Œuvres complètes de lord Byron, Tome 13 Comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore
Part 3
»J'ai pensé, et je pense encore à l'Amérique du Sud, mais j'hésite entre elle et la Grèce. Je serais allé, depuis long-tems, dans l'une ou l'autre de ces contrées, sans ma liaison avec la comtesse Guiccioli; car l'amour, dans ce tems, est peu compatible avec la gloire. Elle aurait été charmée de me suivre; mais je ne veux pas l'exposer à un long voyage, et à une résidence dans un pays non encore assis, où je prendrai probablement un parti quelconque.»
Peu de tems après avoir écrit les lettres ci-dessus, Lord Byron se retira à Gênes, où il avait pris une maison, nommée la Villa Saluzzo, à Albaro, l'un des faubourgs de cette ville. Depuis l'époque de sa malheureuse querelle avec le sergent-major, sa tranquillité, à Pise, avait été considérablement détruite, tant par les enquêtes judiciaires qui suivirent cet événement, que par les sinistres rumeurs et les nombreux soupçons qui en naquirent. Quoique le blessé se fût rétabli; tous ses amis jurèrent de se venger avec le poignard; et la sensation qui résulta de l'affaire et de ses diverses conséquences fut douloureuse et alarmante,--surtout pour Mme Guiccioli, d'après la situation où se trouvait sa famille par suite des événemens politiques. De plus, tandis que l'impression de cette affaire était encore récente, il survint une autre circonstance, qui, comparativement peu importante, eut cependant le funeste effet d'attirer encore l'attention des Toscans sur leurs nouveaux visiteurs. Durant la courte visite de Lord Byron à Leghorn, un domestique suisse de sa maison s'étant querellé, je ne sais à quelle occasion, avec le frère de Mme Guiccioli, tira son couteau contre le jeune comte, et le blessa légèrement à la joue. Cette querelle, survenue si tôt après l'autre, excita aussi tant de curiosité et de bavardage, que le gouvernement toscan, dans son horreur extrême pour la moindre apparence de bruit, se crut appelé à intervenir; et conséquemment, ordre fut donné que, dans quatre jours, les deux comtes Gamba, père et fils, partiraient de la Toscane. Cette décision fut extrêmement désagréable et irritante pour Lord Byron; une des conditions du divorce de la Guiccioli étant que cette dame habiterait dorénavant sous le même toit que son père. Après avoir balancé entre divers projets,--pensant tantôt à Genève, tantôt, comme nous l'avons vu, à l'Amérique du Sud,--il se décida enfin, pour le moment, à transférer sa résidence à Gênes.
Son genre de vie, durant son séjour à Pise, n'avait différé que fort peu--(sauf la nouvelle espèce de société où l'avaient engagé ses relations avec les amis de Shelley)--de la routine habituelle et monotone, suivant laquelle, chose si singulière pour un homme d'un caractère si remuant, le cours quotidien de son existence coulait depuis plusieurs années. Il déjeunait ordinairement à deux heures; et à trois, ou même à quatre, lorsque les jours devinrent plus longs, les personnes qui avaient l'habitude de l'accompagner dans ses promenades équestres, venaient le voir. Ce n'était quelquefois qu'après une partie de billard qu'il sortait,--d'abord en carrosse, afin d'éviter les spectateurs,--jusqu'aux portes de la ville, où ses chevaux l'attendaient. La route qu'il choisit d'abord pour ces promenades fut dans la direction de la forêt de pins qui regarde la mer; mais ayant trouvé un endroit plus convenable pour le tir du pistolet, sur le chemin qui mène de la Porta alla Spiaggia à l'est de la ville, il prit tous les jours cette direction durant le reste de son séjour. Une fois arrivés à une ferme, dans le jardin de laquelle ils avaient la permission d'élever leur but, ses amis et lui descendaient de cheval; et après avoir consacré environ une demi-heure à essayer leur adresse au pistolet, ils s'en retournaient à la ville, un peu avant le coucher du soleil.
«Lord Byron, dit un ami qui était quelquefois présent à cet exercice, était le meilleur tireur. Shelley, Williams et Trelawney tiraient souvent d'aussi bons coups que lui,--mais ils n'étaient pas aussi sûrs. Lui, quoique sa main tremblât violemment, ne manquait jamais, car il calculait l'effet de cette oscillation, et ne comptait que sur son coup-d'oeil. Une fois, après avoir démoli son but, il dressa une canne mince, dont la couleur, à-peu-près la même que celle du gravier où elle était plantée, aurait fort bien pu le tromper, et il la partagea à vingt pas avec sa balle. Grande était sa joie après un bon coup, grande sa vexation après un échec;--et quand nous le revoyions à son retour, sa froide salutation ou son joyeux rire nous racontaient le succès de la journée.»
Pour la première fois, depuis son arrivée en Italie, il se trouva tenté de donner de grands dîners. Ses hôtes étaient, outre le comte Gamba et Shelley, M. Williams, le capitaine Medwin, M. Taafé et M. Trelawney;--et «jamais, comme son ami Shelley le disait, Byron ne se montra mieux à son avantage que dans ces occasions. A-la-fois poli et cordial, plein d'une gaîté liante et d'une bonne humeur parfaite, il ne se laissait jamais entraîner à une hilarité disgracieuse, et cependant conservait son animation durant toute la soirée.» Aux environs de minuit, ses convives le quittaient généralement, à l'exception du capitaine Medwin, qui avait coutume de rester, à ce que je vois, à parler et à boire avec son noble hôte jusqu'au matin; et c'est aux confidences insouciantes et à demi trompeuses de ces séances nocturnes, confidences négligemment écoutées et confusément retracées au souvenir, que nous devons le volume dont le capitaine Medwin a favorisé le monde, peu de tems après la mort du noble poète.
Au sujet de cette liaison et de toutes celles formées par Lord Byron, non-seulement à l'époque dont nous parlons, mais durant sa vie entière, il serait difficile d'avancer rien de plus judicieux, rien qui prouve mieux une véritable connaissance du caractère de Byron, que les remarques suivantes d'une femme qui l'a étudié de tout son coeur,--qui a appris à le regarder avec les yeux de la raison comme avec ceux de l'affection, et dont le solide amour était fondé sur la base la plus sûre pour lui et pour elle,--sur le talent de le comprendre[16].
«[17]A Pise, nous continuâmes encore avec plus de rigueur à vivre loin de la société. Mais comme il y avait à Pise beaucoup d'Anglais, Byron ne put s'excuser de faire connaissance avec divers amis de Shelley, et entre autres avec M. Medwin. Ils le suivaient dans ses courses à cheval, dînaient avec lui, et certes s'estimaient heureux de l'intimité apparente que leur accordait un homme si supérieur. Mais aucun d'eux ne fut admis dans son amitié qu'il n'accordait pas aisément. Il avait de l'affection pour Shelley, et beaucoup d'estime pour son caractère et pour son talent, mais il n'était pas son ami dans toute l'étendue du sens qu'on doit donner au mot amitié. Quelquefois il parlait de ses amis et de l'amitié, comme de l'amour et de tout autre noble sentiment de l'ame, de manière à faire naître des doutes sur ses véritables sentimens et sur la bonté de son coeur. L'impression du moment dictait ses discours; et d'ailleurs il aimait à paraître un personnage bizarre;--et quelquefois même pis que cela,--surtout à ceux à qui il supposait l'intention d'étudier et de découvrir son caractère. Mais la ruse ne pouvait tromper qu'un esprit inférieur et un observateur superficiel. Il fallait examiner ses actions pour sentir toute la contradiction qu'il mettait entre elles et ses discours; il fallait le voir dans certains momens où, par une émotion imprévue et plus forte que sa volonté, son ame s'abandonnait entièrement à elle-même;--il fallait le voir alors pour découvrir les trésors de sensibilité et de bonté qui étaient dans cette ame magnanime.
[Note 16: «Mon pauvre Zimmermann, qui te comprendra maintenant?» Telles furent les touchantes paroles adressées à Zimmermann par sa femme mourante, et ce peu de mots renferme tout ce qu'un homme d'une sensibilité maladive doit attendre de la tendresse et de l'abnégation tolérante de la femme avec laquelle il est uni. (_Note de Moore_.)]
[Note 17: In Pisa abbiamo continuato anche più rigorosamente a vivere lontano dalla società. Essendosi però in Pisa molti Inglesi, egli non potè scusarsi dal fare la conoscenza di varii amici di Shelley, fra i quali uno fu M. Medwin. Essi lo seguitavano al passaggio, pranzavano con lui, e certamente si tenevano felici della apparente intimità che loro accordavà un uomo così superiore. Ma nessuno di loro fu ammesso mai a porta della sua amicizia, che egli non era facile a accordare. Per Shelley, egli aveva dell' affezione, e molta stima pel suo carattere e pel suo talento, ma non era suo amico nell' estensione del senso che si deve dare alla parola amicizia. Talvolta parlando egli de' suoi amici, e dell' amicizia, come pure dell' amore, e di ogni altro nobile sentimento dell' anima, potevano i suoi discorsi far nascere dei dubbii sui veri suoi sentimenti, e sulla bontà del suo cuore. Una impressione momentanea regolava i suoi discorsi; e di più egli amava anche a rappresentare un personnaggio bizarro, e qualche volta anche peggio,--specialmente con quelli che egli pensava volessero studiare e fare delle scoperte sul suo carattere. Ma nell'inganno non poteva cadere che una piccola mente, e un osservatore superficiale. Bisognava esaminare le sue azioni per sentire tutta la contradizzione che era fra di esse e i suoi discorsi; bisognava vederlo in certi momenti in cui per una emozione improvvisa e più forte della sua volontà, la sua anima si abbandonava interamente a se stessa, bisognava vederlo allora per scoprire i tesori di sensibilità e di bontà che erano in quella nobile anima.
Fra le tante volte che io l'ho veduto in simili circostanze, ne ricorderò una che risguarda i suoi sentimenti di amicizia. Pochi giorni prima di lasciare Pisa, eravamo verso sera insieme seduti nel giardino del palazzo Lanfranchi. Una dolce malinconia era sparsa sul suo viso. Egli riandava col pensiero gli avvenimenti della sua vita, e faceva il confronto colla attuale sua situazione, e quella che avrebbe potuta essere se la sua affezione per me non lo avesse fatto restare in Italia; e diceva cose che avrebbero resa per me la terra un paradiso, si già sino d'allora il pressentimento di perdere tanta felicità non mi avesse tormentata. In questo mentre, un domestico annonciò M. Hobhouse. La leggiera tinta di malinconia sparsa sul viso di Byron fece luogo subitamente alla più viva gioja; ma essa fu così forte che gli tolse quasi le forze. Un pallore commovente ricoperse il suo volto, et nell'abbracciare il suo amico, i suoi occhi erano pieni di lacrime di contento. E l'emozione fu così forte, che egli fu obligato di sedersi, sentendosi mancare le forze.
La venuta pure di lord Clare fu per lui un'epoca di grande felicità. Egli amava sommamente lord Clare;--egli era così felice in quel breve tempo che passò presso di lui a Livorno, e il giorno in cui si separarono fu un giorno di grande tristezza per Lord Byron. «Io ho il pressentimento che non lo vedrò più,» diceva egli; e i suoi occhi si riempironò di lacrime; e in questo stato l'ho veduto per vari settimane dopo la partenza di lord Clare, ogni qual volta il discorso cadeva sopra di codesto amico.]
«Parmi les circonstances nombreuses où je l'ai vu ainsi à découvert, j'en rappellerai une qui regarde ses sentimens d'amitié. Peu de jours avant de quitter Pise, nous étions assis un soir dans le jardin du palais Lanfranchi. Une douce mélancolie était peinte sur son visage. Il repassait dans son esprit les événemens de sa vie, et les comparait avec sa situation actuelle, et avec celle où il aurait pu être, si son affection pour moi ne l'eût pas fait rester en Italie; il me disait des choses qui auraient fait de la terre un paradis pour moi, si je n'eusse pas dès-lors été tourmentée par le pressentiment de perdre une si grande félicité. En ce moment, un domestique annonça M. Hobhouse. La légère teinte de mélancolie répandue sur le visage de Byron, fit soudain place à la plus vive joie; mais cette joie fut telle qu'elle lui ôta presque ses forces. Une pâleur effrayante couvrit son visage, et, en embrassant son ami, il eut les yeux remplis de larmes de plaisir. L'émotion fut si violente, qu'il fut obligé de s'asseoir, sentant ses forces défaillir.
«La venue de lord Clare fut aussi pour lui une époque de grande félicité. Il aimait extrêmement lord Clare;--combien il fut heureux durant le court espace de tems qu'il passa près de lui à Livourne! et le jour où ils se séparèrent fut un jour de grande tristesse pour Lord Byron. «J'ai, disait-il, le pressentiment que je ne le verrai plus;» et ses yeux se remplirent de larmes; et je l'ai vu dans cet état, pendant plusieurs semaines, après le départ de lord Clare, toutes les fois que la conversation tombait sur cet ami».
La même dame rend compte des sentimens de Byron, à la mort de sa fille Allégra, dans les termes suivans: «--A l'occasion de la mort de sa fille naturelle, j'ai vu dans sa douleur tout ce qu'il y a de plus profond dans la tendresse paternelle. Sa conduite envers cet enfant avait toujours été celle du père le plus aimant; mais, d'après ses paroles, on n'aurait pas jugé qu'il eût tant d'affection pour sa fille. A la première nouvelle de la maladie d'Allégra, il fut extrêmement agité; puis arriva la nouvelle de la mort, et je dus remplir le triste devoir de la communiquer à Lord Byron. Ce terrible moment restera toujours gravé dans ma mémoire. Depuis plusieurs jours, il ne sortait plus le soir; je me rendis donc auprès de lui. La première demande qu'il me fit fut relative au courrier qu'il avait expédié pour avoir des nouvelles de sa fille, et dont le retard l'inquiétait. Après un court moment de silence, avec tout l'art que put me suggérer ma propre douleur, je lui ôtai tout espoir de guérison pour sa fille. «J'ai compris, dit-il,--c'est assez, n'en dites pas davantage,»--et une pâleur mortelle s'empara de son visage; ses forces l'abandonnèrent, et il tomba sur un siége. Son regard devint fixe, et me fit trembler pour sa raison. Lord Byron resta une heure dans cet état; et aucune des paroles de consolation que je pus lui adresser, ne paraissait pas plus pénétrer dans ses oreilles que dans son coeur. Mais en voilà assez sur ce triste épisode, sur lequel je ne puis m'arrêter après tant d'années, sans réveiller de nouveau dans mon ame les terribles souffrances de ce jour. Le lendemain matin je trouvai Lord Byron tranquille, et avec une expression de résignation religieuse sur le visage. «Elle est plus heureuse que nous, dit-il,--d'ailleurs sa situation dans le monde ne lui aurait peut-être pas donné le bonheur. Dieu l'a voulu ainsi;--n'en parlons plus». Et, depuis ce jour, il n'a plus voulu prononcer le nom de cette petite fille. Mais il devint plus inquiet sur le compte d'Ada, au point de se tourmenter quand il y avait quelque retard dans l'arrivée des notes qu'on lui envoyait régulièrement sur elle[18].»
[Note 18: Nel occasione pure de morte della sua figlia naturale, io ho veduto nel suo dolore tuttociò che vi è di più profondo nella tenerezza paterna. La sua condotta verso di codesta fanciulla era stata sempre quella del padre il più amoroso; ma dalle di lui parole non si sarebbe giudicato che avesse tanta affezione per lei. Alla prima notizia della di lei malattia, egli fu sommamente agitato; giunse poi la notizia della morte, ed io dovetti esercitare il tristo uficio di participarla a Lord Byron. Quel sensibile momento sarà indelebile nella mia memoria. Egli non usciva da varii giorni la sera: io andai dunque da lui. La prima domanda che egli mi fece fu relativa al corriere che egli aveva spedito per avere notizie della sua figlia, e di cui il ritardo lo inquietava. Dopo qualche momento di sospenzione, con tutta l'arte che sapeva suggerirmi il mio proprio dolore, gli tolsi ogni speranza della guarigione della fanciulla. «Ho inteso, disse egli,--basta così;--non dite di più,»--e un pallore mortale si sparse sul suo volto; le forze gli mancarono, e cadde sopra una sedia d'appoggio. Il suo sguardo era fisso, e tale che mi fece temere per la sua ragione. Egli rimase in quello stato d'immobilità un'ora; e nessuna parola di consolazione che io potessi indirizzargli pareva penetrare le sue orecchie non che il suo cuore. Ma basta così di questa trista detenzione, nella quale non posso fermarmi dopo tanti anni senza risvegliare di nuovo nel mio animo le terribili sofferenze di quel giorno. La mattina lo trovai tranquillo, e con una espressione di religiosa rassegnazione nel suo volto. «Ella è più felice di noi, diss'egli,--d'altronde la sua situazione nel mondo non le avrebbe data forse felicità. Dio ha voluto così,--non ne parliamo più.» E da quel giorno in poi non ha più voluto proferire il nome di quella fanciulla. Ma è divenuto più pensieroso parlando di Ada, al punto di tormentarsi quando gli ritardavano di qualche ordinario le di lei notizie.]
La triste mort du pauvre Shelley, survenue, comme nous l'avons vu, à cette même époque, semble avoir inspiré à Lord Byron moins de chagrin pour la perte présente de son ami, que d'indignation contre ceux qui, durant sa vie, l'avaient si grossièrement méconnu; et certes il n'y eut jamais de cas où l'absence présumée de toute religion chez un individu pût être si vivement alléguée comme une excuse pour l'absence complète de vérité et de charité dans le jugement des hommes sur lui. Quoique je n'aie jamais connu personnellement M. Shelley, je me joins volontiers à ceux qui l'aimèrent le plus, pour admirer les qualités variées de son coeur et de son génie, et déplorer la trop prompte destinée qui nous a ravi les fruits de la maturité de l'un et de l'autre. Sa courte vie a été, comme sa poésie, une sorte de rêve brillant et trompeur, fausse dans les principes généraux d'après lesquels elle se réglait, quoique belle et intéressante dans la plupart de ses détails. S'il eût vécu assez long-tems pour que l'éclat surabondant de son imagination eût été tempéré par le jugement, qui, chez lui, était encore en réserve, le monde entier eût appris à lui rendre ce haut tribut d'hommages, qui ne peut lui être accordé aujourd'hui que par ceux qui ont vu de quoi il était capable.
Ce fut vers cette époque que M. Cowell, rendant une visite à Lord Byron, à Gênes, apprit de lui que quelques amis de M. Shelley, étant assis ensemble un soir, avaient vu distinctement, à ce qu'il leur semblait, ce gentleman entrer dans un petit bois à Lerici, quand, au même moment, comme ils le surent ensuite, il était fort loin de là, dans une direction tout-à-fait différente. «Ceci, ajouta Lord Byron, à voix basse et d'un ton solennel, arriva dix jours avant la mort du pauvre Shelley.»
LETTRE DIV.
A M. MURRAY.
Gênes, 9 octobre 1822.
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«J'ai été fort malade,--condamné au lit durant quatre jours, dans «la pire des chambres de la pire des auberges» à Lerici, avec un rhume violent, un mouvement bilieux, de la constipation, et je ne sais quoi diable encore; point d'autre médecin qu'un jeune gars, qui, toutefois, était doux et prudent, et c'est assez.
«Enfin je saisis le livre des _Prescriptions_ de Thompson (c'est un de vos cadeaux), et je me médicamentai avec la première dose que j'y trouvai; après avoir supporté les ravages de toutes sortes de décoctions, je sautai au bas de mon lit le cinquième jour pour traverser le golfe jusqu'à Sestri. La mer me ranima sur-le-champ; je mangeai le poisson du marin, bus un gallon[19] de vin du pays, et me rendis à Gênes le soir même de mon arrivée à Sestri: je me suis toujours depuis bien porté, si ce n'est que je suis plus maigre, et que j'ai quelques quintes de toux vers le soir.
«Je crains que le Journal ne soit une mauvaise affaire, et ne réussisse pas; mais en ceci je me sacrifie à autrui,--je n'y puis avoir aucun avantage. Je crois les frères Hunt honnêtes-gens; je suis sûr qu'ils sont pauvres; ils n'ont ni sou ni maille. Ils me pressèrent de m'engager dans cette entreprise, et dans une mauvaise heure j'y consentis. Mais je ne m'en repentirai pas, si je puis leur rendre le moindre service. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour Leigh Hunt depuis qu'il est ici; mais c'est presque inutile:--sa femme est malade, ses six enfans intraitables, et, dans les affaires de ce bas monde, lui-même est un enfant. La mort de Shelley les a totalement laissés à sec; et je n'ai pu les voir dans un tel état, sans obéir aux sentimens ordinaires d'humanité, et sans faire tout mon possible pour les remettre à flot. ......................................................
[Note 19: Mesure équivalente à environ quatre pintes. (_Note du Trad._)]
»Tout à vous, etc.
»_P. S._ Me direz-vous une fois--si vous publiez _Werner_ et le _Mystère_? Vous n'en parlez jamais.
»Ce maudit prospectus de M. J. Hunt passe les bornes. Je ne lui ai pas prêté mon nom pour le faire ainsi colporter.
»Cependant je crois,--du moins, j'espère,--qu'après tout vous êtes au fond un bon homme, et c'est d'après cette présomption que je vous écris maintenant au sujet d'une pauvre femme du nom de Jossy, qui est ou fut, dit-elle, au nombre de vos auteurs, et publia en 1816 un livre sur la Suisse, sous le patronage «de la cour et du colonel Mac Mahon.» Mais il paraît que ni la cour ni le colonel ne purent faire passer le prix énorme «de trois livres sterling, treize schelings et six pence,» qui alarma le trop susceptible public; bref, «le livre mourut,» et ce qui est pire, le mari de la pauvre créature mourut aussi, et elle m'écrit avec le cadavre du défunt devant les yeux; mais au lieu de s'adresser à l'évêque ou à M. Wilberforce[20], elle a recours à moi, athée proscrit, condamnable et brûlable. C'est assez étrange, mais la canaille anglaise, qui me calomnie sur tous les points, réclame mon assistance dans la détresse. J'ai reçu des milliers de lettres pareilles, et, autant que j'ai pu, j'ai cherché à rendre le bien pour le mal, et à acheter pour un scheling de salut tant que ma poche ne fut pas vide.
[Note 20: Célèbre philantrope, qui a surtout contribué à la proscription légale de la traite des noirs. (_Note du Trad._)]
»Or, je suis disposé à faire ce que je puis pour cette malheureuse personne; mais sa situation et ses désirs (déraisonnables, toutefois) réclament plus que ne peut avancer un individu comme moi; car j'ai à présent à satisfaire plusieurs réclamations du même genre, et des restes de dettes à payer en Angleterre,--Dieu sait combien je paie ces dernières à contre-coeur! Le Fonds Littéraire ne peut-il rien faire pour elle? Par votre influence, qui est grande parmi les personnes pieuses, j'ose dire qu'on peut faire une petite collecte. Pouvez-vous faire publier un des livres de la dame? Prenez-la comme auteur à ma place, aujourd'hui vacante parmi vos salariés; c'est une personne pieuse et morale, elle fera honneur à vos tablettes. Mais, sérieusement, faites ce que vous pourrez pour elle.»
LETTRE DV.
A M. MURRAY.
Gênes, 23 octobre 1822.
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«Je vous renvoie la _Quarterly_, sans l'avoir coupée ni ouverte, non par mépris ou dédain, ou brouillerie, mais c'est un genre de lecture que j'ai abandonné depuis quelque tems, parce que je crois que les ouvrages périodiques nuisent à l'esprit, en lui présentant la superficie de trop d'objets à la fois. Je ne sache pas que ce numéro contienne quelque article désagréable pour moi;--cela peut être; je ne vous le renvoie point parce qu'il y a peut-être un article auquel vous faisiez allusion dans une de vos dernières lettres, mais parce que j'ai cessé de lire cette sorte d'ouvrages, et que je vous eusse également renvoyé tout autre numéro.
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»Tout à vous, etc.