Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome IV.
Chapter 37
Sur ces entrefaites, on vint prévenir que l'ennemi attaquait avec fureur le village qu'avait enlevé le duc de Rivoli, que notre gauche était débordée de trois mille toises, qu'une vive canonnade se faisait déjà entendre à Gros-Aspern, et que l'intervalle de Gros-Aspern à Wagram paraissait couvert d'une immense ligne d'artillerie. Il n'y eut plus à douter; l'ennemi commettait une énorme faute; il ne s'agissait que d'en profiter. L'empereur ordonna sur-le-champ au général Macdonald de disposer les divisions Broussier et Lamarque en colonnes d'attaque; il les fit soutenir par la division du général Nansouty, par la garde à cheval, et par une batterie de soixante pièces de la garde et de quarante pièces de différens corps. Le général comte de Lauriston, à la tête de cette batterie de cent pièces d'artillerie, marcha au trot à l'ennemi, s'avança sans tirer jusqu'à demi-portée de canon, et là commença un feu prodigieux qui éteignit celui de l'ennemi, et porta la mort dans ses rangs. Le général Macdonald marcha alors au pas de charge; le général de division Reille, avec la brigade de fusiliers et de tirailleurs de la garde, soutenait le général Macdonald. La garde avait fait un changement de front pour rendre cette attaque infaillible. Dans un clin d'oeil, le centre de l'ennemi perdit une lieue de terrain; sa droite, épouvantée, sentit le danger de la position où elle s'était placée, et rétrograda en grande hâte. Le duc de Rivoli l'attaqua alors en tète. Pendant que la déroute du centre portait la consternation et forçait les mouvemens de la droite de l'ennemi, sa gauche était attaquée et débordée par le duc d'Auerstaedt, qui avait enlevé Neusiedel, et qui, étant monté sur le plateau, marchait sur Wagram. La division Broussier et la division Gudin se sont couvertes de gloire.
Il n'était alors que dix heures du matin, et les hommes les moins clairvoyans voyaient que la journée était décidée et que la victoire était à nous.
A midi, le comte Oudinot marcha sur Wagram pour aider à l'attaque du duc d'Auerstaedt. Il y réussit et enleva cette importante position. Dès dix heures, l'ennemi ne se battait plus que pour sa retraite; dès midi, elle était prononcée et se faisait en désordre, et beaucoup avant la nuit, l'ennemi était hors de vue. Notre gauche était placée à Jetessée et Ebersdorf, notre centre sur Obersdorf, et la cavalerie de notre droite avait des postes jusqu'à Shoukirchen.
Le 7, à la pointe du jour, l'armée était en mouvement et marchait sur Kornenbourg et Wolkersdorf, et avait des postes sur Nicolsbourg. L'ennemi, coupé de la Hongrie et de la Moravie, se trouvait acculé du côté de la Bohême.
Tel est le récit de la bataille de Wagram, bataille décisive et à jamais célèbre, où trois à quatre cent mille hommes, douze à quinze cents pièces de canon se battaient pour de grands intérêts, sur un champ de bataille étudié, médité, fortifié par l'ennemi depuis plusieurs mois. Dix drapeaux, quarante pièces de canon, vingt mille prisonniers, dont trois ou quatre cents officiers et bon nombre de généraux, de colonels et de majors, sont les trophées de cette victoire. Les champs de bataille sont couverts de morts, parmi lesquels on trouve les corps de plusieurs généraux, et entre autres d'un nommé Normann, Français, traître à sa patrie, qui avait prostitué ses talens contre elle.
Tous les blessés de l'ennemi sont tombés en notre pouvoir. Ceux qu'il avait évacués au commencement de l'action, ont été trouvés dans les villages environnans. On peut calculer que le résultat de cette bataille sera de réduire l'armée autrichienne à moins de soixante mille hommes.
Notre perte a été considérable: on l'évalue à quinze cents hommes tués et à trois ou quatre mille blessés. Le duc d'Istrie, au moment où il disposait l'attaque de la cavalerie, a eu son cheval emporté d'un coup de canon; le boulet est tombé sur sa selle, et lui a fait une légère contusion à la cuisse.
Le général de division Lasalle a été tué d'une balle. C'était un officier du plus grand mérite et l'un de nos meilleurs généraux de cavalerie légère.
Le général bavarois de Wrede, et les généraux Seras, Grenier, Vignolle, Sahuc, Frère et Defrance ont été blessés.
Le colonel prince Aldobrandini a été frappé au bras par une balle. Les majors de la garde Daumesnil et Corbineau et le colonel Sainte-Croix, ont aussi été blessés. L'adjudant-commandant Duprat a été tué. Le colonel du neuvième d'infanterie de ligne est resté sur le champ de bataille. Ce régiment s'est couvert de gloire.
L'état-major fait dresser l'état de nos pertes.
Une circonstance particulière de cette grande bataille, c'est que les colonnes les plus rapprochées de Vienne n'en étaient pas à douze cents toises. La nombreuse population de cette capitale couvrait les tours, les clochers, les toits, les monticules pour être témoin de ce grand spectacle.
L'empereur d'Autriche avait quitté Wolkersdorf le 6, à cinq heures du matin, et était monté sur un belvédère d'où il voyait le champ de bataille, et où il est resté jusqu'à midi. Il est alors parti en toute hâte.
Le quartier-général français est arrivé à Wolkersdorf, dans la matinée du 7.
Wolkersdorf, 9 juillet 1809.
_Vingt-sixième bulletin de la grande armée._
La retraite de l'ennemi est une déroute. On a ramassé une partie de ses équipages; ses blessés sont tombés en notre pouvoir; on compte déjà au-delà de douze mille hommes; tous les villages en sont remplis. Dans cinq de ses hôpitaux seulement on en a trouvé plus de six mille.
Le duc de Rivoli, poursuivant l'ennemi par Stokerau, est déjà arrivé à Hollabrunn.
Le duc de Raguse l'avait d'abord suivi sur la route de Brunn, qu'il a quittée à Wolfersdorf pour prendre celle de Znaïm. Aujourd'hui, à neuf heures du matin, il a rencontré à Laa une arrière-garde qu'il a culbutée, et à laquelle il a fait neuf cents prisonniers. Il sera demain à Znaïm.
Le duc d'Auerstaedt est arrivé aujourd'hui à Nicolsbourg.
L'empereur d'Autriche, le prince Antoine, une suite d'environ deux cents calèches, carrosses et autres voitures, ont couché, le 6, à Erensbrunn; le 7, à Hollabrunn, et le 8 à Znaïm, d'où ils sont partis le 9 au matin: selon les rapports des gens du pays qui les conduisaient, leur abattement était extrême.
L'un des princes de Rohan a été trouvé blessé sur le champ de bataille. Le feld-maréchal lieutenant Wussakowicz est parmi les prisonniers.
L'artillerie de la garde s'est couverte de gloire; le major d'Aboville qui la commandait, a été blessé. L'empereur l'a fait général de brigade. Le chef d'escadron d'artillerie Grenier a eu un bras emporté. Ces intrépides canonniers ont montré toute la puissance de cette arme terrible.
Les chasseurs à cheval de la garde ont chargé, le jour de là bataille de Wagram, trois carrés d'infanterie qu'ils ont enfoncés; ils ont pris quatre pièces de canon. Les chevau-légers polonais de la garde ont chargé un régiment de lanciers. Ils ont fait prisonnier le prince d'Awersperg et pris deux pièces de canon.
Les hussards saxons d'Albert ont chargé les cuirassiers d'Albert, et leur ont pris un drapeau. C'était une chose fort singulière de voir deux régimens appartenant au même colonel combattre l'un contre l'autre.
Il paraît que l'ennemi abandonne la Moravie et la Hongrie et se retire en Bohême.
Les routes sont couvertes de gens de la landwehr et de la levée en masse, qui retournent chez eux.
Les pertes que la désertion ajoute à celles que l'ennemi a éprouvées, en tués, blessés et prisonniers, concourent a l'anéantissement de cette armée.
Les nombreuses lettres interceptées font un tableau frappant du mécontentement de l'armée ennemie et du désordre qui y règne.
A présent que la monarchie autrichienne est sans espérance, ce serait mal connaître le caractère de ceux qui l'ont gouvernée, que de ne pas s'attendre qu'ils s'humilieront, comme ils le firent après la bataille d'Austerlitz. A cette époque ils étaient, comme aujourd'hui, sans espoir, et ils épuisèrent les protestations et les sermens.
Pendant la journée du 6, l'ennemi a jeté sur la rive droite du Danube quelques centaines d'hommes des postes d'observation. Ils se sont rembarques après avoir perdu quelques hommes tués ou faits prisonniers.
La chaleur a été excessive ces jours-ci; le thermomètre a été presque constamment à vingt-six degrés.
Le vin est en très-grande abondance. Il y a tel village où on eu a trouvé jusqu'à trois millions de pintes. Il n'a heureusement aucune qualité malfaisante.
Vingt villages, les plus considérables de la belle plaine de Vienne, et tels qu'on en voit aux environs d'une grande capitale, ont été brûlés pendant la bataille. La juste haine de la nation se prononce contre les hommes criminels qui ont attiré tous ces malheurs sur elle.
Le général de brigade Laroche est entré, le 28 juin, avec un corps de cavalerie, à Nuremberg et s'est dirigé sur Bayreuth; il a rencontré l'ennemi à Besentheim, l'a fait charger par le premier régiment provisoire de dragons, a sabré tout ce qui s'est trouvé devant lui, et a pris deux pièces de canon.
Znaïm, 13 juillet 1809.
_Vingt-septième bulletin de la grande armée._
Le 10, le duc de Rivoli a battu devant Hollabrunn l'arrière-garde ennemie.
Le même jour à midi, le duc de Raguse, arrivé sur les hauteurs de Znaïm, vit les bagages et l'artillerie de l'ennemi qui filaient sur la Bohême. Le général Bellegarde lui écrivit que le prince Jean de Lichtenstein se rendait auprès de l'empereur avec une mission de son maître, pour traiter de la paix, et demanda en conséquence une suspension d'armes. Le duc de Raguse répondit qu'il n'était pas en son pouvoir d'accéder à cette demande, mais qu'il allait en rendre compte à l'empereur. En attendant il attaqua l'ennemi, lui enleva une belle position, lui fit des prisonniers et prit deux drapeaux.
Le même jour au matin, le duc d'Auerstaedt avait passé la Taya vis-à-vis Nicolsbourg, et le général Grouchy avait battu l'arriére-garde du prince de Rosemberg et lui avait fait quatre cent cinquante prisonniers du régiment du prince Charles.
Le 11 a midi, l'empereur arriva vis-à-vis Znaïm. Le combat était engagé. Le duc de Raguse avait débordé la ville, et le duc de Rivoli s'était emparé du pont et avait occupé la fabrique de tabac. On avait pris à l'ennemi, dans les différens engagemens de celle journée, trois mille hommes, deux drapeaux et trois pièces de canon. Le général de brigade Bruyères, officier d'une grande espérance, a été blessé. Le général de brigade Guiton a fait une belle charge avec le dixième de cuirassiers. L'empereur instruit que le prince Jean de Lichtenstein, envoyé auprès de lui, était entré dans nos avant-postes, fît cesser le feu. Un armistice fut signé à minuit chez le prince de Neufchâtel. Le prince de Lichtenstein a été présenté à l'empereur dans sa tente à deux heures du matin.
Znaïm, en Moravie, 13 juillet 1809.
_Circulaire aux évéques._
M. l'évêque de......, les victoires d'Enzersdorf et de Wagram, où le Dieu des armées a si visiblement protégé les armées françaises, doivent exciter la plus vive reconnaissance dans le coeur de nos peuples. Notre intention est donc qu'au reçu de la présente vous vous concertiez avec qui de droit pour réunir nos peuples dans les églises, et adresser au ciel des actions de grâces et des prières conformes aus sentimens qui nous animent.
Notre Seigneur Jésus-Christ, quoique issu du sang de David, ne voulut aucun règne temporel. Il voulut au contraire qu'on obéît à César dans le règlement des affaires de la terre; il ne fut animé que du grand objet de la rédemption, et du salut des âmes. Héritier du pouvoir de César, nous sommes résolus à maintenir l'indépendance de notre trône et de nos droits. Nous persévérons dans le grand oeuvre du rétablissement de la religion. Nous environnerons ses ministres de la considération que nous seul pouvons leur donner. Nous écouterons leur voix dans tout ce qui a rapport au spirituel et au règlement des consciences.
Au milieu des soins des camps, des alarmes et des sollicitudes de la guerre, nous avons été bien aise de vous donner connaissance de ces sentimens afin de faire tomber dans le mépris ces oeuvres de l'ignorance et de la faiblesse, de la méchanceté ou de la démence, par lesquelles on voudrait semer le trouble et le désordre dans nos provinces. On ne nous détournera pas du grand but vers lequel nous tendons, et que nous avons déjà en partie heureusement atteint, le rétablissement des autels de notre religion, en nous portant à croire que ses principes sont incompatibles, comme l'ont prétendu les Grecs, les Anglais, les protestans et les calvinistes, avec l'indépendance des trônes et des nations. Dieu nous a assez éclairé pour que nous soyons loin de partager de pareilles erreurs: notre coeur et ceux de nos sujets n'éprouvent point de semblables craintes. Nous savons que ceux qui voudraient faire dépendre de l'intérêt d'un temporel périssable, l'intérêt éternel des consciences et des affaires spirituelles, sont hors de la charité, de l'esprit et de la religion de celui qui a dit: Mon empire n'est pas dans ce monde. Cette lettre n'étant à d'autres fins, je prie Dieu, monsieur l'évêque, qu'il vous ait en sa sainte garde.
NAPOLÉON.
Vienne, 14 juillet 1809.
_Vingt-huitième bulletin de la grande armée._
Le Danube a crû de six pieds. Les ponts de bateaux qu'on avait établis devant Vienne depuis la bataille de Wagram, ont été rompus par les effets de la crue. Mais nos ponts d'Ebersdorf, solides et permanens, n'en ont pas souffert. Ces ponts et les ouvrages de l'île de Lobau sont le sujet de l'admiration des militaires autrichiens. Ils avouent que de tels travaux à la guerre sont sans exemple depuis les Romains.
L'archiduc Charles ayant envoyé le général-major Weisseuvof complimenter l'empereur, et depuis, le baron Wimpffen et le prince Jean de Lichtenstein ayant fait la même politesse en son nom, S. M., a jugé à propos de lui envoyer le duc de Frioul, grand-maréchal du palais, qui l'a trouvée Budweis et a passé une partie de la journée d'hier à son quartier-général.
L'empereur est parti hier à neuf heures du matin de son camp de Znaïm, et est arrivé au palais de Schoenbrunn à trois heures après-midi. S. M. a visité les environs du village de Spilz qui forme la tête du pont de Vienne. Elle a ordonné au général comte Bertrand différens ouvrages qui doivent avoir été tracés et commencés aujourd'hui.
Le pont sur pilotis de Vienne sera rétabli dans le plus court délai.
S. M. a nommé maréchaux de l'empire le général Oudinot, le duc de Raguse et le général Macdonald; le nombre des maréchaux était de onze. Cette nomination le porte à quatorze: il reste encore deux places vacantes. Les places de colonel-général des Suisses et de colonel-général des chasseurs sont aussi vacantes.
Le colonel-général des chasseurs est, d'après nos constitutions, grand-officier de l'empire.
S. M. a témoigné sa satisfaction de la manière dont la chirurgie a servi, et particulièrement des services du chirurgien en chef Heurteloup.
Le 7, S. M. traversant le champ de bataille a fait enlever un grand nombre de blessés et y a laissé le duc de Frioul, grand-maréchal du palais, qui y a passé toute la journée.
Le nombre des blessés autrichiens tombés en notre pouvoir s'élève de douze à treize mille.
Les Autrichiens ont eu dix-neuf généraux tués ou blessés. On a remarqué comme un fait singulier que les officiers français, soit de l'ancienne France, soit des nouvelles provinces, qui se trouvaient au service d'Autriche, ont pour la plupart péri.
On a intercepté plusieurs courriers, et l'on a trouvé dans les lettres dont ils étaient porteurs, une correspondance suivie de Gentz avec le comte Stadion. L'influence de ce misérable dans les grandes décisions du cabinet autrichien est ainsi matériellement prouvée. Voilà les instrumens dont l'Angleterre se servait comme d'une nouvelle boîte de Pandore pour souffler les tempêtes et répandre les poisons sur le continent.
Le corps du duc de Rivoli forme ses camps dans le cercle de Znaïm. Celui du duc d'Auerstaedt dans le cercle de Brunn; celui du maréchal duc de Raguse dans le cercle de Korn-Neubourg; celui du maréchal Oudinot, en avant de Vienne à Spitz; celui du vice-roi, sur Presbourg et Gratz. La garde impériale rentre dans les environs de Schoenbrunn.
La récolte est très-belle et partout d'une grande abondance. L'armée est cantonnée dans de superbes pays, riches en denrées de toutes espèces, et surtout en vins.
Vienne, 22 juillet 1809.
_Vingt-neuvième bulletin de la grande armée._
Les généraux Durosnel et Foulers sont arrivés au quartier-général. Les conjectures qu'on avait formées au sujet du général Durosnel se sont toutes trouvées fausses. Il n'a pas été blessé; il n'a pas eu de cheval tué sous lui; mais en revenant de porter au duc de Montebello, dans la journée du 22 mai, l'ordre de concentrer son mouvement à cause de la rupture des ponts, il traversa un ravin où il trouva vingt-cinq hussards qu'il croyait former un de nos postes. Il ne s'aperçut qu'ils étaient ennemis qu'au moment où ils lui sautèrent au collet. Comme on avait été long-temps sans avoir de ses nouvelles, et d'après quelques autres indices, on l'avait cru mort.
Le général de division Reynier a pris le commandement des Saxons, et a occupé Presbourg.
Le maréchal Macdonald s'est mis en marche pour aller prendre possession de la citadelle de Gratz, où il doit être entré aujourd'hui.
Le maréchal duc de Raguse a campé ses troupes sur les hauteurs de Krems.
S. M. assiste tous les matins aux parades de la garde, qui sont fort belles. Les vélites et les grenadiers à pied de la garde italienne se font remarquer par une excellente tenue.
Le prince Jean de Lichtenstein revenant de Bude, a été présenté le 18 à S. M. Il apportait une lettre de l'empereur d'Autriche.
Le comte de Bubna, général-major aide-de-camp de l'empereur d'Autriche, a dîné plusieurs fois chez M. le comte Champagny.
Sur les rives du Danube on a rassemblé et réparé les bateaux du commerce qui avaient été dispersés par les événemens de la guerre, et on les charge partout de bois, de légumes, de blés et de farines. On en voit arriver chaque jour.
Toute l'armée est campée.
Vienne, 30 juillet 1809.
_Trentième bulletin de la grande armée._
Le neuvième corps, que commandait le prince de Ponte-Corvo, a été dissous le 8. Les Saxons qui en faisaient partie sont sous les ordres du général Reynier. Le prince de Ponte-Corvo est allé prendre les eaux. Dans la bataille de Wagram, le village de Wagram a été enlevé le 6, entre dix et onze heures du matin, et la gloire en appartient tout entière au maréchal Oudinot et à son corps.
D'après tous les renseignemens qui ont été pris, la maison d'Autriche se préparait à la guerre depuis près de quatre ans, c'est'à-dire, depuis la guerre de Presbourg. Son état militaire lui a coûté pendant trois années trois cents millions de francs chaque année. Aussi son papier-monnaie, qui ne se montait qu'à un milliard de francs, lors de la paix de Presbourg, passe-il aujourd'hui deux milliards.
La maison d'Autriche est entrée en campagne avec soixante-deux régimens de ligne, dix-huit régimens de frontières, quatre corps francs ou légions, ayant ensemble un présent sous les armes de trois cent dix mille hommes; cent cinquante bataillons de landwehr, commandés par d'anciens officiers et exercés pendant dix mois, formant cent cinquante mille hommes; quarante mille hommes de l'insurrection hongroise, et soixante mille hommes de cavalerie, d'artillerie et de sapeurs; ce qui a porté ses forces réelles de cinq à six cents mille hommes. Aussi la maison d'Autriche se croyait-elle sûre de la victoire. Elle espérait balancer les destins de la France, lors même que toutes nos forces auraient été réunies, et elle ne doutait pas qu'elle s'avançât sur le Rhin, sachant que la majeure partie de nos troupes et nos plus beaux régimens étaient en Espagne. Cependant ses armées sont aujourd'hui réduites à moins du quart, tandis que l'armée française est doublée de ce qu'elle était à Ratisbonne.
Ces efforts, la maison d'Autriche n'a pu les faire qu'une fois. C'est un miracle attaché au papier-monnaie. Le numéraire est si rare, que l'on ne croit pas qu'il y ait dans les états de cette monarchie, soixante millions de francs en espèces. C'est ce qui soutient le papier-monnaie, puisque près de deux milliards, qui, moyennant la réduction au tiers, ne valent que six à sept cents millions, ne sont que le signe nécessaire à la circulation.
On a trouvé dans la citadelle de Gratz vingt-deux pièces de canon.
La forteresse de Sachsenbourg, située aux débouchés du Tyrol, a été remise au-général Rusca.
Le duc de Dantzick est entré en Tyrol avec vingt-cinq mille hommes. Il a occupé le 28 Lovers, et il a partout désarmé les habitans. Il doit en ce moment être à Inspruck.
Le général Thielmann est entré à Dresde.
Le duc d'Abrantès est à Bayreuth. Il a établi ses postes sur les frontières de la Bohême.
Schoenbrunn, 7 septembre 1809.
_Lettre de S. M. l'empereur et roi au ministre de la guerre._
Monsieur le comte de Hunebourg, notre ministre de la guerre, des rapports qui sont sous nos yeux, contiennent les assertions suivantes: le gouverneur commandant la place de Flessingue n'aurait pas exécuté l'ordre que nous lui avions donné de couper les digues et d'inonder l'île de Walcheren, aussitôt qu'une force supérieure ennemie y aurait débarqué; il aurait rendu la place que nous lui avions confiée, l'ennemi n'ayant pas exécuté le passage du fossé, le revêtement du rempart étant sans brèche praticable et intact dès-lors, sans avoir soutenu d'assaut, et même lorsque les tranchées des ennemis n'étaient qu'à cent cinquante toises de la place, et lorsqu'il avait encore quatre mille hommes sous les armes; enfin, la place se serait rendue par l'effet d'un premier bombardement. Si telle était la vérité, le gouverneur serait coupable, et il resterait à savoir si c'est à la trahison ou à la lâcheté que nous devrions attribuer sa conduite.
Nous vous écrivons la présente lettre close, pour qu'aussitôt après l'avoir reçue, vous ayez à réunir un conseil d'enquête, qui sera composé du comte Aboville, sénateur; du comte Rampon, sénateur; du vice-amiral Thévenard, et du comte Sougis, premier inspecteur-général de l'artillerie. Toutes les pièces qui se trouveront dans votre ministère, dans ceux de la marine, de l'intérieur, de la police, ou de tout autre département, sur la reddition de la place de Flessingue, tant sous le rapport de la défense, que de tout autre objet qui pourrait intéresser notre service, seront adressées au conseil, pour nous être mises sous les yeux, avec le résultat de ladite enquête.
Cette lettre n'étant à autre fin, nous prions Dieu, monsieur le comte de Hunebourg, qu'il'vous ait en sa sainte garde.
_Signé_ NAPOLÉON.
Paris, 3 décembre 1809.
_Discours de S. M. l'empereur, à l'ouverture du corps législatif._
Messieurs les députés des départemens au corps législatif, depuis votre dernière session, j'ai soumis l'Aragon et la Castille, et chassé de Madrid le gouvernement fallacieux formé par l'Angleterre.
Je marchais sur Cadix et Lisbonne, lorsque j'ai dû revenir sur mes pas, et planter mes aigles sur les remparts de Vienne. Trois mois ont vu naître et terminer cette quatrième guerre punique. Accoutumé au dévouement et au courage de mes armées, je ne puis cependant, dans cette circonstance, ne pas reconnaître les preuves particulières d'amour que m'ont données mes soldats d'Allemagne.