Œuvres de P. Corneille, Tome 01

Chapter 25

Chapter 253,537 wordsPublic domain

J'en serois mal voulu des hommes et des Dieux.

ÉRASTE.

On pardonne aisément à qui trouve son mieux. 630

PHILANDRE.

Mais en quoi gît ce mieux?

ÉRASTE.

En esprit, en richesse[597].

PHILANDRE.

O le honteux motif à changer de maîtresse!

ÉRASTE.

En amour.

PHILANDRE.

Cloris m'aime, et si je m'y connoi, Rien ne peut égaler celui qu'elle a pour moi.

ÉRASTE.

Tu te détromperas, si tu veux prendre garde 635 A ce qu'à ton sujet l'une et l'autre hasarde. L'une en t'aimant s'expose au péril d'un mépris: L'autre ne t'aime point que tu n'en sois épris; L'une t'aime engagé vers une autre moins belle: L'autre se rend sensible à qui n'aime rien qu'elle; 640 L'une au desçu[598] des siens te montre son ardeur, Et l'autre après leur choix quitte un peu sa froideur; L'une....

PHILANDRE.

Adieu: des raisons de si peu d'importance Ne pourroient en un siècle ébranler ma constance[599].

(Il dit ce vers à Cliton tout bas[600].)

Dans deux heures d'ici tu viendras me revoir. 645

CLITON.

Disposez librement de mon petit pouvoir.

ÉRASTE, seul[601].

Il a beau déguiser, il a goûté l'amorce; Cloris déjà sur lui n'a presque plus de force: Ainsi je suis deux fois vengé du ravisseur, Ruinant tout ensemble et le frère et la soeur. 650

SCÈNE VII.

TIRCIS, ÉRASTE, MÉLITE.

TIRCIS.

Éraste, arrête un peu.

ÉRASTE.

Que me veux-tu?

TIRCIS.

Te rendre Ce sonnet que pour toi j'ai promis d'entreprendre[602].

MÉLITE, au travers d'une jalousie, cependant qu'Éraste lit le sonnet[603].

Que font-ils là tous deux? qu'ont-ils à démêler? Ce jaloux à la fin le pourra quereller: Du moins les compliments, dont peut-être ils se jouent, Sont des civilités qu'en l'âme ils désavouent.

TIRCIS[604].

J'y donne une raison de ton sort inhumain. Allons, je le veux voir présenter de ta main A ce charmant objet dont ton âme est blessée[605].

ÉRASTE, lui rendant son sonnet[606].

Une autre fois, Tircis; quelque affaire pressée 660 Fait que je ne saurois pour l'heure m'en charger. Tu trouveras ailleurs un meilleur messager.

TIRCIS, seul.

La belle humeur de l'homme! O Dieux, quel personnage! Quel ami j'avois fait de ce plaisant visage! Une mine froncée, un regard de travers, 665 C'est le remercîment que j'aurai de mes vers. Je manque, à son avis, d'assurance ou d'adresse, Pour les donner moi-même à sa jeune maîtresse, Et prendre ainsi le temps de dire à sa beauté L'empire que ses yeux ont sur ma liberté. 670 Je pense l'entrevoir par cette jalousie: Oui, mon âme de joie en est toute saisie[607]. Hélas! et le moyen de pouvoir lui parler[608], Si mon premier aspect l'oblige à s'en aller? Que cette joie est courte, et qu'elle est cher vendue[609]! 675 Toutefois tout va bien, la voilà descendue. Ses regards pleins de feu s'entendent avec moi[610]; Que dis-je? en s'avançant elle m'appelle à soi.

SCÈNE VIII[611].

TIRCIS, MÉLITE.

MÉLITE.

Eh bien! qu'avez-vous fait de votre compagnie?

TIRCIS.

Je ne puis rien juger de ce qui l'a bannie[612]: 680 A peine ai-je eu loisir de lui dire deux mots, Qu'aussitôt le fantasque, en me tournant le dos, S'est échappé de moi.

MÉLITE.

Sans doute il m'aura vue, Et c'est de là que vient cette fuite imprévue[613].

TIRCIS.

Vous aimant comme il fait, qui l'eût jamais pensé? 685

MÉLITE.

Vous ne savez donc rien de ce qui s'est passé?

TIRCIS.

J'aimerois beaucoup mieux savoir ce qui se passe, Et la part qu'a Tircis en votre bonne grâce.

MÉLITE.

Meilleure aucunement qu'Éraste ne voudroit. Je n'ai jamais connu d'amant si maladroit; 690 Il ne sauroit souffrir qu'autre que lui m'approche. Dieux! qu'à votre sujet il m'a fait de reproche! Vous ne sauriez me voir sans le désobliger.

TIRCIS.

Et de tous mes soucis c'est là le plus léger. Toute une légion de rivaux de sa sorte 695 Ne divertiroit pas[614] l'amour que je vous porte, Qui ne craindra jamais les humeurs d'un jaloux.

MÉLITE.

Aussi le croit-il bien, ou je me trompe.

TIRCIS.

Et vous?

MÉLITE.

Bien que cette croyance à quelque erreur m'expose[615], Pour lui faire dépit, j'en croirai quelque chose. 700

TIRCIS.

Mais afin qu'il reçût un entier déplaisir, Il faudroit que nos coeurs n'eussent plus qu'un desir, Et quitter ces discours de volontés sujettes[616], Qui ne sont point de mise en l'état où vous êtes. Vous-même consultez un moment vos appas[617], 705 Songez à leurs effets, et ne présumez pas Avoir sur tous les coeurs un pouvoir si suprême[618], Sans qu'il vous soit permis d'en user sur vous-même. Un si digne sujet ne reçoit point de loi, De règle, ni d'avis, d'un autre que de soi. 710

MÉLITE.

Ton mérite, plus fort que ta raison flatteuse, Me rend, je le confesse, un peu moins scrupuleuse. Je dois tout à ma mère, et pour tout autre amant Je voudrois tout remettre à son commandement[619]; Mais attendre pour toi l'effet de sa puissance, 715 Sans te rien témoigner que par obéissance, Tircis, ce seroit trop: tes rares qualités Dispensent mon devoir de ces formalités[620].

TIRCIS.

Que d'amour et de joie un tel aveu me donne!

MÉLITE.

C'est peut-être en trop dire, et me montrer trop bonne; Mais par là tu peux voir que mon affection Prend confiance entière en ta discrétion.

TIRCIS.

Vous la verrez toujours, dans un respect sincère, Attacher mon bonheur à celui de vous plaire, N'avoir point d'autre soin, n'avoir point d'autre esprit; Et si vous en voulez un serment par écrit, Ce sonnet que pour vous vient de tracer ma flamme Vous fera voir à nu jusqu'au fond de mon âme.

MÉLITE.

Garde bien ton sonnet, et pense qu'aujourd'hui Mélite veut te croire autant et plus que lui[621]. 730 Je le prends toutefois comme un précieux gage Du pouvoir que mes yeux ont pris sur ton courage. Adieu: sois-moi fidèle en dépit du jaloux.

TIRCIS[622].

O ciel! jamais amant eut-il un sort plus doux?

FIN DU SECOND ACTE.

[545] _Var._ Je l'avois bien prévu que cette âme infidèle. (1633-57)

[546] _Var._ Même dès leur abord, je lus sur son visage. (1633-57)

[547] _Var._ [Me donna les avis de ce que j'ai perdu;] Mais hélas! qui pourroit gauchir sa destinée[547-a]? Son immuable loi dans le ciel burinée Nous fait si bien courir après notre malheur, Que j'ai donné moi-même accès à ce voleur: Le perfide qu'il est me doit sa connoissance; C'est moi qui l'ai conduit et mis en sa puissance; C'est moi qui l'engageant à ce froid compliment, Ai jeté de mes maux le premier fondement. [Depuis, cette volage évite ma rencontre.] (1633-57)

[547-a] Mais il faut que chacun suive sa destinée. (1644-57)

[548] _Var._ Presques à tous moments le ramène en lui-même. (1633-68)

[549] _Var._ Que les moins avisés verroient ses passions. (1633-60)

[550] _Var._ Cependant chaque jour au babil attachés. (1633-57) _Var._ Cependant chaque jour aux discours attachés. (1660-68)

[551] _Var._ Sus donc, perds tout respect et tout soin de lui plaire, Et rends dessus le champ ta vengeance exemplaire. Non, il vaut mieux s'en rire, et pour dernier effort. (1633-57)

[552] _Var._ De laisser perdre ainsi la belle occasion. (1648)

[553] _Var._ Vous savez que son âme en est trop dépourvue. (1657)

[554] _Var._ [Toutefois, ce dit-on, depuis qu'il vous a vue,] Ses chemins par ici s'adressent tous les jours, Et ses plus grands plaisirs ne sont qu'en vos discours. MÉL. Et ce n'est pas aussi sans cause qu'il les prise, Puisqu'outre que l'amour comme lui je méprise, Sa froideur, que redouble un si lourd entretien. (1633-57)

[555] _Var._ Il ne tardera guère à changer de langage. (1633-57)

[556] _Var._ Vraiment, c'est bien à vous que j'en dois rendre conte[556-a]. ÉR. Aussi j'ai seulement pour vous un peu de honte. (1633-57)

[556-a] Voyez la note [497] relative à la première variante de la page 150.

[557] _Var._ Qu'on murmure partout du trop de privauté. (1633-60)

[558] _Var._ C'est là donc ce qu'enfin me gardoit ta malice. (1633-57) _Var._ C'est là donc ce qu'enfin me gardoit mon caprice. (1660)

[559] _Var._ Tu me préfères donc un traître qui te flatte? Inconstante beauté, lâche, perfide, ingrate, De qui le choix brutal se porte au plus mal fait; Tu l'estimes à faux, tu verras à l'effet, Par le peu de rapport que nous avons ensemble, Qu'un honnête homme et lui n'ont rien qui se ressemble Que dis-je, tu verras? Il vaut autant que mort: Ma valeur, mon dépit, ma flamme en sont d'accord. Il suffit; les destins bandés à me déplaire Ne l'arracheroient pas à ma juste colère. Tu démordras, parjure, et ta déloyauté Maudira mille fois sa fatale beauté. Si tu peux te résoudre à mourir en brave homme, Dès demain un cartel l'heure et le lieu te nomme. Insensé que je suis! hélas, où me réduit Ce mouvement bouillant dont l'ardeur me séduit? Quel transport déréglé! Quelle étrange échappée! Avec un affronteur mesurer mon épée! C'est bien contre un brigand qu'il me faut hasarder, Contre un traître qu'à peine on devroit regarder! Lui faisant trop d'honneur, moi-même je m'abuse; C'est contre lui qu'il faut n'employer que la ruse: [Il fut toujours permis de tirer sa raison D'une infidélité par une trahison.] Vis doncques, déloyal, vis, mais en assurance Que tout va désormais tromper ton espérance, Que tes meilleurs amis s'armeront contre toi, Et te rendront encor plus malheureux que moi. J'en sais l'invention, qu'un voisin de Mélite Exécutera trop aussitôt que prescrite. Pour n'être qu'un maraud, il est assez subtil.

SCÈNE IV.

ÉRASTE, CLITON.

ÉR. Holà! hau! vieil ami. CLIT. Monsieur, que vous plaît-il? ÉR. Me voudrois-tu servir en quelque bonne affaire? CLIT. Dans un empêchement fort extraordinaire, Je ne puis m'éloigner un seul moment d'ici. ÉR. Va, tu n'y perdras rien, et d'avance voici Une part des effets qui suivent mes paroles. CLIT. Allons, malaisément gagne-t-on dix pistoles[559-a]! (1633-57)

[559-a] Après ce vers commence, sous le titre de scène V, notre scène IV, entre Tircis et Cloris.

[560] Ce mot est toujours écrit ainsi par Corneille, qui ne fait en cela que se conformer à l'usage général de son temps. Voyez le _Lexique_.

[561] Ce sonnet, composé, d'après Thomas Corneille, avant la comédie elle-même (voyez ci-dessus, p. 126), a été imprimé pour la première fois en 1632, à la page 147 des _Meslanges poetiques_ qui suivent _Clitandre_. Ce texte primitif ne présente qu'une variante sans importance; le vers 487 commence ainsi:

Et quoiqu'elle ait, etc.

[562] _Var._ De la langue, des yeux, n'importe qui t'accuse. (1657 et 60)

[563] C'est-à-dire qui t'avait captivé. _Franchise_, dans le sens de liberté. Voyez le _Lexique_.

[564] _Var._ Dedans cette maîtresse aucun embrasement. (1633-60)

[565] _Var._ Qu'Éraste m'en retire et s'oppose à Mélite. (1633)

[566] _Var._ Mais ce n'est pas ainsi qu'on m'en baille à garder. (1633-57)

[567] _Var._ C'est seulement alors qu'il n'y a rien du nôtre[567-a]. (1657-63)

[567-a] Au sujet de cette leçon, qui figure, comme on le voit, dans plusieurs éditions, on lit dans les _Fautes notables survenues pendant l'impression_ (édit. de 1663, tome I, p. LX): «Qu'il n'y a rien,» _lisez_: «qu'il n'y va rien.»

[568] _Var._ Un chacun à soi-même est son meilleur ami. (1633-57)

[569] _Var._ En dépit de tes feux n'emporte ta maîtresse. (1633)

[570] _Var._ Vaine frayeur pourtant dont je veux te guérir. TIRS. M'en guérir! CLOR. Laisse faire: Éraste sert Mélite, Non pas? mais depuis quand[570-a]? TIRS. Depuis qu'il la visite Deux ans se sont passés. CLOR. Mais dedans ses discours Parle-t-il d'épouser? TIRS. Oui, presque tous les jours. CLOR. Donc, sans l'appréhender, poursuis ton[570-b] entreprise; Avecque tout son bien Mélite le méprise. [Puisqu'on voit sans effet deux ans d'affection]. (1633-57) _Var._ Ce sont vaines frayeurs dont je te veux guérir. (1660)

[570-a] Mais sais-tu depuis quand? (1654)

[570-b] _Son_ pour _ton_, dans l'édition de 1657, est évidemment une faute.

[571] _Var._ On prend au premier bond les hommes de sa sorte[571-a]. De crainte qu'à la longue ils n'éteignent leur feu[571-b]. TIRS. Mais il faut redouter une mère. CLOR. Aussi peu. TIRS. Sa puissance pourtant sur elle est absolue.

[571-a] On prend au premier bond les hommes de la sorte. (1652-57) On prend soudain au mot les hommes de la sorte. (1660)

[571-b] De peur qu'avec le temps ils n'éteignent leur feu. (1644-57) CLOR. Oui, mais déjà l'affaire en seroit résolue, Et ton rival auroit de quoi se contenter. (1633-57)

[572] _Var._ Pour de si bons avis il faut que je te baise. (1633)

[573] _Var._ Moi, je m'en vais dans le logis attendre. (1633-57)

[574] _Var._ Un baiser refusé lui fera souvenir. (1633-48) _Var._ Un moment de froideur le fera souvenir. (1663 et 64)

[575] _Var. Il baille une lettre à Cliton._ (1633, en marge.)--_Il lui donne une lettre._ (1663, en marge.)

[576] _Var._ Cours vite chez Philandre, et dis-lui que Mélite A dedans ce papier sa passion décrite. (1633-57)

[577] _Var._ Un feu qui la consomme et qu'elle tient si cher. (1633 et 48-57)

[578] _Var._ Mais avec ton message Tâche si dextrement de tourner son courage. (1633-64)

[579] _Var._ Ma tête sur ce point me servira de plége[579-a]. (1657)

[579-a] De caution, de gage. Voyez le _Lexique_.

[580] En marge, dans l'édition de 1633: _Cliton rentre._

[581] _Var._ Ces âmes du commun font tout pour de l'argent, Et sans prendre intérêt au dessein de personne, Leur service et leur foi sont à qui plus leur donne. Quand ils sont éblouis de ce traître métal, Ils ne distinguent plus le bien d'avec le mal; Le seul espoir du gain règle leur conscience. Mais tu reviens bientôt, est-ce fait? CLIT. Patience, Monsieur; en vous donnant un moment de loisir, Il ne tiendra qu'à vous d'en avoir le plaisir. (1633-57)

[582] En marge, dans l'édition de 1633: _Cliton ressort brusquement._

[583] _Var._ Monsieur; il ne vous faut qu'un moment de loisir. (1660-68)

[584] En marge, dans l'édition de 1633: _Philandre paroît et Éraste se cache._

[585] Ces mots manquent dans les éditions de 1633, de 1644 et de 1652-60; ils sont remplacés, dans celle de 1648, par ceux-ci: _cependant qu'Éraste est caché_.

[586] _Var._ Ce qu'un homme jamais ne s'oseroit promettre; Ouvrez-la seulement. PHIL. Tu n'es rien qu'un conteur. (1633-57)

[587] Ainsi dans les éditions de 1633-48, de 1657 et de 1682; _aye_ dans celles de 1652, de 1654 et de 1660-68.--Voyez plus haut, p. 109, note [406].

[588] _Var. Cependant que Philandre lit, Éraste s'approche par derrière, et feignant d'avoir lu par-dessus son épaule, il lui saisit la main encore pleine de la lettre toute déployée._ (1633, en marge.)--_Il feint d'avoir lu la lettre par-dessus l'épaule de Philandre._ (1663, en marge.)

[589] _Var._ Portoit nos deux esprits à s'entre-négliger, Si bien que je cherchois par où m'en dégager. (1633-57)

[590] _Var._ Si ton feu commence à te lasser. (1633) _Var._ Si ton feu commence à se lasser. (1644-57)

[591] _Var._ Pour un si bon ami tu peux y renoncer. (1633-57) _Var._ Tu peux le retirer pour un si bon ami. (1660-64)

[592] _Var._ Tout ce que je puis faire à son brasier naissant. (1633-68)

[593] _Var._ C'est de le revancher par un zèle impuissant. (1633-57)

[594] _Var._ De tourner ce qu'elle a de flamme vers son frère. (1633-57)

[595] _Var._ Mais la peux-tu juger à l'autre comparable? PHIL. Soit comparable ou non, je n'examine pas. (1633-57)

[596] _Var._ J'ai promis d'aimer l'une, et c'est où je m'arrête. ÉR. Avise toutefois, le prétexte est honnête. (1633-57)

[597] _Var._ Ce mieux gît en richesse PHIL. O le sale motif à changer de maîtresse! ÉR. En amour. PHIL. Ma Cloris m'aime si chèrement Qu'un plus parfait amour ne se voit nullement. ÉR. Tu le verras assez, si tu veux prendre garde. (1633-57)

[598] A l'insu. Voyez le _Lexique_.

[599] _Var._ N'ont rien qui soit bastant d'ébranler ma constance. (1633)

[600] _Var. Il dit ce dernier vers comme à l'oreille de Cliton, et rentre, tous deux chacun de leur côté._ (1633, en marge.)--_A Cliton, tout bas._ (1644-60)

[601] A la place du mot _seul_ ou _seule_, après le nom d'un personnage, on lit constamment, en marge, dans l'édition de 1663: _Il est seul, elle est seule._ Nous n'avons remarqué qu'une exception à cet usage. La première fois que cette indication se trouve dans _Mélite_, c'est-à-dire à la fin de la scène III du Ier acte, l'édition de 1663 ne porte en marge que le mot même du texte: _seul_.

[602] _Var._ Ce sonnet que pour toi je promis d'entreprendre. (1633-60)

[603] _Var. Elle paroît au travers d'une jalousie, et dit ces vers cependant qu'Éraste lit le sonnet tout bas._ (1633, en marge.)--_Elle les regarde à travers une jalousie cependant qu'Éraste lit le sonnet._ (1663, en marge.)

[604] En marge, dans l'édition de 1633: _Il montre du doigt la fin de son sonnet à Éraste._

[605] _Var._ A ce divin objet dont ton âme est blessée. (1633-57)

[606] _Var. Feignant de lui rendre son sonnet, il le fait choir et Tirsis le ramasse._ (1633, en marge.) _Il lui rend le sonnet._ (1663, en marge.)

[607] En marge, dans l'édition de 1633: _Mélite se retire de la jalousie et descend._

[608] _Var._ Hélas! et le moyen de lui pouvoir parler. (1633-57)

[609] _Var._ Que d'un petit coup d'oeil l'aise m'est cher vendue! (1633-57)

[610] _Var._ Ses regards pleins de feux s'entendent avec moi. (1633-68)

[611] Dans les éditions antérieures à 1660, cette scène et la précédente n'en forment qu'une.

[612] Dans certains exemplaires de l'édition de 1633, notamment dans celui de la Bibliothèque impériale qui est marqué Y-3801/+A, ce vers est dit par Mélite et non par Tircis, dont le couplet ne commence qu'au vers suivant.

[613] _Var._ Et c'est de là que vient cette fuite impourvue. (1633)

[614] C'est-à-dire, suivant le sens étymologique du mot, ne détournerait pas. Voyez le _Lexique_.

[615] _Var._ Bien que ce soit un heur où prétendre je n'ose. (1633-57)

[616] _Volontés sujettes_, volontés soumises à une mère. La réponse de Mélite éclaircit parfaitement ce que cette expression pourrait avoir d'obscur.

[617] _Var._ Consultez seulement avecque vos appas. (1633-57) _Var._ Consultez en vous-même un moment vos appas. (1660)

[618] _Var._ Avoir sur tout le monde un pouvoir si suprême. (1633-57)

[619] _Var._ Je m'en voudrois remettre à son commandement. (1633-60)

[620] _Var._ [Dispensent mon devoir de ces formalités.] TIRS. Souffre donc qu'un baiser cueilli dessus ta bouche M'assure entièrement que mon amour te touche. MÉL. Ma parole suffit. TIRS. Ah! j'entends bien que c'est: Un peu de violence en t'excusant te plaît. MÉL. Folâtre, j'aime mieux abandonner la place, Car tu sais dérober avec si bonne grâce Que bien que ton larcin me fâche infiniment, Je ne puis rien donner à mon ressentiment. TIRS. Auparavant l'adieu reçois de ma constance Dedans ce peu de vers l'éternelle assurance. MÉL. Garde bien ton papier, et pense qu'aujourd'hui. (1633-48)

[621] _Var._ [Mélite veut te croire autant et plus que lui][621-a]. TIRSIS. _Il lui coule le sonnet dans le sein, comme elle se dérobe_[621-b]. Par ce refus mignard qui porte un sens contraire, Ton feu m'instruit assez de ce que je dois faire. O ciel! je ne crois pas que sous ton large tour Un mortel eut jamais tant d'heur ni tant d'amour. (1633-48)

[621-a] Mélite te veut croire autant et plus que lui. (1652-64)

[621-b] TIRSIS, _lui coulant le sonnet dans le bras_. (1644 et 48)

[622] _Var._ TIRCIS, _seul_. (1652-60)

ACTE III.

SCÈNE PREMIÈRE.

PHILANDRE.

Tu l'as gagné, Mélite; il ne m'est pas possible[623] 735 D'être à tant de faveurs plus longtemps insensible. Tes lettres où sans fard tu dépeins ton esprit, Tes lettres où ton coeur est si bien par écrit, Ont charmé tous mes sens par leurs douces promesses[624]. Leur attente vaut mieux, Cloris, que tes caresses. 740 Ah! Mélite, pardon! je t'offense à nommer Celle qui m'empêcha si longtemps de t'aimer. Souvenirs importuns d'une amante laissée, Qui venez malgré moi remettre en ma pensée Un portrait que j'en veux tellement effacer[625] 745 Que le sommeil ait peine à me le retracer, Hâtez-vous de sortir sans plus troubler ma joie, Et retournant trouver celle qui vous envoie, Dites-lui de ma part pour la dernière fois Qu'elle est en liberté de faire un autre choix; 750 Que ma fidélité n'entretient plus ma flamme, Ou que s'il m'en demeure encore un peu dans l'âme, Je souhaite en faveur de ce reste de foi Qu'elle puisse gagner au change autant que moi[626]. Dites-lui que Mélite, ainsi qu'une Déesse, 755 Est de tous nos desirs souveraine maîtresse, Dispose de nos coeurs, force nos volontés, Et que par son pouvoir nos destins surmontés Se tiennent trop heureux de prendre l'ordre d'elle; Enfin que tous mes voeux....

SCÈNE II.

TIRCIS, PHILANDRE.

TIRCIS.

Philandre!

PHILANDRE.

Qui m'appelle?

TIRCIS.

Tircis, dont le bonheur au plus haut point monté Ne peut être parfait sans te l'avoir conté.

PHILANDRE.

Tu me fais trop d'honneur par cette confidence[627].

TIRCIS.

J'userois envers toi d'une sotte prudence, Si je faisois dessein de te dissimuler 765 Ce qu'aussi bien mes yeux ne sauroient te celer.

PHILANDRE.

En effet, si l'on peut te juger au visage, Si l'on peut par tes yeux lire dans ton courage[628], Ce qu'ils montrent de joie à tel point me surprend, Que je n'en puis trouver de sujet assez grand: 770 Rien n'atteint, ce me semble, aux signes qu'ils en donnent.

TIRCIS.

Que fera le sujet, si les signes t'étonnent? Mon bonheur est plus grand qu'on ne peut soupçonner; C'est quand tu l'auras su qu'il faudra t'étonner.

PHILANDRE.

Je ne le saurai pas sans marque plus expresse. 775

TIRCIS.

Possesseur, autant vaut....

PHILANDRE.

De quoi?

TIRCIS.

D'une maîtresse, Belle, honnête, jolie, et dont l'esprit charmant[629] De son seul entretien peut ravir un amant: En un mot, de Mélite.

PHILANDRE.

Il est vrai qu'elle est belle; Tu n'as pas mal choisi; mais....

TIRCIS.

Quoi, mais?

PHILANDRE.

T'aime-t-elle?

TIRCIS.

Cela n'est plus en doute.

PHILANDRE.

Et de coeur?

TIRCIS.

Et de coeur, Je t'en réponds.

PHILANDRE.

Souvent un visage moqueur N'a que le beau semblant d'une mine hypocrite.

TIRCIS.

Je ne crains rien de tel du côté de Mélite[630].

PHILANDRE.