Œuvres complètes de lord Byron, Tome 13 Comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore
Part 20
[Note 104: En parlant de cette infirmité au commencement de mon ouvrage, je m'abstins, tant d'après mes propres doutes à ce sujet, que d'après la grande variété que je trouvai dans les souvenirs des autres, de spécifier de quel pied il boitait. En vérité, on aura peine à croire quelle incertitude je trouvai sur ce point, même dans l'esprit des gens qui avaient vécu dans la plus grande intimité avec lui. M. Hunt dit dans son livre que le vice de conformation existait au pied gauche; et cette assertion, quoique contraire à mes souvenirs, et, à ce qu'il paraît, à la réalité, était confirmée par le dire d'autres personnes qui avaient vécu avec Byron. En m'adressant à ses anciens amis de Southwell, et à son cordonnier de cette ville, je les trouvai si peu préparés à répondre avec certitude sur ce point, que ce n'est qu'en se rappelant que le pied boiteux «était le premier en montant la rue,» qu'ils en conclurent enfin que le membre affecté était le droit; et M. Jackson, son professeur de pugilat, fut pareillement obligé de se rappeler si son noble élève frappait à droite ou à gauche pour arriver à la même conclusion. (_Note de Moore_.)]
En revoyant le Journal dont j'avais intention de donner des extraits, je n'ai choisi que les opinions ou rêveries suivantes, relatives pour la plupart aux croyances religieuses. J'avais avancé dans la première partie de cet ouvrage que, «en aucun tems de sa vie, Lord Byron ne fut un incrédule décidé.» On a objecté à cette assertion que plusieurs passages de ses écrits prouvent directement le contraire. Mais cette objection, ainsi que l'interprétation de la plupart des passages citée à l'appui, se fonde, ce me semble, sur l'erreur, fort ordinaire en conversation, qui consiste à confondre la signification des mots incrédule et sceptique;--le premier supposant une opinion arrêtée, et le second le doute. Je n'ai pas moi-même toujours observé scrupuleusement cette distinction; et, dans un cas, je suis même entré par mégarde dans les idées de ceux que je combats en représentant Byron, dans sa jeunesse, comme «un écolier incrédule,» tandis que le mot «douteux» eût plus exactement exprimé ma pensée. Après cette explication nécessaire, je répéterai ici mon assertion; ou plutôt,--pour en mettre la substance sous une différente forme,--je dirai que Lord Byron fut, jusqu'au dernier moment, un sceptique, ce qui veut dire implicitement qu'il ne fut jamais un incrédule décidé.
* * * * *
PENSÉES DÉTACHÉES.
I.
«Si je devais recommencer à vivre, je ne sais ce que je voudrais changer dans ma vie, sinon vouloir n'avoir pas du tout vécu[105]. L'histoire, l'expérience, etc., nous apprennent que le bien et le mal sont assez également répartis dans l'existence d'ici-bas, et que ce qui est le plus désirable est d'en sortir facilement. Peut-elle nous donner autre chose que des années? et celles-ci n'ont guère de bon que leur fin.»
[Note 105: «Swift adopta de bonne heure (dit sir Walter-Scott) la coutume de regarder l'anniversaire de sa naissance comme un terme, non de joie, mais de chagrin, et de lire, à chaque retour de ce jour, ce passage frappant de l'Écriture, dans lequel Job déplore et maudit le jour où l'on dit dans la maison de son père «qu'un enfant était né.»--_Vie de Swift_. (_Note de Moore_.)]
II.
«L'immortalité de l'ame me paraît peu douteuse, si nous songeons un instant à l'action de l'esprit; il est dans une perpétuelle activité. Je doutai autrefois, mais la réflexion m'a mieux inspiré. L'esprit agit même indépendamment du corps,--dans les rêves, par exemple:--d'une manière incohérente et _folle_, je l'avoue; mais enfin c'est l'esprit qui agit, et même beaucoup plus que lorsque nous sommes éveillés. Or, cet esprit ne peut-il agir _isolément_, aussi bien que lors de son union avec le corps? Qui oserait nier cela? Les stoïciens, Épictète et Marc-Aurèle nomment l'existence actuelle «l'état d'une ame qui traîne un cadavre,»--lourde chaîne, sans aucun doute; mais toutes les chaînes, par cela même qu'elles sont matérielles, peuvent être brisées. Jusqu'à quel point notre vie future sera-t-elle _individuelle_; ou, pour mieux dire, jusqu'à quel point ressemblera-t-elle à notre existence présente? C'est une autre question; mais toujours est-il que l'éternité de l'esprit me semble aussi probable que celle du corps l'est peu. A la vérité, j'attaque ici la question sans recourir à la révélation, qui, après tout, en est une solution au moins aussi rationnelle qu'aucune autre. Une résurrection matérielle semble étrange et même absurde, excepté dans le but de punir; et toute punition, qui doit plutôt avoir le caractère d'une vengeance que d'une correction, est moralement mauvaise. Or, après la fin du monde, quelle pourra être la moralité ou l'utilité de tourmens éternels? Les passions humaines ont probablement défiguré les vérités divines sur ce point:--mais le problème est un mystère inabordable.»
III.
«Il est inutile de me dire: «Crois, et ne raisonne pas.» Vous feriez aussi bien de dire à un homme: «Ne veille pas, mais dors.» Puis, à quoi bon cet épouvantail de tortures, etc.? Je ne puis m'empêcher de penser que la menace de l'enfer fait autant de diables que les sévères codes pénaux de l'inhumaine humanité font de scélérats.»
IV.
«L'homme est né avec des passions charnelles, mais sa patrie spirituelle a une tendance secrète à l'amour du bien. Mais, grand Dieu! il est à présent un triste vase d'atomes.»
V.
«La matière est éternelle, toujours changeante, mais reproduite; et, autant que nous pouvons comprendre l'éternité, éternelle. Pourquoi l'esprit ne le serait-il pas? Pourquoi l'esprit n'agirait-il pas avec l'univers et sur l'univers, comme ses parcelles agissent avec et sur l'amas de poussière appelé humanité? Voyez comme un homme agit sur lui-même et sur les autres, ou même sur une multitude! La même action, dans un degré plus haut et plus pur, peut s'exercer sur les étoiles, etc, à l'infini.»
VI.
«J'ai souvent penché pour le matérialisme en philosophie, mais je n'ai jamais pu en concevoir l'introduction dans le christianisme, qui me paraît essentiellement fondé sur l'ame. Pour cette raison, le _Matérialisme chrétien_ de Priestley me pétrifia toujours d'étonnement. Croyez à la résurrection du corps, si vous voulez, mais non pas sans ame. Ce serait le diable, si après avoir eu ici-bas une ame, un esprit, une intelligence (comme il vous plaira de dire), nous devions en être privés dans l'autre monde, même pour une matérialité immortelle. J'avoue ma partialité pour l'esprit.»
VII.
«C'est toujours par un brillant soleil que je suis très-religieux, comme s'il y avait une association entre un essor intérieur vers une plus grande et plus pure clarté, et l'allumeur de cette sombre lanterne de notre existence extérieure.»
VIII.
«La nuit offre aussi un intérêt religieux,--et elle me l'offrit surtout quand je contemplai la lune et les étoiles à travers le télescope d'Herschell[106], et vis que c'étaient des mondes.»
[Note 106: Astronome célèbre par la découverte de la planète _Uranus_, et surtout par ses belles recherches en astronomie sidérale. (_Note du Trad._)]
IX.
«Si d'après certaines considérations, vous pouviez prouver que le monde est de plusieurs milliers d'années plus vieux que ne le fait la chronologie mosaïque, ou si vous pouviez vous débarrasser d'Adam et d'Ève, de la pomme et du serpent, que mettriez-vous à la place? ou quelle difficulté se trouve levée? Les choses doivent avoir eu un commencement, et peu importe _quand_ ou _comment_?»
X.
«Je soupçonne quelquefois que l'homme est le débris d'un être matériel supérieur, qui, échappé au naufrage d'un monde primitif, a dégénéré pendant une lutte dangereuse contre le chaos,--comme nous voyons les Lapons et les Esquimaux[107], etc., inférieurs à nous dans l'état présent, parce qu'ils sont soumis à des élémens plus inexorables. Mais alors même, il faut admettre que cette hypothétique création d'une race préadamite a eu une origine et un _créateur_,--car une création est plus naturelle à concevoir qu'un fortuit concours d'atomes: toutes choses remontent à une source, quoiqu'elles aillent se perdre dans un océan.»
[Note 107: C'est-à-dire tous les peuples que les naturalistes groupent sous le nom de _race hyperboréenne_. (_Note du Trad._)]
XI.
«Plutarque dit, dans sa _Vie de Lysandre_, qu'Aristote remarque «qu'en général les grands génies sont mélancoliques, et cite en exemple Socrate, Platon, Hercule (ou Héraclite[108])--et enfin Lysandre, qui ne fut pas mélancolique dans sa jeunesse, mais le devint en approchant de la vieillesse.» Suis-je ou non un génie? Quoique j'aie été proclamé tel par mes amis et par mes ennemis, en plus d'un pays et en plus d'une langue, et même dans un espace de tems assez court, je ne puis décider moi-même la question; mais je puis dire de ma mélancolie, que «elle s'accroît, et pourtant devrait diminuer.» Mais comment?
«Je pense, moi, que la plupart des hommes sont au fond mélancoliques, mais qu'on ne remarque cette disposition que chez les hommes remarquables. La duchesse de Broglie[109], en réponse à une remarque que j'avais faite sur les erreurs de gens d'esprit, me dit: «Ces gens-là ne se trompent pas plus que d'autres; mais étant plus en vue, ils sont plus observés, surtout en tout ce qui peut les rabaisser jusqu'aux autres hommes, ou élever les autres hommes jusqu'à eux.» C'était en 1816.
[Note 108: La leçon la plus probable du texte grec est [Grec: Erakleistos] et non [Grec: Eraklês]. (_Note du Trad._)]
»En effet (qu'on me permette la supposition), si les sottises des sots étaient toutes consignées par écrit comme celles des sages, les sages (qui ne paraissent aujourd'hui qu'une meilleure espèce de sots) sembleraient presque intelligens.»
[Note 109: Fille de Mme de Staël, et femme du pair actuel. (_Note du Trad._)]
XII.
«C'est singulier comme nous perdons vite l'impression de ce qui cesse d'être constamment sous nos yeux: une année la diminue, un lustre l'oblitère. Il n'en reste rien de distinct sans un effort de mémoire. Puis, en vérité, la lumière reparaît pour un moment; mais qui peut être sûr que l'imagination ne nous prête pas alors son flambeau? Qu'un homme essaie au bout de dix ans de se rappeler les traits, ou l'esprit, ou les paroles, ou les habitudes de son meilleur ami, ou de son _grand_ homme (je veux dire son favori, son Bonaparte, son monsieur tel ou tel), et il sera surpris de l'extrême confusion de ses idées. Je parle avec assurance sur ce point, car j'ai toujours passé pour être doué d'une bonne,--d'une excellente mémoire. J'excepte pourtant nos souvenirs de femmes; nous n'oublions pas plus ces maudites créatures que toute époque remarquable, comme la révolution,» ou «la peste,» ou «l'invasion,» ou «la comète,» ou «la guerre» de telle ou telle année,--toutes dates favorites de l'humanité, qui a tant de prospérités en partage qu'elle les met, comme choses trop vulgaires, dans la composition de ses calendriers. Par exemple, vous voyez: «grande sécheresse,» «Tamise gelée,» «guerre de sept ans,» «commencement de la révolution anglaise, française ou espagnole,--» «tremblement de terre de Lisbonne,» «tremblement de terre de Lima,» «tremblement de terre de Calabre,» «peste de Londres,» «_item_ de Constantinople,» «suette épidémique,» «fièvre jaune de Philadelphie, etc., etc., etc.» Mais vous ne voyez pas: «L'abondante moisson,» «le bel été,» «la longue paix,» «les spéculations prospères,» «l'heureuse navigation,» dans de si emphatiques éphémérides. A propos, il y a eu une guerre de trente ans et une guerre de soixante-dix ans; y a-t-il eu jamais une paix de soixante-dix ou trente ans? Y a-t-il même eu jamais une paix universelle d'un jour? Excepté peut-être en Chine, où l'on a trouvé le misérable bonheur d'une médiocrité stationnaire et pacifique. Et cela vient-il de l'avarice ou de la cruauté de la nature? ou de l'ingratitude des hommes? Que les philosophes décident. Je ne le sais pas.»
XIII.
«En général, je ne cadre pas bien avec les hommes de lettres; non pas que je les aie en aversion, mais je n'ai jamais rien à leur dire après avoir loué leur dernier ouvrage. Il y a plusieurs exceptions, sans aucun doute; mais alors ce sont des hommes du monde, comme Scott, Moore, etc.; ou des visionnaires étrangers au monde, comme Shelley, etc. Mais, pour les autres, je ne me trouvai jamais bien dans leur compagnie, et surtout je ne pus jamais souffrir vos littérateurs étrangers, excepté Giordani, et--et--et--(ma foi, je ne puis en citer un autre);--il n'y en a pas un que j'aie désiré voir deux fois, excepté peut-être Mezzophanti, qui est un monstre de linguistique, le Briarée des parties du discours, un polyglotte ambulant, qui aurait dû exister au tems de la Tour de Babel pour servir d'interprète universel. Il est vraiment merveilleux,--et pourtant modeste. Je le mis à l'épreuve dans toutes les langues dont je connaissais le plus petit juron (ou imprécation contre postillons, sauvages, tartares, bateliers, matelots, pilotes, gondoliers, muletiers, chameliers, voituriers, maîtres de poste, chevaux de poste, relais de poste, et tout ce qui concerne la poste); eh bien! il me confondit,--même dans mon anglais.»
XIV.
«Nul homme ne voudrait vivre de nouveau sa vie[110],» est un ancien et véritable dicton que chacun peut résoudre pour son propre compte. En même tems, il y a probablement dans la vie de la plupart des hommes certains momens pour lesquels ils consentiraient à revivre? Autrement, pourquoi vivons-nous? Parce que l'espérance a recours à la mémoire, et l'une et l'autre sont fausses;--mais--mais--mais--mais,--et ce _mais_ nous traîne jusque--à quoi? Je ne sais; et qui le sait? «Celui qui mourut mercredi.»
[Note 110: No man would _live_ his _life_ over again.]
* * * * *
En plaçant devant les yeux du lecteur ces derniers extraits des papiers que je possède, je devrais peut-être dire quelque chose,--en addition à ce que j'ai déjà émis sur le sujet,--concernant ces _Mémoires_, qu'en vertu du pouvoir discrétionnaire à moi confié par mon noble ami, je mis, peu de tems après sa mort, à la disposition de sa soeur et de son exécuteur testamentaire, et qu'un sentiment de respect pour sa mémoire fit livrer aux flammes. Toutefois, comme les circonstances liées à la reddition de ce manuscrit,--exigeant d'ailleurs beaucoup plus de détails que mes bornes ne me permettent,--ne concernent, sous aucun rapport, le caractère de Lord Byron, mais touchent uniquement le mien, ce n'est pas ici du moins que je me crois appelé à entrer en explication. Le monde continuera, sans doute, à juger de cette mesure comme il lui plaira; mais, après tout, c'est de notre propre opinion sur nos actions que notre bonheur dépend principalement, et je ne puis que dire que, si j'étais de nouveau placé dans les mêmes circonstances, je me déciderais,--dussé-je décupler le sacrifice pécuniaire que ma conduite me coûta,--à agir précisément de la même manière.
Pour la satisfaction de ceux dont le regret naît d'un meilleur motif que le simple désappointement d'une vaine curiosité, j'ajouterai ici que, sur la mystérieuse cause de la séparation, le manuscrit perdu n'apportait aucune espèce de lumière;--que bon nombre des détails qu'il contenait n'aurait jamais pu être publié[111], et que la plupart, sinon la totalité, des personnalités n'auraient pu paraître que long-tems après la mort des individus intéressés;--que d'ailleurs tout ce qui concernait réellement Lord Byron se trouvait (comme je le savais quand je fis ce sacrifice) répété dans les divers journaux et _memoranda_, qui, sans être tous mis à contribution, furent, comme le lecteur l'a vu dans cet ouvrage, tous exactement conservés.
[Note 111: Cette réflexion ne s'applique qu'à la seconde partie des _Mémoires_, car il n'y avait que peu de chose à publier dans la première partie, qui fut lue, comme on sait, par plusieurs amis du noble auteur. (_Note de Moore_.)]
En vérité, si la suppression est blâmable, j'ai, dans le cours de mon travail, plus d'une fois encouru ce blâme; car, comme le lecteur a dû s'en apercevoir, j'ai omis une portion considérable de matériaux, auxquels Lord Byron, sans doute, dans son insouciance complète des conséquences, aurait désiré donner la publicité, mais qui, suivant les plus grandes probabilités, ne verront jamais le jour.
Il ne me reste que peu de chose à ajouter. Lord Orford[112] a remarqué, comme «chose étrange, qu'en général le biographe devenait partisan fou de l'homme dont il écrivait la vie, tandis qu'on devrait naturellement penser que plus on étudie minutieusement la vie d'un homme, moins il doit paraître digne d'amour ou d'admiration.» Au contraire, ne pourrions-nous pas dire plus légitimement que, puisque le savoir est toujours la source de la tolérance, plus nous découvrons les motifs des actions d'un homme, les circonstances particulières dans lesquelles il fut placé, et les tentations sous l'influence desquelles il agit, plus nous sommes disposés à être indulgens pour ses erreurs, et forcés d'accorder notre approbation à ses vertus?
[Note 112: En parlant de la _Vie de Henri VIII_ de lord Herbert de Cherbury. (_Note de Moore_.)]
La biographie de Byron est une tâche ardue que je n'ai pas, du moins, de moi-même entreprise: mon ami avait plus d'une fois exprimé le désir que je me chargeasse de cet office, à une époque où lui seul pressentait que j'eusse une grande chance d'avoir ce triste honneur. Si dans quelques cas j'ai consulté plutôt l'esprit que la lettre de ses injonctions, ç'a été dans l'unique but d'être plus juste envers lui qu'il ne l'a été lui-même; car il n'y avait point de mains entre lesquelles son caractère pût être plus compromis qu'entre les siennes, ni on ne pouvait faire plus de tort à sa mémoire qu'en substituant ce qu'il affectait d'être à ce qu'il était réellement. Je ne crois point, toutefois, avoir poussé la partialité au-delà du degré que notre amitié mutuelle explique et justifie; et, en vérité, il ne serait pas possible à l'ami le plus partial d'alléguer rien de plus convaincant en faveur de son caractère que la simple énonciation des faits par lesquels je conclurais--durant sa vie, malgré toutes ses fautes, il ne perdit jamais un ami;--ceux qui l'entourèrent dans sa jeunesse, comme camarades, professeurs ou domestiques, lui demeurèrent attachés jusqu'au dernier moment;--la femme à qui il accorda son amour dans la maturité de l'âge, l'idolâtre encore; et, à une malheureuse exception près, on citerait à peine l'exemple d'une seule personne qui, après avoir eu les plus courtes relations d'amitié avec lui, n'ait pas éprouvé pour lui un sentiment de bienveillance, et gardé de lui un doux souvenir.
J'ai maintenant terminé mon sujet, et je ne serai pas aisément amené à y remettre la main. Toutes les erreurs qui me seront démontrées seront corrigées;--tous les faits nouveaux que d'autres pourront produire parleront d'eux-mêmes. Quant aux pures opinions, je n'y ferai aucune attention,--et encore moins aux insinuations mystérieuses. J'ai dit ce que je sais et pense sur mon ami, et j'abandonne maintenant son caractère moral et littéraire au jugement du monde.
FIN.
APPENDICE.
DEUX ÉPITRES TRADUITES DE L'ARMÉNIEN.
ÉPITRE DES CORINTHIENS A L'APÔTRE SAINT PAUL.
1. «Étienne, et avec lui les anciens de l'église corinthienne, Numène, Eubule, Théophile et Xinon, à Paul, notre père, notre évangéliste et fidèle maître en Jésus-Christ, salut.
2.»Il est venu à Corinthe deux hommes, nommés Simon et Cléobe, qui ébranlent dangereusement la foi de quelques-uns de nos frères par des paroles trompeuses et corrompues;
3.»Desquelles paroles il faut t'instruire:
4.»Car nous n'avons point entendu de telles paroles, ni de toi ni des autres apôtres;
5.»Mais nous savons seulement ce que nous avons entendu de toi et d'eux; et nous l'avons fermement gardé.
6.»Mais notre Seigneur a eu compassion de nous, en ceci surtout que, tandis que tu es encore avec nous en chair, nous pouvons encore entendre de toi la parole divine.
7.»Écris-nous donc, ou viens toi-même bientôt parmi nous.
8.»Nous croyons dans le Seigneur qui, comme il fut révélé à Théonas, t'a délivré des mains des infidèles.
9.»Mais voici les paroles criminelles de ces hommes impurs. Ils disent et enseignent:
10.»Qu'il convient de ne point admettre l'autorité des prophètes.
11.»Ils n'affirment pas non plus l'omnipotence de Dieu;
12.»Ils n'affirment pas non plus la résurrection de la chair;
13.»Ils n'affirment pas non plus que l'homme fut créé par Dieu;
14.»Ils n'affirment pas non plus que Jésus-Christ fut incarné dans le sein de la Vierge Marie;
15.»Ils disent aussi que le monde ne fut pas l'ouvrage de Dieu, mais d'un ange.
16.»Hâte-toi donc de venir parmi nous,
17.»Afin que cette cité des Corinthiens demeure sans scandale,
18.»Et que la folie de ces hommes devienne manifeste par une claire réfutation. Adieu.»
* * * * *
Les diacres Thérepte et Tique reçurent et portèrent cette épître à la cité des Philippiens.
Lorsque Paul reçut l'épître, quoiqu'il fût alors dans les fers à cause de Stratonice, femme d'Apollophane, cependant, oubliant pour ainsi dire ses chaînes, il fut affligé de ces paroles, et dit en pleurant: «Mieux vaudrait pour moi être mort, et avec le Seigneur; car tandis que je suis dans ce corps, et que j'entends les abominables paroles d'une si fausse doctrine, voyez, j'éprouve douleur sur douleur; et mon affliction ajoute un poids à mes fers, quand je vois cette calamité, et ce progrès des machinations de Satan qui cherche à nuire.»
Et ainsi, dans une profonde affliction, Paul composa sa réponse à l'épître.
ÉPITRE DE PAUL AUX CORINTHIENS.
1. «Paul, emprisonné pour Jésus-Christ, et troublé par diverses douleurs, à ses frères Corinthiens, salut.
2.»Je ne m'étonne pas que les prédicateurs du mal aient fait ce progrès.
3.»Car, comme le Seigneur Jésus est près d'accomplir sa venue, c'est pour cela même que certains hommes altèrent et méprisent ces paroles.
4.»Mais, en vérité, je vous ai, dès le principe, enseigné ce que j'appris des premiers apôtres, qui demeurèrent toujours avec le Seigneur Jésus-Christ.
5.»Et je vous dis maintenant que le Seigneur Jésus-Christ naquit de la Vierge Marie, qui était de la race de David.
6.»Conformément à l'annonciation du Saint-Esprit, à elle envoyé par notre Père du haut des cieux;
7.»Afin que Jésus fut introduit dans le monde, et délivrât notre chair par sa chair, et qu'il nous ressuscitât d'entre les morts;
8.»Comme il en a été lui-même un exemple;
9.»Afin qu'il fût manifeste que l'homme a été créé par le Père céleste;
10.»Il n'a pas été abandonné dans la perdition;
11.»Mais il est recherché pour être revivifié par l'adoption.
12.»Car Dieu, qui est le Seigneur tout-puissant, le père de notre Seigneur Jésus-Christ, et qui créa le ciel et la terre, envoya d'abord les prophètes aux Juifs;
13.»Afin qu'il les purifiât de leurs péchés, et les amenât à son jugement.
14.»Parce qu'il désirait sauver, d'abord, la maison d'Israël, il donna et inspira son esprit aux prophètes;
15.»Afin qu'ils prêchassent pendant long-tems le culte de Dieu, et la nativité du Christ.
16.»Mais celui qui fut le prince du mal, quand il désira se faire dieu lui-même, mit sa main sur eux;
17. Et retint tous les hommes dans le péché.
18.»Car le jugement du monde approchait.
19.»Mais le Tout-Puissant, quand il voulut juger, n'abandonna pas volontiers sa créature;
20.»Mais quand il vit son affliction, il eut compassion d'elle:
21.»Et à la fin du tems, il envoya le Saint-Esprit dans la Vierge annoncée par les prophètes.
22.»Laquelle, ferme dans sa foi, fut rendue digne de concevoir et d'enfanter notre Seigneur Jésus-Christ.
23.»Afin que le malin esprit fût chassé de ce corps périssable, où il s'était glorifié, et qu'il devînt manifeste.
24.»Qu'il n'était point Dieu: car Jésus-Christ, par sa chair, avait sauvé cette périssable chair, et l'avait appelée à la vie éternelle par la foi.