Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome V.
Chapter 8
Arrivé à Magdebourg, le vice-roi avait envoyé le 22 le général Lauriston sur la rive droite de l'Elbe. Le général Maison s'était porté à Mockern et avait poussé des postes sur Burg et Ziczar; il n'a trouvé que quelques pulks de troupes légères, qu'il a culbutés et sur lesquels il a pris ou tué une soixantaine d'hommes.
Le 12, le général Carra-Saint-Cyr, commandant la trente-deuxième division militaire, avait jugé convenable de repasser sur la rive gauche de l'Elbe, et de laisser Hambourg à la garde des autorités et des gardes nationales. Du 15 au 20, différentes insurrections se manifestèrent dans les départemens des Bouches-de-l'Elbe et de l'Ems.
Le général Morand, qui occupait la Poméranie suédoise, ayant appris l'évacuation de Berlin, faisait sa retraite sur Hambourg. Il passa l'Elbe à Zollenpischer, et le 17, il fit sa jonction avec le général Carra-Saint-Cyr. Deux cents hommes de troupes légères ennemies ayant atteint son arrière-garde, il les fit charger et leur tua quelques hommes. Le général Morand se porta sur la rive gauche, et le général Saint-Cyr se dirigea sur Brème.
Le 24, le général Saint-Cyr fit partir deux colonnes mobiles, pour se porter sur les batteries de Calsbourg et de Blexen, que des contrebandiers aidés des paysans et de quelques débarquemens anglais avaient enlevées. Ces colonnes ont mis les insurgés en déroute et repris les batteries. Les chefs ont été pris et fusillés. Les Anglais débarqués n'étaient qu'une centaine; on n'a pu leur faire que quarante prisonniers.
Le vice-roi avait réuni toute son armée, forte de cent mille hommes et de trois cents pièces de canon, autour de Magdebourg, manoeuvrant sur les deux rives.
Le général de brigade Montbrun, qui, avec une brigade de cavalerie, occupait Steindal, ayant appris que l'ennemi avait passé le bas Elbe dans des bateaux près de Werden, s'y porta le 28, chassa les troupes légères de l'ennemi, et entra dans Werden au galop. Le quatrième de lanciers exécuta une charge à fond, dans laquelle il tua une cinquantaine de cosaques et en prit douze. L'ennemi se hâta de regagner la rive droite de l'Elbe. Trois gros bateaux furent coulés bas, et quelques barques chavirèrent; elles pouvaient être chargées de soixante chevaux et d'un pareil nombre d'hommes. On a pu sauver dix-sept cavaliers, parmi lesquels se sont trouvés deux officiers, dont un aide-de-camp du général Dornberg, qui commandait cette colonne.
Il paraît qu'un corps de troupes légères, d'un millier de chevaux, de deux mille hommes d'infanterie et de six pièces de canon, est parvenu à se diriger du côté de Brunswick, pour exciter à la révolte le Hanovre et le royaume de Westphalie. Le roi de Westphalie s'est mis à la poursuite de ce corps, et d'autres colonnes envoyées par le vice-roi arrivent sur ses derrières.
Quinze cents hommes de troupes légères ennemies ont passé l'Elbe le 27, près de Dresde, sur des batelets. Le général Durutte marche sur eux. Les Saxons avaient laissé ce point dégarni, en se groupant autour de Torgau.
Le prince de la Moskwa était arrivé le 26 avec son quartier-général et son corps d'armée à Wurtzbourg; son avant-garde débouchait des montagnes de la Thuringe.
Le duc de Raguse a porté le 22 mars son quartier-général à Hanau; ses divisions s'y réunissaient.
Au 30 mars, l'avant-garde du corps d'observation d'Italie était arrivée à Augsbourg. Tout le corps traversait le Tyrol.
Le 27, le général Vandamme arrivait de sa personne à Brème. Les divisions Dumonceau et Dufour avaient déjà dépassé Wesel.
Indépendamment de l'armée du vice-roi, des armées du Mein et du corps du roi de Westphalie, il y aura dans la première quinzaine d'avril, près de cinquante mille hommes dans la trente-deuxième division militaire, afin de faire un exemple sévère des insurrections qui ont troublé cette division. Le comte de Bentink, maire de Varel, a eu l'infamie de se mettre à la tête des révoltés. Ses propriétés seront confisquées, et il aura, par sa trahison, consommé à jamais la ruine de sa famille.
Pendant tout le mois de mars, il n'y a eu aucune affaire. Dans toutes les escarmouches, dont celle du 28 (à Werden) est, de beaucoup, la plus considérable, l'armée française a toujours eu le dessus.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU 5 AVRIL.
Les nouvelles de Dantzick étaient satisfaisantes. La nombreuse garnison a formé des camps en dehors. L'ennemi se tenait éloigné de la place, et ne paraissait pas en disposition de rien tenter. Deux frégates anglaises s'étaient fait voir devant la place.
A Thorn, il n'y avait rien de nouveau. On y avait mis le temps à profit pour améliorer les fortifications.
L'ennemi n'avait que très-peu de forces devant Modlin; le général Daendels en a profité pour faire une sortie, a repoussé le corps ennemi, et s'est emparé d'un gros convoi, où il y avait entre autres cinq cents boeufs.
La garnison de Zamosc est maîtresse du pays à six lieues à la ronde, l'ennemi n'observant cette place qu'avec quelque cavalerie légère.
Le général Frimont et le prince Poniatowski étaient toujours dans la même position sur la Pilica.
Stettin, Custrin et Glogau étaient dans le même état. L'ennemi paraissait avoir des projets sur Glogau dont le blocus était resserré.
Le corps ennemi qui, le 27 mars, a passé l'Elbe à Werden, et dont l'arrière-garde a été défaite le 28 par le général Montbrun, et jetée dans la rivière, s'était dirigé sur Luxembourg.
Le 29, le général Morand partit de Brême, et se porta sur Lunebourg, où il arriva le premier avril. Les habitans, soutenus par quelques troupes légères de l'ennemi, voulurent faire résistance; les portes furent enfoncées à coups de canon, une trentaine de ces rebelles passés par les armes, et la ville fut soumise.
Le 2, le corps ennemi qu'on supposait de trois à quatre mille hommes, cavalerie, infanterie et artillerie, se présenta devant Lunebourg. Le général Morand marcha à sa rencontre avec sa colonne, composée de huit cents Saxons, et de deux cents Français, avec une trentaine de cavaliers et quatre pièces de canon. La canonnade s'engagea. L'ennemi avait été forcé de quitter plusieurs positions, lorsque le général Morand fut tué par un boulet. Le commandement passa à un colonel saxon. Les troupes, étonnées de la perte de leur chef, se replièrent dans la ville; et après s'y être défendues pendant une demi-journée, elles capitulèrent le soir. L'ennemi fit ainsi prisonniers sept cents Saxons et deux cents Français. Une partie des prisonniers ont été repris.
Le lendemain, le général Montbrun, commandant l'avant-garde du corps du prince d'Eckmühl, arriva à Lunebourg. L'ennemi, instruit de son approche, avait évacué la ville en toute hâte et repassé l'Elbe. Le prince d'Eckmühl, arrivé le 4, a forcé l'ennemi à retirer tous ses partis de la rive gauche de l'Elbe, et a fait occuper Stade.
Le 5, le général Vandamme avait réuni à Brême les divisions Saint-Cyr et Dufour. Le général Dumonceau, avec sa division, était à Minden.
Le vice-roi a rencontré, le 2 avril, une division prussienne en avant de Magdebourg sur la rive droite de l'Elbe, l'a culbutée, l'a poursuivie l'espace de plusieurs lieues, et lui a fait quelques centaines de prisonniers.
La brigade bavaroise, qui fait partie de la division du général Durutte, a eu, le 29 mars, une affaire à Coldiz avec la cavalerie ennemie. Cette infanterie a repoussé toutes les charges que l'ennemi a tentées sur elle, et lui a tué plus de cent hommes, parmi lesquels on a reconnu un colonel et plusieurs officiers. La perte des Bavarois n'a été que de seize hommes blessés. Depuis lors le général Durutte a continué son mouvement sans être inquiété, pour se porter sur la Saale à Bernbourg.
Un détachement de cavalerie ennemie était entré le 5 dans Leipsick.
Le duc de Bellune était en observation à Calbe et Bernbourg sur la Saale.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU 10 AVRIL
Le 5, la trente-cinquième division, commandée par le général Grenier, a eu une affaire d'avant-postes sur la rive droite de l'Elbe, à quatre lieues de Magdebourg. Quatre bataillons de cette division seulement ont été engagés. L'infanterie a montré son intrépidité ordinaire, et l'ennemi a été repoussé.
Le 7, le vice-roi étant instruit que l'ennemi avait passé l'Elbe à Dessau, a envoyé le cinquième corps et une partie du onzième pour appuyer le deuxième corps, commandé par le duc de Bellune. Lui-même il s'est porté à Stassfurt, où son quartier-général était le 9, et il a réuni son armée sur la Saale, la gauche à l'Elbe, la droite appuyée aux montagnes du Hartz, et la réserve à Magdebourg.
Le prince d'Eckmühl, qui le 8 avait son quartier-général à Lunebourg, se mettait en marche pour se rapprocher de Magdebourg.
L'artillerie des divisions du général Vandamme arrivait à Brême et à Minden.
La tête d'un corps composé de deux divisions, qui doit prendre position à Wesel, sous les ordres du général Lemarrois, commençait à arriver.
Le 10, le général Souham avait envoyé un régiment à Erfurt, où on n'avait pas encore de nouvelles des troupes légères de l'ennemi.
Le duc de Raguse prenait position sur les hauteurs d'Eisenach.
L'armée française du Mein paraissait en mouvement dans différentes directions.
Le prince de Neufchâtel était attendu à Mayence.
Une partie de l'état-major de l'empereur y était arrivée, ce qui faisait présumer l'arrivée prochaine de ce souverain.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU 20 AVRIL.
Dantzick, Thorn, Modlin, Zamosc, étaient dans le même état.
Stettin, Custrin, Glogau, Spandau, n'étaient que faiblement bloqués.
Magdebourg était le point de réserve du vice-roi.
Wittemberg et Torgau étaient en bon état. La garnison de Wittemberg avait repoussé l'attaque de vive force.
Le général Vandamme était en avant de Brême; le général Sébastiani entre Celle et le Weser; le vice-roi dans la même position, la gauche sur l'Elbe, à l'embouchure de la Saale, et la droite au Hartz, occupant Bernbourg, sa réserve à Magdebourg.
Le prince de la Moskwa était à Erfurt; le duc de Raguse à Gotha, occupant Langen-Saltza; le duc d'Istrie à Eisenach; le comte Bertrand à Cobourg.
Le général Souham était à Weymar. La ville avait été occupée par trois cents hussards prussiens, qui furent éparpillés dans la journée du 19 par un escadron du dixième de hussards, et un escadron badois, sous les ordres du général Laboissière. On leur a pris soixante hussards et quatre officiers, parmi lesquels se trouve un aide-de-camp du général Blucher.
Mayence, le 24 avril 1813.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
S. M. l'empereur a passé, le 22 du mois, la revue de quatre beaux régimens de la vieille garde; il a témoigné sa satisfaction du bel état des ces troupes; elles sont arrivées à Mayence en poste, et n'ont mis que six jours pour faire la route; elles étaient si peu fatiguées, qu'elles ont passé le Rhin sur-le-champ. Le général Curial est arrivé à Mayence avec les cadres des douze nouveaux régimens de la jeune garde qui s'organisent en cette ville. Toutes les fournitures destinées à l'équipement de ces troupes sont arrivées à Mayence par les transports accélérés.
Le duc de Castiglione a été nommé gouverneur militaire des grands-duchés de Francfort et de Wurtzbourg. La citadelle de Wurtzbourg a été armée et approvisionnée.
Les bruits qui avaient été répandus sur une prétendue défaite du général Sébastiani et sur la mort de ses aides-de-camp sont faux et controuvés; au contraire, se proposant d'attirer l'ennemi à lui, il ordonna au général Maurin d'évacuer Celle; douze cents cosaques s'y jetèrent sur-le-champ. Le 28, le général Maurin rentra précipitamment dans Celle, pêle-mêle avec l'ennemi, qui fut mis dans une déroute complète, et perdit une cinquantaine de tués, grand nombre de blessés et une centaine de prisonniers.
Pendant ce temps, le général Sébastiani se portait sur Ueltzen; il chassa de Gros-OEsingen un parti de six cents cosaques, qui se reploya sur Sprakensehl, où l'ennemi avait réuni quinze cents cavaliers. Le général Sébastiani les fit aussitôt charger et enfoncer; on leur a tué vingt-cinq hommes, blessé beaucoup plus, et pris une vingtaine de cosaques; les fuyards ont été poursuivis jusque près d'Ueltzen.
Le général Vandamme commande à Brême; il a sous ses ordres les trois divisions Dufour, Saint-Cyr et Dumonceau.
L'effervescence des esprits se calme dans la trente-deuxième division militaire; la quantité de forces qu'on voit arriver de tous côtés, les exemples sévères qu'on a faits sur les chefs des complots, mais surtout le peu de monde que l'ennemi a pu montrer sur ce point, ont comprimé la malveillance.
Le duc de Reggio est parti le 23 de Mayence pour prendre le commandement du douzième corps de la grande-armée.
Au 24, la plus grande partie de l'armée avait passé les montagnes de la Thuringe.
Le roi de Saxe ayant jugé convenable de s'approcher le plus possible de Dresde, s'est porté sur Prague.
S. M. l'empereur est parti le 24, à huit heures du soir, de Mayence.
Le duc de Dalmatie a repris les fonctions de colonel-général de la garde. S. M. a envoyé à Wetzlar le duc de Trévise pour organiser le corps polonais du général Dombrowski, et en former deux régimens d'infanterie, deux régimens de cavalerie et deux batteries d'artillerie. S. M. a pris ce corps à sa solde depuis le premier janvier.
Le prince d'Eckmühl s'est rendu dans la trente-deuxième division militaire, pour y exercer, vu les circonstances, les pouvoirs extraordinaires délégués par le sénatus-consulte du 3 avril.
Le 25 avril 1813.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
La place de Thorn a capitulé; la garnison retourne en Bavière; elle était composée de six cents Français et de deux mille sept cents Bavarois: dans ce nombre de trois mille trois cents hommes, douze cents étaient aux hôpitaux. Aucun préparatif n'annonçait encore le commencement du siége de Dantzick: la garnison était en bon état et maîtresse des dehors. Modlin et Zamosk n'étaient point sérieusement inquiétés. A Stettin, un combat très-vif avait eu lieu. L'ennemi, ayant voulu s'introduire entre Stettin et Dam, avait été culbuté dans les marais, et quinze cents Prussiens y avaient été tués ou pris.
Une lettre reçue de Glogau faisait connaître que cette place, au 12 avril, était dans le meilleur état. Il n'y avait rien de nouveau à Custrin. Spandau était assiégé: un magasin à poudre y avait sauté, et l'ennemi ayant cru pouvoir profiter de cette circonstance pour donner l'assaut, avait été repoussé après avoir perdu mille hommes tués ou blessés. On n'a point fait de prisonniers, parce qu'on était séparé par des marais.
Les Russes ont jeté des obus dans Wittenberg, et brûlé une partie de la ville. Ils ont voulu tenter une attaque de vive force qui ne leur a point réussi. Ils y ont perdu cinq à six cents hommes.
La position de l'armée russe paraissait être la suivante: un corps de partisans, commandé par un nommé Dornberg qui, en 1809, était capitaine des gardes du roi de Westphalie, et qui le trahit lâchement, était à Hambourg et faisait des courses entre l'Elbe et le Weser. Le général Sébastiani était parti pour lui couper l'Elbe.
Les deux corps prussiens des généraux Lecoq et Blucher paraissaient occuper, le premier, la rive droite de la Basse-Saale; le second, la rive droite de la Haute-Saale.
Les généraux russes Wintzingerode et Wittgenstein occupaient Leipsick; le général Barclay de Tolly était sur la Vistule, observant Dantzick; le général Saken était devant le corps autrichien, dans la direction de Cracovie, sur la Pilica.
L'empereur Alexandre avec la garde russe, et le général Kutusow ayant une vingtaine de mille hommes, paraissaient être sur l'Oder; ils s'étaient fait annoncer à Dresde pour le 12 avril, ils s'y étaient fait depuis annoncer pour le 20: aucune de ces annonces ne s'est réalisée.
L'ennemi paraissait vouloir se maintenir sur la Saale.
Les Saxons étaient dans Torgau.
Voici la position de l'armée française:
Le vice-roi avait son quartier-général à Mansfeld, la gauche appuyée à l'embouchure de la Saale, occupant Calbe et Bernbourg, où est le duc de Bellune. Le général Lauriston, avec le cinquième corps, occupait Asleben, Sondersleben et Gerbstet. La trente-unième division était sur Eisleben, la trente-sixième et la trente-cinquième étaient en arrière en réserve. Le prince de la Moskwa avait son corps en avant de Weymar. Le duc de Raguse était à Gotha; le quatrième corps, commandé par le général Bertrand, était à Saalfeld; le douzième corps, sous les ordres du duc de Reggio, arrivant à Cobourg.
La garde est à Erfurt, où l'empereur est arrivé le 25 à onze heures du soir. Le 26, S. M. a passé la revue de la garde, et a visité les fortifications de la ville et de la citadelle. Elle a fait désigner des locaux pour y établir des hôpitaux qui pussent contenir six mille malades ou blessés, ayant ordonné qu'Erfurt serait la dernière ligne d'évacuation.
Le 27, l'empereur a passé en revue la division Bonnet, faisant partie du sixième corps aux ordres du duc de Raguse.
Toute l'armée paraissait en mouvement: déjà tous les partis que l'ennemi avait sur la rive gauche de la Saale se sont déployés. Trois mille hommes de cavalerie s'étaient portés sur Nordhausen pour pénétrer dans le Hartz, et un autre parti sur Heiligenstadt pour menacer Cassel: tout cela s'est reployé avec précipitation, en laissant des malades, des blessés, et des traînards qui ont été faits prisonniers. Depuis les hauteurs d'Ebersdorf jusqu'à l'embouchure de la Saale, il n'y a plus d'ennemis sur la rive gauche.
La jonction entre l'armée de l'Elbe et l'armée du Mein doit s'opérer le 27 entre Naumbourg et Mersebourg.
Le 28 avril 1813.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
Le quartier-général de l'empereur était le 28 à Naumbourg: le prince de la Moskwa avait passé la Saale. Le général Souham avait culbuté une avant-garde de deux mille hommes qui avait voulu s'opposer au passage de la rivière. Tout le corps du prince de la Moskwa était en bataille au-delà de Naumbourg.
Le général Bertrand occupait Jéna et avait son corps rangé sur le fameux champ de bataille d'Jéna.
Le duc de Reggio, avec le douzième corps, arrivait à Saalfeld.
Le vice-roi débouchait par Halle et Mersebourg.
Le général Sébastiani s'était porté, le 24, sur Velzen; il avait culbuté un corps de quatre mille aventuriers, commandés par le général russe Czenicheff; il avait dispersé son infanterie; il avait pris une partie de ses bagages et de son artillerie, et le poursuivait l'épée dans les reins sur Lunebourg.
Le 30 avril 1813.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
Le 29, l'empereur avait porté son quartier général à Naumbourg.
Le prince de la Moskwa s'était porté sur Weissenfels. Son avant-garde, commandée par le général Souham, arriva près de cette ville à deux heures après midi, et se trouva en présence du général russe Lanskoi, commandant une division de six à sept mille hommes de cavalerie, d'infanterie et d'artillerie. Le général Souham n'avait pas de cavalerie; mais, sans en attendre, il marcha à l'ennemi et le culbuta de ses différentes positions. L'ennemi démasqua douze pièces de canon; le général Souham en fit mettre un pareil nombre en batterie. La canonnade devint vive et fit des ravages dans les rangs russes qui étaient à cheval et à découvert, tandis que nos pièces étaient soutenues par des tirailleurs placés dans des ravins et dans des villages. Le général de brigade Chemineau s'est fait remarquer. L'ennemi essaya plusieurs charges de cavalerie: notre infanterie le reçut en carré et par un feu de file qui couvrit le champ de bataille de cadavres russes et de chevaux. Le prince de la Moskwa dit qu'il n'a jamais vu à la fois plus d'enthousiasme et de sang-froid dans l'infanterie. Nous entrâmes dans Weissenfels; mais voyant que l'ennemi voulait tenir près de la ville, l'infanterie marcha à lui au pas de charge, les schakos au bout des fusils et aux cris de _vive l'empereur!_ La division ennemie se mit en retraite. Notre perte en tués et blessés a été d'une centaine d'hommes.
Le 27, le comte Lauriston s'était porté sur Wettin, où l'ennemi avait un pont. Le général Maison fit placer une batterie qui obligea l'ennemi à brûler le pont, et il s'empara de la tête de pont, que l'ennemi avait construite.
Le 28, le comte Lauriston se porta vis-à-vis Hall, où un corps prussien occupait une tête de pont, culbuta l'ennemi et l'obligea d'évacuer cette tête de pont et de couper le pont. Une canonnade très-vive s'en était suivie d'une rive à l'autre. Notre perte a été de soixante-sept hommes; celle de l'ennemi a été bien plus considérable.
Le vice-roi avait ordonné au maréchal duc de Tarente de se porter sur Mersebourg. Le 29, à quatre heures après midi, ce maréchal arriva devant cette ville; il y trouva deux mille Prussiens qui voulurent s'y défendre; ces Prussiens étaient du corps d'Yorck, de ceux mêmes que le maréchal commandait en chef et qui l'avaient abandonné sur le Niémen. Le maréchal entra de vive force, leur tua du monde, leur fit deux cents prisonniers, parmi lesquels se trouve un major, et s'empara de la ville et du pont.
Le comte Bertrand avait, le 29, son quartier-général à Dornburg, sur la Saale, occupant par une de ses divisions le pont d'Jéna.
Le duc de Raguse avait son quartier-général à Koesen sur la Saale; le duc de Reggio avait son quartier-général à Saalfeld sur la Saale.
Ce combat de Weissenfels est remarquable parce que c'est une lutte d'infanterie et de cavalerie en égal nombre et en rase plaine, et que l'avantage y est resté à notre infanterie. On a vu de jeunes bataillons se comporter avec autant de sang-froid et d'impétuosité que les vieilles troupes.
Ainsi, pour le début de cette campagne, l'ennemi est chassé de tout ce qu'il occupait sur la rive gauche de la Saale; nous sommes maîtres de tous les débouchés de cette rivière; la jonction entre les armées de l'Elbe et du Mein est opérée, et les villes importantes de Naumbourg, de Weissenfels et de Mersebourg ont été occupées de vive force.
Weymar, le 30 avril 1813.
S. M. l'empereur et roi a passé ici le 28 à deux heures après midi. Le duc de Weymar et le prince Bernard avaient été à sa rencontre jusqu'aux limites du territoire. S. M. est descendue au palais et s'est entretenue près de deux heures avec la duchesse; après quoi S. M. est montée à cheval pour se rendre à six lieues d'ici, à Eckarsberg, où était son quartier-général. Les princes ayant reconduit S. M. jusque-là, ont eu l'honneur d'y dîner le soir avec elle à son quartier-général.
La quantité de troupes qui passe ici est innombrable. Jamais on n'a vu de plus beaux trains d'artillerie ni de convois d'équipages militaires en meilleur état.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU PREMIER MAI.
L'empereur avait porté son quartier-général à Weissenfels; le vice-roi avait porté le sien à Mersebourg; le général Maison était entré à Halle; le duc de Raguse avait son quartier-général à Naumbourg; le comte Bertrand était à Stohssen; le duc de Reggio avait son quartier-général à Jéna.
Il a beaucoup plu dans la journée de 30: le premier mai, le temps était meilleur.
Trois ponts avaient été jetés sur la Saale, à Weissenfels: des ouvrages de campagne avaient été commencés à Naumbourg, et trois ponts jetés sur la Saale.
Quinze grenadiers du treizième de ligne se trouvant entre Saalfeld et Jéna, furent entourés par quatre-vingt-quinze hussards prussiens. Le commandant, qui était un colonel, s'avança en disant: _Français, rendez-vous!_ Le sergent l'ajusta et le jeta par terre roide mort. Les autres grenadiers se pelotonnèrent, tuèrent sept Prussiens, et les hussards s'en allèrent plus vite qu'ils n'étaient venus.
Les différens partis de la vieille garde se sont réunis à Weissenfels; le général de division Roguet les commande.