Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome V.
Chapter 2
Le général Doctorow voyant le chemin coupé, rétrograda sur Olchanoui. Le maréchal prince d'Eckmülh, avec une division d'infanterie, les cuirassiers de la division du comte Valence et le deuxième régiment de chevau-légers de la garde, se porta sur Ochmiana pour soutenir le général Pajol.
Le corps de Doctorow, ainsi coupé et rejeté dans le midi, continua de longer à droite, à marches forcées, en faisant le sacrifice de ses bagages; sur Smoroghoui, Danowcheff et Kobouïluicki, d'où il s'est porté sur la Dwina. Ce mouvement avait été prévu. Le général comte Nansouty, avec une division de cuirassiers, la division de cavalerie du général comte Bruyères et la division d'infanterie du comte Morand, s'était portée à Mikaïlitchki pour couper ce corps. Il arriva le 3 à Swir, lorsqu'il débouchait, et le poussa vivement, lui prit bon nombre de traînards, et l'obligea à abandonner quelques centaines de voitures de bagages.
L'incertitude, les angoisses, les marches et les contre-marches qu'ont faites ces troupes, les fatigues qu'elles ont essuyées, ont dû les faire beaucoup souffrir.
Des torrens de pluie ont tombé pendant trente-six heures sans interruption.
D'une extrême chaleur, le temps a passé tout-à-coup à un froid très-vif. Plusieurs milliers de chevaux ont péri par l'effet de cette transition subite. Des convois d'artillerie ont été arrêtés dans les boues.
Cet épouvantable orage, qui a fatigué les hommes et les chevaux, a nécessairement retardé notre marche, et le corps de Doctorow, qui a donné successivement dans les colonnes du général Bordesoult, du général Pajol et du général Nansouty, a été près de sa destruction.
Le prince Bagration, avec le cinquième corps, placé plus en arrière, marche sur la Dwina. Il est parti le 30 juin de Wolkowski pour se rendre sur Minsk.
Le roi de Westphalie est entré le même jour à Grodno. La division Dombrowski a passé la première. L'hetman Platow se trouvait encore à Grodno avec ses cosaques. Chargés par la cavalerie légère du prince Poniatowski, les cosaques ont été éparpillés: on leur a tué deux cents hommes et fait soixante prisonniers. On a trouvé à Grodno une manutention propre à cuire cent mille rations de pain, et quelques restes de magasins.
Il avait été prévu que Bagration se porterait sur la Dwina en se rapprochant le plus possible de Dunabourg; et le général de division comte Grouchy a été envoyé à Bognadow. Il était le 3 à Traboui. Le maréchal prince d'Eckmülh, renforcé de deux divisions, était le 4 à Wichnew. Si le prince Poniatowski a poussé vivement l'arrière-garde du corps de Bagration, ce corps se trouvera compromis.
Tous les corps ennemis sont dans la plus grande incertitude, L'hetman Platow ignorait, le 30 juin, que depuis deux jours Wilna fût occupé par les Français. Il se dirigea sur cette ville jusqu'à Lida, où il changea de route et se porta sur le midi.
Le soleil, dans la journée du 4, a rétabli les chemins. Tout s'organise à Wilna. Les faubourgs ont souffert par la grande quantité de monde qui s'y est précipitée pendant la durée de l'orage. Il y avait une manutention russe pour soixante mille rations. On en à établi une autre pour une égale quantité de rations. On forme des magasins. La tête des convois arrive à Kowno par le Niémen. Vingt mille quintaux de farine et un million de rations de biscuit viennent d'y arriver de Dantzick.
Wilna, le 13 juillet 1812.
_Sixième bulletin de la grande armée._
Le roi de Naples a continué à suivre l'arrière-garde ennemie. Le 5, il a rencontré la cavalerie ennemie en position sur la Dziana; il l'a fait charger par la brigade de cavalerie légère, que commande le général baron Subervic. Les régimens prussiens, wurtembergeois et polonais qui font partie de cette brigade, ont chargé avec la plus grande intrépidité. Ils ont culbuté une ligne de dragons et de hussards russes, et ont fait deux cents prisonniers, hussards et dragons montés. Arrivé au-delà de la Dziana, l'ennemi coupa les ponts et voulut défendre le passage. Le générai comte Montbrun fit alors avancer ses cinq batteries d'artillerie légère, qui, pendant plusieurs heures, portèrent le ravage dans les rangs ennemis. La perte des Russes a été considérable.
Le général comte Sébastiani est arrivé le même jour à Vidzoui, d'où l'empereur de Russie était parti la veille.
Notre avant-garde est sur la Dwina.
Le général comte Nansouty était le 5 juillet à Postavoui. Il se porta, pour passer la Dziana, à six lieues de là, sur la droite du roi de Naples. Le général de brigade Roussel, avec le neuvième régiment de chevau-légers polonais et le deuxième régiment de hussards prussiens, passa la rivière, culbuta six escadrons russes, en sabra un bon nombre et fit quarante-cinq prisonniers avec plusieurs officiers. Le général Nansouty se loue de la conduite du général Roussel, et cite avec éloge le lieutenant Boske, du deuxième régiment de hussards prussiens, le sous-officier Krance, et le hussard Lutze. S.M. a accordé la décoration de la Légion-d'Honneur au général Roussel, aux officiers et au sous-officier ci-dessus nommés.
Le général Nansouty a fait prisonniers cent trente hussards et dragons russes montés.
Le 3 juillet, la communication a été ouverte entre Grodno et Vilna par Lida. L'hetmann Platow, avec six mille cosaques, chassé de Grodno, se présenta sur Lida, et y trouva les avant-postes français. Il descendit sur Ivie le 5.
Le général comte Grouchy occupait Wichnew, Traboui et Soubonicki. Le général baron Pajol était à Perckaï; le généra! baron Bordesoult était à Blakchtoui; le maréchal prince d'Eckmühl était en avant de Bobrowitski, poussant des têtes de colonne partout.
Platow se retira précipitamment, le 6, sur Nikolaew.
Le prince Bagration, parti dans les premiers jours de juillet de Wolkowisk, pour se diriger sur Wilna, a été intercepté dans sa route. Il est retourné sur ses pas pour gagner Minsk; prévenu par le prince d'Eckmühl, il a changé de direction, a renoncé à se porter sur la Dwina, et se porte sur le Borysthène par Bobruisk, en traversant les marais de la Bérésina.
Le maréchal prince d'Eckmühl est entré le 8 à Minsk, Il y a trouvé des magasins considérables en farine, en avoine, en effets d'habillement, etc. Bagration était déjà arrivé à Novoi-Sworgiew; se voyant prévenu, il envoya l'ordre de brûler les magasins; mais le prince d'Eckmühl ne lui en a pas donné le temps.
Le roi de Westphalie était le 9 à Nowogrodek; le général Reynier, à Slonim. Des magasins, des voitures de bagages, des pharmacies, des hommes isolés ou coupés tombent à chaque moment dans nos mains. Les divisions russes errent dans ces contrées sans directions prévues, poursuivies partout, perdant leurs bagages, brûlant leurs magasins, détruisant leur artillerie, et laissant leurs places sans défense.
Le général baron de Colbert a pris à Vileika un magasin de trois mille quintaux de farine, de cent mille rations de biscuit, etc. Il a trouvé aussi à Vileika une caisse de vingt mille francs en monnaie de cuivre.
Tous ces avantages ne coûtent presque aucun homme à l'armée française: depuis que la campagne est ouverte, on compte à peine, dans tous les corps réunis, trente hommes tués, une centaine de blessés et dix prisonniers, tandis que nous avons déjà deux mille à deux mille cinq cents prisonniers russes.
Le prince de Schwartzenberg a passé le Bug à Droghitschin, a poursuivi l'ennemi dans ses différentes directions, et s'est emparé de plusieurs voitures de bagages. Le prince de Schwartzenberg se loue de l'accueil qu'il reçoit des habitans, et de l'esprit de patriotisme qui anime ces contrées.
Ainsi dix jours après l'ouverture de la campagne, nos avant-postes sont sur la Dwina. Presque toute la Lithuanie, ayant quatre millions d'hommes de population, est conquise. Les mouvemens de guerre ont commencé au passage de la Vistule. Les projets de l'empereur étaient dès-lors démasqués, et il n'y avait pas de temps à perdre pour leur exécution. Aussi l'armée a-t-elle fait de fortes marches depuis le passage de ce fleuve, pour se porter par des manoeuvres sur la Dwina, car il y a plus loin de la Vistule à la Dwina, que de la Dwina à Moscou et a Pétersbourg.
Les Russes paraissent se concentrer sur Dunabourg; ils annoncent le projet de nous attendre et de nous livrer bataille avant de rentrer dans leurs anciennes provinces, après avoir abandonné sans combat la Pologne, comme s'ils étaient pressés par la justice, et qu'ils voulussent restituer un pays mal acquis, puisqu'il ne l'a été ni par les traités, ni par le droit de conquête.
La chaleur continue à être très-forte.
Le peuple de Pologne s'émeut de tous côtés. L'aigle blanche est arborée partout. Prêtres, nobles, paysans, femmes, tous demandent l'indépendance de leur nation. Les paysans sont extrêmement jaloux du bonheur des paysans du grand-duché, qui sont libres; car, quoi qu'on dise, la liberté est regardée par les Lithuaniens comme le premier des biens. Les paysans s'expriment avec une vivacité d'élocution qui ne semble pas devoir appartenir aux climats du nord, et tous embrassent avec transport l'espérance que la fin de la lutte sera le rétablissement de leur liberté. Les paysans du grand-duché ont gagné à la liberté, non qu'ils soient plus riches, mais que les propriétaires sont obligés d'être modérés, justes et humains, parce qu'autrement les paysans quitteront leurs terres pour chercher de meilleurs propriétaires. Ainsi le noble ne perd rien; il est seulement obligé d'être juste, et le paysan gagne beaucoup. Ç'a dû être une douce jouissance pour le coeur de l'empereur, que d'être témoin, en traversant le grand-duché, des transports de joie et de reconnaissance qu'excite le bienfait de la liberté accordée à quatre millions d'hommes.
Six régimens d'infanterie de nouvelle levée viennent d'être décrétés en Lithuanie, et quatre régimens de cavalerie viennent d'être offerts par la noblesse.
Wilna, le 16 juillet 1812.
_Septième bulletin de la grande armée._
S.M. fait élever sur la rive droite de la Vilia un camp retranché fermé par des redoutes, et fait construire une citadelle sur la montagne où était l'ancien palais des Jagellons. On travaille à établir deux ponts de pilotis sur la Vilia. Trois ponts de radeaux existent déjà sur cette rivière.
Le 8, l'empereur a passé la revue d'une partie de sa garde, composée des divisions Laborde et Roguet, que commande le maréchal duc de Trévise, et de la vieille garde, que commande le maréchal duc de Dantzick, sur l'emplacement du camp retranché. La belle tenue de ces troupes a excité l'admiration générale.
Le 4, le maréchal duc de Tarente fit partir de son quartier-général de Rossiena, capitale de la Samogitie, l'une des plus belles et des plus fertiles provinces de la Pologne, le général de brigade baron Ricard, avec une partie de la septième division, pour se porter sur Poniewiez; le général prussien Kleist, avec une brigade prussienne, a été envoyé sur Chawli; et le brigadier prussien de Jeannerel, avec une autre brigade prussienne, sur Telch. Ces trois commandans sont arrivés à leur destination. Le général Kleist n'a pu atteindre qu'un hussard russe, l'ennemi ayant évacué en toute hâte Chawli, après avoir incendié les magasins.
Le général Ricard est arrivé, le 6 de grand matin, à Poniewiez. Il a eu le bonheur de sauver les magasins qui s'y trouvaient, et qui contenaient trente mille quintaux de farine. Il a fait cent soixante prisonniers, parmi lesquels sont quatre officiers. Cette petite expédition fait le plus grand honneur au détachement de hussards de la Mort prussien, qui en a été chargé. S.M. a accordé la décoration de la Légion-d'Honneur au commandant, au lieutenant de Raven, aux sous-officiers Werner et Pommereit, et au brigadier Grabouski, qui se sont distingués dans cette affaire.
Les habitans de la province de Samogitie se distinguent par leur patriotisme. Ils ont un grief de plus que les autres Polonais: ils étaient libres; leur pays est riche; il l'était davantage; mais leurs destinées ont changé avec la chute de la Pologne. Les plus belles terres ayant été données par Catherine aux Soubow, les paysans, de libres qu'ils étaient, ont dû devenir esclaves. Le mouvement de flanc qu'a fait l'armée sur Wilna, ayant tourné cette belle province, elle se trouve intacte, et sera de la plus grande utilité à l'armée. Deux mille chevaux sont en route pour venir réparer les pertes de l'artillerie. Des magasins considérables ont été conservés. La marche de l'armée de Kowno sur Wilna, et de Wilna sur Dunabourg et sur Minsk, a obligé l'ennemi à abandonner les rives du Niémen, et a rendu libre cette rivière, par laquelle de nombreux convois arrivent à Kowno. Nous avons dans ce moment plus de cent cinquante mille quintaux de farine, deux millions de rations de biscuit, six mille quintaux de riz, une grande quantité d'eau-de-vie, six cent mille boisseaux d'avoine, etc. Les convois se succèdent avec rapidité: le Niémen est couvert de bateaux.
Le passage du Niémen a eu lieu le 24, et l'empereur est entré à Wilna le 38. La première armée de l'Ouest, commandée par l'empereur Alexandre, est composée de neuf divisions d'infanterie et de quatre divisions de cavalerie. Poussée de poste en poste, elle occupe aujourd'hui le camp retranché de Drissa, où le roi de Naples, avec les corps des maréchaux ducs Elchingen et de Reggio, plusieurs divisions du premier corps, et les corps de cavalerie des comtes Nansouty et Montbrun, la contient. La seconde armée, commandée par le prince Bagration, était encore, le premier juillet, à Kobrin, où elle se réunissait. Les neuvième et quinzième divisions étaient plus loin, sous les ordres du général Tormazow. A la première nouvelle du passage du Niémen, Bagration se mit en mouvement pour se porter sur Wilna; il fit sa jonction avec les cosaques de Platow, qui étaient vis-à-vis Grodno. Arrivé à la hauteur d'Ivié, il apprit que le chemin de Wilna lui était fermé. Il reconnut que l'exécution des ordres qu'il avait serait téméraire et entraînerait sa perte, Soubotnicki, Traboui, Witchnew, Volojink, étant occupés par les corps du général comte Grouchy, du général Pajol, et du maréchal prince d'Eckmühl. Il rétrograda alors, et prit la direction de Minsk; mais arrivé à demi-chemin de cette ville, il apprit que le prince d'Eckmühl y était entré. Il rétrograda encore une fois: de Newij il marcha sur Slousk, et de là il se porta sur Bobruisk, où il n'aura d'autre ressource que de passer le Borysthène. Ainsi, les deux armées sont entièrement coupées, et séparées entre elles par un espace de cent lieues.
Le prince d'Eckmühl s'est emparé de la place forte de Borisow sur la Bérésina. Soixante milliers de poudre, seize pièces de canon de siège, des hôpitaux, sont tombés en son pouvoir. Des magasins considérables ont été incendiés une partie cependant a été sauvée.
Le 10, le général Latour-Maubourg a envoyé la division de cavalerie légère, commandée par le général Rozniecki, sur Mir. Elle a rencontré l'arrière-garde ennemie à peu de distance de cette ville. Un engagement très-vif eut lieu. Malgré l'infériorité du nombre de la division polonaise, le champ lui est resté. Le général de cosaques Gregoriew a été tué, et quinze cents Russes ont été tués ou blessés. Notre perte a été de cinq cents hommes au plus. La cavalerie légère polonaise s'est battue avec la plus grande intrépidité, et son courage a suppléé au nombre. Nous sommes entrés le même jour à Mir.
Le 13, le roi de Westphalie avait son quartier-général à Nesvy.
Le vice-roi arrive à Dockchitsoui.
Les Bavarois, commandés par le général comte Gouvion-Saint-Cyr, ont passé la revue de l'empereur le 14, à Wilna. La division Deroy et la division de Wrede étaient très-belles. Ces troupes se sont mises en marche pour Sloubokoe.
La diète de Varsovie s'étant constituée en confédération générale de Pologne, a nommé le prince Adam Czartorinski son président. Ce prince, âgé de quatre-vingts ans, a été, il y a cinquante ans, maréchal d'une diète de Pologne. Le premier acte de la confédération a été de déclarer le royaume de Pologne rétabli.
Une députation de la confédération a été présentée à l'empereur à Wilna, et a soumis à son approbation et à sa protection l'acte de confédération.
_Réponse de l'empereur au discours de M. le comte palatin Wibicki, président de la députation de la confédération générale de Pologne._
MM. les députés de la confédération de Pologne, J'ai entendu avec intérêt ce que vous venez de me dire. Polonais; je penserais et j'agirais comme vous; j'aurais volé comme vous dans l'assemblée de Varsovie: l'amour de la patrie est la première vertu de l'homme civilisé.
Dans ma position, j'ai bien des intérêts à concilier et bien des devoirs à remplir. Si j'eusse régné lors du premier, du second ou du troisième partage de la Pologne, j'aurais armé tout mon peuple pour vous soutenir. Aussitôt que la victoire m'a permis de restituer vos anciennes lois à votre capitale et à une partie de vos provinces, je l'ai fait avec empressement, sans toutefois prolonger une guerre qui eût fait couler encore le sang de mes sujets.
J'aime votre nation: depuis seize ans, j'ai vu vos soldats à mes côtés, sur les champs d'Italie, comme sur ceux d'Espagne.
J'applaudis à tout ce que vous avez fait: j'autorise les efforts que vous voulez faire; tout ce qui dépendra de moi pour seconder vos résolutions, je le ferai.
Si vos efforts sont unanimes, vous pouvez concevoir l'espoir de réduire vos ennemis à reconnaître vos droits; mais, dans ces contrées si éloignées et si étendues, c'est surtout sur l'unanimité des efforts de la population qui les couvre, que vous devez fonder vos espérances de succès.
Je vous ai tenu le même langage lors de ma première apparition en Pologne; je dois ajouter ici que j'ai garanti à l'empereur d'Autriche l'intégrité de ses états, et que je ne saurais autoriser aucune manoeuvre ni aucun mouvement qui tendrait à le troubler dans la paisible possession de ce qui lui reste des provinces polonaises. Que la Lithuanie, la Samogitie, Witepsek, Polotzi, Mohilow, la Volhynie, l'Ukraine, la Podolie, soient animées du même esprit que j'ai vu dans la grande Pologne, et la providence couronnera par le succès, la sainteté de votre cause; elle récompensera ce dévouement à votre patrie, qui vous a rendus si intéressans, et vous a acquis tant de droits à mon estime et à ma protection, sur laquelle vous devez compter dans toutes les circonstances.
Glonbokoé, le 22 juillet 1812.
_Huitième bulletin de la grande armée._
Le corps du prince Bagration est composé de quatre divisions d'infanterie, fortes de vingt-deux à vingt-quatre mille hommes; des cosaques de Platow, formant six mille chevaux, et de quatre à cinq mille hommes de cavalerie. Deux divisions de son corps (la neuvième et la onzième) voulaient le rejoindre par Pinsk; elles ont été interceptées et obligées de rentrer en Volhoynie.
Le 14, le général Latour-Maubourg, qui suivait l'arrière-garde de Bagration, était à Romanow. Le 16, le prince Poniatowski y avait son quartier-général.
Dans l'affaire du 10, qui a eu lieu a Romanow, le général Rozniecki, commandant la cavalerie légère du quatrième corps de cavalerie, a perdu six cents hommes tués ou blessés, ou faits prisonniers. On n'a à regretter aucun officier supérieur. Le général Rozniecki assure que l'on a reconnu sur le champ de bataille, les corps du général de division russe comte Pahlen, des colonels russes Adrianow et Jesowayski.
Le prince de Schwartzemberg avait, le 13, son quartier-général à Prazana. Il avait fait occuper, le 11 et le 12, la position importante de Pinsk, par un détachement, qui a pris quelques hommes et des magasins assez considérables. Douze houlans autrichiens ont chargé quarante-six cosaques, les ont poursuivis pendant plusieurs lieues, et en ont pris six. Le prince de Schwartzemberg marche sur Minsk.
Le général Reynier est revenu, le 19, à Slonim, pour garantir le duché de Varsovie d'une incursion, et observer les deux divisions ennemies rentrées en Volhynie.
Le 12, le général baron Pajol, étant à Jghoumen, a envoyé le capitaine Vaudois, avec cinquante chevaux, à Khaloui. Ce détachement a pris là un parc de deux cents voitures du corps de Bagration, a fait prisonniers six officiers, deux canonniers, trois cents hommes du train, et a pris huit cents beaux chevaux d'artillerie. Le capitaine Vaudois, se trouvant éloigné de quinze lieues de l'armée, n'a pas jugé pouvoir amener ce convoi, et l'a brûlé; il a amené les chevaux harnachés et les hommes.
Le prince d'Eckmühl était le 15 à Jghoumen; le général Pajol était à Jachitsié, ayant des postes sur Swisloch: ce qu'apprenant, Bagration a renoncé à se porter sur Bobruisk, et s'est jeté quinze lieues plus bas du côté de Mozier.
Le 17, Je prince d'Eckmühl était à Golognino.
Le 15, le général Grouchy était à Borisow. Un parti qu'il a envoyé sur Star-Lepel, y a pris des magasins considérables, et deux compagnies de mineurs de huit officiers et de deux cents hommes.
Le 18, ce général était à Kokanow.
Le même jour, à deux heures du matin, le général baron Colbert est entré à Orcha, où il s'est emparé d'immenses magasins de farine, d'avoine, d'effets d'habillement. Il a passé de suite le Borysthène, et s'est mis à la poursuite d'un convoi d'artillerie.
Smolensk est en alarme. Tout s'évacue sur Moscou. Un officier envoyé par l'empereur pour faire évacuer les magasins d'Orcha, a été fort étonné de trouver la place au pouvoir des Français; cet officier a été pris avec ses dépêches.
Pendant que Bagration était vivement poursuivi dans sa retraite, prévenu dans ses projets, séparé et éloigné de la grande armée, la grande armée, commandée par l'empereur Alexandre, se retirait sur la Dwina. Le 14, le général Sébastiani, suivant l'arrière-garde ennemie, culbuta cinq cents cosaques et arriva à Drouïa.
Le 13, le duc de Reggio se porta sur Dunabourg, brûla d'assez belles baraques que l'ennemi avait fait construire, fit lever le plan des ouvrages, brûla des magasins et fit cent cinquante prisonniers. Après cette diversion sur la droite, il marcha sur Drouïa.
Le 15, l'ennemi qui était réuni dans son camp retranché de Drissa, au nombre de cent à cent vingt mille hommes, instruit que notre cavalerie légère se gardait mal, fit jeter un pont, fit passer cinq mille hommes d'infanterie et cinq mille hommes de cavalerie, attaqua le général Sébastiani à l'improviste, le repoussa d'une lieue, et lui fit éprouver une perte d'une centaine d'hommes, tués, blessés, et prisonniers, parmi lesquels se trouvent un capitaine et un sous-lieutenant du onzième de chasseurs. Le général de brigade baron Saint-Geniès, blessé mortellement, est resté au pouvoir de l'ennemi.
Le 16, le maréchal duc de Trévise, avec une partie de la garde à pied et de la garde à cheval, et la cavalerie légère bavaroise, arriva à Gloubokoé. Le vice-roi arriva à Dockchitsié le 17.
Le 18, l'empereur porta son quartier-général à Gloubokoé.
Le 20, les maréchaux ducs d'Istrie et de Trévise étaient à Ouchatsch; le vice-roi à Kamen; le roi de Naples à Disna.
Le 18, l'armée russe évacua son camp retranché de Drissa, consistant en une douzaine de redoutes palissadées, réunies par un chemin couvert et de trois mille toises de développement dans l'enfoncement de la rivière. Ces ouvrages ont coûté une année de travail; nous les avons rasés.
Les immenses magasins qu'ils renfermaient ont été brûlés ou jetés dans l'eau.
Le 19, l'empereur Alexandre était à Witepsek.
Le même jour, le général comte Nansouty était vis-à-vis Polotsk.
Le 20, le roi de Naples passa la Dwina, et fit inonder la rive droite par sa cavalerie.
Tous les préparatifs que l'ennemi avait faits pour défendre le passage de la Dwina, ont été inutiles. Les magasins qu'il formait à grands frais depuis trois ans, ont été détruits. Il est tels de ses ouvrages qui, au dire des gens du pays, ont coûté dans une année six mille hommes aux Russes. On ne sait sur quel espoir ils s'étaient flattés qu'on irait les attaquer dans des camps qu'ils avaient retranchés.