! c'est fait de moi.

PYMANTE.

Sans doute votre plaie à ce mot s'est rouverte. Monsieur, regrettez-vous son absence, ou sa perte? Vous auroit-elle bien pour un autre quitté[1065], Et payé vos ardeurs d'une infidélité? 860 Vous ne répondez point; cette rougeur confuse, Quoique vous vous taisiez, clairement vous accuse. Brisons là: ce discours vous fâcheroit enfin, Et c'étoit pour tromper la longueur du chemin, Qu'après plusieurs discours, ne sachant que vous dire[1066], J'ai touché sur un point dont votre coeur soupire, Et de quoi fort souvent on aime mieux parler Que de perdre son temps à des propos[1067] en l'air[1068].

DORISE.

Ami, ne porte plus la sonde en mon courage: Ton entretien commun me charme davantage; 870 Il ne peut me lasser, indifférent qu'il est[1069]; Et ce n'est pas aussi sans sujet qu'il me plaît. Ta conversation est tellement civile, Que pour un tel esprit ta naissance est trop vile; Tu n'as de villageois que l'habit et le rang; 875 Tes rares qualités te font d'un autre sang; Même, plus je te vois, plus en toi je remarque Des traits pareils à ceux d'un cavalier de marque: Il s'appelle Pymante, et ton air et ton port Ont avec tous les siens un merveilleux rapport[1070]. 880

PYMANTE.

J'en suis tout glorieux, et de ma part je prise Votre rencontre autant que celle de Dorise, Autant que si le ciel, apaisant sa rigueur, Me faisoit maintenant un présent de son coeur.

DORISE.

Qui nommes-tu Dorise?

PYMANTE.

Une jeune cruelle 885 Qui me fuit pour un autre.

DORISE.

Et ce rival s'appelle?

PYMANTE.

Le berger Rosidor.

DORISE.

Ami, ce nom si beau Chez vous donc se profane à garder un troupeau?

PYMANTE.

Madame, il ne faut plus que mon feu vous déguise[1071] Que sous ces faux habits il reconnoît Dorise. 890 Je ne suis point surpris de me voir dans ces bois[1072] Ne passer à vos yeux que pour un villageois; Votre haine pour moi fut toujours assez forte Pour déférer sans peine à l'habit que je porte. Cette fausse apparence aide et suit vos mépris; 895 Mais cette erreur vers vous ne m'a jamais surpris; Je sais trop que le ciel n'a donné l'avantage De tant de raretés qu'à votre seul visage: Sitôt que je l'ai vu, j'ai cru voir en ces lieux Dorise déguisée, ou quelqu'un de nos Dieux; 900 Et si j'ai quelque temps feint de vous méconnoître En vous prenant pour tel que vous vouliez paroître, Admirez mon amour, dont la discrétion Rendoit à vos desirs cette submission, Et disposez de moi, qui borne mon envie 905 A prodiguer pour vous tout ce que j'ai de vie.

DORISE.

Pymante, eh quoi! faut-il qu'en l'état où je suis Tes importunités augmentent mes ennuis? Faut-il que dans ce bois ta rencontre funeste Vienne encor m'arracher le seul bien qui me reste, 910 Et qu'ainsi mon malheur au dernier point venu N'ose plus espérer de n'être pas connu?

PYMANTE.

Voyez comme le ciel égale nos fortunes, Et comme, pour les faire entre nous deux communes, Nous réduisant ensemble à ces déguisements, 915 Il montre avoir pour nous de pareils mouvements.

DORISE.

Nous changeons bien d'habits, mais non pas de visages; Nous changeons bien d'habits, mais non pas de courages; Et ces masques trompeurs de nos conditions Cachent, sans les changer, nos inclinations[1073]. 920

PYMANTE.

Me négliger toujours! et pour qui vous néglige!

DORISE.

Que veux-tu? son mépris plus que ton feu m'oblige; J'y trouve malgré moi je ne sais quel appas[1074], Par où l'ingrat me tue, et ne m'offense pas.

PYMANTE.

Qu'espérez-vous enfin d'un amour si frivole[1075] 925 Pour cet ingrat amant qui n'est plus qu'une idole[1076]?

DORISE.

Qu'une idole! Ah! ce mot me donne de l'effroi. Rosidor une idole! ah! perfide, c'est toi, Ce sont tes trahisons qui l'empêchent de vivre; Je t'ai vu dans ce bois moi-même le poursuivre[1077], 930 Avantagé du nombre, et vêtu de façon Que ce rustique habit effaçoit tout soupçon: Ton embûche a surpris une valeur si rare.

PYMANTE.

Il est vrai, j'ai puni l'orgueil de ce barbare, De cet heureux ingrat, si cruel envers vous[1078], 935 Qui maintenant par terre et percé de mes coups, Éprouve par sa mort comme un amant fidèle Venge votre beauté du mépris qu'on fait d'elle.

DORISE.

Monstre de la nature, exécrable bourreau, Après ce lâche coup qui creuse mon tombeau, 940 D'un compliment railleur ta malice me flatte[1079]! Fuis, fuis, que dessus toi ma vengeance n'éclate. Ces mains, ces foibles mains, que vont armer les Dieux, N'auront que trop de force à t'arracher les yeux, Que trop à t'imprimer sur ce hideux visage 945 En mille traits de sang les marques de ma rage.

PYMANTE.

Le courroux d'une femme, impétueux d'abord[1080], Promet tout ce qu'il ose à son premier transport; Mais comme il n'a pour lui que sa seule impuissance, A force de grossir il meurt en sa naissance; 950 Ou s'étouffant soi-même, à la fin ne produit Que point ou peu d'effet après beaucoup de bruit.

DORISE.

Va, va, ne prétends pas que le mien s'adoucisse[1081]: Il faut que ma fureur ou l'enfer te punisse; Le reste des humains ne sauroit inventer 955 De gêne qui te puisse à mon gré tourmenter[1082]. Si tu ne crains mes bras, crains de meilleures armes; Crains tout ce que le ciel m'a départi de charmes: Tu sais quelle est leur force, et ton coeur la ressent; Crains qu'elle ne m'assure un vengeur plus puissant. 960 Ce courroux, dont tu ris, en fera la conquête De quiconque à ma haine exposera ta tête, De quiconque mettra ma vengeance en mon choix[1083]. Adieu: j'en perds le temps à crier dans ce bois[1084]; Mais tu verras bientôt si je vaux quelque chose, 965 Et si ma rage en vain se promet ce qu'elle ose.

PYMANTE.

J'aime tant cette ardeur à me faire périr, Que je veux bien moi-même avec vous y courir.

DORISE.

Traître, ne me suis point.

PYMANTE.

Prendre seule la fuite! Vous vous égareriez à marcher sans conduite; 970 Et d'ailleurs votre habit, où je ne comprends rien, Peut avoir du mystère aussi bien que le mien. L'asile dont tantôt vous faisiez la demande Montre quelque besoin d'un bras qui vous défende; Et mon devoir vers vous seroit mal acquitté, 975 S'il ne vous avoit mise en lieu de sûreté. Vous pensez m'échapper quand je vous le témoigne; Mais vous n'irez pas loin que je ne vous rejoigne. L'amour que j'ai pour vous, malgré vos dures lois, Sait trop ce qu'il vous doit, et ce que je me dois. 980

FIN DU TROISIÈME ACTE.

[1024] Nous avons cru devoir conserver cette leçon, qui nous a paru conforme aux habitudes de style de Corneille. Cependant les éditions de 1632 et de 1657 sont les seules où ce monosyllabe soit accentué comme une préposition (_à_). Dans toutes les autres, jusqu'à celle de 1682, et même encore dans l'édition de 1692, publiée par Thomas Corneille, on lit _a_ (verbe, sans accent).

[1025] _Var._ Qu'en deux desseins divers pareille jalousie Même lieu contre vous, et même heure a choisie. (1632-64)

[1026] _Var._ Admirèrent l'effet d'une amitié pudique, Me voyant appliquer par ce jeune soleil D'un peu d'huile et de vin le premier appareil; Enfin quand, pour bander ma dernière blessure, La belle eut prodigué jusques à sa coiffure, [Leurs bras officieux m'ont ici rapporté.] (1632)

[1027] _Var._ Qui ne me peut donner qu'une fausse allégeance. (1632-57)

[1028] _Var._ Vous touche, et peut souffrir que je vous importune. (1632)

[1029] _Var._ Sire, vous tarirez la source de nos maux. (1657)

[1030] _Var._ Fait qu'un seul desir cède à l'amour qui te presse. (1657)

[1031] _Var._ Mais Rosidor, surpris et blessé comme il est. (1632-60)

[1032] _Var._ A mon devoir de roi joint mon propre intérêt. (1632-57)

[1033] _Var._ Quelque part que mon fils y puisse ou veuille prendre. (1632-60)

[1034] _Var._ Combien mal à propos sa sotte vanité. (1632-57)

[1035] _Var._ Je le tiens, l'affronteur: un soupçon véritable. (1632)

[1036] _Var._ M'avoit si bien instruit de son perfide tour, Qu'il s'est vu mis aux fers sitôt que de retour. (1632-57)

[1037] _Var._ Quelque dessein qu'elle eût, je lui suis redevable, Et lui voudrai du bien le reste de mes jours De m'avoir conservé l'objet de mes amours. LE ROI. L'un et l'autre attentat plus que vous deux me touche: Vous avez bien, de vrai, la clémence en la bouche; [Mais votre aspect m'emporte à d'autres sentiments;] Vous voyant, je ne puis cacher mes mouvements. (1632-57)

[1038] _Var._ Votre pâleur de teint me rougit de colère. (1632)

[1039] _Var._ Et vouloir m'adoucir, ce n'est que me déplaire. (1632-57)

[1040] _Var._ Qui m'a fait en tout cas plus de bien que de mal, Lorsqu'en votre conseil vous orrez sa défense. (1632-57)

[1041] En marge, dans l'édition de 1632: _Il montre un cartel qu'il avoit reçu de Rosidor avant que d'entrer._

[1042] _Var._ [Envoyé de sa part, et rendu par son page,] Peut-il désavouer ce funeste message? [Peut-il désavouer que ses gens déguisés.] (1632-57)

[1043] C'est ce qu'on appelait _traîner sur la claie_. Les cadavres de ceux qui avaient subi ce châtiment après leur mort étaient d'ordinaire jetés à la voirie.

[1044] _Var._ L'autre, aussitôt que pris, se mettra sur la roue. (1632-57)

[1045] _Var._ Qu'on l'amène au conseil, seulement pour entendre Le genre de sa mort, et non pour se défendre[1045-a]. Toi, va te mettre au lit, et crois que pour le mieux. (1632-57)

[1045-a] En marge, dans l'édition de 1632: _Le Prévôt sort, et va querir Clitandre._

[1046] _Var._ Sortir la vérité d'un moyen impourvu. (1632)

[1047] En marge, dans l'édition de 1632: _Il sort._--Il n'y a pas de distinction de scène.

[1048] _Var._ Mon coeur, ainsi le Roi, te refusant, t'oblige. (1632-57)

[1049] _Var._ Vois dedans ces refus une marque certaine. (1632-57)

[1050] _Var._ Mais un plus long séjour ici te pourroit nuire. (1632-60)

[1051] _Var._ Viens donc, mon cher souci, laisse-moi te conduire. (1632-57)

[1052] _Var._ Et l'informer comment, par un cruel destin. (1632-64)

[1053] _Var._ Ne crains pas, mon souci, que mon amour s'oublie. (1632-57)

[1054] _Var._ Et tu peux du surplus te reposer sur moi. (1632-57)

[1055] _Var. Il parle en prison._ (1663, en marge.)--Dans l'édition de 1632, on lit en tête de la scène: CLITANDRE, _en prison_, LE GEÔLIER, et au-dessous de ces noms: CLITANDRE, _seul_.

[1056] _Var._ Doncques aucun forfait, aucun dessein infâme N'a jamais pu souiller ni ma main ni mon âme. (1632-57)

[1057] _Var._ [Non, cela ne se peut: vous vous trompez, mes yeux;] Vous aviez autrefois des ressorts infaillibles Qui portoient en mon coeur les espèces visibles[1057-a]; Mais mon coeur en prison vous renvoie à son tour L'image et le rapport de son triste séjour. Triste séjour! que dis-je? Osai-je appeler triste L'adorable prison où me retient Caliste? En vain dorénavant mon esprit irrité Se plaindra d'un cachot qu'il a trop mérité; Puisque d'un tel blasphème il s'est rendu capable, D'innocent que j'entrai, j'y demeure coupable. Folles raisons d'amour, mouvements égarés, Qu'à vous suivre mes sens se trouvent préparés! Et que vous vous jouez d'un esprit en balance Qui veut croire plutôt la même extravagance, Que de s'imaginer, sous un si juste roi. (1632-57)

[1057-a] Qui portoient dans mon coeur les espèces visibles. (1644)

[1058] _Var._ M'y voilà cependant, et bien que ma pensée. (1632-57)

[1059] _Var._ Épluche à la rigueur ma conduite passée. (1632)

[1060] _Var._ Mais vous montrerez bien, embrassant ma défense, Que qui vous venge ainsi lui-même vous offense. Les damnables auteurs de ce complot maudit. (1632-57)

[1061] _Var._ De son visage affreux redouble ma terreur[1061-a]. Parle, que me veux-tu? LE GEÔL. Vous ôter cette chaîne. CLIT. Se repent-on déjà de m'avoir mis en peine? LE GEÔL. Non pas que l'on m'ait dit. CLIT. Quoi! ta seule bonté Me détache ces fers? LE GEÔL. Non, c'est Sa Majesté Qui vous mande au conseil. CLIT. Ne peux-tu rien m'apprendre Du crime qu'on impose au malheureux Clitandre? [LE GEÔL. Descendons: un prévôt, qui vous[1061-b] attend là-bas.] (1632-57)

[1061-a] En marge, dans l'édition de 1632: _Le Geôlier ouvre la prison._--Il n'y a pas de distinction de scène.

[1061-b] L'édition de 1632, au lieu de _vous_, porte ici _nous_, ce qui pourrait bien être une faute d'impression.

[1062] _Var. Il regarde une aiguille que Dorise avoit_, etc. (1663, en marge.)--Ce jeu de scène n'est point indiqué ici dans l'édition de 1632, mais on lit en marge, aux derniers vers du premier couplet: _Il lui montre une aiguille que par mégarde elle avoit laissée dans ses cheveux en se déguisant._

[1063] _Var._ Ressent fort les faveurs de quelque belle fille. (1632-57)

[1064] _Var._ Qui vous l'aura donnée en gage de sa foi[1064-a]. (1632-60)

[1064-a] L'édition de 1657 donne, par erreur sans doute, _en garde_, pour _en gage_.

[1065] _Var._ Ou payant vos ardeurs d'une infidélité, [Vous auroit-elle bien pour un autre quitté?] Vous ne me dites mot; cette rougeur confuse. (1632-57)

[1066] _Var._ Qu'après plusieurs devis, n'ayant plus où me prendre, J'ai touché par hasard une chose si tendre, Dont beaucoup toutefois aiment bien mieux parler. (1632-57)

[1067] Dans les éditions de 1668 et de 1682, il y a _en des propos_; mais ce pourrait bien être une faute: toutes les autres donnent _à des propos_.

[1068] _Var._ Que de perdre leur temps à des propos en l'air. (1632-63)

[1069] _Var._ Il ne me peut lasser, indifférent qu'il est. (1632-60)

[1070] _Var._ Ont avecque les siens un merveilleux rapport. (1632-60)

[1071] _Var._ Ma belle, il ne faut plus que mon feu vous déguise. (1632)

[1072] _Var._ Ce n'est pas sans raison qu'à vos yeux cette fois Je passe pour quelqu'un d'entre nos villageois; M'ayant traité toujours en homme de leur sorte, Vous croyez aisément à l'habit que je porte, Dont la fausse apparence aide et suit vos mépris. (1632-57)

[1073] _Var._ [Cachent sans les changer nos inclinations.] PYM. Pardonnez-moi, ma reine, ils ont changé mon âme, Puisque mes feux plus vifs y redoublent leur flamme. DOR. Aussi font bien les miens, mais c'est pour Rosidor. PYM. Trop cruelle beauté, persistez-vous encor A dédaigner mes voeux pour un qui vous néglige? (1632-57)

[1074] _Var._ J'y trouve, malgré lui, je ne sais quel appas. (1632-57)

[1075] _Var._ Qu'espérez-vous enfin de cette amour frivole. (1632-57)

[1076] _Var._ Envers un qui n'est plus peut-être qu'une idole? (1632) _Var._ Vers un homme qui n'est peut-être qu'une idole? (1644-57)

[1077] _Var._ Je t'ai vu dans ces bois moi-même le poursuivre. (1632-57)

[1078] _Var._ De ce tigre jadis si cruel envers vous. (1632-57)

[1079] _Var._ D'un compliment moqueur ta malice me flatte! (1632-57)

[1080] _Var._ L'impétueux bouillon d'un courroux féminin, Qui s'échappe sur l'heure et jette son venin, Comme il est animé de la seule impuissance, A force de grossir, se crève en sa naissance. (1632-57)

[1081] _Var._ Traître, ne prétends pas que le mien s'adoucisse. (1632-57)

[1082] Voyez au _Complément des variantes_, p. 365.

[1083] Dans ce passage, qui paraît pour la première fois en 1660, Dorise exprime la même confiance qu'Émilie:

Et si pour me gagner il faut trahir ton maître, Mille autres à l'envi recevroient cette loi, S'ils pouvoient m'acquérir à même prix que toi.

(_Cinna_, acte III, sc. IV.)

Si j'ai séduit Cinna, j'en séduirai bien d'autres.

(_Ibid._, acte V, sc. II.)

[1084] _Var._ Adieu: j'en perds le temps à crier dans ces bois. (1660-64)

ACTE IV.

SCÈNE PREMIÈRE.

PYMANTE, DORISE[1085].

DORISE.