Œuvres de P. Corneille, Tome 01
Chapter 34
De semblables secrets ne s'ouvrent pas à moi[1003].
FLORIDAN.
Je n'en sais que penser; et la cause incertaine De ce commandement tient mon esprit en peine. Pourrai-je me résoudre à te laisser aller[1004] 515 Sans savoir les motifs qui te font rappeler?
CLITANDRE.
C'est, à mon jugement, quelque prompte entreprise, Dont l'exécution à moi seul est remise; Mais quoi que là-dessus j'ose m'imaginer, C'est à moi d'obéir sans rien examiner. 520
FLORIDAN.
J'y consens à regret: va, mais qu'il te souvienne[1005] Que je chéris ta vie à l'égal de la mienne, Et si tu veux m'ôter de cette anxiété, Que j'en sache au plus tôt toute la vérité. Ce cor m'appelle[1006]. Adieu. Toute la chasse prête 525 N'attend que ma présence à relancer la bête.
SCÈNE VI.
DORISE, achevant de vêtir l'habit de Géronte, qu'elle avoit trouvé dans le bois[1007].
Achève, malheureuse, achève de vêtir Ce que ton mauvais sort laisse à te garantir. Si de tes trahisons la jalouse impuissance Sut donner un faux crime à la même innocence, 530 Recherche maintenant, par un plus juste effet, Une fausse innocence à cacher ton forfait. Quelle honte importune au visage te monte Pour un sexe quitté dont tu n'es que la honte? Il t'abhorre lui-même, et ce déguisement, 535 En le désavouant, l'oblige pleinement[1008]. Après avoir perdu sa douceur naturelle, Dépouille sa pudeur, qui te messied sans elle; Dérobe tout d'un temps, par ce crime nouveau, Et l'autre aux yeux du monde, et ta tête au bourreau. 540 Si tu veux empêcher ta perte inévitable, Deviens plus criminelle, et parois moins coupable. Par une fausseté tu tombes en danger, Par une fausseté sache t'en dégager. Fausseté détestable, où me viens-tu réduire? 545 Honteux déguisement, où me vas-tu conduire? Ici de tous côtés l'effroi suit mon erreur, Et j'y suis à moi-même une nouvelle horreur[1009]: L'image de Caliste à ma fureur soustraite Y brave fièrement ma timide retraite. 550 Encor si son trépas secondant mon desir Mêloit à mes douleurs l'ombre d'un faux plaisir! Mais tels sont les excès du malheur qui m'opprime[1010], Qu'il ne m'est pas permis de jouir de mon crime; Dans l'état pitoyable où le sort me réduit, 555 J'en mérite la peine, et n'en ai pas le fruit; Et tout ce que j'ai fait contre mon ennemie Sert à croître sa gloire avec mon infamie. N'importe, Rosidor de mes cruels destins[1011] Tient de quoi repousser ses lâches assassins. 560 Sa valeur, inutile en sa main désarmée, Sans moi ne vivroit plus que chez la renommée. Ainsi rien désormais ne pourroit m'enflammer; N'ayant plus que haïr, je n'aurois plus qu'aimer. Fâcheuse loi du sort qui s'obstine à ma peine, 565 Je sauve mon amour, et je manque à ma haine. Ces contraires succès, demeurant sans effet, Font naître mon malheur de mon heur imparfait. Toutefois l'orgueilleux pour qui mon coeur soupire De moi seule aujourd'hui tient le jour qu'il respire[1012]: 570 Il m'en est redevable, et peut-être à son tour Cette obligation produira quelque amour. Dorise, à quels pensers ton espoir se ravale! S'il vit par ton moyen, c'est pour une rivale. N'attends plus, n'attends plus que haine de sa part; 575 L'offense vint de toi, le secours du hasard. Malgré les vains efforts de ta ruse traîtresse, Le hasard par tes mains le rend à sa maîtresse; Ce péril mutuel qui conserve leurs jours D'un contre-coup égal va croître leurs amours. 580 Heureux couple d'amants que le destin assemble, Qu'il expose en péril, qu'il en retire ensemble!
SCÈNE VII.
PYMANTE, DORISE.
PYMANTE, la prenant pour Géronte, et l'embrassant[1013].
O Dieux! voici Géronte, et je le croyois mort. Malheureux compagnon de mon funeste sort....
DORISE, croyant qu'il[1014] la prend pour Rosidor, et qu'en l'embrassant il la poignarde.
Ton oeil t'abuse. Hélas! misérable, regarde 585 Qu'au lieu de Rosidor ton erreur me poignarde.
PYMANTE.
Ne crains pas, cher ami, ce funeste accident, Je te connois assez, je suis.... Mais imprudent, Où m'alloit engager mon erreur indiscrète?
Monsieur, pardonnez-moi la faute que j'ai faite. 590 Un berger d'ici près a quitté ses brebis Pour s'en aller au camp presque en pareils habits; Et d'abord vous prenant pour ce mien camarade, Mes sens d'aise aveuglés ont fait cette escapade. Ne craignez point au reste un pauvre villageois 595 Qui seul et désarmé court à travers ces bois[1015]. D'un ordre assez précis l'heure presque expirée Me défend des discours de plus longue durée. A mon empressement pardonnez cet adieu; Je perdrois trop, Monsieur, à tarder en ce lieu. 600
DORISE.
Ami, qui que tu sois, si ton âme sensible A la compassion peut se rendre accessible, Un jeune gentilhomme implore ton secours: Prends pitié de mes maux pour trois ou quatre jours[1016]; Durant ce peu de temps, accorde une retraite 605 Sous ton chaume rustique à ma fuite secrète: D'un ennemi puissant la haine me poursuit, Et n'ayant pu qu'à peine éviter cette nuit....
PYMANTE.
L'affaire qui me presse est assez importante Pour ne pouvoir, Monsieur, répondre à votre attente; 610 Mais si vous me donniez le loisir d'un moment, Je vous assurerois d'être ici promptement; Et j'estime qu'alors il me seroit facile Contre cet ennemi de vous faire un asile.
DORISE.
Mais, avant ton retour, si quelque instant fatal 615 M'exposoit par malheur aux yeux de ce brutal, Et que l'emportement de son humeur altière....
PYMANTE.
Pour ne rien hasarder, cachez-vous là derrière.
DORISE.
Souffre que je te suive, et que mes tristes pas....
PYMANTE.
J'ai des secrets, Monsieur, qui ne le souffrent pas, 620 Et ne puis rien pour vous, à moins que de m'attendre: Avisez au parti que vous avez à prendre.
DORISE.
Va donc, je t'attendrai.
PYMANTE.
Cette touffe d'ormeaux Vous pourra cependant couvrir de ses rameaux.
SCÈNE VIII.
PYMANTE.
Enfin, grâces au ciel, ayant su m'en défaire[1017], 625 Je puis seul aviser à ce que je dois faire. Qui qu'il soit, il a vu Rosidor attaqué, Et sait assurément que nous l'avons manqué: N'en étant point connu, je n'en ai rien à craindre, Puisqu'ainsi déguisé tout ce que je veux feindre 630 Sur son esprit crédule obtient un tel pouvoir. Toutefois plus j'y songe, et plus je pense voir, Par quelque grand effet de vengeance divine, En ce foible témoin l'auteur de ma ruine: Son indice douteux, pour peu qu'il ait de jour, 635 N'éclaircira que trop mon forfait à la cour. Simple! j'ai peur encor que ce malheur m'avienne[1018], Et je puis éviter ma perte par la sienne! Et mêmes on diroit qu'un antre tout exprès Me garde mon épée au fond de ces forêts: 640 C'est en ce lieu fatal qu'il me le faut conduire; C'est là qu'un heureux coup l'empêche de me nuire. Je ne m'y puis résoudre: un reste de pitié[1019] Violente mon coeur à des traits d'amitié; En vain je lui résiste, et tâche à me défendre 645 D'un secret mouvement que je ne puis comprendre: Son âge, sa beauté, sa grâce, son maintien, Forcent mes sentiments à lui vouloir du bien; Et l'air de son visage a quelque mignardise Qui ne tire pas mal à celle de Dorise. 650 Ah! que tant de malheurs m'auroient favorisé, Si c'étoit elle-même en habit déguisé! J'en meurs déjà de joie, et mon âme ravie[1020] Abandonne le soin du reste de ma vie. Je ne suis plus à moi, quand je viens à penser 655 A quoi l'occasion me pourroit dispenser[1021]. Quoi qu'il en soit, voyant tant de ses traits ensemble, Je porte du respect à ce qui lui ressemble. Misérable Pymante, ainsi donc tu te perds! Encor qu'il tienne un peu de celle que tu sers, 660 Étouffe ce témoin pour assurer ta tête: S'il est, comme il le dit, battu d'une tempête, Au lieu qu'en ta cabane il cherche quelque port, Fais que dans cette grotte il rencontre sa mort[1022]. Modère-toi, cruel, et plutôt examine[1023] 665 Sa parole, son teint, et sa taille, et sa mine: Si c'est Dorise, alors révoque cet arrêt; Sinon, que la pitié cède à ton intérêt.
FIN DU SECOND ACTE.
[959] Le mot _masqué_ manque dans l'édition de 1632.--En marge, dans l'édition de 1663: _Il est encor masqué._
[960] _Var._ C'est donc moi, sans raison, qu'attaquent vos malices. (1632)
[961] _Var._ Pour mieux frapper leur coup des chemins inconnus. (1632)
[962] C'est-à-dire douez de raison un être quelconque, afin qu'il me démente.
[963] _Var._ Dites ce qu'ils ont fait qui vous peut émouvoir. (1632-57)
[964] _Var._ [Lui rendre contre moi l'impossible possible,] C'est le favoriser par miracle visible, Tandis que votre haine a pour moi tant d'excès, Qu'un dessein infaillible avorte sans succès. Sans succès! c'est trop peu: vous avez voulu faire Qu'un dessein infaillible eût un succès contraire. Dieux! vous présidez donc à leur ordre fatal, Et vous leur permettez ce mouvement brutal! Je ne veux plus vous rendre aucune obéissance: Si vous avez là-haut quelque toute-puissance, Je suis seul contre qui vous vouliez l'exercer. Vous ne vous en servez que pour me traverser. Je peux en sûreté désormais vous déplaire: Comment me puniroit votre vaine colère? Vous m'avez fait sentir tant de malheurs divers Que le sort épuisé n'a plus aucun revers! Rosidor nous a vus, et n'a pas pris la fuite; A grand'peine, en fuyant, moi-même je l'évite[964-a]. (1632)
[964-a] Les trois premiers et les deux derniers vers de cette variante sont dans les éditions de 1644-57.
[965] _Ressaisit ses mains_, c'est-à-dire arme de nouveau ses mains, l'une de, etc.
[966] _Var._ O honte! ô crève-coeur! ô désespoir! ô rage! (1632-57)
[967] _Var._ Son bonheur qui me brave et l'en vient retirer. (1632)
[968] _Var._ Qu'avec vous tout l'enfer m'assiste en ce dessein. (1632-60)
[969] _Var._ La terre vous défend d'embrasser ma querelle, Et son flanc vous refuse un passage à sortir. Terre, crève-toi donc afin de m'engloutir. (1632-57)
[970] _Var._ Me fasse de ton sein l'ouverture forcée; N'attends pas qu'un supplice, avec ses cruautés, Ajoute l'infamie à tant de lâchetés: Détourne de mon chef ce comble de misère; Rends-moi, le prévenant, un office de mère. [Mes cris s'en vont en l'air, et s'y perdent sans fruit.] (1632-57)
[971] _Var._ Affronte-les, Pymante, et malgré leurs complots, Conserve ton vaisseau dans la rage des flots. Accablé de malheurs et réduit à l'extrême, [Si quelque espoir te reste, il n'est plus qu'en toi-même.] Passe pour villageois dedans ce lieu fatal. (1632-57)
[972] _Var._ Mais si tu veux t'aider, ton mal n'est pas extrême. (1660-68)
[973] En marge, dans l'édition de 1632: _Il tire son masque._
[974] _Var._ Et ce fer, qui tantôt, inutile en mon poing, Ainsi que ma valeur me faillant au besoin. (1632)
[975] Ce jeu de scène n'est point indiqué dans l'édition de 1660.
[976] _Var._ [N'en produisez non plus de soupçons que d'effets.] Cessez de m'accuser: vous doit-il pas suffire De m'avoir mal servi? c'est trop que de me nuire. Allez, retirez-vous dans ces obscurités; (_Il jette son masque et son épée dans la caverne._) Ainsi je pourrai voir le jour que vous quittez; [Ainsi n'ayant plus rien qui démente ma feinte.] (1632-57)
[977] _Var._ TROUPE D'ARCHERS. (1632-60)
[978] Ce mot est ainsi orthographié dans toutes les éditions de Corneille publiées de son vivant. Voyez le _Lexique_.
[979] _Var._ [Réponds précisément.] PYM. J'arrive tout à l'heure, Et de peur que ma femme en son travail ne meure, Je cherche.... 1er ARCHER. Allons, Monsieur, donnons jusques au lieu, Nous perdons notre temps.... LYS. Adieu, compère, adieu. PYMANTE, _seul_. Cet adieu favorable enfin me rend la vie. (1632-57)
[980] C'est-à-dire, allons jusqu'à cet endroit, poussons jusque-là.
[981] _Var._ Treuve ce qu'elle cherche et ne s'en saisit point. (1632-52 et 57)
[982] _Var._ D'aussi près de la mort comme je l'étois d'eux, (1632-68)
[983] _Var._ Que j'aime ce péril, dont la douce menace. (1632)
[984] _Var._ Je n'ai dans mes forfaits rien à craindre, et Lysarque, Sans trouver mes habits n'en peut avoir de marque. Que s'il ne les voit pas, lors sans aucun effroi. (1632-57)
[985] _Var._ Eux repris, je retourne aussitôt vers le Roi, Où je veux regarder avec effronterie. (1632) _Var._ Je n'ai qu'à me ranger promptement chez le Roi. (1644-57)
[986] _Var._ TROUPE D'ARCHERS. (1632-60)
[987] _Var. Ils regardent les corps_, etc. (1632, en marge.)--_Regardant les corps_, etc. (1644-60)--_Il regarde les corps_, etc. (1663, en marge.)
[988] Tout ce qui, dans cette scène, est dit par le premier archer, est dit par le second dans l'édition de 1632, et réciproquement.
[989] _Var._ [Pour moi, je n'en conçois que de mauvais augures.] 2e ARCHER. Et quels? LYS. Qu'avant mourir, par un vaillant effort, Il en aura fait deux compagnons de sa mort. (1632-57)
[990] _Var._ De qui l'aspect nous rend tout le crime éclairci. (1632-57)
[991] _Var. Il revient de chercher d'un autre coté, et rapporte les deux pièces de l'épée rompue de Rosidor._ (1632, en marge.)--_Lui présentant les deux pièces de l'épée rompue de Rosidor._ (1644-60)--_Il lui présente les deux pièces de l'épée rompue de Rosidor._ (1663, en marge.)
[992] _Var._ [Des pas mêlés de sang distillé goutte à goutte,] Dont les traces vont loin. LYS. Suivons à tous hasards; Vous autres, enlevez les corps de ces pendards. (1632-57)
[993] _Var. Lysarque et ce premier archer rentrent_, etc. (1632 en marge.)
[994] _Var._ PAGE DU PRINCE. (1632)--L'édition de 1632 ajoute aux personnages CLÉON; les scènes IV et V y sont réunies en une seule. Voyez la note [1000] de la page 305.
[995] _Var. Il parle à son page, qui tient en main une bride et fait paroître la tête d'un cheval._ (1632, en marge.)--_Il parle à son page._ (1663, en marge.)
[996] _Var. Le Page s'en va, et le Prince commence à parler à Clitandre._ (1632, en marge.)--Ce jeu de scène n'est point indiqué dans les éditions de 1644-60.
[997] _Var._ Ranime tes ardeurs, qu'il dût faire mourir. (1632-57)
[998] _Var._ Le respect que je porte à ses perfections M'empêche d'employer aucune violence. (1632-57)
[999] _Var._ Je ne le veux devoir qu'à mes chastes ardeurs. (1632-57)
[1000] Dans l'édition de 1632, on lit en marge: _Cléon entre_, et, comme nous l'avons dit, il n'y a point de division de scène après le vers 507.
[1001] _Var._ Pardonnez, Monseigneur, si je romps vos discours. (1632-57)
[1002] _Var._ LE PR. Clitandre? CLÉON. Oui, Monseigneur. LE PR. [Et que lui veut le Roi?] (1632-57)
[1003] _Var._ Monseigneur, ses secrets ne s'ouvrent pas à moi. (1632)
[1004] _Var._ Le moyen, cher ami, que je te laisse aller. (1632-57)
[1005] _Var._ [J'y consens à regret: va, mais qu'il te souvienne] Combien le Prince t'aime, et quoi qu'il te survienne[1005-a], Que j'en sache aussitôt toute la vérité: Jusque-là mon esprit n'est qu'en perplexité. (1632-57)
[1005-a] Combien ton Prince t'aime, et quoi qu'il te survienne. (1644-57)
[1006] En marge, dans l'édition de 1632: _On sonne du cor derrière le théâtre._
[1007] _Var. Elle entre demi-vêtue de l'habit de Géronte, qu'elle avoit trouvé dans le bois, avec celui de Pymante et de Lycaste._ (1632, en marge.)--_Elle sort demi-vêtue de l'habit de Géronte, qu'elle avoit trouvé dans le bois._ (1663, en marge.)
[1008] _Var._ En le désavouant l'oblige infiniment. (1632-57)
[1009] _Var._ Et je suis à moi-même une nouvelle horreur: Cet insolent objet de Caliste échappée Tient et brave toujours ma mémoire occupée. (1632-57)
[1010] _Var._ Mais, hélas! dans l'excès du malheur qui m'opprime, Il ne m'est point permis de jouir de mon crime[1010-a]. Mon jaloux aiguillon, de sa rage séduit, En mérite la peine et n'en a pas le fruit. Le ciel, qui contre moi soutient mon ennemie, Augmente son honneur dedans mon infamie. (1632-57)
[1010-a] Il ne m'est pas permis de jouir de mon crime. (1644)
[1011] _Var._ N'importe, Rosidor de mon dessein failli A de quoi malmener ceux qui l'ont assailli. (1632) _Var._ N'importe, Rosidor de mon dessein manqué, A de quoi malmener ceux qui l'ont attaqué. (1644-57)
[1012] _Var._ D'un autre que de moi ne tient l'air qu'il respire: Il m'en est redevable, et peut-être qu'un jour. (1632-60)
[1013] _Var. Il prend Dorise pour Géronte, et court l'embrasser._ (1632, en marge.)--_Il la prend pour Géronte dont elle a vêtu l'habit, et court l'embrasser._ (1663, en marge.)
[1014] _Var. Elle croit qu'il_, etc. (1632, en marge.)--_Elle croit qu'il la prend pour Rosidor, et qu'il l'embrasse pour la poignarder._ (1663, en marge.)
[1015] _Var._ Qui seul et désarmé cherche dedans ces bois Un boeuf piqué du taon, qui, brisant nos closages, Hier, sur le chaud du jour, s'enfuit des pâturages: M'en apprendrez-vous rien, Monsieur? j'ose penser Que par quelque hasard vous l'aurez vu passer. DOR. Non, je ne te saurois rien dire de ta bête. PYM. Monsieur, excusez donc mon incivile enquête: Je vais d'autre côté tâcher à la revoir; Disposez librement de mon petit pouvoir[1015-a]. [DOR. Ami, qui que tu sois, si ton âme sensible] A la compassion se peut rendre accessible. (1632-57)
[1015-a] C'est le vers 646 de _Mélite_.
[1016] _Var._ Prends pitié de mes maux, et durant quelques jours Tiens-moi dans ta cabane, où bornant ma retraite, Je rencontre un asile à ma fuite secrète. PYM. Tout lourdaud que je suis en ma rusticité, Je vois bien quand on rit de ma simplicité. Je vais chercher mon boeuf: laissez-moi, je vous prie, Et ne vous moquez plus de mon peu d'industrie. DOR. Hélas! et plût aux Dieux que mon affliction Fût seulement l'effet de quelque fiction! Mon grand ami, de grâce, accorde ma prière. PYM. Il faudroit donc un peu vous cacher là derrière: Quelques mugissements entendus de là-bas Me font en ce vallon hasarder quelques pas: J'y cours et vous rejoins. DOR. Souffre que je te suive. PYM. Vous me retarderiez, Monsieur: homme qui vive Ne peut à mon égal brosser dans ces buissons. DOR. Non, non, je courrai trop. PYM. Que voilà de façons! Monsieur, résolvez-vous, choisissez l'un ou l'autre: Ou faites ma demande, ou j'éconduis la vôtre. DOR. Bien donc, je t'attendrai. PYM. Cette touffe d'ormeaux Aisément vous pourra couvrir de ses rameaux. (1632-57)
[1017] Dans l'édition de 1632, on lit en marge: _Il est seul_, et il n'y a point de distinction de scène.
[1018] _Var._ Simple! J'ai peur encor que ce malheur m'advienne. (1652, 57 et 60)
[1019] _Var._ Je ne m'y peux résoudre: un reste de pitié. (1632)
[1020] _Var._ J'en pâme déjà d'aise, et mon âme ravie. (1632-60)
[1021] Voyez plus haut, p. 208, note [692].
[1022] _Var._ Fais qu'en cette caverne il rencontre sa mort. (1632-60)
[1023] _Var._ Modère-toi, Pymante, et plutôt examine. (1632-57)
ACTE III.
SCÈNE PREMIÈRE.
ALCANDRE, ROSIDOR, CALISTE, UN PRÉVÔT.
ALCANDRE.
L'admirable rencontre à mon âme ravie[1024], De voir que deux amants s'entre-doivent la vie, 670 De voir que ton péril la tire de danger, Que le sien te fournit de quoi t'en dégager, Qu'à deux desseins divers la même heure choisie[1025] Assemble en même lieu pareille jalousie, Et que l'heureux malheur qui vous a menacés 675 Avec tant de justesse a ses temps compassés!
ROSIDOR.
Sire, ajoutez du ciel l'occulte providence: Sur deux amants il verse une même influence; Et comme l'un par l'autre il a su nous sauver, IL semble l'un pour l'autre exprès nous conserver. 680
ALCANDRE.
Je t'entends, Rosidor: par là tu me veux dire Qu'il faut qu'avec le ciel ma volonté conspire, Et ne s'oppose pas à ses justes décrets, Qu'il vient de témoigner par tant d'avis secrets. Eh bien! je veux moi-même en parler à la Reine; 685 Elle se fléchira, ne t'en mets pas en peine. Achève seulement de me rendre raison De ce qui t'arriva depuis sa pâmoison.
ROSIDOR.
Sire, un mot désormais suffit pour ce qui reste.
Lysarque et vos archers depuis ce lieu funeste 690 Se laissèrent conduire aux traces de mon sang, Qui durant le chemin me dégouttoit du flanc; Et me trouvant enfin dessous un toit rustique, Ranimé par les soins de son amour pudique[1026], Leurs bras officieux m'ont ici rapporté, 695 Pour en faire ma plainte à Votre Majesté. Non pas que je soupire après une vengeance, Qui ne peut me donner qu'une fausse allégeance[1027]: Le Prince aime Clitandre, et mon respect consent Que son affection le déclare innocent; 700 Mais si quelque pitié d'une telle infortune Peut souffrir aujourd'hui que je vous importune[1028], Otant par un hymen l'espoir à mes rivaux, Sire, vous taririez la source de nos maux[1029].
ALCANDRE.
Tu fuis à te venger: l'objet de ta maîtresse 705 Fait qu'un tel desir cède à l'amour qui te presse[1030]; Aussi n'est-ce qu'à moi de punir ces forfaits, Et de montrer à tous par de puissants effets Qu'attaquer Rosidor, c'est se prendre à moi-même: Tant je veux que chacun respecte ce que j'aime! 710 Je le ferai bien voir. Quand ce perfide tour Auroit eu pour objet le moindre de ma cour, Je devrois au public, par un honteux supplice, De telles trahisons l'exemplaire justice. Mais Rosidor, surpris et blessé comme il l'est[1031], 715 Au devoir d'un vrai roi joint mon propre intérêt[1032]. Je lui ferai sentir, à ce traître Clitandre, Quelque part que le Prince y puisse ou veuille prendre[1033], Combien mal à propos sa folle vanité[1034] Croyoit dans sa faveur trouver l'impunité. 720 Je tiens cet assassin: un soupçon véritable[1035], Que m'ont donné les corps d'un couple détestable, De son lâche attentat m'avoit si bien instruit[1036], Que déjà dans les fers il en reçoit le fruit.
Toi, qu'avec Rosidor le bonheur a sauvée, 725 Tu te peux assurer que, Dorise trouvée, Comme ils avoient choisi même heure à votre mort, En même heure tous deux auront un même sort.
CALISTE.
Sire, ne songez pas à cette misérable; Rosidor garanti me rend sa redevable[1037], 730 Et je me sens forcée à lui vouloir du bien D'avoir à votre État conservé ce soutien.
ALCANDRE.