Œuvres de P. Corneille, Tome 01

Chapter 29

Chapter 293,516 wordsPublic domain

Voici qui t'aidera: mais derechef, de grâce, 1495 Cesse de me gêner durant ce peu d'espace. Je vois déjà Mélite. Ah! belle ombre, voici L'ennemi de votre heur qui vous cherchoit ici: C'est Éraste, c'est lui, qui n'a plus d'autre envie Que d'épandre à vos pieds son sang avec sa vie: 1500 Ainsi le veut le sort, et tout exprès les Dieux L'ont abîmé vivant en ces funestes lieux.

LA NOURRICE.

Pourquoi permettez-vous que cette frénésie Règne si puissamment sur votre fantaisie? L'enfer voit-il jamais une telle clarté? 1505

ÉRASTE.

Aussi ne la tient-il que de votre beauté; Ce n'est que de vos yeux que part cette lumière.

LA NOURRICE.

Ce n'est que de mes yeux! Dessillez la paupière, Et d'un sens plus rassis jugez de leur éclat.

ÉRASTE.

Ils ont, de vérité, je ne sais quoi de plat; 1510 Et plus je vous contemple, et plus sur ce visage Je m'étonne de voir un autre air, un autre âge: Je ne reconnois plus aucun de vos attraits. Jadis votre nourrice avoit ainsi les traits, Le front ainsi ridé, la couleur ainsi blême, 1515 Le poil ainsi grison. O Dieux! c'est elle-même. Nourrice, qui t'amène en ces lieux pleins d'effroi[776]? Y viens-tu rechercher Mélite comme moi?

LA NOURRICE.

Cliton la vit pâmer, et se brouilla de sorte[777] Que la voyant si pâle il la crut être morte; 1520 Cet étourdi trompé vous trompa comme lui. Au reste, elle est vivante, et peut-être aujourd'hui Tircis, de qui la mort n'étoit qu'imaginaire, De sa fidélité recevra le salaire.

ÉRASTE.

Désormais donc en vain je les cherche ici-bas; 1525 En vain pour les trouver je rends tant de combats.

LA NOURRICE.

Votre douleur vous trouble, et forme des nuages Qui séduisent vos sens par de fausses images: Cet enfer, ces combats ne sont qu'illusions[778].

ÉRASTE.

Je ne m'abuse point de fausses visions: 1530 Mes propres yeux ont vu tous ces monstres en fuite, Et Pluton de frayeur en quitter la conduite.

LA NOURRICE.

Peut-être que chacun s'enfuyoit devant vous, Craignant votre fureur et le poids de vos coups; Mais voyez si l'enfer ressemble à cette place: 1535 Ces murs, ces bâtiments, ont-ils la même face? Le logis de Mélite et celui de Cliton Ont-ils quelque rapport à celui de Pluton? Quoi? n'y remarquez-vous aucune différence?

ÉRASTE.

De vrai, ce que tu dis a beaucoup d'apparence[779]. 1540 Nourrice, prends pitié d'un esprit égaré Qu'ont mes vives douleurs d'avec moi séparé: Ma guérison dépend de parler à Mélite.

LA NOURRICE.

Différez pour le mieux un peu cette visite, Tant que, maître absolu de votre jugement, 1545 Vous soyez en état de faire un compliment. Votre teint et vos yeux n'ont rien d'un homme sage; Donnez-vous le loisir de changer de visage[780]: Un moment de repos que vous prendrez chez vous....

ÉRASTE.

Ne peut, si tu n'y viens, rendre mon sort plus doux, Et ma foible raison, de guide dépourvue, Va de nouveau se perdre en te perdant de vue.

LA NOURRICE.

Si je vous suis utile, allons je ne veux pas Pour un si bon sujet vous épargner mes pas.

SCÈNE III.

CLORIS, PHILANDRE.

CLORIS.

Ne m'importune plus, Philandre, je t'en prie; 1555 Me rapaiser jamais passe ton industrie. Ton meilleur, je t'assure, est de n'y plus penser; Tes protestations ne font que m'offenser: Savante à mes dépens de leur peu de durée, Je ne veux point en gage un foi parjurée, 1560 Un coeur que d'autres yeux peuvent sitôt brûler[781], Qu'un billet supposé peut sitôt ébranler.

PHILANDRE.

Ah! ne remettez plus dedans votre mémoire L'indigne souvenir d'une action si noire, Et pour rendre à jamais nos premiers voeux contents, Étouffez l'ennemi du pardon que j'attends. Mon crime est ans égal; mais enfin, ma chère âme[782]....

CLORIS.

Laisse là désormais ces petits mots de flamme, Et par ces faux témoins d'un feu mal allumé Ne me reproche plus que je t'ai trop aimé. 1570

PHILANDRE.

De grâce, redonnez à l'amitié passée Le rang que je tenois dedans votre pensée. Derechef, ma Cloris, par ces doux entretiens, Par ces feux qui voloient de vos yeux dans les miens[783], Par ce que votre foi me permettoit d'attendre.... 1575

CLORIS.

C'est où dorénavant tu ne dois plus prétendre. Ta sottise m'instruit, et par là je vois bien Qu'un visage commun, et fait comme le mien, N'a point assez d'appas, ni de chaîne assez forte, Pour tenir en devoir un homme de ta sorte. 1580 Mélite a des attraits qui savent tout dompter; Mais elle ne pourroit qu'à peine t'arrêter: Il te faut un sujet qui la passe ou l'égale. C'est en vain, que vers moi ton amour se ravale; Fais-lui, si tu m'en crois, agréer tes ardeurs: 1585 Je ne veux point devoir mon bien à ses froideurs.

PHILANDRE.

Ne me déguisez rien, un autre a pris ma place; Une autre affection vous rend pour moi de glace.

CLORIS.

Aucun jusqu'à ce point n'est encore arrivé[784]; Mais je te changerai pour le premier trouvé. 1590

PHILANDRE.

C'en est trop, tes dédains épuisent ma souffrance. Adieu; je ne veux plus avoir d'autre espérance, Sinon qu'un jour le ciel te fera ressentir De tant de cruautés le juste repentir.

CLORIS.

Adieu: Mélite et moi nous aurons de quoi rire[785] 1595 De tous les beaux discours que tu me viens de dire. Que lui veux-tu mander?

PHILANDRE.

Va, dis-lui de ma part Qu'elle, ton frère et toi, reconnoîtrez trop tard Ce que c'est que d'aigrir un homme de ma sorte[786].

CLORIS.

Ne crois pas la chaleur du courroux qui t'emporte: 1600 Tu nous ferois trembler plus d'un quart d'heure ou deux.

PHILANDRE.

Tu railles, mais bientôt nous verrons d'autres jeux: Je sais trop comme on venge une flamme outragée.

CLORIS.

Le sais-tu mieux que moi, qui suis déjà vengée? Par où t'y prendras-tu? de quel air?

PHILANDRE.

Il suffit: 1605 Je sais comme on se venge.

CLORIS.

Et moi comme on s'en rit.

SCÈNE IV.

TIRCIS, MÉLITE.

TIRCIS.

Maintenant que le sort, attendri par nos plaintes, Comble notre espérance et dissipe nos craintes, Que nos contentements ne sont plus traversés Que par le souvenir de nos malheurs passés[787], 1610 Ouvrons toute notre âme à ces douces tendresses Qu'inspirent aux amants les pleines allégresses, Et d'un commun accord chérissons nos ennuis, Dont nous voyons sortir de si précieux fruits. Adorables regards, fidèles interprètes 1615 Par qui nous expliquions nos passions secrètes, Doux truchements du coeur, qui déjà tant de fois M'avez si bien appris ce que n'osoit la voix, Nous n'avons plus besoin de votre confidence: L'amour en liberté peut dire ce qu'il pense, 1620 Et dédaigne un secours qu'en sa naissante ardeur Lui faisoient mendier la crainte et la pudeur. Beaux yeux, à mon transport pardonnez ce blasphème, La bouche est impuissante où l'amour est extrême: Quand l'espoir est permis, elle a droit de parler; 1625 Mais vous allez plus loin qu'elle ne peut aller. Ne vous lassez donc point d'en usurper l'usage, Et quoi qu'elle m'ait dit, dites-moi davantage. Mais tu ne me dis mot, ma vie; et quels soucis T'obligent à te taire auprès de ton Tircis? 1630

MÉLITE.

Tu parles à mes yeux, et mes yeux te répondent.

TIRCIS.

Ah! mon heur, il est vrai, si tes desirs secondent Cet amour qui paroît et brille dans tes yeux, Je n'ai rien désormais à demander aux Dieux.

MÉLITE.

Tu t'en peux assurer: mes yeux si pleins de flamme 1635 Suivent l'instruction des mouvements de l'âme. On en a vu l'effet, lorsque ta fausse mort A fait sur tous mes sens un véritable effort[788]; On en a vu l'effet, quand te sachant en vie, De revivre avec toi j'ai pris aussi l'envie[789]; 1640 On en a vu l'effet, lorsqu'à force de pleurs Mon amour et mes soins, aidés de mes douleurs, Ont fléchi la rigueur d'une mère obstinée, Et gagné cet aveu qui fait notre hyménée[790], Si bien qu'à ton retour ta chaste affection 1645 Ne trouve plus d'obstacle à sa prétention[791]. Cependant l'aspect seul des lettres d'un faussaire Te sut persuader tellement le contraire, Que sans vouloir m'entendre, et sans me dire adieu, Jaloux et furieux tu partis de ce lieu[792]. 1650

TIRCIS.

J'en rougis, mais apprends qu'il n'étoit pas possible D'aimer comme j'aimois, et d'être moins sensible; Qu'un juste déplaisir ne sauroit écouter La raison qui s'efforce à le violenter[793]; Et qu'après des transports de telle promptitude, 1655 Ma flamme ne te laisse aucune incertitude.

MÉLITE.

Tout cela seroit peu, n'étoit que ma bonté[794] T'en accorde un oubli sans l'avoir mérité, Et que, tout criminel, tu m'es encore aimable.

TIRCIS.

Je me tiens donc heureux d'avoir été coupable, 1660 Puisque l'on me rappelle au lieu de me bannir, Et qu'on me récompense au lieu de me punir. J'en aimerai l'auteur de cette perfidie[795], Et si jamais je sais quelle main si hardie....

SCÈNE V.

CLORIS, TIRCIS, MÉLITE.

CLORIS.

Il vous fait fort bon voir, mon frère, à cajoler, 1665 Cependant qu'une soeur ne se peut consoler, Et que le triste ennui d'une attente incertaine Touchant votre retour la tient encore en peine.

TIRCIS.

L'amour a fait au sang un peu de trahison[796]; Mais Philandre pour moi t'en aura fait raison. 1670 Dis-nous, auprès de lui retrouves-tu ton conte, Et te peut-il revoir sans montrer quelque honte?

CLORIS.

L'infidèle m'a fait tant de nouveaux serments. Tant d'offres, tant de voeux, et tant de compliments, Mêlés de repentir....

MÉLITE.

Qu'à la fin exorable, 1675 Vous l'avez regardé d'un oeil plus favorable.

CLORIS.

Vous devinez fort mal.

TIRCIS.

Quoi, tu l'as dédaigné?

CLORIS.

Du moins, tous ses discours n'ont encor rien gagné[797].

MÉLITE.

Si bien qu'à n'aimer plus votre dépit s'obstine?

CLORIS.

Non pas cela du tout, mais je suis assez fine: 1680 Pour la première fois, il me dupe qui veut; Mais pour une seconde, il m'attrape qui peut.

MÉLITE.

C'est-à-dire, en un mot....

CLORIS.

Que son humeur volage[798] Ne me tient pas deux fois en un même passage; En vain dessous mes lois il revient se ranger. 1685 Il m'est avantageux de l'avoir vu changer, Avant que de l'hymen le joug impitoyable[799], M'attachant avec lui, me rendît misérable[800]. Qu'il cherche femme ailleurs, tandis que de ma part J'attendrai du destin quelque meilleur hasard. 1690

MÉLITE.

Mais le peu qu'il voulut me rendre de service Ne lui doit pas porter un si grand préjudice.

CLORIS.

Après un tel faux bond, un change si soudain, A volage, volage, et dédain pour dédain.

MÉLITE.

Ma soeur, ce fut pour moi qu'il osa s'en dédire 1695

CLORIS.

Et pour l'amour de vous je n'en ferai que rire.

MÉLITE.

Et pour l'amour de moi vous lui pardonnerez.

CLORIS.

Et pour l'amour de moi vous m'en dispenserez.

MÉLITE.

Que vous êtes mauvaise!

CLORIS.

Un peu plus qu'il ne semble.

MÉLITE.

Je vous veux toutefois remettre bien ensemble[801]. 1700

CLORIS.

Ne l'entreprenez pas; peut-être qu'après tout[802] Votre dextérité n'en viendroit pas à bout.

SCÈNE VI.

TIRCIS, LA NOURRICE[803], ÉRASTE, MÉLITE, CLORIS.

TIRCIS.

De grâce, mon souci, laissons cette causeuse[804]: Qu'elle soit à son choix facile ou rigoureuse, L'excès de mon ardeur ne sauroit consentir 1705 Que ces frivoles soins te viennent divertir: Tous nos pensers sont dus, en l'état où nous sommes[805], A ce noeud qui me rend le plus heureux des hommes, Et ma fidélité, qu'il va récompenser....

LA NOURRICE[806].

Vous donnera bientôt autre chose à penser. 1710 Votre rival vous cherche, et la main à l'épée Vient demander raison de sa place usurpée.

ÉRASTE, à Mélite.

Non, non, vous ne voyez en moi qu'un criminel, A qui l'âpre rigueur d'un remords éternel Rend le jour odieux, et fait naître l'envie 1715 De sortir de sa gêne en sortant de la vie[807]. Il vient mettre à vos pieds sa tête à l'abandon; La mort lui sera douce à l'égal du pardon. Vengez donc vos malheurs; jugez ce que mérite La main qui sépara Tircis d'avec Mélite, 1720 Et de qui l'imposture avec de faux écrits A dérobé Philandre aux voeux de sa Cloris.

MÉLITE.

Éclaircis du seul point qui nous tenoit en doute, Que serois-tu d'avis de lui répondre?

TIRCIS.

Écoute Quatre mots à quartier[808].

ÉRASTE.

Que vous avez de tort 1725 De prolonger ma peine en différant ma mort! De grâce, hâtez-vous d'abréger mon supplice[809], Ou ma main préviendra votre lente justice.

MÉLITE.

Voyez comme le ciel a de secrets ressorts Pour se faire obéir malgré nos vains efforts: 1730 Votre fourbe, inventée à dessein de nous nuire, Avance nos amours au lieu de les détruire; De son fâcheux succès, dont nous devions périr, Le sort tire un remède afin de nous guérir. Donc pour nous revancher de la faveur reçue, 1735 Nous en aimons l'auteur à cause de l'issue, Obligés désormais de ce que tour à tour Nous nous sommes rendu[810] tant de preuves d'amour, Et de ce que l'excès de ma douleur sincère[811] A mis tant de pitié dans le coeur de ma mère, 1740 Que cette occasion prise comme aux cheveux, Tircis n'a rien trouvé de contraire à ses voeux; Outre qu'en fait d'amour la fraude est légitime; Mais puisque vous voulez la prendre pour un crime, Regardez, acceptant le pardon, ou l'oubli, 1745 Par où votre repos sera mieux établi.

ÉRASTE.

Tout confus et honteux de tant de courtoisie, Je veux dorénavant chérir ma jalousie, Et puisque c'est de là que vos félicités....

LA NOURRICE, à Éraste.

Quittez ces compliments qu'ils n'ont pas mérités: 1750 Ils ont tous deux leur compte, et sur cette assurance Ils tiennent le passé dans quelque indifférence[812], N'osant se hasarder à des ressentiments Qui donneroient du trouble à leurs contentements. Mais Cloris, qui s'en tait, vous la gardera bonne, 1755 Et seule intéressée, à ce que je soupçonne, Saura bien se venger sur vous à l'avenir D'un amant échappé qu'elle pensoit tenir.

ÉRASTE, à Cloris.

Si vous pouviez souffrir qu'en votre bonne grâce Celui qui l'en tira pût occuper sa place[813], 1760 Éraste, qu'un pardon purge de son forfait[814], Est prêt de réparer le tort qu'il vous a fait. Mélite répondra de ma persévérance: Je n'ai pu la quitter qu'en perdant l'espérance; Encore avez-vous vu mon amour irrité 1765 Mettre tout en usage en cette extrémité; Et c'est avec raison que ma flamme contrainte De réduire ses feux dans une amitié sainte, Mes amoureux desirs, vers elle superflus[815] Tournent vers la beauté qu'elle chérit le [ajouté à ma main) «plus»] 1770

TIRCIS.

Que t'en semble, ma soeur?

CLORIS.

Mais toi-même, mon frère?

TIRCIS.

Tu sais bien que jamais je ne te fus contraire.

CLORIS.

Tu sais qu'en tel sujet ce fut toujours de toi Que mon affection voulut prendre la loi.

TIRCIS.

Encor que dans tes yeux tes sentiments se lisent[816] 1775 Tu veux qu'auparavant les miens les autorisent. Parlons donc pour la forme. Oui, ma soeur, j'y consens[817], Bien sûr que mon avis s'accommode à ton sens. Fassent les puissants Dieux que par cette alliance[818] Il ne reste entre nous aucune défiance, 1780 Et que m'aimant en frère, et ma maîtresse en soeur, Nos ans puissent couler avec plus de douceur!

ÉRASTE.

Heureux dans mon malheur, c'est dont je les supplie; Mais ma félicité ne peut être accomplie Jusqu'à ce qu'après vous son aveu m'ait permis[819] 1785 D'aspirer à ce bien que vous m'avez promis.

CLORIS.

Aimez-moi seulement, et pour la récompense On me donnera bien le loisir que j'y pense.

TIRCIS.

Oui, sous condition qu'avant la fin du jour[820] Vous vous rendrez sensible à ce naissant amour[821]. 1790

CLORIS.

Vous prodiguez en vain vos foibles artifices; Je n'ai reçu de lui ni devoirs ni services.

MÉLITE.

C'est bien quelque raison; mais ceux qu'il m'a rendus, Il ne les faut pas mettre au rang des pas perdus. Ma soeur, acquitte-moi d'une reconnoissance 1795 Dont un autre destin m'a mise en impuissance[822]: Accorde cette grâce à nos justes desirs.

TIRCIS.

Ne nous refuse pas ce comble à nos plaisirs[823].

ÉRASTE[824].

Donnez à leurs souhaits, donnez à leurs prières, Donnez à leurs raisons ces faveurs singulières; 1800 Et pour faire aujourd'hui le bonheur d'un amant[825], Laissez-les disposer de votre sentiment.

CLORIS[826].

En vain en ta faveur chacun me sollicite, J'en croirai seulement la mère de Mélite: Son avis m'ôtera la peur du repentir[827], 1805 Et ton mérite alors m'y fera consentir.

TIRCIS.

Entrons donc; et tandis que nous irons le prendre, Nourrice, va t'offrir pour maîtresse à Philandre[828].

LA NOURRICE.

(Tous rentrent, et elle demeure seule[829].)

Là, là, n'en riez point: autrefois en mon temps D'aussi beaux fils que vous étoient assez contents, 1810 Et croyoient de leur peine avoir trop de salaire Quand je quittois un peu mon dédain ordinaire. A leur compte, mes yeux étoient de vrais soleils Qui répandoient partout des rayons nompareils; Je n'avois rien en moi qui ne fût un miracle; 1815 Un seul mot de ma part leur étoit un oracle.... Mais je parle à moi seule. Amoureux, qu'est-ce-ci? Vous êtes bien hâtés de me laisser ainsi[830]! Allez, quelle que soit l'ardeur qui vous emporte[831], On ne se moque point des femmes de ma sorte, 1820 Et je ferai bien voir à vos feux empressés Que vous n'en êtes pas encore où vous pensez.

FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.

[762] _Var. Derrière la tapisserie._ (1633-57)--_Il est derrière le théâtre._ (1663 en marge.)

[763] _Var._ Et moi, quand je devrois passer pour Proserpine. (1633-63)

[764] _Var._ Adieu; soûle à ton dam ton curieux desir. (1633-57)

[765] _Var._ ÉRASTE, _l'épée au poing_. (1633-57)--_L'épée à la main._ (1660)

[766] _Var._ La honte et le devoir leur parle de m'attendre. (1657)

[767] _Var._ La peur renverse tout, et dans ce désarroi Elle saisit si bien les ombres et leur roi. (1633-57)

[768] _Var._ De leurs flambeaux puants ont éteint la lumière. Et tiré de leur chef les serpents d'alentour, De crainte que leurs yeux fissent quelque faux jour, Dont la foible lueur, éclairant ma poursuite, A travers ces horreurs me pût trahir leur fuite. Éaque épouvanté se croit trop en danger, Et fuit son criminel au lieu de le juger; Clothon même et ses soeurs, à l'aspect de ma lame, De peur de tarder trop n'osant couper ma trame, A peine ont eu loisir d'emporter leurs fuseaux, Si bien qu'en ce désordre oubliant leurs ciseaux. (1633-57)

[769] _Var._ D'où vient qu'après Éraste il n'a passé personne. (1633-60)

[770] _Var._ Le déplorable coup du malheur advenu. (1633-60)

[771] _Var._ Aux dépens de vos jours aggrave mon supplice. (1633-57)

[772] _Var._ [Sans le triste secours de ce dur souvenir.] Souvenir rigoureux de qui l'âpre torture Devient plus violente et croît plus on l'endure, Implacable bourreau, tu vas seul étouffer Celui dont le courage a dompté tout l'enfer. Qu'il m'eût bien mieux valu céder à ses furies! Qu'il m'eût bien mieux valu souffrir ses barbaries, Et de gré me soumettre, en acceptant sa loi, A tout ce que sa rage eût ordonné de moi! Tout ce qu'il a de fers, de feux, de fouets, de chaînes, Ne sont auprès de toi que de légères peines. (1633)

[773] _Var._ Oui, ce qu'ont les enfers, de feux, de fouets, de chaînes. (1644-63)

[774] _Var._ De grâce, un peu de trêve, un moment, un moment. (1633)

[775] _Var. Il montre son épée._ (1633, en marge.)--Ce jeu de scène n'est point indiqué dans les éditions de 1644-60.

[776] _Var._ Nourrice, et qui t'amène en ces lieux pleins d'effroi? (1633-60)

[777] _Var._ Cliton la vit pâmer, et se troubla de sorte. (1660)

[778] _Var._ Cet enfer, ces combats, ne sont qu'illusion. ÉR. Je ne m'abuse point; j'ai vu sans fiction Ces monstres terrassés se sauver à la fuite. (1633-57)

[779] _Var._ [De vrai, ce que tu dis a beaucoup d'apparence.] Depuis ce que j'ai su de Mélite et Tirsis, Je sens que tout à coup mes regrets adoucis Laissent en liberté les ressorts de mon âme; Ma raison par ta bouche a reçu son dictame. Nourrice, prends le soin d'un esprit égaré, Qui s'est d'avecque moi si longtemps séparé: [Ma guérison dépend de parler à Mélite.] (1633-57)

[780] _Var._ [Donnez-vous le loisir de changer de visage;] Nous pourvoirons après au reste en sa saison. ÉR. Viens donc m'accompagner jusques en ma maison; Car si je te perdois un seul moment de vue, Ma raison, aussitôt de guide dépourvue, M'échapperoit encor. LA NOURR. Allons, je ne veux pas. (1533-57)

[781] _Var._ Je ne veux point d'un coeur qu'un billet aposté Peut résoudre aussitôt à la déloyauté. (1633)

[782] _Var._ Ma maîtresse, mon heur, mon souci, ma chère âme. (1633-57)

[783] _Var._ [Par ces feux qui voloient de vos yeux dans les miens,] Par mes flammes jadis si bien récompensées, Par ces mains si souvent dans les miennes pressées, Par ces chastes baisers qu'un amour vertueux Accordoit au desir d'un coeur respectueux, [Par ce que votre foi me permettoit d'attendre....] (1633-57)

[784] _Var._ Aucun jusqu'à ce point n'est encor parvenu; Mais je te changerai pour le premier venu. PHIL. Tes dédains outrageux épuisent ma souffrance. (1633-57)

[785] _Var._ Adieu: Mélite et moi nous avons de quoi rire. (1644-64)

[786] _Var._ Ce que c'est que d'aigrir un homme de courage. CLOR. Sois sûr de ton côté que ta fougue et ta rage, Et tout ce que jamais nous entendrons de toi, Fournira de risée, elle, mon frère et moi[786-a]. (1633-57)

[786-a] C'est la fin de la scène III dans les éditions indiquées.