Œuvres de P. Corneille, Tome 01

Chapter 28

Chapter 283,456 wordsPublic domain

Présomptueux rival, dont l'absence importune[746] Retarde le succès de ma bonne fortune[747], As-tu sitôt perdu cette ombre de valeur 1345 Que te prêtoit tantôt l'effort de ta douleur? Que devient à présent cette bouillante envie De punir ta volage aux dépens de ma vie? Il ne tient plus qu'à toi[748] que tu ne sois content: Ton ennemi t'appelle, et ton rival t'attend. 1350 Je te cherche en tous lieux, et cependant ta fuite Se rit impunément de ma vaine poursuite. Crois-tu, laissant mon bien dans les mains de ta soeur, En demeurer toujours l'injuste possesseur, Ou que ma patience, à la fin échappée 1355 (Puisque tu ne veux pas le débattre à l'épée), Oubliant le respect du sexe et tout devoir, Ne laisse point sur elle agir mon désespoir?

SCÈNE VIII.

ÉRASTE, PHILANDRE.

ÉRASTE.

Détacher Ixion pour me mettre en sa place! Mégères, c'est à vous une indiscrète audace. 1360 Ai-je avec même front que cet ambitieux[749] Attenté sur le lit du monarque des cieux? Vous travaillez en vain, barbares Euménides[750]; Non, ce n'est pas ainsi qu'on punit les perfides. Quoi! me presser encor? Sus, de pieds et de mains 1365 Essayons d'écarter ces monstres inhumains. A mon secours, esprits! vengez-vous de vos peines; Écrasons leurs serpents; chargeons-les de vos chaînes. Pour ces filles d'enfer nous sommes trop puissants.

PHILANDRE.

Il semble à ce discours qu'il ait perdu le sens[751]. 1370 Éraste, cher ami, quelle mélancolie Te met dans le cerveau cet excès de folie?

ÉRASTE.

Équitable Minos, grand juge des enfers, Voyez qu'injustement on m'apprête des fers. Faire un tour d'amoureux, supposer une lettre, 1375 Ce n'est pas un forfait qu'on ne puisse remettre. Il est vrai que Tircis en est mort de douleur, Que Mélite après lui redouble ce malheur, Que Cloris sans amant ne sait à qui s'en prendre; Mais la faute n'en est qu'au crédule Philandre; 1380 Lui seul en est la cause, et son esprit léger, Qui trop facilement résolut de changer; Car ces lettres, qu'il croit l'effet de ses mérites[752], La main que vous voyez les a toutes écrites.

PHILANDRE.

Je te laisse impuni, traître: de tels remords[753] 1385 Te donnent des tourments pires que mille morts; Je t'obligerois trop de t'arracher la vie, Et ma juste vengeance est bien mieux assouvie Par les folles horreurs de cette illusion. Ah! grands Dieux, que je suis plein de confusion! 1390

SCÈNE IX.

ÉRASTE.

Tu t'enfuis donc, barbare, et me laissant en proie A ces cruelles soeurs, tu les combles de joie? Non, non, retirez-vous, Tisiphone, Alecton, Et tout ce que je vois d'officiers de Pluton: Vous me connoissez mal; dans le corps d'un perfide 1395 Je porte le courage et les forces d'Alcide. Je vais tout renverser dans ces royaumes noirs, Et saccager moi seul ces ténébreux manoirs. Une seconde fois le triple chien Cerbère Vomira l'aconit en voyant la lumière; 1400 J'irai du fond d'enfer dégager les Titans, Et si Pluton s'oppose à ce que je prétends, Passant dessus le ventre à sa troupe mutine, J'irai d'entre ses bras enlever Proserpine[754].

SCÈNE X.

LISIS, CLORIS.

LISIS.

N'en doute plus, Cloris, ton frère n'est point mort[755]; 1405 Mais ayant su de lui son déplorable sort, Je voulois éprouver par cette triste feinte Si celle qu'il adore, aucunement atteinte[756], Deviendroit plus sensible aux traits de la pitié Qu'aux sincères ardeurs d'une sainte amitié. 1410 Maintenant que je vois qu'il faut qu'on nous abuse, Afin que nous puissions découvrir cette ruse, Et que Tircis en soit de tout point éclairci, Sois sûre que dans peu je te le rends ici. Ma parole sera d'un prompt effet suivie: 1415 Tu reverras bientôt ce frère plein de vie; C'est assez que je passe une fois pour trompeur.

CLORIS.

Si bien qu'au lieu du mal nous n'aurons que la peur? Le coeur me le disoit: je sentois que mes larmes Refusoient de couler pour de fausses alarmes, 1420 Dont les plus dangereux et plus rudes assauts[757] Avoient beaucoup de peine à m'émouvoir à faux; Et je n'étudiai cette douleur menteuse Qu'à cause qu'en effet j'étois un peu honteuse[758] Qu'une autre en témoignât plus de ressentiment[759]. 1425

LISIS.

Après tout, entre nous, confesse franchement[760] Qu'une fille en ces lieux, qui perd un frère unique, Jusques au désespoir fort rarement se pique: Ce beau nom d'héritière a de telles douceurs, Qu'il devient souverain à consoler des soeurs. 1430

CLORIS.

Adieu, railleur, adieu: son intérêt me presse D'aller rendre d'un mot la vie à sa maîtresse[761]; Autrement je saurois t'apprendre à discourir.

LISIS.

Et moi, de ces frayeurs de nouveau te guérir.

FIN DU QUATRIÈME ACTE.

[690] _Var._ [M'accuse injustement d'être trop peu discrète.] MÉL. Vraiment tu me poursuis avec trop de rigueur: Que te puis-je conter, n'ayant rien sur le coeur? LA NOURR. Un chacun fait à l'oeil des remarques aisées, Qu'Éraste, abandonnant ses premières brisées, Pour te mieux témoigner son refroidissement, Cherche sa guérison dans un bannissement. Tu m'en veux cependant ôter la connoissance; Mais si jamais sur toi j'eus aucune puissance, Par ce que tous les jours en tes affections Tu reçois de profit de mes instructions[690-a], Apprends-moi ce que c'est. MÉL. Et que sais-je, Nourrice, Des fantasques ressorts qui meuvent son caprice? Ennuyé d'un esprit si grossier que le mien, [Il cherche ailleurs peut-être un meilleur entretien.] (1633-57)

[690-a] Dans l'édition de 1657, probablement par erreur:

Parce que tous les jours, en tes affections, Tu reçois du profit de mes instructions.

[691] _Var._ Rembrase assez souvent une âme dégagée. (1633-57)

[692] _Dispenser à...._ accorder la dispense, la permission nécessaire pour faire quelque chose, autoriser à....

[693] _Var._ D'un bien dont un dédain fait mieux savoir le prix. (1633-57)

[694] _Var._ Faire qu'aux voeux de tous son visage réponde. (1633-57)

[695] _Var._ Leur faire bonne mine, et souffrir leur discours. (1633, 44 et 52-57) _Var._ Leur montrer bonne mine, et souffrir leur discours. (1648)

[696] _Var._ [Et paroissent ensemble entrer en concurrence:] Ainsi lorsque plusieurs te parlent à la fois, En répondant à l'un, serre à l'autre les doigts, Et si l'un te dérobe un baiser par surprise, Qu'à l'autre incontinent il soit en belle prise; Que l'un et l'autre juge, à ton visage égal, Que tu caches ta flamme aux yeux de son rival. Partage bien les tiens, et surtout sache feindre, De sorte que pas un n'ait sujet de se plaindre. (1633-57)

[697] _Var._ Tiens bon, et cède enfin, puisqu'il faut que tu cèdes, A qui paiera le mieux le bien que tu possèdes. (1633-57)

[698] _Var._ [Promptement le motif de cette maladie.] MÉL. Tirsis est ce motif. LA NOURR. Ce jeune cavalier! Son ami plus intime et son plus familier! [N'a-ce pas été lui qui te l'a fait connoître?] (1633-57)

[699] _Var._ Et si dans ce jourd'hui je l'avois écarté, Tu verrois dès demain Éraste à mon côté. LA NOURR. J'ai regret que tu sois la pomme de discorde. (1633-57)

[700] _Var._ Auprès de sa splendeur toute autre est trop petite. (1633-57)

[701] On lit dans l'édition de 1633: _tu te places_, pour _tu le places_; mais c'est évidemment une faute d'impression.

[702] L'édition de 1633 porte, mais ce doit être aussi une faute:

Et d'un riche honteux la richesse suivie.

[703] _Var._ Qu'avecque tout son bien Un jaloux dessus moi n'obtiendra jamais rien.(1633-60)

[704] _Var._ [Et rentre, que je parle à la soeur de Tirsis:] Je la vois qui de loin me fait signe et m'appelle. [LA NOURR. Peut-être elle t'en veut dire quelque nouvelle.] MÉL. [Rentre, sans t'informer de ce qu'elle prétend.] (1633-57)

[705] _Mettre en cervelle_, inquiéter. Voyez plus haut, p. 192, note [641].

[706] _Var._ Qu'aux fourbes qu'on leur fait je ne puis consentir. (1633-57)

[707] _Var._ Mais pour m'en repentir j'ai fait un trop beau choix. (1633-60)

[708] La leçon de 1657:

C'est l'homme qui de tous l'a mérité le moins,

est certainement une faute d'impression.

[709] _Var._ Mais je m'étonne fort que vous l'osez blâmer, Vu que pour votre honneur vous devez l'estimer. (1633-57)

[710] _Var._ Après cela jugez si je le peux haïr. (1633) _Var._ Jugez après cela si je le puis haïr. (1644-57)

[711] _Var._ Puisque sa trahison m'est un grand témoignage. (1633-57)

[712] _Var._ Vraiment c'est un pouvoir dont vous usez fort mal, Le poussant à me faire un tour si déloyal. (1633-57)

[713] _Var._ Quoi! son devoir l'oblige à l'infidélité! CLOR. N'allons point rechercher tant de subtilité. (1633-57)

[714] _Var._ Sur un serment commun d'être un jour sa moitié. (1633-57)

[715] _Var._ Doncques, pour me railler. (1633-57)

[716] _Var._ Doncques, pour m'éblouir, une âme déloyale. (1633-57)

[717] Voyez plus haut, p. 194, note [649].

[718] L'édition de 1664 donne: _vous croiriez_, pour _vous croirez_, ce qui est sans doute une faute d'impression.

[719] _Var._ Vous en voulez bien croire au moins votre écriture. (1633-57)

[720] _Var._ Veut savoir par avant le nom de l'imposteur, Afin que cet affront retombe sur l'auteur. CLOR. Vous voulez m'affiner; mais c'est peine perdue: Mélite, que vous sert de faire l'entendue? La chose étant si claire, à quoi bon la nier? (1633-57)

[721] _Var._ C'est le brave Lisis, qui tout triste et pensif, A ce qu'on peut juger, montre un deuil excessif. (1633-57)

[722] _Var._ Pouvez-vous demeurer auprès d'une personne Digne pour ses forfaits que chacun l'abandonne? Quittez cette infidèle, et venez avec moi. (1633-57)

[723] _Var._ Dedans ce désespoir a rendu sa belle âme. MÉL. Hélas! soutenez-moi; je n'en puis plus, je pâme. (1633-57)

[724] Les mots: _à Lisis_, manquent dans les éditions de 1633-60.

[725] _Var._ Si proche du logis, il vaut mieux l'y porter. (1657)

[726] On lit en marge, dans l'exemplaire de l'édition de 1633 dont il a été parlé à la note [612] de la page 183: _Cliton et la Nourrice emportent Mélite pâmée en son logis, où Cloris les suit, appuyée sur Lisis._

[727] _Var._ CLORIS, _à Lisis_. (1633, dans l'exemplaire de la Bibliothèque impériale, cité à la note précédente, et 1644-60.)

[728] _Var._ Mais à quelle raison leurs âmes désunies. (1633-63)

[729] _Var._ Fuyez de mon penser, inutiles remords; J'en ai trop de sujet de leur être contraire: Cloris m'offense trop, étant soeur d'un tel frère. (1633-57)

[730] _Var._ [N'a que la peine due à sa crédulité.] Allons donc sans scrupule, allons voir cette belle; Faisons tous nos efforts à nous rapprocher d'elle, Et tâchons de rentrer en son affection, Avant qu'elle ait rien su de notre invention[730-a]. Cliton sort de chez elle.

SCÈNE VI.

ÉRASTE, CLITON.

ÉR. Eh bien! que fait Mélite? [CLIT. Monsieur, tout est perdu: votre fourbe maudite.] (1633-57)

[730-a] Avant qu'elle ait rien su de notre intention. (1654)

[731] _Var._ Monsieur, il est tout vrai: le moment déplorable. (1633-60)

[732] _Var._ Ce pair d'amants sans pair est sous la sépulture. (1633-57) _Var._ Ces malheureux amants treuvent la sépulture. (1660)

[733] _Var._ Tu m'oses donc flatter, et ta sottise estime M'obliger en taisant la moitié de mon crime? (1633-57)

[734] _Var._ Achève tout d'un trait: dis que maîtresse, ami. (1633-57)

[735] _Var._ Par ma fraude a perdu la lumière des cieux. (1633-57)

[736] _Var._ [Falsifié, trahi, séduit, assassiné,] Que j'ai toute une ville en larmes convertie: [Tu n'en diras encor que la moindre partie.] Mais quel ressentiment! quel puissant déplaisir! Grands Dieux! et peuvent-ils jusque-là nous saisir, Qu'un pauvre amant en meure, et qu'une âpre tristesse Réduise au même point après lui sa maîtresse? CLIT. Tous ces discours ne font.... ÉR. Laisse agir ma douleur, Traître, si tu ne veux attirer ton malheur: Interrompre son cours, c'est n'aimer pas ta vie. La mort de son Tirsis me l'a doncques ravie! [Je ne l'avois pas su, Parques, jusqu'à ce jour.] (1633-57)

[737] _Var._ [Il vous pût commander d'unir aussi leurs trames;] J'ignorois que, pour être exemptes de ses coups, Vous souffrissiez qu'il prît un tel pouvoir sur vous. [Vous en relevez donc, et vos ciseaux barbares] Tranchent comme il lui plaît les choses les plus rares! Vous en relevez donc, et pour le flatter mieux Vous voulez comme lui ne vous servir point d'yeux! Mais je m'en prends à vous, et ma funeste ruse, Vous imputant ces maux, se bâtit une excuse; J'ose vous en charger, et j'en suis l'inventeur, Et seul de ces malheurs[737-a] le détestable auteur. Mon courage, au besoin se trouvant trop timide Pour attaquer Tirsis autrement qu'en perfide, Je fis à mon défaut combattre son ennui, Son deuil, son désespoir, sa rage, contre lui. Hélas! et falloit-il que ma supercherie Tournât si lâchement son amour en furie? Falloit-il, l'aveuglant d'une indiscrète erreur, Contre une âme innocente allumer sa fureur? Falloit-il le forcer à dépeindre Mélite Des infâmes couleurs d'une fille hypocrite[737-b]? [Inutiles regrets, repentirs superflus.] (1633-57)

[737-a] Les éditions de 1633 et de 1644 donnent, mais par erreur sans doute: «ses malheurs,» pour «ces malheurs.»

[737-b] Les quatre derniers vers, depuis: «Falloit-il, l'aveuglant, etc.,» ne sont que dans l'édition de 1633.

[738] _Var._ Et que par ma main propre un juste sacrifice De mon coupable chef venge mon artifice[738-a]. Avançons donc, allons sur cet aimable corps Éprouver, s'il se peut, à la fois mille morts. D'où vient qu'au premier pas je tremble, je chancelle? Mon pied, qui me dédit, contre moi se rebelle. [Quel murmure confus! et qu'entends-je hurler?] (1633-57)

[738-a] Ces deux vers, ainsi que les vers 1301 et 1302 du texte, manquent dans les éditions de 1644-57.

[739] _Var._ Et dont les neuf remplis ceignent ces tristes lieux, Ne te colère point contre mon insolence, [Si j'ose avec mes cris violer ton silence.] Ce n'est pas que je veuille, en buvant de ton eau, Avec mon souvenir étouffer mon bourreau; Non, je ne prétends pas une faveur si grande; Réponds-moi seulement, réponds à ma demande: As-tu vu ces amants? Tirsis est-il passé? Mélite est-elle ici? Mais que dis-je? insensé! Le père de l'oubli, dessous cette onde noire, Pourroit-il conserver tant soit peu de mémoire? Mais de rechef que dis-je? Imprudent! je confonds Le Léthé pêle-mêle et ces gouffres profonds; Le Styx, de qui l'oubli ne prit jamais naissance, De tout ce qui se passe a tant de connoissance, Que les Dieux n'oseroient vers lui s'être mépris. Mais le traître se tait, et tenant ces esprits Pour le plus grand trésor de son funeste empire, De crainte de les perdre, il n'en ose rien dire. Vous donc, esprits légers, qui, faute de tombeaux. (1633-57)

[740] _Var._ Dites, et je promets d'employer mon crédit. (1633-60)

[741] _Var._ Monsieur, que faites-vous? Votre raison s'égare: Voyez qu'il n'est ici de Styx ni de Ténare; Revenez à vous-même. [ÉR. Ah! te voilà, Charon.] (1633-57)

[742] _Var._ Monsieur, rentrez en vous, contemplez mon visage. (1633-57)

[743] _Fondre_, aller au fond, s'engloutir.

[744] _Var._ [Il n'en aura que trop d'Éraste et de ses crimes][744-a]. CLIT. Il vaut mieux esquiver, car avecque des fous[744-b] Souvent on ne rencontre à gagner que des coups: Si jamais un amant fut dans l'extravagance, Il s'en peut bien vanter avec toute assurance. ÉRASTE, _se jetant sur ses épaules_[744-c]. Tu veux donc échapper à l'autre bord sans moi? [Si faut-il qu'à ton cou je passe malgré toi.] (1633-57)

[744-a] Il n'en aura que trop d'Éraste, de ses crimes. (1657)

[744-b] Il vaut mieux se tirer, car avecque des fous. (1644-57)

[744-c] _Il se jette sur les épaules de Cliton, qui l'emporte du théâtre._ (1633, en marge.)

[745] Ce jeu de scène est omis dans l'édition de 1660; dans celle de 1664, il est placé entre les deux derniers vers de la scène. Voyez p. 223, note [744-c].

[746] _Var._ Rival injurieux, dont l'absence importune. (1633-57)

[747] _Var._ [Retarde le succès de ma bonne fortune,] Et qui, sachant combien m'importe ton retour, De peur de m'obliger n'oserois voir le jour, As-tu sitôt perdu cette ombre de courage Que te prêtoient jadis les transports de ta rage? Ce brusque mouvement d'un esprit forcené Relâche-t-il sitôt ton coeur efféminé? [Que devient à présent cette bouillante envie.] (1633)

[748] On lit dans l'édition de 1654: «Il ne tient plus à toi,» pour «qu'à toi.» C'est évidemment une faute, ainsi qu'à la page suivante, la leçon de 1657 v. 1359: «Détachez Ixion;» et au vers 1360 le singulier _mégère_, pour _mégères_, dans les éditions de 1660-64.

[749] _Var._ Ai-je, prenant le front de cet audacieux. (1633-57) _Var._ Ai-je, prenant le front de cet ambitieux. (1660-64)

[750] _Var._ Vous travaillez en vain, bourrelles Euménides. (1633-60)

[751] _Var._ Il semble à ces discours qu'il ait perdu le sens. (1633-57)

[752] _Var._ Car des lettres qu'il a de la part de Mélite, Autre que cette main n'en a pas une écrite. (1633-57)

[753] _Var._ Je te laisse impuni, perfide, tes remords. (1633) _Var._ Je te laisse impuni, traître, car tes remords. (1644-57) _Var._ Je te laisse impuni, de si cuisants remords. (1660)

[754] Bien que Claveret ne conteste pas à Corneille l'invention de la frénésie d'Éraste (voyez plus haut, p. 128), on pourrait être tenté de croire que notre poëte en a pris l'idée dans la _Climène_ de C. S. sieur de la Croix, représentée, suivant les frères Parfait, en 1628 (_Histoire du théâtre françois_, tome IV, p. 401). Le berger Liridas, pensant que Climène est morte, devient fou de chagrin; dans son délire, il veut obliger un magicien, qu'il prend pour Pluton, à rendre la vie à son amante, et lui dit:

Toi seul dedans ces lieux sentiras les tourments, Sans pouvoir prendre part à nos contentements; J'épouserai Climène, et pour ma concubine Je prendrai, s'il me plaît, ta femme Proserpine.

[755] _Var._ N'en doute aucunement, ton frère n'est point mort. (1633-57)

[756] _Var._ Si ce coeur, recevant quelque légère atteinte. (1633)

[757] _Var._ Dont les plus furieux et plus rudes assauts Avoient bien de la peine à m'émouvoir à faux. (1633-57)

[758] _Var._ Qu'à cause que j'étois parfaitement honteuse. (1633-57)

[759] _Var._ Qu'un autre[759-a] en témoignât plus de ressentiment. (1633-60)

[759-a] Il y a plus loin un semblable emploi du masculin dans le vers 1387 de _Clitandre_. Voyez le _Lexique_; voyez aussi la première variante de la p. 241 (note [796]) et la huitième de la p. 363 (note [1214]).

[760] _Var._ Mais avec tout cela confesse franchement. (1633-57)

[761] _Var._ D'aller vite d'un mot ranimer sa maîtresse; Autrement je saurois te rendre ton paquet. LIS. Et moi pareillement rabattre ton caquet. (1633-57)

ACTE V.

SCÈNE PREMIÈRE.

CLITON, LA NOURRICE.

CLITON.

Je ne t'ai rien celé: tu sais toute l'affaire. 1435

LA NOURRICE.

Tu m'en as bien conté; mais se pourroit-il faire Qu'Éraste eût des remords si vifs et si pressants Que de violenter sa raison et ses sens?

CLITON.

Eût-il pu, sans en perdre entièrement l'usage, Se figurer Charon des traits de mon visage, 1440 Et de plus, me prenant pour ce vieux nautonier, Me payer à bons coups des droits de son denier?

LA NOURRICE.

Plaisante illusion!

CLITON.

Mais funeste à ma tête, Sur qui se déchargeoit une telle tempête, Que je tiens maintenant à miracle évident 1445 Qu'il me soit demeuré dans la bouche une dent.

LA NOURRICE.

C'étoit mal reconnoître un si rare service.

ÉRASTE, derrière le théâtre[762].

Arrêtez, arrêtez, poltrons!

CLITON.

Adieu, Nourrice: Voici ce fou qui vient, je l'entends à la voix; Crois que ce n'est pas moi qu'il attrape deux fois. 1450

LA NOURRICE.

Pour moi, quand je devrois passer pour Proserpine[763], Je veux voir à quel point sa fureur le domine.

CLITON.

Contente à tes périls ton curieux desir[764].

LA NOURRICE.

Quoi qu'il puisse arriver, j'en aurai le plaisir.

SCÈNE II.

ÉRASTE, LA NOURRICE.

ÉRASTE[765].

En vain je les rappelle, en vain pour se défendre 1455 La honte et le devoir leur parlent de m'attendre[766]; Ces lâches escadrons de fantômes affreux Cherchent leur assurance aux cachots les plus creux, Et se fiant à peine à la nuit qui les couvre, Souhaitent sous l'enfer qu'un autre enfer s'entr'ouvre. Ma voix met tout en fuite, et dans ce vaste effroi[767], La peur saisit si bien les ombres et leur roi, Que se précipitant à de promptes retraites, Tous leurs soucis ne vont qu'à les rendre secrètes. Le bouillant Phlégéthon, parmi ses flots pierreux, 1465 Pour les favoriser ne roule plus de feux; Tisiphone tremblante, Alecton et Mégère, Ont de leurs flambeaux noirs étouffé la lumière[768]; Les Parques même en hâte emportent leurs fuseaux, Et dans ce grand désordre oubliant leurs ciseaux, 1470 Charon, les bras croisés, dans sa barque s'étonne De ce qu'après Éraste il n'a passé personne[769]. Trop heureux accident, s'il avoit prévenu Le déplorable coup du malheur avenu[770]! Trop heureux accident, si la terre entr'ouverte 1475 Avant ce jour fatal eût consenti ma perte, Et si ce que le ciel me donne ici d'accès Eût de ma trahison devancé le succès! Dieux, que vous savez mal gouverner votre foudre! N'étoit-ce pas assez pour me réduire en poudre 1480 Que le simple dessein d'un si lâche forfait? Injustes, deviez-vous en attendre l'effet? Ah Mélite! ah Tircis! leur cruelle justice Aux dépens de vos jours me choisit un supplice[771]. Ils doutoient que l'enfer eût de quoi me punir 1485 Sans le triste secours de ce dur souvenir[772]. Tout ce qu'ont les enfers de feux, de fouets, de chaînes[773], Ne sont auprès de lui que de légères peines; On reçoit d'Alecton un plus doux traitement. Souvenir rigoureux, trêve, trêve un moment[774]! 1490 Qu'au moins avant ma mort dans ces demeures sombres Je puisse rencontrer ces bienheureuses ombres! Use après, si tu veux, de toute ta rigueur, Et si pour m'achever tu manques de vigueur,

(Il met la main sur son épée[775].)