Œuvres complètes de lord Byron, Tome 13 Comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore

Part 17

Chapter 173,646 wordsPublic domain

En parlant de l'effet que cet événement produisit sur les amis de la Grèce, M. Trelawney dit:--«Je pense que le nom de Byron était le grand moyen d'obtenir l'emprunt. Un M. Marshall, avec une rente annuelle de 8,000 livres sterling, était venu jusqu'à Corfou; il retourna sur ses pas en apprenant la mort de Lord Byron. Des milliers de gens arrivaient ici en foule; quelques-uns étaient parvenus à Corfou; et, à la nouvelle de la fatale mort, ils avouèrent qu'ils venaient consacrer leurs fortunes, non pas aux Grecs ou à leur cause, mais au noble poète; et le _Pélerin de l'Éternité_[76] une fois décédé; ils s'en retournèrent[77].»

La cérémonie des funérailles, qui, à cause des pluies, avait été retardée d'un jour, eut lieu dans l'église de Saint-Nicolas à Missolonghi, le 22 avril. Un témoin oculaire en donne cette touchante description.

«Au milieu de sa brigade, des troupes du gouvernement et de la population entière, sur les épaules des officiers de son corps, remplacés de tems en tems par d'autres Grecs, la plus précieuse portion de ses restes révérés fut portée à l'église, où gisent les cendres de Marc Botzari et du général Normann. C'est là que nous déposâmes ces restes précieux. Le cercueil était une caisse de bois, grossièrement construite; un manteau noir servait de poële, et nous mîmes dessus un casque, une épée et une couronne de laurier; mais nulle pompe funèbre n'eût produit l'impression, ni exprimé les sentimens de cette simple cérémonie. Le deuil et la désolation de la ville même; les guerriers sauvages et à demi-civilisés qui nous entouraient; leur douleur profonde et naturelle; les touchans souvenirs, les espérances déjouées, les sombres soucis, et les tristes pressentimens qui se lisaient sur toutes les physionomies:--tout enfin concourait à former la scène la plus frappante qui ait jamais eu lieu autour de la tombe d'un grand homme.

[Note 76: Titre donné par Shelley à Lord Byron, dans son _Élégie sur la mort de Keats_:

«--Le Pélerin de l'Éternité, qui, vivant, a vu un prompt mais durable pavillon de gloire se dérouler sur sa tête comme la voûte des cieux, survint voilant de deuil tous les éclairs de ses chants.»

The Pilgrim of Eternity, whose fame Over his living head like heaven is bent An early but enduring monument, Came veiling all the lightnings of his song In sorrow. (_Note de Moore_.)]

[Note 77: Parry mentionne aussi un cas pareil.--«Lorsque j'étais au lazaret à Zante, un Anglais vint me voir, et me fit de nombreuses questions sur Lord Byron. Il me dit que treize autres Anglais, alors à Ancône, l'avaient envoyé prendre des informations, et n'attendaient que son retour pour rejoindre avec lui Lord Byron. Ces Anglais voulaient former à sa seigneurie une garde à cheval, et dévouer leurs personnes et leurs fortunes à la cause grecque. En apprenant la mort de Byron, ils repartirent.»]

»Quand le service funèbre fut terminé, nous laissâmes la bière au milieu de l'église, où elle resta jusqu'au lendemain soir, et où elle fut gardée par un détachement de la brigade de sa seigneurie. L'église fut sans cesse remplie par la foule des personnes qui venaient honorer et regretter le bienfaiteur de la Grèce. Le soir du 23, la bière fut secrètement rapportée par les officiers de la brigade dans la maison que Byron avait habitée. Le cercueil ne fut clos que le 29. Immédiatement après sa mort, Byron avait un air de calme, mêlé à une sévérité qui sembla graduellement s'adoucir; car lorsque je jetai sur lui un dernier regard, l'expression de ses traits parut, à mes yeux du moins, véritablement sublime.»

Nous avons vu avec quelle énergie Lord Byron, durant son séjour en Italie, exprima sa répugnance à l'idée d'une sépulture en terre anglaise; et l'injonction qu'il fit si fréquemment sur ce point à M, Hoppner, montre que ses désirs ont été sincères,--du moins à cette époque. Mais, chez un homme si inconstant dans ses volontés, ce ne serait pas trop prétendre que de soutenir que l'affection cordiale témoignée par lui envers ses compatriotes à Céphalonie eût été suivie d'un changement analogue de sentiment par rapport à cette antipathie pour l'Angleterre comme dernier lieu de repos. En tout cas, il est heureux que sa terre natale n'ait point été, par un caprice du moment, privée de son droit naturel de conserver dans son sein un de ses plus nobles morts, et d'expier les torts qu'elle a pu avoir envers lui quand il vivait, en faisant de sa tombe un lieu de pélerinage pour toutes les générations futures.

Le colonel Stanhope et d'autres conseillèrent que, comme tribut à la contrée que Lord Byron avait célébrée, et pour laquelle il était mort, ses restes fussent déposé à Athènes, dans le temple de Thésée, et Ulysse envoya un exprès à Missolonghi pour appuyer cette idée. Les habitans de la ville où le grand homme avait rendu son dernier soupir, firent la même demande;--et l'on jugea à propos d'accéder jusqu'à un certain point à leurs désirs, en leur laissant pour être enterré, un des vases où ses nobles restes avaient été renfermés après l'embaumement.

La première mesure, avant de rien décider sur ses conséquences ultérieures, fut de faire transporter le corps à Zante; et, toutes les facilités ayant été données par le résident, sir Frédéric Stoven, qui envoya des navires de transport à Missolonghi dans ce but, le corps fut embarqué, dans la matinée du 2 mai, et ce triste départ fut salué par les canons de la forteresse:--«Que cette salve d'artillerie, dit le comte Gamba, était différente de celle qui avait, quatre mois auparavant, accueilli la venue de Byron.»

A Zante, on se détermina à envoyer le corps en Angleterre; et le brick _la Floride_, qui venait d'arriver avec le premier versement de l'emprunt, fut engagé dans ce but. M. Blaquière, sous la direction duquel cette première portion de l'emprunt était arrivée, était aussi porteur de la nomination d'une commission destinée à surveiller l'emploi de ces fonds en Grèce, commission dont Lord Byron était nommé président; mais le même navire qui lui apportait cette honorable marque de confiance, devait remporter son cadavre. Le colonel Stanhope, qui était alors à Zante, et qui s'en retournait en Angleterre, fut chargé de reconduire les restes de son illustre collègue; et le 25 mai, il s'embarqua avec eux à bord de _la Floride_.

Dans la lettre que le colonel, à son arrivée aux Dunes, le 29 juin, écrivit aux exécuteurs testamentaires de Lord Byron, on remarque le passage suivant:--«Quant à la cérémonie des funérailles, je suis d'avis que la famille de sa seigneurie soit consultée sur-le-champ, et qu'on obtienne le droit d'une sépulture publique, ou dans la grande Abbaye[78], ou dans la cathédrale de Londres.» On a dit,--et je crains fort que ce ne soit la vérité,--que le désir exprimé dans cette dernière phrase ayant été confidentiellement communiqué à l'un des révérends personnages qui ont les honneurs de l'Abbaye à leur disposition, on reçut une réponse qui ne permit pas de douter qu'un refus positif ne fût le résultat d'une démarche plus artificielle[79].

[Note 78: L'Abbaye de Westminster, où l'Angleterre donne la sépulture à ses grands hommes. (_Note du Trad._)]

[Note 79: Un doyen de Westminster porta, dit-on, le scrupule au point d'exclure de l'Abbaye une épitaphe qui contenait le nom de Milton:--«Nom, à son avis (dit Johnson), trop abominable pour être sur le mur d'un édifice consacré à la religion.» _Vie de Milton_. (_Note de Moore_.)]

On lit sur le poète Hafez, dans la _Vie de sir William Jones_, une anecdote que ce dernier exemple d'illibéralisme ramène naturellement à notre mémoire. Après la mort du grand poète persan, quelques religieux de sa patrie lui contestèrent, par une vive protestation, le droit de sépulture, en alléguant pour motif le ton licencieux de sa poésie. Après une grande controverse, on convint de laisser la décision de la question à un mode de divination usité chez les Persans, qui consistait à ouvrir à tout hasard le livre du poète, et à prendre les premiers vers venus. On tomba sur les vers suivans:

Oh! ne fuyez point d'un coeur froid le cercueil du poète, N'arrêtez pas les saintes larmes versées par la pitié, Car si le corps du poète sommeille ici dans le péché, Son ame, absoute par Dieu, vole déjà vers le ciel.

Ces vers, dit la légende, furent regardés comme un décret divin. Les dévots n'insistèrent plus sur leurs objections, et les restes du poète purent jouir de leur paisible sommeil près de ce «doux ombrage de Mosellay,» qu'il avait si souvent célébré dans ses vers.

Si le droit de sépulture de notre Byron devait se décider de la même manière, combien peu de ses pages, prises ainsi au hasard, ne lui donneraient, par un noble trait de sympathie pour la vertu, par un ardent hommage aux oeuvres brillantes de Dieu, ou par une saillie de piété naturelle plus touchante que toute homélie, un titre à l'admission dans le temple le plus pur dont la charité chrétienne ait jamais eu la garde!

Toutefois, quelle qu'eût été définitivement la décision de ces révérends personnages, c'était le désir de la plus chère parente de Lord Byron que ces précieux restes fussent déposés dans le caveau de famille à Hucknall, près de Newsteadt. Après avoir été débarqué de _la Floride_, le corps avait été, sous la direction de M. Hobhouse et de M. Hanson, exécuteurs testamentaires de sa seigneurie, transporté chez sir Édouard Knatchbull, _great George Street_[80], à Westminster, où il demeura exposé le vendredi et le samedi, 9 et 10 juillet. Le lundi suivant, la procession funéraire eut lieu; partie de Westminster à onze heures du matin, suivie par la plupart des amis personnels de sa seigneurie, et par les voitures de plusieurs personnes de haut rang, elle se dirigea à travers les diverses rues de la capitale, vers la route du nord. A Pancras-Church, la cérémonie de la procession étant terminée, les voitures s'en retournèrent, et le char funèbre continua, par petites journées, sa route à Nottingham.

[Note 80: Mot à mot: Grande rue de Georges. (_Note du Trad._)]

Ce fut le vendredi 16 juillet que, dans la petite église villageoise de Hucknall, les derniers devoirs furent rendus aux restes de Byron, qui furent déposés, près de ceux de sa mère, dans le caveau de famille. Exactement au même jour du même mois de l'année précédente, Byron, comme on doit s'en souvenir, avait dit au comte Gamba, avec un ton de désespoir: «Où serons-nous dans un an?» Le jeune comte à qui cette parole de funeste présage avait été adressée, rendit une visite à Hucknell quelques mois après l'enterrement, et en approchant du village, fut, dit-on, extrêmement frappé de la ressemblance de ce lieu avec cette triste Missolonghi, où son ami avait rendu le dernier soupir.

Sur une table de marbre blanc, dans le choeur de l'église de Hucknell, on lit l'inscription suivante:

DANS LE CAVEAU CI-DESSOUS,

OU PLUSIEURS DE SES ANCÊTRES ET SA MÈRE

SONT ENTERRÉS,

REPOSENT LES RESTES DE

G E O R G E G O R D O N N O E L BYRON,

LORD BYRON, DE ROCHDALE,

DANS LE COMTÉ DE LANCASTER,

AUTEUR DU PÉLERINAGE DE CHILDE-HAROLD,

NÉ A LONDRES,

LE XXII JANVIER MDCCLXXXVIII,

MORT A MISSOLONGHI, DANS LA GRÈCE OCCIDENTALE,

LE XIX AVRIL MDCCCXXIV,

ENGAGÉ DANS LA GLORIEUSE ENTREPRISE DE RENDRE

A CETTE CONTRÉE SON ANCIENNE LIBERTÉ

ET SON ANCIENNE GLOIRE.

* * * * *

SA SOEUR, L'HONORABLE

AUGUSTA-MARIA LEIGH,

A CONSACRÉ CE MONUMENT A SA MÉMOIRE.

Parmi les tributs d'hommages qui ont été offerts, en prose et en vers, et presque dans toutes les langues de l'Europe, à la mémoire de Lord Byron, je choisirai deux pièces qui me paraissent dignes d'une attention particulière, l'une,--autant que mon faible savoir classique me permet d'en juger,--comme simple et heureuse imitation de ces inscriptions dont la Grèce des anciens jours honorait les tombes de ses héros, et l'autre comme production d'une plume, naguère engagée dans une controverse avec Byron, mais non moins prompte, comme le prouvent ces vers touchans, à déposer sur la tombe du grand homme le tribut d'une mâle douleur et d'une profonde admiration.[81]

Eis

Ton en tê Elladi teleutgsta

Poiêtên.

Ou to zên tanaon bion euklees, oud' enaristhein

Archaias progonôn eugeneôn aretas

Ton d' eudaimonias moir' arôepei, Osper apantôn

Aien aristeuôn yignetai athanatos--

Eudeis oun ou, teknon, charistôn ear; ouk eti Thallei

Akmaios meleôn êdypnoôn setôanos;

Alla teon, tripothête, moron penthosin Athênê,

Mousai, partris, Arês, Ellas, eleutheria.

[Note 81: Par John Williams, esquire.--Moore donne en note la traduction de ces distiques grecs en vers anglais, faite par un H.H. Joy. Nous donnons ici la version littérale du texte grec:

SUR LE POÈTE MORT EN GRÈCE.

«La gloire n'est pas dans une longue vie, ni dans la liste des antiques vertus de nobles aïeux.

»Celui-là seul est heureux qui s'élevant au-dessus des autres hommes, gagne un renom immortel.--

»Dors-tu-donc, enfant chéri des grâces? Ne fleurit-elle plus, la verte couronne de tes chants mélodieux?

»Cependant, ô mortel cent fois regretté, ton destin jette dans le deuil Minerve, les Muses, la patrie, Mars, la Grèce et la liberté.]

DERNIER PÉLERINAGE DE CHILDE-HAROLD. PAR LE RÉVÉREND W.-L. BOWLES.

I.

«Ainsi Childe-Harold finit son dernier pélerinage!--Sur les rivages de la Grèce il se leva, et cria: «Liberté!» Ces rivages, renommés de siècle en siècle, les bois et les rochers de Sparte répondirent: «Liberté!» Mais un spectre[82] souriait, debout devant le grand homme;--il le frappa de son dard,--et l'abattit dans la force orgueilleuse de l'âge. O Sparte! tes rochers entendirent alors un autre cri, et le vieil Ilyssus[83] soupira:--«Meurs, généreux exilé, meurs!»

[Note 82: Ce spectre, c'est la mort, à qui la poésie anglaise attribue le sexe masculin, et à qui elle donne un dard, et non pas une faux.]

[Note 83: Petit fleuve de l'Attique. (_Notes du Trad._)]

II.

«Je ne dirai pas à la pitié de déplorer les capricieuses erreurs de celui qui mourut ainsi à la fleur des ans: encore moins, Childe-Harold, aujourd'hui que tu n'es plus, irai-je rappeler le mauvais emploi de ton génie, ou les ombres déjà passées de ton hypocondrie et de ton orgueil!--Mais je commanderai aux cyprès de l'Arcadie de balancer leurs cimes sur ta cendre; je transplanterai le vert laurier des bords du Pénée, et je souhaiterai que ton ame jouisse du plus profond repos, et que jamais une pensée ennemie ne soit murmurée sur ta tombe.»

III.

«Ainsi Harold finit en Grèce son pélerinage!--Oui, c'est là qu'il devait finir.--Sur cette terre renommée, dont le puissant génie vit dans le livre de la gloire, sur le sol consacré aux Muses, il s'endort dans son dernier sommeil, lui dont le jeune front est ceint de l'impérissable couronne des noeufs soeurs!--Troupes joyeuses, suspendez dans les vallons de Tempé les gais accens de la flûte! Harold, je suis jusqu'au lieu de ta naissance la lente marche du char funèbre,--et ton dernier pélerinage terrestre.»

IV.

«A pas lents s'avance le char funéraire, le cortége de deuil. Je suis avec un soupir la triste procession qui marche silencieusement vers ce temple villageois, où tes ancêtres, Childe-Harold, gisent en poussière. Là dort cette mère qui, considérant d'un oeil mouillé de larmes les destinées de ta jeune carrière, veilla sur les sommeils[84] de ton enfance. Son fils, délivré du faix de la vie mortelle, vient aujourd'hui reposer avec elle dans le même séjour de paix.»

[Note 84: Nous risquons le pluriel, comme dans le texte. (_Note du Trad._)]

V.

«Rompant le silence de la mort,--si cette tendre mère eût pu parler--(parler quand la terre était amoncelée sur la tête de son fils),--elle eût, d'une voix faible et caverneuse, ainsi salué la venue du défunt:--«Repose ici, mon fils, avec moi.--Le songe est envolé;--le masque bigarré et le bruyant tumulte ne sont plus. Sois le bienvenu dans cette couche silencieuse, où le profond oubli succède au fracas de la vie, et où les passions dévorantes n'usent plus le coeur[85].»

[Note 85: Nous jugeons à propos d'adjoindre en note le texte, en faveur des lecteurs qui connaissent l'anglais.

«CHILDE HAROLD'S LAST PILGRIMAGE. BY THE REV. W.-L. BOWLES.

SO ENDS CHIDE HAROLD HIS LAST PILGRIMAGE! Upon the shores of Greece he stood, and cried 'LIBERTY!' and those shores, from age to age Renown'd, and Sparta's woods and rocks, replied 'Liberty!' But a Spectre, at his side, Stood mocking;--and its dart, uplifting high, Smote him:--he sank to earth in life's fair pride: SPARTA! thy rocks then heard another cry, And old Ilissus sigh'd--'Die, generous exile, die!'

I will not ask sad Pity to deplore His wayward errors, who thus early died; Still less, CHILDE HAROLD, now thou art no more, Will I say aught of genius misapplied; Of the past shadows of thy spleen or pride:-- But I will bid th' Arcadian cypress wave, Pluck the green laurel from Peneus' side, And pray thy spirit may such quiet have, That not one thought unkind be murmur'd o'er thy grave.

SO HAROLD ENDS, IN GREECE, HIS PILGRIMAGE!-- There fitly ending,--in that land renown'd, Whose mighty genius lives in Glory's page,-- He, on the Muses' consecrated ground, Sinking to rest, while his young brows are bound With their unfading wreath!--To bands of mirth, No more in TEMPE let the pipe resound! HAROLD, I follow to thy place of birth The slow hearse--and thy LAST sad PILGRIMAGE on earth.

Slow moves the plumed hearse, the mourning train,-- I mark the sad procession with a sigh, Silently passing to that village fane, Where, HAROLD, thy forefathers mouldering lie;-- There sleeps THAT MOTHER, who, with tearful eye Pondering the fortunes of thy early road, Hung o'er the slumbers of thine infancy; Her Son, released from mortal labour's load, Now comes to rest, with her, in the same still abode.

Bursting Death's silence--could that mother speak-- (Speak when the earth was heap'd upon his head)-- In thrilling, but with hollow accent weak,

Ce serait faire trop peu de cas de la critique que de dire avec Gray que «même un mauvais vers est chose aussi bonne ou meilleure que la meilleure observation dont il ait jamais été l'objet.» Mais il y a certainement peu de tâches qui me paraissent plus ingrates et plus superflues que celle de se traîner pas à pas, comme fait quelquefois la critique, à la suite d'un génie victorieux (comme les commentateurs sur le champ de bataille de Blenheim ou de Waterloo), et de s'évertuer à nous montrer _pourquoi_ il a triomphé, ou, ce qui est encore moins profitable, à prétendre qu'il _devait_ échouer. Le célèbre passage de La Bruyère, qui, pour avoir été appliqué par l'adulation de Voltaire à un ouvrage du roi de Prusse, n'en a pas moins gardé sa valeur, met peut-être sous son véritable point de vue le rang très-secondaire que la critique doit être contente de garder à la suite d'un génie heureux:--«Quand une lecture vous élève l'esprit, et qu'elle vous inspire des sentimens nobles, ne cherchez pas une autre règle pour juger de l'ouvrage; il est bon, et fait de main de l'ouvrier. La critique, après ça, peut s'exercer sur les petites choses; relever quelques expressions, corriger des phrases, parler de syntaxe, etc., etc.» (_Note de Moore_.)]

She thus might give the welcome of the dead:-- 'Here rest, my son, with me;--the dream is fled;-- The motley mask and the great stir is o'er: Welcome to me, and to this silent bed, Where deep forgetfulness succeeds the roar Of Life, and fretting passions waste the heart no more.'»

Sa seigneurie, en vertu d'un testament dont on trouvera une copie dans l'Appendice, légua à ses exécuteurs testamentaires, en dépôt pour le bénéfice de sa soeur, Mrs. Leigh, les sommes d'argent provenant de la vente de tous ses immeubles à Rochdale et ailleurs, avec tous les autres biens dont la propriété n'appartînt pas à lady Byron et à sa fille Ada, à cette fin que Mrs. Leigh en eût la jouissance hors du contrôle de son mari, durant sa vie entière, et qu'après son décès ses enfans en héritassent.

Nous avons donc suivi jusqu'à son dernier terme une vie qui, si brève qu'en ait été l'étendue, a peut-être compris une plus grande diversité de ces sensations et de ces intérêts variés qui naissent de la profonde activité des passions et de l'intelligence, que toutes les autres vies jusqu'ici décrites par la plume de la biographie. Comme il reste encore parmi les papiers de mon ami quelques fragmens curieux que l'abondance des matières m'a empêché jusqu'à présent de placer, mais qui contribuent trop à le peindre pour être laissés dans l'oubli, je vais, en les recueillant pour le lecteur, profiter de cette occasion pour imposer à sa patience, pour la dernière fois, quelques remarques générales.

On a dû observer, dans ces pages,--et peut-être avec regret,--que Lord Byron, en tant que poète, n'a presque pas été l'objet d'aucun examen critique; mais que, content d'exprimer généralement le plaisir que, de concert avec tout le monde, je puise dans sa poésie, j'ai laissé à d'autres la tâche d'analyser les sources de ce plaisir. En éludant,--si toutefois on doit prendre la chose sous ce point de vue,--un de mes devoirs de biographe, j'ai été non moins influencé par la conscience de mon inaptitude à l'office de critique, que par le souvenir de la surveillance assidue avec laquelle, durant toute la carrière du poète, chaque nouvelle apparition de son génie fut signalée du haut des grands observatoires de la critique, et les perpétuelles variations de sa course et de son éclat suivies et notées si habilement et si minutieusement, qu'il ne reste presque plus rien à découvrir aux observations ultérieures. Ç'a été d'ailleurs le but immédiat de ces volumes, que d'étudier le caractère et la conduite de Lord Byron, comme homme, étude qui jette le plus grand jour sur son caractère comme écrivain; et si, dans le cours de cet ouvrage, j'ai donné quelque explication satisfaisante de ces anomalies morales et intellectuelles que la vie de Lord Byron a présentées,--à plus forte raison encore, si mes humbles travaux ont eu l'effet de dissiper quelques-uns des nuages qui environnaient mon ami, et de le montrer, sous beaucoup de rapports, aussi digne d'amour qu'il fut, sous tout point de vue, digne d'admiration, alors le principal but de mon livre sera rempli.