Œuvres de P. Corneille, Tome 01

Chapter 11

Chapter 113,082 wordsPublic domain

-- A Monseigneur Monseigneur l'éminentissime cardinal Mazarin. Remercîment. X, 92

-- Au Lecteur (de _Pompée_.) IV, 14

-- A MAÎTRE ADAM, menuisier de Nevers, sur ses _Chevilles_. (L'Achevé d'imprimer est du 25 mai 1644.) IV, 100

-- RODOGUNE IV, 397

-- Épître. Au Lecteur (du _Menteur_.--L'Achevé d'imprimer est du dernier octobre 1644). IV, 130

-- Au Lecteur (des _OEuvres de Corneille_, première partie, édition de 1644.) I, 1

1645 THÉODORE V, 1

-- Épître (en tête de _la Suite du Menteur_.--L'Achevé d'imprimer est du dernier septembre 1645). IV, 279

1646 (18 mai.) Lettre à Voyer d'Argenson. X, 444

-- A Monsieur de Boisrobert, abbé de Châtillon, sur ses _Épîtres_. (L'Achevé d'imprimer est du 21 juillet.) X, 102

-- A Monsieur L. P. C. B. (Dédicace de _Théodore_.-- L'Achevé d'imprimer est du 31 octobre 1646). V, 8

1647 HÉRACLIUS V, 113

-- DISCOURS PRONONCÉ PAR MONSIEUR CORNEILLE, avocat général à la Table de marbre de Normandie, le 22 janvier 1647, lorsqu'il fut reçu (à l'Académie françoise) à la place de M. Maynard. X, 407

-- A Monseigneur Monseigneur le Prince (Dédicace de _Rodogune_.--L'Achevé d'imprimer est du 31 janvier 1647). IV, 411

-- A Monseigneur Seguier, chancelier de France (Dédicace d'_Héraclius_). Au Lecteur. (L'Achevé d'imprimer est du 28 juin 1647.) V, 141

1648 Au Lecteur (des _OEuvres de Corneille_, seconde partie, publiée en 1648.) I, 2

1649 (6 mars.) Lettre à Monsieur de Zuylichem. X, 448

-- LES TRIOMPHES DE LOUIS LE JUSTE. (Le privilége est du 22 mai 1649.) X, 104

-- LA POÉSIE A LA PEINTURE, en faveur de l'Académie des peintres illustres. X, 116

-- A SAINT BERNARD, sur la traduction de ses _Épîtres_, par le R. P. dom Gabriel de Sainte-Geme. Sonnet. (L'Achevé d'imprimer est du 23 août 1649.) X, 122

-- (25 août.) Lettre à Monsieur Dubuisson. X, 452

1650 ANDROMÈDE. V, 243

-- DON SANCHE D'ARAGON V, 397

-- A MONSIEUR D'ASSOUCY, sur son _Ovide en belle humeur_. (L'Achevé d'imprimer est du 25 février 1650.) X, 124

-- DESSEIN DE LA TRAGÉDIE D'ANDROMÈDE. (L'Achevé d'imprimer est du 3 mars 1650.) V, 258

-- SUR LA CONTESTATION ENTRE LE SONNET D'URANIE ET DE JOB X, 125

-- MADEMOISELLE DE COSNARD DE SES X, 129

-- A Monsieur de Zuylichem (Dédicace de _Don Sanche_). Argument. (L'Achevé d'imprimer est du 14 mai 1650.) V, 404

-- (28 mai.) Lettre à Monsieur de Zuylichem. X, 453

1651 NICOMÈDE V, 495

-- A M. M. M. M. (Dédicace d'_Andromède_). Argument tiré du quatrième et cinquième livre des _Métamorphoses_ d'Ovide. (L'Achevé d'imprimer est du 13 août 1651.) V, 291

-- Au Lecteur (des vingt premiers chapitres de _l'Imitation_.--L'Achevé d'imprimer est du 15 novembre 1651). VIII, 17

-- Au Lecteur (de _Nicomède_.--L'Achevé d'imprimer est du 29 novembre 1651). V, 501

-- Extrait du Registre des comptes de la paroisse de Saint-Sauveur de Rouen. Gestion de Pierre Corneille, le poëte (1651-1652). I, LXXXII

1652 PERTHARITE VI, 1

-- (30 mars.) Lettre au R. P. Boulart. X, 458

-- (12 avril.) Lettre au R. P. Boulart. X, 462

-- (23 avril.) Lettre au R. P. Boulart. X, 466

-- Au Lecteur (des cinq derniers chapitres du livre I de _l'Imitation de Jésus-Christ_, et des six premiers du livre II.--L'Achevé d'imprimer est du 31 octobre 1652). VIII, 19

1653 Au Lecteur (de _Pertharite_.--L'Achevé d'imprimer est du 30 avril 1653). VI, 5

-- Au Lecteur (trois avertissements des diverses éditions des deux premiers livres de _l'Imitation de Jésus-Christ_ publiées en 1653). VIII, 21

-- A MONSIEUR DE LOY..., sur son panégyrique de Monseigneur le premier président de Bellièvre. X, 131

-- POUR MONSIEUR D'ASSOUCY, sur ses _Airs_. X, 132

1654 Au Lecteur (des trente premiers chapitres du livre III de _l'Imitation de Jésus-Christ_). VIII, 27

-- ÉPITAPHE SUR LA MORT DE DAMOISELLE ÉLISABETH RANQUET X, 133

1656 (10 juin.) Lettre au R. P. Boulart. X, 470

-- AU SOUVERAIN PONTIFE ALEXANDRE VII. (Dédicace de _l'Imitation de Jésus-Christ_). VIII, 1

1657 SONNET (Au Roi, pour obtenir la confirmation des lettres de noblesse accordées à son père). X, 135

-- A MONSIEUR DE CAMPION, SUR SES _Hommes illustres_. SONNET. (L'Achevé d'imprimer est du 15 janvier 1657). X, 137

1658 Lettre à Pellisson. X, 477

-- SONNET PERDU AU JEU X, 140

-- (9 juillet.) Lettre à l'abbé de Pure. X, 478

-- SUR LE DÉPART DE MADAME LA MARQUISE DE B. A. T. X, 141

1659 OEDIPE VI, 101

-- (12 mars.) Lettre à l'abbé de Pure. X, 482

-- VERS PRÉSENTÉS A MONSEIGNEUR LE PROCUREUR GÉNÉRAL FOUCQUET, surintendant des finances.--Au Lecteur (d'_OEdipe_.--L'Achevé d'imprimer est du 26 mars 1659). VI, 121

1659 MADRIGAL X, 150

-- AUTRE SUR LE MÊME SUJET X, 152

1660 AIR DE M. LAMBERT POUR LA REINE X, 153

-- POUR UNE DAME QUI REPRÉSENTOIT LA NUIT EN LA COMÉDIE D'_Endymion_. Madrigal. X, 154

-- JALOUSIE X, 155

-- BAGATELLE X, 158

-- STANCES X, 160

-- SONNET X, 162

-- SONNET X, 163

-- SONNET X, 164

-- STANCES X, 165

-- SONNET X, 167

-- CHANSON X, 168

-- STANCES X, 170

-- STANCES X, 172

-- ÉPIGRAMME X, 173

-- RONDEAU X, 174

-- (25 août.) Lettre à l'abbé de Pure. X, 485

-- DISCOURS DE L'UTILITÉ ET DES PARTIES DU POËME DRAMATIQUE.--DISCOURS DE LA TRAGÉDIE....--DISCOURS DES TROIS UNITÉS I, 13-122

-- EXAMEN de chacune des pièces publiées jusqu'en 1660. En tête de chaque pièce.

-- LA TOISON D'OR VI, 221

1661 DESSEINS DE LA TOISON D'OR. (L'Achevé d'imprimer est du 31 janvier 1661.) VI, 230

-- (3 novembre.) Lettre à l'abbé de Pure. X, 489

1662 SERTORIUS VI, 351

-- (25 avril.) Lettre à l'abbé de Pure. X, 493

-- Au Lecteur (de _Sertorius_.--L'Achevé d'imprimer est du 8 juillet 1662). VI, 357

1663 REMERCÎMENT PRÉSENTÉ AU ROI EN L'ANNÉE 1663 X, 175

-- SOPHONISBE VI, 447

-- Au Lecteur (de _Sophonisbe_.--L'Achevé d'imprimer est du 10 avril 1663). VI, 460

-- Au Lecteur (de l'édition du _Théâtre de Corneille_ de 1663). I, 4

1664 A MONSEIGNEUR LE DUC DE GUISE, SUR LA MORT DE MONSEIGNEUR SON ONCLE. SONNET. X, 182

-- (3 août.) OTHON VI, 565

1665 Au Lecteur (d'_Othon_.--L'Achevé d'imprimer est du 3 février 1665). VI, 571

-- AU ROI, POUR LE RETARDEMENT DU PAYEMENT DE SA PENSION X, 185

-- HYMNES DE SAINTE GENEVIÈVE IX, 613

-- LOUANGES DE LA SAINTE VIERGE IX, 1

1666 Lettre à M. de Saint-Évremond X, 497

-- AGÉSILAS VII, 1

-- Au Lecteur (d'_Agésilas_.--L'Achevé d'imprimer est du 3 avril). VII, 5

1667 ATTILA VII, 97

-- AU ROI, SUR SON RETOUR DE FLANDRE X, 186

-- POËME SUR LES VICTOIRES DU ROI, traduit de latin en françois par P. Corneille. X, 192

-- TRADUCTIONS ET IMITATIONS DE L'ÉPIGRAMME LATINE DE M. DE MONTMOR X, 218

-- Au Lecteur (d'_Attila_.--L'Achevé d'imprimer est du 20 novembre 1667). VII, 103

1668 AU R. P. DELIDEL, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, SUR SON _Traité de la Théologie des saints_. X, 220

-- AU ROI, SUR SA CONQUÊTE DE LA FRANCHE-COMTÉ X, 223

-- SUR LE CANAL DU LANGUEDOC, POUR LA JONCTION DES DEUX MERS. Imitation. X, 231

-- AIR DE M. BLONDEL X, 233

1669 DÉFENSE DES FABLES DANS LA POÉSIE. Imitation du latin. X, 234

1670 L'OFFICE DE LA SAINTE VIERGE IX, 55

-- SUR LA POMPE DU PONT NOTRE-DAME. Traduction par Pierre Corneille. X, 242

-- POUR LA FONTAINE DES QUATRE-NATIONS, vis-à-vis le Louvre. Traduction par Pierre Corneille. X, 244

-- TRADUCTION EN VERS FRANÇOIS DE _la Thébaïde_ DE STACE X, 245

-- TITE ET BÉRÉNICE VII, 183

1671 PSYCHÉ VII, 277

1672 SUR LE DÉPART DU ROI X, 247

-- VERS PRÉSENTÉS AU ROI à son retour de la guerre d'Hollande, le 2 août 1672. X, 249

-- LES VICTOIRES DU ROI SUR LES ÉTATS DE HOLLANDE, en l'année M.DC.LXXII X, 252

-- PULCHÉRIE VII, 371

1673 Au Lecteur (de _Pulchérie_.--L'Achevé d'imprimer est du 20 janvier 1673). VII, 376

-- SUR LA PRISE DE MASTRIC. SONNET X, 285

1674 AU ROI, sur sa libéralité envers les marchands de la ville de Paris. X, 287

-- SURÉNA VII, 455

1676 AU ROI, sur son départ pour l'armée en 1676. X, 299

-- VERS PRÉSENTÉS AU ROI, sur sa campagne de 1676. X, 304

-- PLACET AU ROI X, 308

-- AU ROI, sur _Cinna_, _Pompée_, _Horace_, _Sertorius_, _OEdipe_, _Rodogune_, qu'il a fait représenter de suite devant lui à Versailles, en octobre 1676. X, 309

-- VERSION DE L'ODE A M. PELLISSON X, 315

1677 SUR LES VICTOIRES DU ROI, en l'année 1677. X, 322

1678 AU ROI, sur la paix de 1678. X, 326

-- Lettre à Colbert. X, 501

1679 INSCRIPTION POUR L'ARSENAL DE BREST. Traduction. X, 331

1680 A MONSEIGNEUR, sur son mariage. X, 334

[194] Nous avions d'abord laissé _la Galerie du Palais_ à l'année 1634 et _la Place royale_ à l'année 1635, où les placent les frères Parfait et tous les historiens du théâtre. On peut voir tome X, p. 7, quels sont les motifs qui nous ont fait changer d'avis.

[195] Voyez la note précédente

[196] Sur les motifs qui nous ont fait placer aux dates ici marquées _Polyeucte_, _Pompée_, _le Menteur_ et _la Suite du Menteur_, que nous avions laissés d'abord, d'après les frères Parfait et les biographes de Corneille, aux années 1640, 1641, 1642 et 1643, voyez tome X, p. 423-425.

OEUVRES

DE

P. CORNEILLE.

AVERTISSEMENTS

PLACÉS PAR CORNEILLE EN TÊTE DES DIVERS RECUEILS

DE SES PIÈCES.

I

AU LECTEUR[197].

[197] Cet avis est tiré du recueil intitulé _OEuvres de Corneille_, première partie (contenant: _Mélite_, _Clitandre_, _la Veuve_, _la Galerie du Palais_, _la Suivante_, _la Place Royale_, _Médée_ et _l'Illusion comique_). Rouen et Paris, 1644, petit in-12. Il a été reproduit en tête des réimpressions de la première partie, de 1648 à 1657 inclusivement.

C'est contre mon inclination que mes libraires vous font ce présent, et j'aurois été plus aise de la suppression entière de la plus grande partie de ces poëmes, que d'en voir renouveler la mémoire par ce recueil. Ce n'est pas qu'ils n'ayent tous eu des succès assez heureux pour ne me repentir point[198] de les avoir faits; mais il y a une si notable différence d'eux à ceux qui les ont suivis, que je ne puis voir cette inégalité sans quelque sorte de confusion. Et certes, j'aurois laissé périr entièrement ceux-ci, si je n'eusse reconnu que le bruit qu'ont fait les derniers obligeoit déjà quelques curieux à la recherche des autres, et pourroit être cause qu'un imprimeur, faisant sans mon aveu ce que je ne voulois pas consentir, ajouteroit mille fautes aux miennes. J'ai donc cru qu'il valoit mieux, et pour votre contentement et pour ma réputation, y jeter un coup d'oeil, non pas pour les corriger exactement (il eût été besoin de les refaire presque entiers), mais du moins pour en ôter ce qu'il y a[199] de plus insupportable. Je vous les donne dans l'ordre que je les ai composés, et vous avouerai franchement que pour les vers, outre la foiblesse d'un homme qui commençoit à en faire, il est malaisé qu'ils ne sentent la province où je suis né. Comme Dieu m'a fait naître mauvais courtisan, j'ai trouvé dans la cour plus de louanges que de bienfaits, et plus d'estime que d'établissement. Ainsi étant demeuré provincial, ce n'est pas merveille si mon élocution en conserve quelquefois le caractère. Pour la conduite, je me dédirois de peu de chose si j'avois à les refaire. Je ne m'étendrai point à vous spécifier quelles règles j'y ai observées: ceux qui s'y connoissent s'en apercevront aisément, et de pareils discours ne font qu'importuner les savants, embarrasser les foibles, et étourdir les ignorants.

[198] VAR. (édit. de 1648-1657): pour ne me repentir pas.

[199] VAR. (édit. de 1648): ce qu'il y avoit.

II

AU LECTEUR[200].

[200] Ce second avis est en tête du recueil intitulé _OEuvres de Corneille_, seconde partie (contenant: _le Cid_, _Horace_, _Cinna_, _Polyeucte_, _Pompée_, _le Menteur_ et _la Suite du Menteur_). Rouen et Paris, 1648, petit in-12. Cette seconde partie est destinée à compléter la première partie de 1644 et la réimpression qui en a été faite en 1648. L'avis au lecteur a été reproduit dans les éditions de la seconde partie, jusqu'en 1657.

Voici une seconde partie de pièces de théâtre un peu plus supportables que celles de la première. Elles sont toutes assez régulières, avec cette différence toutefois, que les règles sont observées avec plus de sévérité dans les unes que dans les autres; car il y en a qu'on peut élargir et resserrer, selon que les incidents du poëme le peuvent souffrir. Telle est celle de l'unité de jour, ou des vingt et quatre heures. Je crois que nous devons toujours faire notre possible en sa faveur, jusqu'à forcer un peu les événements que nous traitons, pour les y accommoder; mais si je n'en pouvois venir à bout, je la négligerois même sans scrupule, et ne voudrois pas perdre un beau sujet pour ne l'y pouvoir réduire. Telle est encore celle de l'unité du lieu, qu'on doit arrêter, s'il se peut, dans la salle d'un palais, ou dans quelque espace qui ne soit pas de beaucoup plus grand que le théâtre, mais qu'on peut étendre jusqu'à toute une ville, et se servir même, s'il en est besoin, d'un peu des environs. Je dirois la même chose de la liaison des scènes, si j'osois la nommer une règle; mais comme je n'en vois rien dans Aristote; que notre Horace n'en dit que ce petit mot: _Neu quid hiet_[201], dont la signification peut être douteuse; que les anciens ne l'ont pas toujours observée, quoiqu'il leur fût assez aisé, ne mettant qu'une scène ou deux à chaque acte; que le miracle de l'Italie, le _Pastor Fido_[202], l'a entièrement négligée: j'aime mieux l'appeler un embellissement qu'une règle; mais un embellissement qui fait grand effet, comme il est aisé de le remarquer par les exemples du _Cid_ et de l'_Horace_. Sabine ne contribue non plus aux incidents de la tragédie dans ce dernier que l'Infante dans l'autre, étant toutes deux des personnages épisodiques qui s'émeuvent de tout ce qui arrive selon la passion qu'elles en ressentent, mais qu'on pourroit retrancher sans rien ôter de l'action principale. Néanmoins l'une a été condamnée presque de tout le monde comme inutile, et de l'autre personne n'en a murmuré, cette inégalité ne provenant que de la liaison des scènes qui attache Sabine au reste des personnages et qui n'étant pas observée dans _le Cid_, y laisse l'Infante tenir sa cour à part.

[201] Ce _petit mot_, que Corneille cite de mémoire, n'est pas d'Horace. Il y a dans la XVIe idylle d'Ausone, _de Viro bono_, un vers qui commence par _Ne quid hiet_, mais où il s'agit de tout autre chose que de la liaison des scènes; et dans l'_Art poétique_ d'Horace (V. 194) on lit un précepte ainsi conçu: _Neu quid medios intercinat actus_, etc., précepte relatif au chant du choeur entre les actes. Corneille aurait-il confondu ces deux passages?

[202] Cette tragi-comédie pastorale de Guarini, représentée pour la première fois à Turin en 1585, eut du vivant de son auteur quarante éditions. Il en a paru deux en 1590: l'une à Venise, in-4{o}; l'autre à Ferrare, in-12. On ignore laquelle est la première.

Au reste, comme les tragédies de cette seconde partie sont prises de l'histoire, j'ai cru qu'il ne seroit pas hors de propos de vous donner au devant de chacune le texte ou l'abrégé des auteurs dont je les ai tirées, afin qu'on puisse voir par là ce que j'y ai ajouté du mien et jusques où je me suis persuadé que peut aller la licence poétique en traitant des sujets véritables.

III

AU LECTEUR[203].

[203] Ce troisième avis, pour lequel nous avons suivi le texte de l'édition de 1682, avait paru d'abord dans celles de 1663 (in-folio), de 1664 et de 1668 (in-8{o}), avec quelques différences que nous indiquerons. L'édition de 1660 n'est précédée d'aucun avertissement. Comme ce morceau est un exposé du système d'orthographe que Corneille avait adopté, nous avons tenu à en donner une sorte de fac-simile: c'était le seul moyen de faire comprendre les règles qu'établit l'auteur et les détails où il entre. Les fautes et les inconséquences que l'on remarquera çà et là, montrent combien il était fondé à dire, à la fin de cet avis, que les imprimeurs avaient eu de la peine à suivre ses instructions. Dans les éditions de 1663, 1664, 1668, ils n'avaient même pas fait la distinction, dont notre poëte parle en commençant, de l'_i_ et du _j_, de l'_u_ et du _v_.

Ces quatre Volumes contiennent trente deux Pieces de Théatre. Ils [s]ont réglez à huit chacun[204]. Vous pourrez trouver quelque cho[s]e d'étrange aux innovations en l'orthographe que j'ay hazardées icy, et je veux bien vous en rendre rai[s]on. L'u[s]age de no[s]tre Langue e[s]t à pre[s]ent [s]i épandu par toute l'Europe, principalement vers le Nord, qu'on y voit peu d'E[s]tats où elle ne [s]oit connuë; c'e[s]t ce qui m'a fait croire qu'il ne [s]eroit pas mal à propos d'en faciliter la prononciation aux E[s]trangers, qui s'y trouvent [s]ouvent embarra[ss]ez par les divers [s]ons qu'elle donne quelquefois aux me[s]mes lettres. Les Hollandois m'ont frayé le chemin, et donné ouverture à y mettre di[s]tinction par de différents Caractéres, que ju[s]qu'icy nos Imprimeurs ont employé indifféremment. Ils ont [s]eparé les _i_ et les _u_ consones d'avec les _i_ et les _u_ voyelles, en [s]e [s]ervant tou[s]iours de l'_j_ et de l'_v_, pour les premiéres, et lai[ss]ant l'_i_ et l'_u_ pour les autres, qui ju[s]qu'à ces derniers temps avoient e[s]té confondus[205]. Ain[s]i la prononciation de ces deux lettres ne peut e[s]tre douteu[s]e, dans les impre[ss]ions où l'on garde le me[s]me ordre, comme en celle-cy. Leur exemple m'a enhardy à pa[ss]er plus avant. J'ay veu quatre prononciations differentes dans nos _[s]_, et trois dans nos _e_, et j'ay cherché les moyens d'en o[s]ter toutes ambiguitez, ou par des caractéres differens, ou par des régles generales, avec quelques exceptions. Je ne [s]çay [s]i j'y auray reü[ss]i, mais [s]i cette ébauche ne déplai[s]t pas, elle pourra donner jour à faire un travail plus achevé [s]ur cette matiere, et peut-e[s]tre que ce ne [s]era pas rendre un petit [s]ervice à no[s]tre Langue et au Public.

[204] Dans l'édition de 1663, l'avis commence ainsi:

«Ces deux Volumes contiennent autant de Pieces de Theatre que les trois que vous auez veus cy-deuant imprimez in Octavo[204-a]. Ils sont réglez à douze chacun, et les autres à huit. Sertorius et Sophonisbe ne s'y joindront point[204-b], qu'il n'y en aye assez pour faire vn troisiéme de cette Impression, ou vn quatriéme de l'autre. Cependant comme il ne peut entrer en celle-cy que deux des trois Discours qui ont seruy de Prefaces à la précedente, et que dans ces trois Discours j'ay tasché d'expliquer ma pensée touchant les plus curieuses et les plus importantes questions de l'Art Poëtique, cet Ouurage de mes reflexions demeureroit imparfait si j'en retranchois le troisiéme. Et c'est ce qui me fait vous le donner en suite du second Volume, attendant qu'on le puisse reporter au deuant de celuy qui le suiura, si-tost qu'il pourra estre complet.

«Vous trouuerez quelque chose d'étrange, etc.»

Le début de l'avis de l'édition de 1664, in-8{o}, est beaucoup plus court: