Œuvres complètes de lord Byron, Tome 13 Comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore

Part 9

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«Nous sommes encore à Céphalonie; nous attendons des nouvelles plus exactes et plus précises; car tout est contradiction et discussion dans les rapports que nous recueillons sur l'état des Grecs. Je remplirai le but de la mission que j'ai reçue du comité, puis je reviendrai en Italie. Car il ne me paraît pas probable que, comme individu, je puisse être utile aux Grecs;--du moins aucun étranger ne l'a encore été, et probablement ne le sera pas non plus à présent.»

29 octobre.

«Soyez sûre que le moment où je vous rejoindrai me sera aussi agréable qu'aucune autre époque de nos souvenirs. Il n'y a rien ici d'assez attrayant pour partager mon attention; mais je dois servir la cause grecque, et par honneur et par inclination. MM. Browne et Trelawney sont en Morée, où ils ont été très-bien reçus; et tous les deux m'écrivent avec les plus belles espérances. Je suis désireux de savoir comment l'affaire espagnole sera terminée, parce que je pense qu'elle peut avoir de l'influence sur la lutte grecque. Je désire que l'une et l'autre affaire s'arrangent favorablement, afin que je puisse retourner en Italie, et vous conter nos aventures, ou plutôt celles de Piétro, dont quelques-unes sont assez amusantes, ainsi que les incidens de nos voyages et traversées. J'en réserve le récit, dans l'espérance que nous en pourrons rire ensemble sous peu.»

LETTRE DXXV.

A M. BOWRING.

29 novembre 1823.

«Cette lettre vous sera présentée par M. Hamilton Browne, qui précède ou accompagne les députés grecs. Il est tout à-la-fois capable et désireux de rendre service à la cause, et de donner des informations au comité. Il a déjà été fort utile sous ce double rapport, du moins à ma connaissance. Lord Archibald Hamilton, dont il est parent, ajoutera une recommandation plus puissante que la mienne.

»Corinthe est prise, et l'on dit qu'une escadre turque a été battue dans l'Archipel. Le progrès extérieur des Grecs est considérable, mais leurs dissentions intérieures continuent toujours. A mon arrivée au siége du gouvernement, je m'efforcerai d'apaiser ou d'éteindre ces querelles domestiques;--mais ce n'est pas une tâche facile. Je suis resté ici jusqu'à présent, en partie dans l'attente de l'escadre destinée à secourir Missolonghi, et du détachement de M. Parry, et en partie pour recevoir de Malte ou de Zante la somme de quatre mille livres sterling que j'ai avancée pour le paiement de l'escadre attendue. Les billets se négocient, et seront bientôt soldés, comme ils l'eussent été immédiatement sur toute autre place; mais les misérables négocians ioniens ont peu d'argent, et pas trop de crédit, et montrent d'ailleurs une réserve politique à cette occasion: car, quoique j'eusse des lettres de M. Webb (une des plus fortes maisons de la Méditerranée) et de M. Ransom, il n'y a moyen de traiter à des conditions raisonnables qu'avec les négocians anglais. Ceux-ci se sont montrés tout à-la-fois capables et zélés,--et intègres comme d'ordinaire[39].

Le colonel Stanhope est arrivé, et partira immédiatement. Il peut être assuré de ma coopération dans tous ses efforts; mais d'après tout ce que je sais, la formation d'une brigade sera à présent extrêmement difficile, pour ne pas même dire plus. Quant à la réception des étrangers,--ou du moins des officiers étrangers,--je vous renvoie à un passage de la dernière lettre du prince Mavrocordato, dont copie est jointe au paquet que j'ai envoyé aux députés. C'est mon intention d'aller par mer à Napoli de Romanie aussitôt que j'aurai arrangé cette affaire pour les Grecs:--je me dispose à faire l'avance de deux cent mille piastres pour leur flotte.

[Note 39: Les négocians anglais, dont parle Lord Byron, sont MM. Barff et Hancock de Zante, dont la conduite, non-seulement envers Lord Byron, mais durant toute la lutte grecque, a été continuellement pleine de zèle et de désintéressement. (_Note de Moore_.)]

»Mon tems ici n'a pas été entièrement perdu,--vu qu'il était douteux, comme vous vous en apercevrez par mes premiers documens, que mon arrivée immédiate en Morée eût été avantageuse. Nous avons enfin mis en mouvement les députés, et j'ai adressé sur les divisions intestines une forte remontrance au prince Mavrocordato, laquelle remontrance, à ce que j'apprends, a été envoyée au prince par le pouvoir législatif. Avec un emprunt on peut faire beaucoup, ce qui est, en égard à des raisons particulières, tout ce que je puis dire à ce sujet.

»J'apprends avec regret du colonel Stanhope que le comité a épuisé ses fonds. Suppose-t-on qu'une brigade pourra se former sans frais? ou que trois mille livres sterling suffiront? Il est vrai que l'argent fera plus en Grèce que dans la plupart des autres pays; mais les forces régulières doivent devenir un objet d'intérêt national, et être payées sur un fonds national: ni individus, ni comités, du moins avec les moyens ordinaires de tous ceux qui existent aujourd'hui, ne trouveront l'expérience praticable.

»Je vous recommande encore une fois mon ami, M. Hamilton Browne, à qui j'ai moi-même de personnelles obligations pour ses services dans la cause commune, et j'ai l'honneur d'être,

»Tout à vous sincèrement.»

La remontrance au prince Mavrocordato fut accompagnée d'une autre, adressée au gouvernement existant; et le colonel Stanhope, qui était sur le point de se rendre à Napoli et à Argos, fut chargé de l'une et de l'autre. Le ton sage et noble qui règne dans ces deux lettres sera, sans l'aide d'un plus long commentaire, apprécié par tous les lecteurs[40].

[Note 40: Les pièces originales sont en italien[A]. (_Note de Moore_.)]

[Note A: Moore ne donne pas le texte original. (_Note du Trad._)]

LETTRE DXXVI.

AU GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE LA GRÈCE.

Céphalonie, 30 novembre 1823.

«L'affaire de l'emprunt, l'attente si longue et si vainement nourrie de l'arrivée de la flotte grecque, et le danger auquel Missolonghi est toujours exposé, voilà les motifs qui m'ont retenu ici, et qui me retiendront encore tant qu'aucun d'eux ne sera levé. Mais, l'argent une fois avancé pour la flotte, je partirai pour la Morée, sans savoir pourtant à quoi ma présence peut être bonne dans l'état actuel des choses. Nous avons entendu parler de nouvelles dissentions,--même de l'existence d'une guerre civile. Je désire de tout mon coeur que ces bruits soient faux ou exagérés: car je ne saurais imaginer un malheur plus sérieux; et je dois avouer franchement que jusqu'à l'établissement d'une union et d'un ordre parfait, toute espérance d'emprunt sera vaine. Toute l'assistance que les Grecs peuvent attendre du dehors,--assistance qui n'est ni peu considérable ni méprisable,--sera suspendue, ou réduite à néant; et ce qui est pis, les grandes puissances d'Europe, dont aucune ne s'est déclarée ennemie de la Grèce, mais qui n'ont pas paru non plus favoriser le rétablissement de son indépendance, se persuaderont que les Grecs sont incapables de se gouverner, et se chargeront peut-être de mettre fin à vos troubles de manière à ruiner vos espérances et celles de vos amis.

»Permettez-moi d'ajouter, une fois pour toutes,--que je désire le bien-être de la Grèce, et rien autre chose; que je ferai tout mon possible pour atteindre ce but: mais je ne consens point, et ne consentirai jamais à laisser tromper le public anglais, ou même les particuliers anglais, sur l'état réel des affaires grecques. Le reste, messieurs, dépend de vous. Vous avez combattu glorieusement:--agissez honorablement envers vos concitoyens et envers le monde. Alors on ne dira plus, comme on l'a répété depuis deux mille ans avec les historiens romains, que Philopémen fut le dernier des Grecs. Ne souffrez pas que la calomnie (j'avoue d'ailleurs qu'il est difficile de se garder d'elle dans une lutte si ardue) compare le patriote grec, qui se repose de ses travaux, au pacha turc, que ses victoires ont exterminé.

»Tels sont les sentimens que je vous prie d'accueillir comme une preuve sincère de mon attachement à vos réels intérêts, et veuillez croire que je suis et serai toujours,

»Votre, etc.»

LETTRE DXXVII.

AU PRINCE MAVROCORDATO.

Céphalonie, 2 décembre 1823.

PRINCE,

«La présente vous sera remise par le colonel Stanhope, fils du major-général comte d'Harrington, etc., etc. Il est venu de Londres en cinquante jours, après avoir visité tous les comités de l'Allemagne. Il est chargé par notre comité d'agir de concert avec moi pour la délivrance de la Grèce. Je pense que son nom et sa mission seront une suffisante recommandation, sans celle d'un étranger, qui, à la vérité, respecte et admire, avec toute l'Europe, les talens et surtout la probité du prince Mavrocordato.

»Je suis très-peiné d'apprendre que les dissentions de la Grèce continuent toujours, à une époque où elle pourrait triompher de tous les obstacles, comme elle a déjà triomphé de quelques-uns. La Grèce est, à présent, placée entre trois partis, savoir: reconquérir sa liberté, tomber dans la dépendance des souverains d'Europe, ou redevenir province turque. Elle n'a que le choix de ces trois alternatives. La guerre civile est un chemin qui mène aux deux derniers résultats. La Grèce envie-t-elle le sort de la Valachie et de la Crimée? Elle peut en jouir demain. Le sort de l'Italie? Après-demain. Veut-elle devenir vraiment Grèce libre et indépendante? Il faut qu'elle se décide aujourd'hui, ou elle n'en retrouvera pas l'occasion.

»Je suis, avec le plus profond respect, de votre altesse, le très-obéissant serviteur,

N. B.

»_P. S._ Votre altesse aura su que j'ai cherché à remplir les souhaits du gouvernement grec, autant qu'il a été en mon pouvoir; mais je désirerais que la flotte si long-tems et si vainement attendue fût arrivée, ou du moins fût en route, et surtout que votre altesse s'approchât de ces régions, soit à bord de la flotte avec une mission publique, soit de toute autre façon.»

LETTRE DXXVIII.

A M. BOWRING.

7 décembre 1823.

«Je confirme la lettre ci-jointe[41]. C'est certainement mon opinion que M. Millingen a droit au même salaire que M. Tindall, et son service est probablement plus pénible.

[Note 41: Il est question d'une lettre de M. Millingen, qui allait, en qualité de médecin, joindre les Souliotes près de Patras, et demandait au comité une augmentation de paie. Cette lettre était jointe à celle de Byron. (_Note de Moore_.)]

»Je vous ai écrit (ainsi qu'à M. Hobhouse, qui a dû vous faire lire mes lettres) par diverses occasions. La plupart du tems, j'ai chargé de mes communications de simples particuliers: j'en ai aussi chargé les députés, et M. Hamilton Browne.

»Le succès des Grecs a été considérable:--Corinthe prise, Missolonghi presque sauvée, et des vaisseaux pris aux Turcs dans l'Archipel. Mais, d'après les derniers rapports, non-seulement la dissention, mais la guerre civile[42] règne en Morée: nous ne savons pas jusqu'à quel point, mais nous espérons que ce ne sera rien.

»Pendant six semaines j'ai attendu la flotte, qui n'est pas arrivée, quoique j'aie, à la demande du gouvernement grec, avancé de mon argent,--c'est-à-dire préparé, et eu en mains, deux cent mille piastres (déduction faite de la commission et du courtage des banquiers) pour servir ses projets. Les Souliotes, maintenant en Acarnanie, désirent vivement que je les prenne sous mon commandement, et que j'aille avec eux rétablir l'ordre en Morée, ce qui, sans une armée, semble impraticable; et en vérité, quoique je répugne (comme mes lettres vous l'auront montré) à prendre une telle mesure, il ne paraît pas qu'il y ait de remède plus doux. Mais je ne ferai rien précipitamment; je ne suis resté si long-tems ici que dans l'espérance de voir les partis se réconcilier, et j'ai fait tout mon possible dans ce but. Si j'étais arrivé plus tôt en Morée, on m'aurait forcé d'entrer dans un parti ou dans un autre, et je suis à présent dans le même doute; mais nous ferons de notre mieux.

»Votre, etc.»

[Note 42: Les corps législatif et exécutif ayant été quelque tems en querelle, le dernier avait eu enfin recours à la violence, et quelques escarmouches avaient déjà eu lieu entre les factions.]

LETTRE DXXIX.

A M. BOWRING.

10 octobre 1823.

«Le colonel Napier vous présentera cette lettre. Il serait superflu de parler de son caractère militaire; quant à son caractère personnel, je puis dire, d'après ma propre expérience et d'après l'opinion publique, que le colonel n'est pas moins excellent sous ce rapport que sous le rapport militaire; bref, on ne trouverait pas facilement un meilleur ou un plus brave homme. C'est notre homme pour conduire une armée régulière, ou pour organiser une armée nationale en Grèce. Demandez l'armée,--demandez-en une quelle qu'elle soit. Le colonel Napier est en outre un ami particulier du prince Mavrocordato, du colonel Stanhope, et le mien, et il s'accorde si bien avec nous trois que nous irions parfaitement ensemble,--point aussi indispensable que rare, surtout en Grèce à présent.

»Pour l'organisation convenable d'une force régulière, il sera nécessaire que les prêteurs mettent à part au moins 50,000 livres sterling dans ce but,--peut-être plus;--mais par-là ils garantiront leurs capitaux, «et rendront leur assurance double.» Ils pourront nommer des commissaires pour surveiller l'emploi de cette partie des fonds,--et je recommande une précaution semblable pour le tout.

»J'espère que les députés sont arrivés, ainsi que quelques-unes de mes diverses dépêches pour le comité (principalement adressées à M. Hobhouse). Le colonel Napier vous dira la dernière intervention des dieux en faveur des Grecs,--qui semblent n'avoir d'autre ennemi à craindre dans le ciel et sur la terre que leur tendance aux discordes intestines. Mais celles-ci, il faut l'espérer, seront apaisées; alors nous pourrons prendre l'offensive, au lieu d'être réduits à cette petite guerre qui se passe à défendre les mêmes forteresses chaque année, à prendre quelques vaisseaux, à affamer un château, et à faire plus de fracas là-dessus qu'Alexandre dans le vin, ou Bonaparte dans un bulletin. Nos amis ont fait quelque chose dans le genre des Spartiates,--(quoiqu'il y en ait dix fois moins qu'on n'en dit),--mais ils n'ont pas encore hérité de leur style.

»Croyez-moi votre, etc.»

LETTRE DXXX.

A M. BOWRING.

13 octobre 1823.

«Depuis que je vous ai écrit la lettre du 10 courant, l'escadre si long-tems désirée est arrivée dans les eaux de Missolonghi et a intercepté deux corvettes turques,--autant de navires de transport;--tout a été tué ou pris sur les quatre vaisseaux, sauf quelques hommes qui ont pu se réfugier à terre dans l'île d'Ithaque. Les Grecs avaient quatorze voiles, les Turcs quatre;--mais n'importe, l'avantage, la victoire jettera de la poudre aux yeux, et sera d'ailleurs de quelque avantage. J'attends à chaque moment avis du prince Mavrocordato, qui est à bord, et a (je crois) des dépêches du pouvoir législatif pour moi; en conséquence desquelles, après avoir payé l'escadre (dont j'ai préparé et prépare encore le paiement), je le rejoindrai probablement à bord ou à terre. ....................................................

»Le bagage mathématique, médical et musical du comité est arrivé en bon état, déduction faite de quelques dommages causés par l'humidité.......... Tout est excellent; mais tant que nous n'aurons ni ingénieur ni trompette (nous avons déjà des chirurgiens), ce sont de vraies «perles pour les cochons», comme les Grecs sont tout-à-fait ignorans en mathématiques, et n'ont pas d'oreille pour notre musique. ...................................................

»Croyez-moi, mon cher monsieur, etc.

»_P. S._--Pour affaires particulières.--J'ai écrit à notre ami Douglas Kinnaird, parce que je veux qu'il m'envoie tous les crédits dont je puis disposer;--j'ai, à ce qu'il me dit, le revenu d'un an, et la vente d'un fief par-devant moi;--car, jusqu'à ce que les Grecs aient fait leur emprunt, il est probable que je serai leur payeur-général,--c'est-à-dire, jusqu'à concurrence de la somme pour laquelle je suis bon. Je vous prie de répéter cela de vive voix à Douglas, et de lui dire que je dois dans l'intérim tirer d'une manière formidable sur la maison Ransom. A dire le vrai, je ne regrette pas l'argent; les gaillards se sont mis de nouveau à se battre,--et je les aimerai encore davantage s'ils continuent. Mais ils ont eu ou auront en un seul coup environ quatre mille livres sterling de mon argent (outre maintes charités particulières pour veuves, orphelins, réfugiés et malheureux de toute espèce): et il est à croire qu'il en faudra encore au moins autant. Mais comment puis-je refuser s'ils se battent?--et surtout si je suis en leur compagnie? Je vous prie donc d'avertir mon digne et fidèle banquier, l'honorable Douglas Kinnaird, qu'il prépare tout mon argent, y compris le prix du fief Rochdale et mon revenu de l'an prochain, 1824, pour répondre à tous mes billets à ordre ou lettres-de-change pour la bonne cause, en bonne et légitime monnaie de Grande-Bretagne, etc, etc. Puissiez-vous vivre mille ans! ce qui est 999 fois de plus que la constitution des cortès espagnoles.»

LETTRE DXXXI.

A L'HONORABLE M. DOUGLAS KINNAIRD.

Céphalonie, 23 décembre 1823.

«J'épargnerai ma bourse et ma personne autant que vous me le recommandez, mais vous savez qu'il est bien d'être prêt à sacrifier l'une ou l'autre, en cas de besoin.

»Je présume qu'un arrangement a été conclu avec M. Murray pour _Werner_. Bien que le droit d'auteur ne doive guère aller au-delà de deux ou trois cents livres sterling, je vous dirai ce qu'on peut faire avec cette somme. Pour trois cents livres sterling je pourrai entretenir en Grèce, à une paie plus haute que la haute paie du gouvernement provisoire, y compris les rations, une centaine d'hommes armés pendant trois mois. Vous en jugerez quand vous saurez que les quatre mille livres sterling avancées par moi aux Grecs mettront une flotte et une armée en mouvement pendant plusieurs mois.

»Un vaisseau grec, détaché de l'escadre, est arrivé pour me transporter à Missolonghi, où Mavrocordato est maintenant, et a pris le commandement. Je vais donc m'embarquer sur-le-champ. Mais adressez toujours vos lettres à Céphalonie, par MM. Welch et Barry de Gênes, comme de coutume; et amassez tous les fonds et tout le crédit que je puis avoir, pour faire face aux frais d'établissement de la guerre.

»J'ai travaillé à réconcilier les partis, et il y a maintenant quelque espoir de réussir. Les affaires publiques vont bien. Les Turcs se sont retirés de l'Acarnanie sans bataille, après quelques tentatives inutiles contre Anatoliko. Corinthe est prise, et les Grecs ont gagné une bataille dans l'Archipel. L'escadre d'ici a pris aussi une corvette turque, avec quelque argent et toute la cargaison. Bref, si l'on peut obtenir un emprunt, je pense que les choses prendront et conserveront un aspect favorable pour l'indépendance grecque.

»En attendant, je suis payeur-général; il est fort heureux que vu la nature de la guerre et du pays, les ressources d'un seul individu puissent rendre des services partiels et temporaires.

»Le colonel Stanhope est à Missolonghi. Les Souliotes, qui sont mes amis, semblent désirer de m'avoir avec eux, et Mavrocordato a le même désir. Si je puis réussir à réconcilier les deux partis (et j'ai remué ciel et terre pour cela), ce sera quelque chose; sinon, nous traverserons la Morée avec les Grecs occidentaux--qui sont les plus braves et à présent les plus forts, ayant fait battre en retraite les Turcs,--et nous essaierons l'effet d'un petit avertissement _physique_, si l'on persiste à se refuser à la persuasion _morale_.

»Je vous recommande encore une fois de renforcer mon coffre-fort et mon crédit par toutes les sources et ressources légitimes jusqu'au degré praticable,--car, après tout, il vaut mieux jouer son argent pour les nations qu'au club d'Almack ou à Newmarket,--et je vous prie de m'écrire aussi souvent que vous pourrez.

»Je suis toujours, etc.»

* * * * *

L'escadre si long-tems attendue ayant enfin paru dans les eaux de Missolonghi, et Mavrocordato, de tous les chefs de l'insurrection le seul digne du nom d'homme-d'état, ayant été envoyé, avec de pleins pouvoirs, pour organiser la Grèce occidentale, le moment convenable pour la présence de Lord Byron sur le théâtre de l'action sembla être arrivé. L'impatience avec laquelle il était attendu à Missolonghi était extrême, et l'on peut en juger par le langage pressant des lettres qu'on lui écrivait pour hâter son arrivée. «Je n'ai pas besoin de vous dire, milord, dit Mavrocordato, combien je soupire après votre présence, jusqu'à quel point tout le monde la désire, et quelle direction prospère elle donnera à toutes nos affaires.» Le colonel Stanhope, avec de non moins vives instances, lui écrit de Missolonghi. «Le vaisseau grec envoyé pour votre seigneurie est de retour; on comptait sur votre arrivée, et le désappointement a été fort grand, en vérité. Le prince est dans l'anxiété, l'amiral a un air sombre, et les marins murmurent à haute voix.» Il ajoute à la fin de la lettre: «Je me suis promené ce soir dans les rues, et le peuple me demandait Lord Byron!!!» Dans une lettre de la même date au comité de Londres, le colonel Stanhope dit: «Tous soupirent après l'arrivée de Lord Byron, comme on soupirerait après la venue d'un Messie.»

Ce vif désir doit, sans aucun doute, être attribué en grande partie aux voeux impatiens des Grecs pour le prêt que Byron leur avait promis, et sur lequel ils comptaient pour le paiement de la flotte. «Le prince Mavrocordato et l'amiral (dit le même correspondant) sont dans un état de perplexité extrême; ils comptaient, à ce qu'il paraît, sur votre prêt pour le paiement de la flotte: ce prêt manquant, les marins veulent partir sur-le-champ. Ce serait une circonstance fatale, parce qu'elle placerait Missolonghi dans un état de blocus, et empêcherait les troupes grecques d'agir contre les forteresses de Nepacto et de Patras.»

Cependant Lord Byron se préparait activement au départ, dont le dernier retard avait été dû, en grande partie, à cette répugnance pour tout changement de place qui s'était depuis peu emparée de lui, et que ni l'amour, comme nous avons vu, ni l'ambition ne pouvaient entièrement vaincre. De plus, quelques-uns de ses amis, à Argostoli, s'étaient efforcés de le dissuader de fixer sa résidence dans un endroit aussi malsain que Missolonghi; et M. Muir, très-habile officier de santé, dont les talens lui inspiraient la plus grande confiance, insista très-vivement pour prévenir une démarche si imprudente. Mais Lord Byron avait l'esprit monté,--la proximité de ce port le tentait:--après avoir loué, pour lui et sa suite, un navire léger et bon voilier, nommé un _mistico_, avec une barque pour une partie de son bagage, et un plus grand navire pour le reste, pour les chevaux, etc, il fut, le 26 décembre, prêt à mettre à la voile. Mais le vent étant contraire, il fut retenu deux jours de plus, et dans cet intervalle il écrivit les lettres suivantes.

LETTRE DXXXII.

A M. BOWRING.

26 décembre 1823.

«Je n'ai besoin d'ajouter que peu de choses à la lettre ci-incluse, qui est arrivée aujourd'hui, sinon que je m'embarque demain pour Missolonghi. Les opérations projetées sont détaillées dans les documens annexés. Je n'ai qu'une demande à faire: c'est que le comité use de tous ses moyens d'influence et de crédit pour servir l'accomplissement de nos vues.