Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome IV.

Chapter 34

Chapter 343,831 wordsPublic domain

Les maréchaux ducs de Montebello et de Rivoli ont montré dans cette journée tonte la force de leur caractère militaire.

L'empereur a donné le commandement du second corps au comte Oudinot, général éprouvé dans cent combats, où il a montré autant d'intrépidité que de savoir.

Ebersdorf, 24 mai 1809.

_Onzième bulletin du la grande armée._

Le maréchal duc de Dantzick est maître du Tyrol. Il est entré à Inspruck le 19 de ce mois. Le pays entier s'est soumis.

Le 11, le duc de Dantzick avait enlevé la forte position de Strob-Pass, et pris à l'ennemi sept canons et six cents hommes.

Le 13, après avoir battu Chasteller dans la position de Voergel, l'avoir mis dans une déroute complète, et lui avoir pris toute son artillerie, il l'avait poursuivi jusqu'au-delà de Rattenberg. Ce misérable n'a dû son salut qu'à la vitesse de son cheval.

En même temps, le général Deroy, ayant débloqué la forteresse de Kufstein, faisait sa jonction avec les troupes que le duc de Dantzick commandait en personne. Ce maréchal se loue de la conduite du major Palm, du chef du bataillon léger bavarois, du lieutenant-colonel Habérman, du capitaine Laider, du capitaine Bernard du troisième régiment de chevau-légers de Bavière, de ses aides-de-camp Montmarie, Maingarnaud et Montelegier, et du chef d'escadron Fontange, officier d'état-major.

Chasteller était entré dans le Tyrol avec une poignée de mauvais sujets. Il a prêché la révolte, le pillage et l'assassinat. Il a vu égorger sous ses yeux plusieurs milliers de Bavarois et une centaine de soldats français. Il a encouragé les assassins par ses éloges, et excité la férocité de ces ours des montagnes. Parmi les Français qui ont péri dans ce massacre se trouvaient une soixantaine de Belges tous compatriotes de Chasteller. Ce misérable couvert des bienfaits de l'empereur, à qui il doit d'avoir recouvré des biens montant à plusieurs millions, était incapable d'éprouver le sentiment de la reconnaissance, et ces affections qui attachent même les barbares aux habitans du pays qui leur a donné naissance.

Les Tyroliens vouent à l'exécration les hommes dont les perfides insinuations les ont excités à la rébellion et ont appelé sur eux les malheurs qu'elle entraîne avec elle. Leur fureur contre Chasteller était telle, que lorsqu'il se sauva après la déroute de Voergel, ils l'arrêtèrent à Hall, le fustigèrent et le maltraitèrent au point qu'il fut obligé de passer deux jours dans son lit. Il osa ensuite reparaître pour demander à capituler; on lui répondit qu'on ne capitulait pas avec un brigand, et il s'enfuit à toute hâte dans les montagnes de la Carinthie.

La vallée de Zillerthal a été la première à se soumettre; elle a remis ses armes et donné des otages; le reste du pays a suivi cet exemple. Tous les chefs ont ordonné aux paysans de rentrer chez eux, et on les a vus quitter les montagnes de toutes parts, et revenir dans leurs villages. La ville d'Inspruck et tous les cercles ont envoyé des députations à S. M. le roi de Bavière, pour protester de leur fidélité et implorer sa clémence.

Le Voralberg, que les proclamations incendiaires et les intrigues de l'ennemi avaient aussi égaré, imitera le Tyrol; et cette partie de l'Allemagne sera arrachée aux désastres et aux crimes des insurrections populaires.

_Combat de Urfar._

Le 17 de ce mois, à deux heures après midi, trois colonnes autrichiennes commandées par les généraux Grainville, Bucalowitz et Sommariva, et soutenues par une réserve aux ordres du général Jellachich, ont attaqué le général Vandamme, au village de Urfar, eu avant de la tête du pont de Lintz. Dans le même moment arrivait à Lintz le maréchal prince de Ponte-Corvo, avec la cavalerie et la première brigade d'infanterie saxonne. Le général Vandamme, à la tète des troupes wurtembergeoises, et avec quatre escadrons de hussards et de dragon saxons, repoussa vigoureusement les deux premières colonnes ennemies, les chassa de leurs positions, leur prit six pièces de canon et quatre cents hommes, et les mit dans une pleine déroute. La troisième colonne ennemie parut sur les hauteurs de Boslingberg, à sept heures du soir, et son infanterie couronna en un instant la Crète des montagnes voisines. L'infanterie saxonne attaqua l'ennemi avec impétuosité, le chassa de toutes ses positions, lui prit trois cents hommes et plusieurs caissons de munitions.

L'ennemi s'est retiré en désordre sur Freystadt et sur Haslach. Les hussards envoyés à sa poursuite ont ramené beaucoup de prisonniers. On a pris dans les bois cinq cents fusils et une quantité de voitures et de caissons chargés d'effets d'habillement. La perte de l'ennemi, indépendamment des prisonniers, est de deux mille hommes tués ou blessés; la nôtre ne va pas à quatre cents hommes hors de combat.

Le maréchal prince de Ponte-Corvo fait beaucoup d'éloges du général Vandamme. Il se loue de la conduite de M. de Leschwitz, général en chef des Saxons, qui conserve, à soixante-cinq ans, l'activité et l'ardeur d'un jeune homme; du général d'artillerie Mossel; du général Gérard, chef d'état-major, et du lieutenant-colonel aide-de-camp Hamelinaie.

Ebersdorf, 26 mai 1809.

_Douzième bulletin de la grande armée._

On a employé toute la journée du 23, la nuit du 23 au 24, et toute la journée du 24 à réparer les ponts.

Le 25, à la pointe du jour, ils étaient en état. Les blessés, les caissons vides, et tous les objets qu'il était nécessaire de renouveler, ont passé sur la rive droite.

La crue du Danube devant encore durer jusqu'au 15 juin, on a pensé que pour pouvoir compter sur les ponts, il convenait de planter en avant des lignes de pilotis auxquels on amarrera la grande chaîne de fer qui est à l'arsenal, et qui fut prise par les Autrichiens sur les Turcs, qui la destinaient à un semblable usage.

On travaille à ces ouvrages avec la plus grande activité, et déjà un grand nombre de sonnettes battent des pilotis; par ce moyen, et avec les fortifications qu'on fait sur la rive gauche, nous sommes assurés de pouvoir manoeuvrer sur les deux rives à volonté.

Notre cavalerie légère est vis-à-vis de Presbourg, appuyée sur le lac de Neusiedel.

Le général Lauriston est en Styrie sur le Simmeringberg et sur Bruck.

Le maréchal duc de Dantzick est en grandes marches avec les Bavarois. Il ne tardera pas à rejoindre l'armée près de Vienne.

Les chasseurs à cheval de la garde sont arrivés hier; les dragons arrivent aujourd'hui; on attend dans peu de jours les grenadiers à cheval et soixante pièces d'artillerie de la garde.

Nous avons fait prisonniers lors de la capitulation de Vienne, sept feld-maréchaux-lieutenans, neuf généraux-majors, dix colonels, vingt majors et lieutenans-colonels, cent capitaines, cent cinquante lieutenans, deux cents sous-lieutenans, et trois mille sous-officiers et soldats, parmi lesquels ne sont pas compris les hommes qui étaient aux hôpitaux, et qui montaient à plusieurs milliers.

Ebersdorf, 27 mai 1809.

_Proclamation à l'armée d'Italie._

Soldats de l'armée d'Italie,

Vous avez glorieusement atteint le but que je vous avais marqué; le Simering a été témoin de voire jonction avec la grande armée.

Soyez les bienvenus! Je suis content de vous!!! Surpris par un ennemi perfide avant que vos colonnes fussent réunies, vous avez dû rétrograder jusqu'à l'Adige; mais lorsque vous reçûtes l'ordre de marcher en avant, vous étiez sur le champ mémorable d'Arcole, et là, vous jurâtes sur les mânes de nos héros de triompher. Vous avez tenu parole à la bataille de la Piave, aux combats de Saint-Daniel, de Tarvis, de Gorice. Vous avez pris d'assaut les forts de Malborghetto, de Pradel et fait capituler la division ennemie retranchée dans Prévald et Laybach. Vous n'aviez pas encore passé la Drave, et déjà vingt-cinq mille prisonniers, soixante pièces de bataille, dix drapeaux avaient signalé votre valeur. Depuis, la Drave, la Save, la Muer n'ont pu retarder votre marche. La colonne autrichienne de Jellachich, qui la première entra dans Munich, qui donna le signai des massacres dans le Tyrol, environnée à Saint-Michel, est tombée dans vos baïonnettes. Vous avez fait une prompte justice de ces débris dérobés à la colère de la grande armée.

Soldats, cette armée autrichienne d'Italie, qui un moment souilla par sa présence mes provinces, qui avait la prétention de briser ma couronne de fer, battue, dispersée, anéantie, grâces à vous, sera un exemple de la vérité de cette devise: _Dieu me la donne, gare à qui la touche._

NAPOLÉON.

Ebersdorf, 28 mai 1809.

_Treizième bulletin de la grande armée._

Dans la nuit du 26 au 27, nos ponts sur le Danube ont été enlevés par les eaux et par des moulins qu'on a détachés. On n'avait pas encore eu le temps d'achever les pilotis et de placer la grande chaîne de fer. Aujourd'hui, l'un des ponts est rétabli, on espère que l'autre le sera demain.

L'empereur a passé la journée d'hier sur la rive gauche, pour visiter les fortifications que l'on élève dans l'île d'In-der-Lobau, et pour voir plusieurs régimens du corps du duc de Rivoli en position de cette espèce de tête de pont.

Le 27, à midi, le capitaine Bataille, aide-de-camp du prince vice-roi, a apporté l'agréable nouvelle de l'arrivée de l'armée d'Italie à Bruck. Le général Lauriston avait été envoyé au devant d'elle, et la jonction a eu lieu sur le Simmeringberg. Un chasseur du neuvième qui était en coureur en avant d'une reconnaissance de l'armée d'Italie, rencontra un chasseur d'un peloton du vingtième, envoyé par le général Lauriston, Après s'être observés pendant quelque temps, ils reconnurent qu'ils étaient Français et s'embrassèrent. Le chasseur du vingtième marcha sur Bruck, pour se rendre auprès du vice-roi, et celui du neuvième se dirigea vers le général Lauriston pour l'informer de l'approche de l'armée d'Italie. Il y avait plus de douze jours que les deux armées n'avaient pas de nouvelles l'une de l'autre. Le 26 au soir, le général Lauriston était à Bruck au quartier-général du vice-roi.

Le vice-roi a montré dans toute cette campagne un sang-froid et un coup d'oeil qui présagent un grand capitaine.

Dans la relation des faits qui ont illustré l'armée d'Italie pendant ces vingt derniers jours, Sa Majesté a remarqué avec plaisir la destruction du corps de Jellachich. C'est ce général qui fit aux Tyroliens cette insolente proclamation qui alluma leur fureur et aiguisa leurs poignards. Poursuivi par le duc de Dantzick, menacé d'être pris eu flanc par la brigade du général Dupellin, que le duc d'Auerstaedt avait fait déboucher par Mariazell, il est venu tomber comme dans un piége en avant de l'armée d'Italie. L'archiduc Jean qui, il y a si peu de temps, et dans l'excès de sa présomption, se dégradait par sa lettre au duc de Raguse, a évacué Gratz, hier, 27, ramenant à peine vingt ou vingt-cinq mille hommes de cette belle armée qui était entrée en Italie. L'arrogance, l'insulte, les provocations à la révolte, toutes ses actions portant le caractère de la rage, ont tourné à sa honte.

Les peuples de l'Italie se sont conduits comme auraient pu le faire les peuples de l'Alsace, de la Normandie ou du Dauphiné. Dans la retraite de nos soldais, ils les accompagnaient de leurs voeux et de leurs larmes; ils reconduisaient par des chemins détournés, et jusqu'à cinq marches de l'armée, les hommes égarés. Lorsque quelques prisonniers ou quelques blessés, français ou italiens, ramenés par l'ennemi, traversaient les villes et les villages, les habitans leur portaient des secours; ils cherchaient pendant la nuit les moyens de les travestir et de les faire sauver.

Les proclamations et les discours de l'archiduc Jean n'inspiraient que le mépris et le dédain, et l'on aurait peine à se peindre la joie des peuples de la Piave, du Tagliamento et du Frioul, lorsqu'ils virent l'armée de l'ennemi fuyant en désordre, et l'armée du souverain et de la patrie revenant triomphante.

Lorsqu'on a visité les papiers de l'intendant de l'armée autrichienne qui était à la fois le chef du gouvernement et de la police, et qui a été pris à Padoue avec quatre voitures, on y a découvert la preuve de l'amour des peuples d'Italie pour l'empereur. Tout le monde avait refusé des places, personne ne voulait servir l'Autriche: et parmi sept millions d'hommes qui composent la population du royaume, l'ennemi n'a trouvé que trois misérables qui n'aient pas repoussé la séduction.

Les régimens d'Italie qui s'étaient distingués en Pologne et qui avaient rivalisé d'intrépidité dans la campagne de Catalogne avec les plus vieilles bandes françaises, se sont couverts de gloire dans toutes les affaires. Les peuples d'Italie marchent à grands pas vers le dernier terme d'un heureux changement. Cette belle partie du continent, où s'attachent tant de grands et d'illustres souvenirs, que la cour de Rome, que, cette nuée de moines, que ses divisions avaient perdue, reparaît avec honneur sur la scène de l'Europe.

Tous les détails qui suivent, de l'armée autrichienne, constatent que dans les journées du 21 et du 22, sa perte a été énorme. L'élite de l'armée a péri. Selon les aimables de Vienne, les manoeuvres du général Danube ont sauvé l'armée autrichienne.

Le Tyrol et le Voralberg sont parfaitement soumis. La Carniole, la Styrie, la Carinthie, le pays de Salzbourg, la Haute et la Basse-Autriche sont pacifiés et désarmés.

Trieste, cette ville où les Français et les Italiens ont subi tant d'outrages, a été occupée. Les marchandises coloniales anglaises ont été confisquées. Une circonstance de la prise de Trieste a été très-agréable a l'empereur: c'est la délivrance de l'escadre russe; elle avait eu ordre d'appareiller pour Ancône; mais retenue par les vents contraires, elle était restée au pouvoir des Autrichiens.

La jonction de l'armée de Dalmatie est prochaine. Le duc de Raguse s'est mis en marche aussitôt qu'il a appris que l'armée d'Italie était sur l'Izonso. On espère qu'il arrivera à Laybach avant le 5 juin.

Le brigand Schill qui se donnait, et avec raison, le titre de général au service de l'Angleterre, après avoir prostitué le nom du roi de Prusse, comme les satellites de l'Angleterre prostituent celui de Ferdinand à Séville, a été poursuivi et jeté dans une île de l'Elbe. Le roi de Westphalie, indépendamment de quinze mille hommes de ses troupes, avait une division hollandaise et une division française; et le duc de Valmy a déjà réuni à Hanau deux divisions du corps d'observation, commandées par les généraux Rivaux et Despeaux, et composées des brigades Lameth, Clément, Taupin et Vaufreland.

La pacification de la Souabe rend disponible le corps d'observation du général Beaumont qui est réuni à Augsbourg, et où se trouvent plus de trois mille dragons.

La rage des princes de la maison de Lorraine contre la ville de Vienne peut se peindre par un seul trait. La capitale est nourrie par quarante moulins établis sur la rive gauche du fleuve. Ils les ont fait enlever et détruire.

Ebersdorf, 1er juin 1809.

_Quatorzième bulletin de la grande armée._

Les ponts sur le Danube sont entièrement rétablis. On y a joint un pont volant, et l'on prépare tous les matériaux nécessaires pour jeter un autre pont de radeaux. Sept sonnettes battent des pilotis; mais le Danube ayant dans plusieurs endroits vingt-quatre et vingt-six pieds de profondeur, on emploie toujours beaucoup de temps pour faire tenir les ancres, lorsqu'on déplace les sonnettes. Cependant les travaux avancent et seront terminés sous peu.

Le général de brigade du génie Lazowski fait travailler, sur la rive gauche, à une tête de pont qui aura seize cents toises de développement, et qui sera couverte par un bon fossé plein d'eau courante.

Le quarante-quatrième équipage de la flottille de Boulogne, commandé par le capitaine de vaisseau Baste, est arrivé. Un grand nombre de bateaux en croisière battent toutes les îles, couvrent le pont et rendent beaucoup de services.

Le bataillon des ouvriers de la marine travaille à la construction de petites péniches armées, qui serviront a maîtriser parfaitement le fleuve.

Après la défaite du corps du général Jellachich, M. Mathieu, capitaine-adjoint à l'état-major de l'armée d'Italie, fut envoyé avec un dragon d'ordonnance sur la route de Salzbourg; ayant rencontré successivement une colonne de six cent cinquante hommes de troupes de ligne, et une colonne de deux mille landwehrs qui, l'une et l'autre étaient coupées et égarées, il les somma de se rendre, et elles mirent bas les armes.

Le général de division Lauriston est arrivé à Oedembourg, premier comitat de Hongrie, avec une forte avant-garde. Il paraît qu'il y a de la fermentation en Hongrie, que les esprits y sont très-divisés, et que la majorité n'est pas favorable à l'Autriche.

Le général de division Lasalle a son quartier-général vis-à-vis Presbourg, a poussé ses postes jusqu'à Altenbourg et jusqu'auprès de Raab.

Trois-divisions de l'armée d'Italie sont arrivées a Neustadt. Le vice-roi est depuis deux jours au quartier-général de l'empereur.

Le général Macdonald, commandant un des corps de l'armée d'Italie, est entré à Gratz. On a trouvé dans cette capitale de la Styrie d'immenses magasins de vivres et d'effets d'habillement et d'équipement de toute espèce.

Le duc de Dantzick est à Lintz.

Le prince de Ponte-Corvo marche sur Vienne. Le général de division Vandamme, avec les Wurtembergeois, est à Saint-Polten, Mauteru et Krems.

La tranquillité règne dans le Tyrol. Coupés par les mouvemens du duc de Dantzick et de l'armée d'Italie, tous les Autrichiens qui s'étaient imprudemment engagés dans cette pointe, ont été détruits, les uns par le duc de Dantzick, les autres, tels que le corps de Jellachich, par l'armée d'Italie. Ceux qui étaient en Souabe n'ont eu d'autre ressource que de tâcher de traverser en partisans l'Allemagne, en se portant sur le Haut-Palatinat. Ils formaient une petite colonne d'infanterie et de cavalerie qui s'était échappée de Lindau et qui avait été rencontrée par le colonel Reiset du corps d'observation du général Beaumont; elle a été coupée à Neumarck, et la colonne entière, officiers et soldats, a mis bas les armes.

Vienne est tranquille, le pain et le vin sont en abondance; mais la viande que cette capitale tirait du fond de la Hongrie, commence à devenir rare. Contre toutes les raisons politiques et tous les motifs d'humanité, les ennemis font l'impossible pour affamer leurs compatriotes et cette capitale qui renferme cependant leurs femmes et leurs enfans. Il y a loin de cette conduite à celle de notre Henri IV, nourrissant lui-même une ville qui était alors ennemie et qu'il assiégeait.

Le duc de Montebello est mort hier à cinq heures du matin. Quelque temps auparavant, l'empereur s'était entretenu pendant une heure avec lui. Sa Majesté avait envoyé chercher par le général Rapp, son aide-de-camp, M. le docteur Franck, l'un des médecins les plus célèbres de l'Europe; ses blessures étaient en bon état, mais une fièvre pernicieuse avait fait en peu d'heures les plus funestes progrès. Tous les secours de l'art étaient devenus inutiles. S. M. a ordonné que le corps du duc de Montebello soit embaumé et transporté en France pour y recevoir les honneurs qui sont dus à un rang élevé et à d'éminens services. Ainsi a fini l'un des militaires les plus distingués qu'ait eus la France. Dans les nombreuses batailles où il s'est trouvé, il avait reçu treize blessures. L'empereur a été extrêmement sensible à cette perte qui sera ressentie par tous les Français.

Ebersdorf, 2 juin 1809.

_Quinzième bulletin de la grande armée._

L'armée de Dalmatie a obtenu les plus grands succès; elle a défait tout ce qui s'est présenté devant elle aux combats de Mont-Kitta, de Gradchatz, de la Liéca et d'Ottachatz. Le général en chef Sloissevich a été pris.

Le duc de Raguse est arrivé le 28 à Fiume, et a fait ainsi sa jonction avec l'armée d'Italie et avec la grande armée, dont l'armée de Dalmatie forme l'extrême droite. On fera connaître la relation du duc de Raguse sur ces différens événemens.

Le 28, une escadre anglaise de quatre vaisseaux, deux frégates et un brick, s'est présentée devant Trieste, avec l'intention de prendre l'escadre russe. Le général comte Cafarelli venait d'arriver dans ce port. Comme la ville était désarmée, les Russes ont débarqué quarante pièces de canon, dont vingt-quatre de 36 et seize de 24. On a mis ces pièces en batterie, et l'escadre russe s'est embossée. Tout était prêt pour bien recevoir l'ennemi qui, voyant son coup manqué, s'est éloigné.

Un millier d'Autrichiens ayant passé de Krems sur la rive droite du Danube, ont été culbutés par le corps, wurtembergeois qui leur a fait soixante prisonniers.

Ebersdorf, 4 juin 1809.

_Seizième bulletin de la grande armée._

L'ennemi avait jeté sur la rive droite du Danube, vis-à-vis Presbourg, une division de neuf mille hommes, qui s'était retranchée dans le village d'Engerau. Le duc d'Auerstaedt l'a fait attaquer hier par les tirailleurs de Hesse-Darmstadt, soutenus par le douzième régiment d'infanterie de ligne. Le village a été emporté avec rapidité. Un major, huit officiers du régiment de Beaulieu, parmi lesquels se trouve le petit-fils de ce feld-maréchal, et quatre cents hommes ont été pris. Le reste du régiment a été tué, ou blessé, ou jeté dans l'eau; ce qui restait de la division a trouvé protection dans une île pour repasser le fleuve. Les tirailleurs de Hesse-Darmstadt se sont très-bien battus.

Le vice-roi a aujourd'hui son quartier-général à Oedembourg.

Les effets les plus précieux de la cour ont été transportés de Bude à Peterswalde, où l'impératrice s'est retirée.

Le duc de Raguse est arrivé à Laybach.

Le général Macdonald est maître de Gratz; il cerne la citadelle qui fait mine de résister.

A la bataille d'Esling, le général de brigade Foulers, blessé dans une charge, fut précipité de son cheval, et le général de division Durosnel, aide-de-camp de l'empereur, portant un ordre à la division de cuirassiers qui chargeait, avait aussi été renversé. Nous avons eu la satisfaction d'apprendre que ces deux généreux et cent cinquante soldats que nous croyions avoir perdus, ne sont que blessés, et étaient restés dans les blés, lorsque l'empereur ayant appris que les ponts du Danube venaient de se rompre, ordonna de se concentrer entre Esling et Gross-Aspern.

Le Danube baisse; cependant la continuation des chaleurs fait encore craindre une crue.

Vienne, 8 juin 1809.

_Dix-septième bulletin de la grande armée._

Le colonel Gorgoli, aide-de-camp de l'empereur de Russie, est arrivé au quartier-impérial avec une lettre de ce souverain pour S. M. Il a annoncé que l'armée russe se dirigeant sur Olmutz avait passé la frontière le 24 mai.

L'empereur a passé avant-hier la revue de sa garde, infanterie, cavalerie et artillerie. Les habitans de Vienne ont admiré le nombre, la belle tenue et le bon état de ces troupes.

Le vice-roi s'est porté avec l'armée d'Italie à Oedembourg, en Hongrie. Il paraît que l'archiduc Jean cherche à rallier son armée sur Raab.

Le duc de Raguse est arrivé avec l'armée de Dalmatie, le 3 de ce mois, à Laybach.

Les chaleurs sont très-fortes, et les gens-pratiques du Danube annoncent qu'il y aura un débordement d'ici à peu de jours. On profite de ce temps pour achever, indépendamment des ponts de bateaux et de radeaux, de planter les pilotis.

Tous les renseignemens que l'on reçoit du côté de l'ennemi annoncent que les villes de Presbourg, Brunn et Znaïm sont remplies de blessés. Les Autrichiens évaluent eux-mêmes leur perte à dix-huit mille hommes.

Le prince Poniatowski, avec l'armée du grand-duché de Varsovie, poursuit ses succès. Après la prise de Sandomir, il s'est emparé de la forteresse de Zamosc, où il a fait éprouver à l'ennemi une perte de trois mille hommes et pris trente pièces de canon. Tous les Polonais qui sont à l'armée autrichienne désertent.

L'ennemi, après avoir échoué devant Thorn, a été vivement poursuivi par le général Dombrowski.