Œuvres de P. Corneille, Tome 01

Chapter 26

Chapter 263,364 wordsPublic domain

Écoute, j'en ai vu de toutes les façons: 785 J'en ai vu qui sembloient n'être que des glaçons, Dont le feu, retenu par une adroite feinte[631], S'allumoit d'autant plus qu'il souffroit de contrainte; J'en ai vu, mais beaucoup, qui sous le faux appas Des preuves d'un amour qui ne les touchoit pas, 790 Prenoient du passe-temps d'une folle jeunesse Qui se laisse affiner à[632] ces traits de souplesse, Et pratiquoient sous main d'autres affections; Mais j'en ai vu fort peu de qui les passions Fussent d'intelligence avec tout le visage[633]. 795

TIRCIS.

Et de ce petit nombre est celle qui m'engage: De sa possession je me tiens aussi seur[634] Que tu te peux tenir de celle de ma soeur.

PHILANDRE.

Donc, si ton espérance à la fin n'est déçue[635], Ces deux amours auront une pareille issue. 800

TIRCIS.

Si cela n'arrivoit, je me tromperois fort.

PHILANDRE.

Pour te faire plaisir j'en veux être d'accord. Cependant apprends-moi comment elle te traite, Et qui te fait juger son ardeur si parfaite[636].

TIRCIS.

Une parfaite ardeur a trop de truchements 805 Par qui se faire entendre aux esprits des amants: Un coup d'oeil, un soupir[637]....

PHILANDRE.

Ces faveurs ridicules[638] Ne servent qu'à duper des âmes trop crédules. N'as-tu rien que cela?

TIRCIS.

Sa parole et sa foi.

PHILANDRE.

Encor c'est quelque chose. Achève, et conte-moi 810 Les petites douceurs, les aimables tendresses[639] Qu'elle se plaît à joindre à de telles promesses. Quelques lettres du moins te daignent confirmer Ce voeu qu'entre tes mains elle a fait de t'aimer?

TIRCIS.

Recherche qui voudra ces menus badinages, 815 Qui n'en sont pas toujours de fort sûrs témoignages; Je n'ai que sa parole, et ne veux que sa foi.

PHILANDRE.

Je connois donc quelqu'un plus avancé que toi[640].

TIRCIS.

J'entends qui tu veux dire, et pour ne te rien feindre, Ce rival est bien moins à redouter qu'à plaindre. 820 Éraste, qu'ont banni ses dédains rigoureux....

PHILANDRE.

Je parle de quelque autre un peu moins malheureux.

TIRCIS.

Je ne connois que lui qui soupire pour elle.

PHILANDRE.

Je ne te tiendrai point plus longtemps en cervelle[641]: Pendant qu'elle t'amuse avec ses beaux discours, 825 Un rival inconnu possède ses amours, Et la dissimulée, au mépris de ta flamme, Par lettres chaque jour lui fait don de son âme.

TIRCIS.

De telles trahisons lui sont trop en horreur.

PHILANDRE.

Je te veux par pitié tirer de cette erreur. 830 Tantôt, sans y penser, j'ai trouvé cette lettre; Tiens, vois ce que tu peux désormais t'en promettre.

LETTRE SUPPOSÉE DE MÉLITE A PHILANDRE.

_Je commence à m'estimer quelque chose, puisque je vous plais; et mon miroir m'offense tous les jours, ne me représentant pas assez belle, comme je m'imagine qu'il faut être pour mériter votre affection. Aussi je veux bien que vous sachiez que Mélite ne croit la posséder que par faveur[642], ou comme une récompense extraordinaire d'un excès d'amour, dont elle tâche de suppléer au défaut des grâces, que le ciel lui a refusées._

PHILANDRE.

Maintenant qu'en dis-tu? n'est-ce pas t'affronter[643]?

TIRCIS.

Cette lettre en tes mains ne peut m'épouvanter.

PHILANDRE.

La raison?

TIRCIS.

Le porteur a su combien je t'aime, 835 Et par galanterie il t'a pris pour moi-même[644], Comme aussi ce n'est qu'un de deux parfaits amis.

PHILANDRE.

Voilà bien te flatter plus qu'il ne t'est permis, Et pour ton intérêt aimer à te méprendre[645].

TIRCIS.

On t'en aura donné quelque autre pour me rendre, 840 Afin qu'encore un coup je sois ainsi déçu.

PHILANDRE.

Oui, j'ai quelque billet que tantôt j'ai reçu[646], Et puisqu'il est pour toi....

TIRCIS.

Que ta longueur me tue! Dépêche.

PHILANDRE.

Le voilà que je te restitue.

AUTRE LETTRE SUPPOSÉE DE MÉLITE A PHILANDRE.

_Vous n'avez plus affaire qu'à Tircis; je le souffre encore, afin que par sa hantise je remarque plus exactement ses défauts et les fasse mieux goûter à ma mère. Après cela Philandre et Mélite auront tout loisir de rire ensemble des belles imaginations dont le frère et la soeur ont repu leurs espérances._

PHILANDRE.

Te voilà tout rêveur, cher ami; par ta foi, 845 Crois-tu que ce billet s'adresse encore à toi[647]?

TIRCIS.

Traître! c'est donc ainsi que ma soeur méprisée Sert à ton changement d'un sujet de risée? C'est ainsi qu'à sa foi Mélite osant manquer[648], D'un parjure si noir ne fait que se moquer? 850 C'est ainsi que sans honte à mes yeux tu subornes[649] Un amour qui pour moi devoit être sans bornes? Suis-moi tout de ce pas, que l'épée à la main[650] Un si cruel affront se répare soudain: Il faut que pour tous deux ta tête me réponde. 855

PHILANDRE.

Si pour te voir trompé tu te déplais au monde, Cherche en ce désespoir qui t'en veuille arracher; Quant à moi, ton trépas me coûteroit trop cher[651].

TIRCIS.

Quoi! tu crains le duel?

PHILANDRE.

Non; mais j'en crains la suite, Où la mort du vaincu met le vainqueur en fuite, 860 Et du plus beau succès le dangereux éclat Nous fait perdre l'objet et le prix du combat.

TIRCIS.

Tant de raisonnement et si peu de courage Sont de tes lâchetés le digne témoignage. Viens, ou dis que ton sang n'oseroit s'exposer. 865

PHILANDRE.

Mon sang n'est plus à moi; je n'en puis disposer. Mais puisque ta douleur de mes raisons s'irrite, J'en prendrai dès ce soir le congé de Mélite. Adieu.

SCENE III.

TIRCIS.

Tu fuis, perfide, et ta légèreté, T'ayant fait criminel, te met en sûreté! 870 Reviens, reviens défendre une place usurpée: Celle qui te chérit vaut bien un coup d'épée. Fais voir que l'infidèle, en se donnant à toi, A fait choix d'un amant qui valoit mieux que moi; Soutiens son jugement, et sauve ainsi de blâme 875 Celle qui pour la tienne a négligé ma flamme. Crois-tu qu'on la mérite à force de courir? Peux-tu m'abandonner ses faveurs sans mourir[652]? O lettres, ô faveurs indignement placées, A ma discrétion honteusement laissées! 880 O gages qu'il néglige ainsi que superflus! Je ne sais qui de nous vous diffamez le plus[653]; Je ne sais qui des trois doit rougir davantage; Car vous nous apprenez qu'elle est une volage, Son amant un parjure, et moi sans jugement, 885 De n'avoir rien prévu de leur déguisement. Mais il le falloit bien, que cette âme infidèle, Changeant d'affection, prît un traître comme elle, Et que le digne amant qu'elle a su rechercher A sa déloyauté n'eût rien à reprocher. 890 Cependant j'en croyois cette fausse apparence Dont elle repaissoit ma frivole espérance; J'en croyois ses regards, qui tous remplis d'amour, Étoient de la partie en un si lâche tour. O ciel! vit-on jamais tant de supercherie, 895 Que tout l'extérieur ne fût que tromperie? Non, non, il n'en est rien: une telle beauté Ne fut jamais sujette à la déloyauté. Foibles et seuls témoins du malheur qui me touche, Vous êtes trop hardis de démentir sa bouche. 900 Mélite me chérit, elle me l'a juré: Son oracle reçu, je m'en tiens assuré[654]. Que dites-vous là contre? êtes-vous plus croyables? Caractères trompeurs, vous me contez des fables, Vous voulez me trahir; mais vos efforts sont vains[655]: 905 Sa parole a laissé son coeur entre mes mains. A ce doux souvenir ma flamme se rallume; Je ne sais plus qui croire ou d'elle ou de sa plume: L'un et l'autre en effet n'ont rien que de léger; Mais du plus ou du moins je n'en puis que juger. 910 Loin, loin, doutes flatteurs que mon feu me suggère[656]! Je vois trop clairement qu'elle est la plus légère[657]; La foi que j'en reçus s'en est allée en l'air[658], Et ces traits de sa plume osent encor parler[659], Et laissent en mes mains une honteuse image, 915 Où son coeur peint au vif remplit le mien de rage. Oui, j'enrage, je meurs, et tous mes sens troublés[660] D'un excès de douleur se trouvent accablés[661]; Un si cruel tourment me gêne et me déchire, Que je ne puis plus vivre avec un tel martyre[662]: 920 Mais cachons-en la honte, et nous donnons du moins Ce faux soulagement, en mourant sans témoins, Que mon trépas secret empêche l'infidèle D'avoir la vanité que je sois mort pour elle.

SCÈNE IV.

TIRCIS, CLORIS.

CLORIS.

Mon frère, en ma faveur retourne sur tes pas. 925 Dis-moi la vérité: tu ne me cherchois pas? Eh quoi! tu fais semblant de ne me pas connoître? O Dieux! en quel état te vois-je ici paroître! Tu pâlis tout à coup, et tes louches regards S'élancent incertains presque de toutes parts! 930 Tu manques à la fois de couleur et d'haleine[663]! Ton pied mal affermi ne te soutient qu'à peine! Quel accident nouveau te trouble ainsi les sens[664]

TIRCIS.

Puisque tu veux savoir le mal que je ressens, Avant que d'assouvir l'inexorable envie 935 De mon sort rigoureux qui demande ma vie, Je vais t'assassiner d'un fatal entretien, Et te dire en deux mots mon malheur et le tien. En nos chastes amours de tous deux on se moque[665] Philandre.... Ah! la douleur m'étouffe et me suffoque. Adieu, ma soeur, adieu; je ne puis plus parler[666] Lis, et si tu le peux, tâche à te consoler[667].

CLORIS.

Ne m'échappe donc pas.

TIRCIS.

Ma soeur, je te supplie....

CLORIS.

Quoi! que je t'abandonne à ta mélancolie? Voyons auparavant ce qui te fait mourir[668], 945 Et nous aviserons à te laisser courir.

TIRCIS.

Hélas! quelle injustice!

CLORIS, après avoir lu les lettres qu'il lui a données[669].

Est-ce là tout, fantasque? Quoi! si la déloyale enfin lève le masque, Oses-tu te fâcher d'être désabusé? Apprends qu'il te faut être en amour plus rusé; 950 Apprends que les discours des filles bien sensées[670] Découvrent rarement le fond de leurs pensées, Et que les yeux aidant à ce déguisement, Notre sexe a le don de tromper finement. Apprends aussi de moi que ta raison s'égare, 955 Que Mélite n'est pas une pièce si rare, Qu'elle soit seule ici qui vaille la servir[671]; Assez d'autres objets y sauront te ravir[672]. Ne t'inquiète point pour une écervelée Qui n'a d'ambition que d'être cajolée, 960 Et rend à plaindre ceux qui flattant ses beautés[673] Ont assez de malheur pour en être écoutés. Damon lui plut jadis, Aristandre, et Géronte[674]; Éraste après deux ans n'y voit pas mieux son conte[675]; Elle t'a trouvé bon seulement pour huit jours; 965 Philandre est aujourd'hui l'objet de ses amours, Et peut-être déjà (tant elle aime le change[676]!) Quelque autre nouveauté le supplante et nous venge. Ce n'est qu'une coquette avec tous ses attraits[677]; Sa langue avec son coeur ne s'accorde jamais; 970 Les infidélités font ses jeux ordinaires; Et ses plus doux appas sont tellement vulgaires, Qu'en elle homme d'esprit n'admira jamais rien Que le sujet pourquoi tu lui voulois du bien.

TIRCIS.

Penses-tu m'arrêter par ce torrent d'injures[678]? 975 Que ce soient vérités, que ce soient impostures, Tu redoubles mes maux, au lieu de les guérir. Adieu: rien que la mort ne peut me secourir.

SCÈNE V.

CLORIS.

Mon frère.... Il s'est sauvé; son désespoir l'emporte: Me préserve le ciel d'en user de la sorte! 980 Un volage me quitte, et je le quitte aussi: Je l'obligerois trop de m'en mettre en souci. Pour perdre des amants, celles qui s'en affligent Donnent trop d'avantage à ceux qui les négligent; Il n'est lors que la joie: elle nous venge mieux, 985 Et la fît-on à faux éclater par les yeux, C'est montrer par bravade à leur vaine inconstance[679] Qu'elle est pour nous toucher de trop peu d'importance. Que Philandre à son gré rende ses voeux contents; S'il attend que j'en pleure, il attendra longtemps. 990 Son coeur est un trésor dont j'aime qu'il dispose; Le larcin qu'il m'en fait me vole peu de chose. Et l'amour qui pour lui m'éprit si follement M'avoit fait bonne part de son aveuglement. On enchérit pourtant sur ma faute passée: 995 Dans la même folie une autre embarrassée[680] Le rend encor parjure, et sans âme, et sans foi, Pour se donner l'honneur de faillir après moi. Je meure, s'il n'est vrai que la moitié du monde[681] Sur l'exemple d'autrui se conduit et se fonde. 1000 A cause qu'il parut quelque temps m'enflammer, La pauvre fille a cru qu'il valoit bien l'aimer, Et sur cette croyance elle en a pris envie: Lui pût-elle durer jusqu'au bout de sa vie! Si Mélite a failli me l'ayant débauché, 1005 Dieux, par là seulement punissez son péché! Elle verra bientôt que sa digne conquête[682] N'est pas une aventure à me rompre la tête. Un si plaisant malheur m'en console à l'instant. Ah! si mon fou de frère en pouvoit faire autant[683], 1010 Que j'en aurois de joie, et que j'en ferois gloire! Si je puis le rejoindre et qu'il me veuille croire, Nous leur ferons bien voir que leur change indiscret Ne vaut pas un soupir, ne vaut pas un regret. Je me veux toutefois en venger par malice, 1015 Me divertir une heure à m'en faire justice: Ces lettres fourniront assez d'occasion D'un peu de défiance et de division. Si je prends bien mon temps, j'aurai pleine matière A les jouer tous deux d'une belle manière. 1020 En voici déjà l'un qui craint de m'aborder.

SCÈNE VI.

PHILANDRE, CLORIS.

CLORIS.

Quoi, tu passes, Philandre, et sans me regarder?

PHILANDRE.

Pardonne-moi, de grâce: une affaire importune M'empêche de jouir de ma bonne fortune, Et son empressement, qui porte ailleurs mes pas, 1025 Me remplissoit l'esprit jusqu'à ne te voir pas.

CLORIS.

J'ai donc souvent le don d'aimer plus qu'on ne m'aime: Je ne pense qu'à toi, j'en parlois en moi-même.

PHILANDRE.

Me veux-tu quelque chose?

CLORIS.

Il t'ennuie avec moi; Mais comme de tes feux j'ai pour garant ta foi, 1030 Je ne m'alarme point. N'étoit ce qui te presse, Ta flamme un peu plus loin eût porté la tendresse, Et je t'aurois fait voir quelques vers de Tircis Pour le charmant objet de ses nouveaux soucis. Je viens de les surprendre, et j'y pourrois encore[684] 1035 Joindre quelques billets de l'objet qu'il adore; Mais tu n'as pas le temps. Toutefois, si tu veux[685] Perdre un demi-quart d'heure à les lire nous deux....

PHILANDRE.

Voyons donc ce que c'est, sans plus longue demeure; Ma curiosité pour ce demi-quart d'heure 1040 S'osera dispenser.

CLORIS.

Aussi tu me promets, Quand tu les auras lus, de n'en parler jamais; Autrement, ne crois pas....

PHILANDRE, reconnoissant les lettres[686].

Cela s'en va sans dire: Donne, donne-les-moi, tu ne les saurois lire: Et nous aurions ainsi besoin de trop de temps. 1045

CLORIS, les resserrant[687].

Philandre, tu n'es pas encore où tu prétends; Quelques[688] hautes faveurs que ton mérite obtienne, Elles sont aussi bien en ma main qu'en la tienne: Je les garderai mieux, tu peux en assurer La belle qui pour toi daigne se parjurer[689]. 1050

PHILANDRE.

Un homme doit souffrir d'une fille en colère; Mais je sais comme il faut les ravoir de ton frère: Tout exprès je le cherche, et son sang, ou le mien....

CLORIS.

Quoi! Philandre est vaillant, et je n'en savois rien! Tes coups sont dangereux quand tu ne veux pas feindre; Mais ils ont le bonheur de se faire peu craindre, Et mon frère, qui sait comme il s'en faut guérir, Quand tu l'aurois tué, pourroit n'en pas mourir.

PHILANDRE.

L'effet en fera foi, s'il en a le courage. Adieu: j'en perds le temps à parler davantage. 1060 Tremble.

CLORIS.

J'en ai grand lieu, connoissant ta vertu: Pourvu qu'il y consente, il sera bien battu.

FIN DU TROISIÈME ACTE.

[623] _Var._ Tu l'as gagné, Mélite; il ne m'est plus possible D'être à tant de faveurs désormais insensible. (1633-57)

[624] _Var._ Ont charmé tous mes sens de leurs douces promesses. (1633-60)

[625] _Var._ Un portrait que je veux tellement effacer. (1660)

[626] _Var._ [Qu'elle puisse gagner au change autant que moi.] Dites-lui de ma part que depuis que le monde Du milieu du chaos tira sa forme ronde, C'est la première fois que ces vieux ennemis, Le change et la raison, sont devenus amis; [Dites-lui que Mélite, ainsi qu'une Déesse.] (1633)

[627] _Var._ Tu me fais trop d'honneur en cette confidence. (1633-60)

[628] _Var._ [Si l'on peut par tes yeux lire dans ton courage,] Je ne croirai jamais qu'à force de rêver Au sujet de ta joie, on le puisse trouver: [Rien n'atteint, ce me semble, aux signes qu'ils en donnent.] (1633-57)

[629] _Var._ Belle, honnête, gentille, et dont l'esprit charmant. (1633-57)

[630] _Var._ Je ne crains pas cela du côté de Mélite. (1633-57)

[631] _Var._ Dont le feu, gourmandé par une adroite feinte. (1633)

[632] Qui se laisse prendre à.... tromper par....

[633] _Var._ Fussent d'intelligence avecque le visage. (1633-60)

[634] Peut-être cette prononciation était-elle en usage lorsque la pièce fut représentée pour la première fois, mais elle était certainement abandonnée lorsque Corneille publiait les dernières éditions de son théâtre. Voyez le _Lexique_.

[635] _Var._ Doncques, si ta raison ne se trouve déçue. (1633-57)

[636] _Var._ Et qui te fait juger son amour si parfaite. TIRS. Une parfaite amour a trop de truchements. (1633-57)

[637] _Var._ Un clin d'oeil, un soupir.... (1633)

[638] _Var._ Ces choses ridicules Ne servent qu'à piper des âmes trop crédules. (1633-57)

[639] _Var._ Les douceurs que la belle, à tout autre[639-a] farouche, T'a laissé dérober sur ses yeux, sur sa bouche, Sur sa gorge, où, que sais-je? TIRS. Ah! ne présume pas Que ma témérité profane ses appas, Et quand bien j'aurois eu tant d'heur, ou d'insolence, Ce secret, étouffé dans la nuit du silence, N'échapperoit jamais à ma discrétion. PHIL. Quelques lettres du moins pleines d'affection Témoignent son ardeur? TIRS. Ces foibles témoignages D'une vraie amitié sont d'inutiles gages; Je n'en veux et n'en ai point d'autre que sa foi[639-b]. PHIL. Je sais donc bien quelqu'un plus avancé que toi. TIRS. Plus avancé que moi? j'entends qui tu veux dire, Mais il n'a garde d'être en état de me nuire: Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'Éraste a son congé. PHIL. Celui dont je te parle est bien mieux partagé. TIRS. Je ne sache que lui qui soupire pour elle. (1633-57)

[639-a] On lit dans toutes les éditions indiquées: _toute autre_, pour _tout autre_.

[639-b] Je n'en veux et n'en ai point d'autres que sa foi. (1644-57)

[640] _Var._ J'en connois donc quelqu'un plus avancé que toi. (1663)

[641] _Tenir en cervelle_, inquiéter, tenir dans l'inquiétude. Voyez le _Lexique_.

[642] _Var. Aussi la pauvre Mélite ne la croit posséder que par faveur._ (1633-57)

[643] _Affronter_, tromper avec audace.

[644] _Var._ Et par un gentil trait il t'a pris pour moi-même, D'autant que ce n'est qu'un de deux parfaits amis. (1633-57)

[645] _Var._ Et pour ton intérêt dextrement te méprendre. (1633-57)

[646] _Var._ C'est par là qu'il t'en plaît? oui-da; j'en ai reçu Encore une, qu'il faut que je te restitue. TIRS. Dépêche, ta longueur importune me tue. (1633-57)

[647] _Var._ Crois-tu que celle-là s'adresse encore à toi? (1633-57)

[648] _Var._ Qu'à tes suasions Mélite osant manquer A ce qu'elle a promis, ne s'en fait que moquer? Qu'oubliant tes serments, déloyal tu subornes [Un amour qui pour moi devoit être sans bornes?] (1633-57)

[649] _Suborner_, séduire, appliqué ainsi aux passions, aux sentiments, est fréquent dans Corneille. Voyez le _Lexique_.

[650] _Var._ Avise à te défendre; un affront si cruel Ne peut se réparer à moins que d'un duel: [Il faut que pour tous deux ta tête me réponde.] (1633-57)

[651] _Var._ [Quant à moi, ton trépas me coûteroit trop cher:] Il me faudroit après, par une prompte fuite, Éloigner trop longtemps les beaux yeux de Mélite. TIRS. Ce discours de bouffon ne me satisfait pas: Nous sommes seuls ici; dépêchons, pourpoint bas[651-a]. PHIL. Vivons plutôt amis, et parlons d'autre chose. TIRS. Tu n'oserois, je pense. PHIL. Il est tout vrai, je n'ose Ni mon sang ni ma vie en péril exposer. Ils ne sont plus à moi: je n'en puis disposer. Adieu: celle qui veut qu'à présent je la serve Mérite que pour elle ainsi je me conserve.

SCÈNE III.

TIRSIS.

Quoi! tu t'enfuis, perfide, et ta légèreté. (1633-57)

[651-a] Voyez p. 161, note [542].

[652] _Var._ [Peux-tu m'abandonner ses faveurs sans mourir?] Si de les plus garder ton peu d'esprit se lasse, Viens me dire du moins ce qu'il faut que j'en fasse. Ne t'en veux-tu servir qu'à me désabuser? N'ont-elles point d'effet qui soit plus à priser? [O lettres, ô faveurs indignement placées.] (1633)