Œuvres de jeunesse inédites. II: 1839-1842. Œuvres diverses.—Novembre.

Part 21

Chapter 21873 wordsPublic domain

La société se modèle sur l’empereur, les patriciens s’efforcent de l’imiter; l’âme des hommes, en effet, n’est qu’une prostituée qui se donne à tous les vices, à tous les crimes. Quelque chose de cela palpite encore dans les pages de Suétone, dans les vers de Juvénal. Vous rappelez-vous la longue Maura, qui épuisa tant d’hommes en un jour? Hamiltus qui corrompt les enfants? et la noblesse entière, et la famille de l’empereur, et l’empereur lui-même, et sa femme, et ses sœurs, et son affranchi? L’histoire alors est une orgie sanglante, dans laquelle il nous faut entrer, sa vue même enivre et fait venir la nausée au cœur.

Cela dure longtemps, trop longtemps pour le monde, quoique les empereurs s’usent vite sur ce trône de feu et que leur âme se fatigue vite à contenir tant de choses monstrueuses.

Comme la mort les emporte tous! Après Néron, Galba; après lui, Othon qui a au moins le cœur de mourir, «et alors le secret de l’Empire est divulgué», dit Tacite; et après Othon, Vitellius dont le règne ne fut qu’un long repas qui commença avec des applaudissements et qui finit avec du sang; puis Vespasien et Titus. Mais Commode ranime la fête; Pertinax et Didius Julianus, Sévère, Caracalla, Macrin, et nous voici à Héliogabale, le dernier de cette famille. L’Orient avait débordé dans Rome, _in Tiberim defluxit orantes_; depuis longtemps les bouffons d’Antoine avaient chassé les bouffons italiens; les prêtres de Cybèle arrivent, toutes les religions s’accumulent dans la Ville éternelle, avec tous les vices inventés; la philosophie se débat mieux, la rhétorique pérore dans ses écoles, la société agonise au milieu de tous ces bruits. Elle voudrait bien se cacher la ruine qu’elle a dans le cœur, et farder ses rides avec le parfum de quelque croyance, c’est en vain, elle ne sait laquelle adopter. Son empereur veut introduire le culte des juifs et des chrétiens, il se fait juif lui-même, il est, comme la nature, tourmenté d’une grande douleur, et, comme le monde romain, il reste haletant de débauches et d’angoisses sur ses lits de fleurs, fanées moins vite que son âme.

Tout craquait donc au cœur du vieux monde: pouvoir civil, croyance religieuse, et l’âme et le corps; tout tombait délabré, abîmé dans un immense dégoût. Il faudra, pour ranimer cette chair flétrie, pour remettre de la force dans les muscles de ce grand corps, le long ascétisme du moyen âge et les douleurs du monde chrétien. Alors reparaîtra, au XVIe siècle, cette force, cette sève, ce nouvel empire invisible substitué à l’autre, et qui s’étale splendidement sur les toiles de Raphaël et se courbe sur le monde avec la coupole de Saint-Pierre.

TABLE DES MATIÈRES.

Pages.

Les Arts et le Commerce 1 Smarh 8 Les Funérailles du Dr Mathurin 121 Rabelais 144 Mademoiselle Rachel 157 Novembre 162 Chronique normande du Xe siècle 257 La dernière Heure 265 La Main de fer 271 Rome et les Césars 275

ŒUVRES COMPLÈTES DE GUSTAVE FLAUBERT

EN 18 VOLUMES AUGMENTÉES DE VARIANTES; DE NOTES D’APRÈS LES MANUSCRITS, VERSIONS ET SCÉNARIOS DE L’AUTEUR ET DE REPRODUCTIONS EN FAC-SIMILÉ DE PAGES D’ÉBAUCHES ET DÉFINITIVES DE SES MANUSCRITS.

Chaque volume broché =8= fr. Relié amateur, par Canape, en chagrin vert foncé, _net_ =15= fr. Relié amateur, par Canape, en maroquin, _net_ =22= fr. Il est tiré des œuvres complètes 50 ex. numérotés sur chine, _net_ =40= fr.

CORRESPONDANCE

DEUXIÈME SÉRIE

(1850-1854)

AUGMENTÉE DE LETTRES ET FRAGMENTS INÉDITS

On sait avec quelle pudeur intransigeante Gustave Flaubert a tenu à s’exiler lui-même de ses livres. Sa religion de l’art désintéressé, de l’Art pour l’Art, son dogme de l’impersonnalité littéraire lui imposaient le devoir de taire son existence. Se confesser au public lui apparaissait à la fois comme une erreur, une trahison et une lâcheté. Et, sans la _Correspondance_, nous ne connaîtrions pour ainsi dire rien de lui.

C’est, en effet, dans ses lettres que le véritable Flaubert nous apparaît avec ses enthousiasmes et ses découragements, ses touchantes délicatesses et ses superbes violences, son exquise sensibilité et sa terrible clairvoyance. Par elles nous sont révélées toute l’intime noblesse, toute la naïve bonhomie de ce pur martyr des lettres. Elles nous font assister enfin à la genèse douloureuse de tant de chefs-d’œuvre; elles en sont le commentaire vivant, _indispensable_. Personne n’a le droit de les ignorer sous peine de moins comprendre, partant de moins admirer _Bovary_, _Salammbô_, _l’Éducation_, _la Tentation_, _Bouvard_.

Et leur réunion même est un immortel monument. Écrites hors des habituelles contraintes, avec tout l’abandon du génie qui se donne, leur magnifique spontanéité a fait justement dire à bien des maîtres qu’en elles la prose du XIXe siècle avait trouvé son expression souveraine, sa perfection française.

VOLUMES EN VENTE:

_Madame Bovary_, 1 vol.--_Correspondance_, I-II, 2 vol.--_Trois Contes_, 1 vol. _Par les Champs et par les Grèves_, 1 vol.--_Œuvres de Jeunesse inédites_, I, 1 vol.--_L’Éducation Sentimentale_, 1 vol.

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Corrections:

Page 87: «pouras» remplacé par «pourras» (jusqu’au jour où tu pourras aller seul). Page 156: «septicisme» remplacé par «scepticisme» (comme elle s’abîme dans le scepticisme universel). Page 184: «d’autrefois» remplacé par «d’autres fois» (d’autres fois je me trouvais presque idiot). Page 218: «avais» remplacé par «avait» (On les avait frisés). Page 227: «par» remplacé par «pas» (mais n’en ai-je pas les vagues pressentiments). Page 249: «lontemps» remplacé par «longtemps» (il le regardait jouer longtemps). Page 275: «catholicieme» remplacé par «catholicisme» (les splendeurs de son pompeux catholicisme).