Œuvres complètes de lord Byron, Tome 13 Comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore
Part 14
LETTRE DXLVIII.
A M. MOORE.
Missolonghi, Grèce occidentale, 4 mars 1824.
MON CHER MOORE,
«Votre reproche n'est pas fondé;--j'ai reçu deux lettres de vous, et j'ai répondu à l'une et à l'autre avant de quitter Céphalonie. J'ai été, non pas «en repos» dans une île ionienne, mais fort occupé d'affaires,--comme les députés grecs (s'ils sont arrivés) pourront vous le dire. Je n'ai continué ni _Don Juan_ ni tout autre poème. Vous parlez, comme d'ordinaire, je présume, d'après le dire de quelque journal, ou d'après quelque autorité pareille.
»Lorsque l'instant d'être un peu utile fut arrivé, je vins ici; et l'on me dit que mon arrivée (avec quelques autres circonstances) a été avantageuse, du moins temporairement, à la cause grecque. J'eus grande peine à échapper, d'abord aux Turcs puis au naufrage, pendant ma traversée. Le 15 (ou 16) février, j'eus une attaque d'apoplexie, ou épilepsie,--les médecins ne se sont pas encore précisément décidés pour l'une ou pour l'autre, mais l'alternative est agréable. Ma constitution reste donc suspendue entre les deux opinions, comme le sarcophage de Mahomet entre les aimans. Tout ce que je puis dire, c'est qu'on m'a saigné jusqu'à me mettre à deux doigts de la mort, en plaçant les sangsues trop près de l'artère temporale, en sorte que le sang ne put être que très-difficilement arrêté,--même avec la pierre infernale. On suppose que je vais de mieux en mieux,--lentement toutefois. Mais mes homélies, je présume, seront à l'avenir comme celles de l'archevêque de Grenade;--en ce cas, «je vous donne un bon de cent ducats sur mon trésorier, et vous souhaite un peu plus de goût.»
»Pour les affaires publiques, je vous renvoie aux rapports du colonel Stanhope et du capitaine Parry,--et à tous les autres rapports. Il y a de quoi en faire:--guerre au-dehors, tumulte au-dedans:--on tue un homme par semaine. Les ouvriers de Parry sont partis tout alarmés, à cause d'une dispute qui s'est élevée entre des nationaux et des étrangers, et dans laquelle un Suédois a été tué et un Souliote blessé. Au milieu de leur épouvante, il y eut une forte secousse de tremblement de terre; aussi, entre cet accident de la nature et l'épée des hommes, ils détalèrent en hâte, malgré toute l'éloquence déployée pour les dissuader. Un brick turc a échoué sur la côte, etc., etc., etc.[58].
»Vous êtes, je présume, en train de donner ou de méditer quelque nouvelle publication. Donnez-moi de vos nouvelles, et croyez-moi, quoi qu'il advienne,
»Tout à vous, à jamais et de coeur,
N. B.
»_P. S._ Dites à M. Murray que je lui écrivis l'autre jour, et que j'espère qu'il aura déjà reçu ou recevra bientôt ma lettre.»
[Note 58: Ce que j'ai omis ici n'est qu'une répétition des divers détails déjà donnés dans les lettres précédentes. (_Note de Moore_.)]
LETTRE DXLIX.
AU DOCTEUR KENNEDY.
Missolonghi, 4 mars 1824.
MON CHER DOCTEUR,
«J'ai à vous remercier pour vos deux obligeantes lettres, reçues toutes deux en même tems, et l'une long-tems après sa date. Je n'ignore pas l'état précaire de ma santé, et je n'ai encore rien décidé sous ce rapport. Mais il est convenable que je reste en Grèce; et mieux vaudrait mourir à faire quelque chose qu'à ne rien faire. Ma présence a été jugée très-utile ici pour empêcher la confusion de devenir pire, au moins pour le moment présent. Si je deviens inutile, ou que je sois jugé tel, je suis prêt à me retirer; mais dans l'intérim, je ne dois pas considérer mes chances personnelles: le reste est dans les mains de la Providence,--comme y sont en effet tous les événemens. Je suivrai toutefois vos instructions; et, en vérité, en ce qui regarde l'abstinence, je les ai suivies depuis quelque tems.
»Outre les _Traités_, etc., que vous m'avez envoyés à distribuer, un des ouvriers anglais (un ferblantier nommé Brownbill) m'a laissé en dépôt une quantité de _Testamens_ grecs, que je tâcherai de distribuer convenablement. Les Grecs prétendent que la traduction n'est pas correcte, qu'elle n'est pas en bon romaïque: Bambas peut décider ce point. Je suis en train d'essayer de rendre le clergé favorable à la distribution; car (si l'on n'avait égard à ce corps) il pourrait s'opposer à la distribution, ou en neutraliser l'effet, vu son pouvoir sur le peuple. M. Brownbill est parti pour les îles ioniennes; il a craint pour sa vie (non pas, toutefois, de la part des prêtres), et apparemment il a mieux aimé être saint que martyr, quoique ses appréhensions fussent probablement très-peu fondées. Tous les ouvriers anglais l'ont accompagné, se croyant en danger à cause de quelques troubles qui ont éclaté ici, et qui se sont apaisés en apparence.
J'ai été interrompu par la visite de P. Mavrocordato et d'autres personnes, pendant que j'écrivais cette lettre, et je suis obligé de la clorre à la hâte, car on m'annonce que le paquebot est prêt à mettre à la voile. Votre future convertie, Hato ou Hatagée, me paraît vive et intelligente; elle promet, et a un air tout-à-fait intéressant. Quant à ses dispositions, je ne puis en dire que peu de chose; mais Millingen, qui a chez lui la mère (femme d'un âge mûr et d'un excellent caractère), en qualité de domestique (quoique la famille ait été dans une bonne position sociale avant la révolution), parle fort bien de cette femme et de sa fille, et l'on peut compter sur son dire. Pour moi, je n'ai vu l'enfant que peu de fois avec sa mère, et ce que j'en ai vu est favorable; sinon, je n'eusse pas conçu tant d'intérêt pour elle. Si elle tourne à bien, j'ai idée de l'envoyer à ma fille en Angleterre (ou en Italie, auprès de personnes respectables), et de la mettre à même de vivre en bonne réputation, soit dans le célibat, soit mariée, si elle arrive à la maturité. Je réglerai les arrangemens relatifs à ses dépenses par l'intermède de MM. Barff et Hancock, et je laisse le reste à votre discrétion et à celle de Mrs. Kennedy, avec une profonde reconnaissance de l'obligeance avec laquelle vous vous chargez de la surveillance temporaire de cette jeune fille.
»Relativement aux affaires publiques, j'ai peu de chose à ajouter à ce que vous aurez déjà appris. Nous allons aussi bien que possible, avec l'espérance et la ferme volonté de mieux faire. Croyez-moi,
»Pour toujours et sincèrement, etc.»
LETTRE DL.
A M. BARFF.
5 mars 1824.
«Si Sisseni[59] est sincère, on traitera avec lui, et sur des bases avantageuses; s'il ne l'est pas, tombent sur lui le péché et la honte. C'est un important objet que de guérir pour l'avenir ces dissentions intérieures, sans exiger un trop rigoureux compte du passé. Le prince Mavrocordato est de cette opinion; et quiconque est disposé à agir loyalement, rencontrera la même loyauté. J'ai entendu _beaucoup_ parler de Sisseni, mais non pas en bien, _beaucoup_ s'en faut; mais je ne juge jamais sur ouï-dire, surtout dans une révolution. Personnellement, je lui dois quelque reconnaissance; car il a été très-hospitalier envers tous ceux de mes amis qui ont passé par son district. Vous pouvez donc lui assurer que toute ouverture pour l'avantage et pour la pacification intérieure de la Grèce, sera ici promptement et sincèrement accueillie. J'ai peine à croire qu'il eût hasardé de me faire une proposition trompeuse par votre intermède. En tout cas, la fin de ces dissentions est un point si important, qu'il faut bien risquer quelque chose pour les guérir.»
[Note 59: Ce Sisseni, qui était le _capitano_ du riche district de Gastouni, et qui avait quelque tems méconnu l'autorité du gouvernement grec, faisait alors des ouvertures de conciliation, par l'intermède de M. Barff. Lord Byron demandait que Sisseni, pour preuve de sa sincérité, remît entre les mains du gouvernement la forteresse de Chiarenza. (_Note de Moore_.)]
LETTRE DLI.
A M. BARFF.
10 mars 1824.
«Je vous envoie ci-joint une réponse à la lettre de M. Parruca, et j'espère que vous lui assurerez de ma part que j'ai fait et fais encore tout ce que je puis pour réunir les Grecs avec les Grecs.
»Je vous suis extrêmement obligé pour l'offre bienveillante de votre maison de campagne (comme pour toutes vos autres bontés), au cas que ma santé me force de partir; mais je ne peux quitter la Grèce, tant qu'il me reste une chance d'être utile (même par pure supposition):--il y a un enjeu qui vaut des millions d'hommes tels que moi; et tant que je pourrai tenir ferme, je tiendrai ferme pour la grande cause. En disant cela, je n'ignore pas les difficultés qui résultent des dissentions et des défauts des Grecs eux-mêmes, mais les gens raisonnables doivent avoir de l'indulgence pour eux.
»La presque totalité, au moins les neuf dixièmes, de mes dépenses ont ici consisté en avances faites aux Grecs, ou dans leur intérêt[60], et pour objets relatifs à leur indépendance.»
[Note 60: «A cette époque (14 février), dit M. Parry, qui tenait les comptes de sa seigneurie, «les dépenses de Lord Byron pour la cause grecque montèrent au moins à deux mille dollars par semaine, en rations seulement.» Il dit ailleurs: «Les Grecs semblaient croire qu'il était une mine dont ils pourraient tirer l'or à plaisir. Une personne représenta qu'un secours de 20,000 dollars empêcherait l'île de Candie de tomber entre les mains du pacha d'Égypte; et n'ayant pas cette somme disponible, Lord Byron donna à cette personne l'autorisation de se la procurer, s'il était possible, dans les îles ioniennes, en garantissant lui-même le remboursement. Je crois que cette personne ne put réussir.» (_Note de Moore_.)]
La lettre de Parruca, dont il est question dans la précédente, pressait instamment Lord Byron de se présenter dans le Péloponèse, où, disait-on, son influence amènerait à coup sûr l'union de tous les partis. En vérité, la confiance, inspirée par ce noble allié, était si générale, que tous les chefs de parti semblent l'avoir regardé comme le seul point de ralliement autour duquel il y eût la plus légère chance de concentrer leurs divers intérêts. Une invitation encore plus flatteuse et plus authentique lui parvint bientôt après, par un message exprès, de la part de Colocotroni, qui proposait une assemblée nationale, où sa seigneurie agirait en qualité de médiateur, et qui s'engageait, lui et ses partisans, à se conformer au résultat. Lord Byron y fit une réponse semblable à celle qu'il adressa à Parruca, et qui était conçue dans les termes suivans:
LETTRE DLII.
AU SIEUR PARRUCA.
10 mars 1824.
MONSIEUR,
«J'ai l'honneur de répondre à votre lettre. Mon premier désir a toujours été d'amener les Grecs à s'entendre entre eux. Je viens ici sur l'invitation du gouvernement grec, et je ne pense pas que je doive abandonner la Romélie pour le Péloponèse sans la volonté du gouvernement; d'autant plus que cette contrée est plus exposée aux attaques de l'ennemi. Néanmoins, si ma présence peut réellement être de quelque secours pour unir deux partis ou même plus, je suis prêt à me rendre où l'on voudra, soit comme médiateur, soit même, s'il est nécessaire, comme ôtage. En cette affaire, je n'ai aucune vue personnelle, ni aucune répugnance personnelle pour qui que ce soit, mais j'ai le sincère désir de mériter le nom d'ami de votre patrie et de ses enfans.
»J'ai l'honneur etc.»
LETTRE DLIII.
A M. CHARLES HANCOCK.
Missolonghi, 10 mars 1824.
MONSIEUR,
«J'envoyai par M. J. M. Hodge une lettre-de-change tirée sur signor C. Jerostatti pour la valeur de trois cent quatre-vingt-six livres sterling, au compte de l'honorable comité grec, pour le service de cette place. Mais le comte Delladecima ne voulant pas envoyer plus de deux cents dollars avant d'avoir reçu les instructions de C. Jerostatti, je suis donc obligé d'avancer cette somme pour prévenir la suspension du service du laboratoire dans cette place.
»Je vous prie de communiquer cette affaire au comte Delladecima, qui a la lettre-de-change et tous les comptes. Tâchez, de concert avec M. Barff, d'arranger cette affaire d'argent; et, sitôt que vous aurez reçu la somme, veuillez la faire passer à Missolonghi.
»Je suis, monsieur, tout à vous sincèrement.
»Ce qui précède a été écrit par le capitaine Parry; mais je vois que je dois continuer moi-même la lettre. Je ne comprends que peu ou même pas du tout l'affaire, sinon que, comme la plupart des affaires d'ici, elle s'arrêtera si l'on n'avance pas d'argent, et il y en a fort peu de disponible ici. Ainsi, je dois courir la chance, comme à l'ordinaire.
»Vous verrez ce qu'on pourra obtenir de Delladecima et de Jerostatti, et me ferez passer la somme, afin que nous puissions avoir quelque repos; car le comité a tant soit peu embrouillé ses affaires, ou choisi des correspondans grecs plus grecs que les Grecs eux-mêmes n'ont coutume de l'être.
»Tout à vous à jamais,
N. BYRON.
»_P. S._ Mille remercîmens à Muir pour son chou-fleur, le plus beau que j'aie jamais vu ou goûté, et le plus gros, je crois, qui soit sorti du paradis ou d'Écosse. J'ai écrit au docteur Kennedy, pour le tranquilliser au sujet du journal (dans lequel je ne suis point engagé comme rédacteur, veuillez le lui dire). J'ai dit aux sots qui conduisent l'entreprise, que leur devise leur jouerait un tour du diable; mais, à l'instar de tous les charlatans, ils y ont persisté. Gamba, qui n'est rien moins qu'heureux, s'est mis là-dedans; et, comme d'ordinaire, dès ce moment, les choses ont mal tourné[61]. Ça ira peut-être mieux, avec le tems. Mais j'écris à la hâte, et je n'ai que le tems de dire, avant que le paquebot mette à la voile, que je suis toujours
»Tout à vous,
N. B.
»_P. S._ M. Findlay est ici, et a reçu son argent.»
[Note 61: Il avait l'idée que le comte Gamba était destiné à être malheureux;--qu'il était un de ces hommes qui, nés sous une mauvaise étoile, gâtent toutes les affaires où ils se mêlent. En parlant de ce journal à Parry, il dit: «J'y ai souscrit pour me délivrer des importunités, et peut-être pour préserver Gamba d'un malheur. En tout cas, c'est la chose la moins importante qu'il puisse gâter.» (_Note de Moore_.)]
LETTRE DLIV.
AU DOCTEUR KENNEDY.
Missolonghi, 10 mars 1824.
CHER DOCTEUR,
«Vous ne pourriez désapprouver la devise du _Télégraphe_ plus que je ne fais moi-même; mais c'est ici la terre de liberté, où la plupart des gens font ce qu'il leur plaît, et non ce qu'ils devraient faire.
»Je n'ai rien écrit, et n'ai aucune disposition à écrire, pour ce journal ou pour tout autre; mais j'ai conseillé, à plusieurs reprises, de changer la devise et le style. Toutefois, je ne pense pas que le journal prenne une couleur d'irréligion ou de nivellement universel, et les rédacteurs promettent d'avoir le respect convenable pour les églises et pour les choses établies.
»Si Bambas voulait écrire pour la _Chronique grecque_, il serait payé pour ses articles.
»Il y a un léger retard pour le départ de Hato, sa mère désirant aller avec elle, ce qui est fort naturel, et ce que je n'ai pas le coeur de lui refuser; car Mahomet lui-même établit en loi que, dans le partage des captifs, l'enfant ne serait jamais séparé de la mère. Mais ceci peut faire une différence dans l'arrangement, quoique la pauvre femme, qui a perdu la moitié de sa famille dans la guerre, soit, comme je l'ai déjà dit, d'un caractère excellent et d'un âge mûr, qui la met à l'abri de tout soupçon. Elle a, ce semble, appris que son mari n'est plus à Prevesa. J'ai confié vos _Bibles_ au docteur Meyer, et j'espère que ledit docteur justifiera votre confiance; néanmoins, j'aurai l'oeil sur lui. Vous pouvez compter que j'agirai comme M. Wilberforce lui-même agirait, et toute autre commission pour le bien de la Grèce rencontrera même attention de ma part.
»J'essaie maintenant, avec quelque espérance de succès, de réunir les Grecs, attendu que les Turcs vont arriver en force, et bientôt. Nous les rencontrerons où faire se pourra, et nous nous battrons comme nous pourrons.
»Je suis heureux de savoir que votre école prospère, et je vous assure que vos bons souhaits rencontrent de ma part une juste réciproque. Le tems est si besu, que je ne me fais pas faute d'un exercice modéré à cheval ou sur mer, et je veux bien croire que ma santé n'est pas pire que lorsque vous m'écrivîtes votre obligeante lettre. Le docteur Bruno peut vous dire que je suis votre régime, et même un régime plus sévère; car je m'abstiens de toute espèce de viande, même de poisson.
»Croyez-moi toujours, etc.
»_P. S._ Les ouvriers (au nombre de six) sont tous dans la même intention. Peut-être sont-ils moins blâmables qu'on ne l'imagine, puisque le colonel Stanhope leur a dit «qu'il ne pouvait positivement affirmer que leurs vies fussent en sûreté.» Je voudrais savoir où notre vie est en sûreté. Il est vrai de dire qu'on ne peut trouver en Grèce un lieu où l'on jouit d'une sûreté aussi hermétiquement scellée que ces gens-là ont paru le désirer; mais Missolonghi était le lieu où l'on supposait qu'ils pussent être utiles, et leur danger n'était pas plus grand que celui de tant d'autres.»
LETTRE DLV.
AU COLONEL STANHOPE.
Missolonghi, 19 mars 1824.
MON CHER STANHOPE,
«Le prince Mavrocordato et moi, nous irons à Salona pour nous aboucher avec Ulysse, et vous pouvez être sûr que le prince acceptera toute proposition avantageuse à la Grèce. C'est à Parry à répondre pour ses articles[62]. Si j'intervenais dans son affaire, ce serait arrêter tous ses travaux; il fait réellement tout ce qu'on peut faire sans recevoir plus d'aide du gouvernement.
»Ce qui pourra être épargné sera envoyé; mais je vous renvoie au rapport du capitaine Humphries et à la lettre du comte Gamba, pour les détails en toute matière.
»Dans l'espérance de vous voir bientôt, je diffère de vous dire beaucoup de choses jusqu'à ce moment, et je vous prie de me croire toujours, etc.
»_P. S._ Les deux lettres que vous m'avez écrites sont envoyées à M. Barff, comme vous désirez. Rappelez-moi particulièrement, je vous prie, à Trelawney, que je serai charmé de revoir.»
[Note 62: Le colonel Stanhope, sur les instances d'Odyssée (ou Ulysse), avait écrit pour demander que quelques munitions du laboratoire de Missolonghi fussent envoyées à Athènes. Mais ni le prince Mavrocordato, ni Lord Byron ne jugèrent qu'il fût prudent d'affaiblir leurs moyens de défendre Missolonghi, et ils n'envoyèrent que quelques barils de poudre. (_Note de Moore_.)]
LETTRE DLVI.
A M. BARFF.
19 mars.
«Comme le comte Mercati craint de recevoir une réponse directe et personnelle sur les affaires de la Grèce, c'est à vous que je réponds (comme vous m'y avez autorisé), et vous aurez la bonté de lui communiquer la pièce ci-jointe. C'est la réponse du prince Mavrocordato et la mienne aux propositions de signor Georgio Sisseni. Vous pourrez lui dire en sus, à lui ainsi qu'à Parruca, que je désire, avec une parfaite sincérité, la plus amicale terminaison des dissentions intestines, et que je crois le prince Mavrocordato animé du même sentiment: sinon, je n'agirais point de concert avec lui, pas plus qu'avec tout autre, soit grec, soit étranger.
»Si lord Guilford est à Zante, ou s'il n'y est pas, et que le signor Tricupi y soit, vous m'obligerez beaucoup en présentant mes respects à tous deux, ou à l'un des deux seulement, et en leur disant que dès l'abord j'ai prédit au colonel Stanhope et au prince Mavrocordato qu'un journal grec (ou tout autre journal), dans l'état actuel de la Grèce, produirait probablement beaucoup de mal et de désaccord, à moins qu'on n'imposât quelques restrictions. Je ne me suis jamais mêlé de la rédaction, et n'ai pris part à l'entreprise que par une contribution pécuniaire que je n'ai pu refuser aux instantes prières des fondateurs. Le colonel Stanhope et moi, trous eûmes de grands différends à ce sujet; et (ce qui paraîtra assez ridicule) il m'accusa de principes despotiques, et moi je l'accusai d'ultra-radicalisme.
»Le docteur ***, éditeur du journal, avec sa liberté illimitée de la presse, a la liberté d'exercer un pouvoir discrétionnaire sans bornes,--il ne laisse point paraître d'autres articles que les siens et ceux qui leur ressemblent;--et tout en déclamant contre les restrictions, il coupe, taille et restreint (dit-on) suivant son bon plaisir. Il est l'auteur d'un article contre la monarchie;--mais les rédacteurs se mettront dans l'embarras, s'ils n'y prennent garde.
»De tous les petits tyrans, il est un des plus petits que j'aie jamais connus, comme sont la plupart des démagogues. Il est Suisse de naissance, et Grec par adoption, s'étant marié en Grèce et ayant changé de religion.
»Je verrai avec grande joie et je désire impatiemment le succès des dernières ouvertures pacifiques des partis du Péloponèse.»
LETTRE DLVII.
A M. BARFF.
22 mars.
«Si les députés grecs (comme cela semble probable) ont obtenu l'emprunt, les sommes que j'ai avancées me seront peut-être rendues; mais il n'y aurait pas grande différence, puisque je dépenserais toujours cet argent pour la cause grecque; et d'une manière plus profitable;--j'espère que ce serait pour quelque chose de mieux que de payer les arrérages des flottes qui fuient à toutes voiles, et des Souliotes qui ne veulent pas marcher; à quoi, dit-on, tout ce que j'ai avancé jusqu'à présent, a été employé. Mais ce n'est pas mon affaire, mais celle des hommes qui avaient le gouvernement des affaires publiques, et je ne pouvais décemment leur dire: «Vous ferez ceci et cela parce que, etc., etc.»
»Dans quelques jours le prince Mavrocordato et moi, nous avons l'intention de nous rendre, avec une escorte considérable, à Salona, à la prière d'Ulysse et des chefs de la Grèce orientale, afin de combiner des mesures offensives et défensives pour la campagne prochaine. Mavrocordato est _presque_ rappelé par le _nouveau_ gouvernement en Morée (pour prendre le timon, je pense), et on m'a écrit pour me proposer, ou d'aller en Morée avec lui, ou de prendre la direction générale des affaires dans cette contrée-ci,--avec le général Londo et tous ceux que je choisirai pour former un conseil. A. Londo est mon vieil ami depuis que nous fûmes ensemble en Grèce dans notre jeune âge. Il serait difficile de faire une réponse positive avant l'entrevue de Salona[63], mais je suis disposé à servir les Grecs en telle qualité qu'il leur plaira, comme commandant ou commandé;--cela m'est tout un, tant que je serai présumé être de quelque utilité.
[Note 63: A cette offre que le gouvernement lui fit de le nommer gouverneur-général de la Grèce (c'est-à-dire de la partie affranchie du continent, à l'exception de la Morée et des îles), il répondit que: «il allait d'abord à Salona, et qu'ensuite il serait aux ordres du gouvernement; qu'il ne ferait pas difficulté d'accepter quelque fonction que ce fût, pourvu qu'il fût convaincu qu'il en dût résulter quelque bien.» (_Note de Moore_.)]
»Excusez-moi si je me hâte; il est tard, et j'ai été plusieurs heures à cheval dans un pays si bourbeux après les pluies, que de cinquante en cinquante toises vous rencontrez un fossé, dont la profondeur, la largeur, la couleur et le contenu ont laissé maintes traces sur mes chevaux et leurs cavaliers.»
LETTRE DLVIII.
A M. BARFF.
26 mars.
«Depuis votre avis relatif à l'emprunt grec, le prince Mavrocordato m'a montré un extrait de sa correspondance particulière, d'où il paraîtrait que trois commissaires doivent être nommés pour veiller à ce que la somme soit placée en mains convenables pour le service du pays, et que je suis désigné dans ce nombre. Mais ce n'est encore qu'une nouvelle.
»Cette commission est apparemment nommée par le comité ou par les parties contractantes en Angleterre. Je suis d'avis qu'une telle commission sera nécessaire, mais l'office sera délicat et difficile. Le tems, qui dernièrement a été équinoxial, a inondé le pays, et notre voyage à Salona sera probablement retardé de quelques jours, jusqu'à ce que la route devienne soit plus praticable.