Œuvres complètes de lord Byron, Tome 11 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore
Part 20
»?Pour ce qui est de la poésie en général[81], plus j'y pense et _plus_ je suis persuadé que lui et nous tous, tant que nous sommes, Scott, Southey, Wordsworth, Moore, Campbell et moi, sommes tous également dans une fausse route: que nous suivons tous un système erroné de révolution poétique qui ne vaut rien du tout, et dont Rogers et Crabbe sont les seuls exempts, et je ne doute pas que la génération actuelle et celle qui vient ne finissent par être de cette opinion. Ce qui l'a confirmée en moi, c'est que j'ai voulu dernièrement parcourir quelques-uns de nos classiques, Pope surtout, et voici l'épreuve que j'ai faite: j'ai pris les poèmes de Moore, les miens et quelques autres encore, et je les ai relus à côté de ceux de Pope; j'ai été réellement étonné (et plus que je n'aurais dû l'être), et surtout mortifié de la distance immense en fait de sens, de savoir, d'effet, et même d'imagination, de passion et d'invention, qu'il y a entre le petit homme de la reine Anne et nous autres du Bas-Empire.--Croyez-le bien, tout était Horace alors, et tout est Claudien aujourd'hui parmi nous, et si je devais recommencer ma carrière, je me façonnerais sur un autre moule. Crabbe est l'homme qu'il faudrait; mais le sujet qu'il a choisi est grossier et d'une exécution impraticable, et *** est retiré avec la demi-paie, d'ailleurs il en a fait assez, à moins qu'il ne recommençât à écrire comme il écrivait autrefois.»
[Note 81: Je trouve sur ce passage, dans la copie manuscrite de cette lettre, la note suivante, de l'écriture de M. Gifford. «Il y a plus de bon sens, de sentiment et de jugement dans ce passage, que dans toute que j'ai jamais lu de lord Byron, et que dans tout ce qu'il a jamais écrit.»]
LETTRE CCXCVIII.
A. M. MURRAY.
17 septembre 1817.
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«M. Hobhouse se propose de retourner en Angleterre en novembre. Il emportera avec lui le quatrième chant, notes et tout. Le texte contient cent cinquante stances, ce qui est assez long pour cette mesure.
»Quant à «l'Arioste du Nord» il est certain que tous deux avaient également pour sujet la chevalerie, la guerre et l'amour, et si vous saviez ce que les Italiens pensent de l'Arioste, vous ne douteriez pas un moment de tout ce qu'il y a de flatteur dans ce compliment. Mais à l'égard de leurs mesures, vous oubliez que celle de l'Arioste est la stance octave, et que celle de Scott n'est rien moins qu'une stance. Si vous croyez que cela déplaise à Scott, dites-le, et je l'effacerai.--Je ne l'appelle pas «l'Arioste écossais» ce qui serait un petit éloge bien provincial, mais «l'Arioste du Nord» c'est-à-dire de tous les pays qui ne sont pas au Midi...............................
»Comme je vous ai assez importuné de mes lettres depuis quelque tems, je terminerai en me disant votre, etc.»
LETTRE CCXCIX.
À M. Murray.
12 octobre 1817.
«M. Kinnaird et son frère lord Kinnaird sont venus ici et en sont répartis. Tout ce que vous m'avez adressé m'est arrivé, à l'exception de la poudre à dents, dont je vous demanderai une nouvelle provision à la première occasion favorable: il me faudra aussi de la magnésie et des poudres de Soda, ce qui est un grand luxe ici, car on n'en peut avoir de bonne ni de l'une ni de l'autre, et même il est difficile de s'en procurer dans le pays............................
»Ma réponse à votre proposition au sujet de mon quatrième chant, vous sera sans doute parvenue, et moi j'attends la vôtre;--peut-être ne nous accorderons-nous pas.--Depuis j'ai écrit un poème en quatre-vingt-quatre stances octaves, dans le genre bouffon; et d'après l'excellente manière de M. Whistlecraft (qui, à mon avis, n'est autre que Frere). Il a pour sujet une anecdote vénitienne qui m'a amusé; mais jusqu'à ce que j'aie votre réponse, je ne vous en dirai pas d'avantage. M. Hobhouse ne retournera pas au mois de novembre en Angleterre comme il se le proposait; il passera l'hiver ici, et comme c'est lui qui doit porter le poème ou les poèmes, car il est possible même qu'il y en ait plus que les deux dont j'ai parlé (et qui, par parenthèse, ne sont peut-être pas compris dans la même publication et dans les mêmes arrangemens), ils ne pourront être publiés aussitôt que je l'avais cru; mais je suppose qu'il n'y a pas grand mal à ce délai.
»J'ai signé et je vous renvoie vos anciens actes par M. Kinnaird, mais sans le reçu, l'argent n'ayant pas encore été payé. M. Kinnaird a une procuration qui l'autorise à signer pour moi, et il le fera quand cela sera nécessaire.
»Mille remerciemens de la _Revue d'Édimbourg_, qui est très-généreuse envers _Manfred_, et défend son originalité que je ne sache pas avoir été attaquée par personne. Je n'ai jamais lu, et ne crois pas avoir jamais vu le _Faust_ de Marlow,--et je n'avais et n'ai encore aucun ouvrage dramatique anglais à l'exception des publications nouvelles que vous m'avez envoyées; mais l'été dernier j'ai entendu traduire verbalement à M. Lewis quelques scènes du _Faust_ de Goethe, dont quelques-unes étaient bonnes, les autres mauvaises, et voilà tout ce que je sais de l'histoire de ce personnage magique. Quant aux premiers germes de _Manfred_ on les trouvera dans le journal que j'ai envoyé à Mrs. Leigh, (et dont je crois que vous avez vu une partie) lorsque je traversai d'abord la Dent de Jaman, puis le Wengen ou Wengeberg et le Sheideck, et que je fis le tour de la Jungfrau et du Shreckhorn, peu de tems avant mon départ de Suisse. J'ai devant les yeux les lieux où se passe l'action de _Manfred_ comme si je les avais vus hier, et je pourrais les décrire place par place, ainsi que les torrens et tout ce qui s'y trouve de remarquable.
»J'étais admirateur passionné du _Prométhée_ d'Eschyle dans ma première jeunesse (c'était une des pièces du théâtre grec que nous lisions trois fois par an à Harrow), et pour dire la vérité, celle-ci et la _Médée_ furent les seules, à l'exception pourtant des _Sept Chefs devant Thèbes_, qui m'aient jamais beaucoup plu. Quant au _Faust_ de Marlow, je ne l'ai jamais lu, jamais vu, et n'en ai jamais entendu parler, du moins je n'y ai jamais pensé, excepté à propos d'une note de M. Gifford, que vous m'avez envoyée, et dans laquelle il dit quelque chose de sa catastrophe; mais non comme ayant aucun rapport avec la mienne, qui peut lui ressembler ou ne pas lui ressembler, sans que je le sache ou m'en soucie.
»Le _Prométhée_, quoique n'entrant pas exactement dans mon plan, m'est toujours tellement resté dans la tête que je puis concevoir facilement l'influence qu'il a sur tous mes écrits, ou du moins, sur quelqu'un d'eux;--mais je nie Marlow et sa progéniture, et je vous prie de faire de même.
»Si vous pouvez m'envoyez le papier en question[82] cité par la _Revue d'Édimbourg_, n'y manquez pas;--l'article du _Magazine_ a été écrit par Wilson, dites-vous? En effet, il avait tout l'air d'être écrit par un poète, et c'est un fort bon article. Quant à celui de la _Revue d'Édimbourg_, je l'attribue à Jeffrey lui-même à cause de la bienveillance qui y règne. Je suis étonné qu'on ait jugé à propos de l'insérer sitôt après le premier; mais c'est évidemment par un bon motif.
[Note 82: Une feuille du _Edimburgh Magazine_, dans laquelle on faisait entendre que la conception générale de _Manfred_, et une grande partie de ce qu'il y a de plus beau dans la manière dont le sujet est traité, a été emprunté à l'_Histoire tragique de Faust_, par Marlow. (_Note de Moore_.)]
«J'ai vu Hoppner l'autre jour, et j'ai loué pour deux ans sa campagne à Este. Si vous venez par ici l'été prochain, faites-le moi savoir à tems. Mes amitiés à Gifford.
»Votre très-sincèrement, etc.»
LETTRE CCC.
À M. MURRAY.
Venise, 23 octobre 1817.
«Vos deux lettres sont là devant mes yeux, et jusque-là notre marché est conclu. Combien je suis fâché d'apprendre que Gifford soit malade: écrivez-moi, je vous prie, qu'il est mieux;--j'espère que ce ne sera rien qu'un rhume, et dès que vous me dites que sa maladie provient d'un refroidissement, j'aime à croire que cela n'ira pas plus loin.
»M. Whistlecraft n'a pas de plus grand admirateur que moi. J'ai écrit, à l'imitation de sa manière, une histoire en quatre-vingt-neuf stances intitulée _Beppo_ (c'est l'abréviation du nom de Giuseppe, et répond à notre Joe en italien) et je jetterai ce petit poème dans la balance avec le quatrième chant pour vous aider à vous refaire de votre argent. Peut-être pourtant vaudrait-il mieux le publier en gardant l'anonyme; mais c'est ce que nous verrons plus tard.
»Dans les notes du quatrième chant, M. Hobhouse a indiqué quelques erreurs commises par Gibbon. Vous pouvez comptez sur l'exactitude des recherches de Hobhouse. Vous imprimerez dans le format qu'il vous plaira.
»Quant à la grande édition que vous projetez, vous pouvez imprimer tout, ou seulement ce que vous voudrez, à l'exception des _Poètes anglais_ que je ne consentirai dans aucun tems à laisser publier de nouveau. Il n'y a pas de considération qui pût me décider à les faire réimprimer; je ne crois pas qu'ils vaillent grand'chose, même comme poésie, et pour ce qui regarde le reste, vous devez vous rappeler que j'ai renoncé à cette publication à cause des Holland, et que je ne pense pas qu'aucune circonstance puisse dans aucun tems me permettre de revenir sur cette résolution;--ajoutez à cela, que dans les termes où j'en suis avec presque tous les poètes et critiques du jour, ce serait une indignité dans tous les tems, mais surtout en ce moment, de faire reparaître cette folle satire........................................
»La revue de _Manfred_ est arrivée sans entrave, et j'en suis très-content. Il est assez singulier qu'on prétende (c'est-à-dire que quelqu'un prétende, dans un _Magazine_ que la _Revue d'Édimbourg_ combat) que le sujet a été pris dans le _Faust_ de Marlow, que je n'ai jamais lu ni vu. Un Américain qui est arrivé l'autre jour de l'Allemagne, a dit à M. Hobhouse que _Manfred_ était puisé dans les _Faust_ de Goethe.--Que le diable soit des deux _Faust_ allemand, et anglais: je n'ai-rien pris dans l'un ni dans l'autre.
»Voulez-vous envoyer de ma part chez Hanson, pour lui dire qu'il ne m'a pas écrit depuis le 9 septembre? du moins je n'ai pas reçu de lettre de lui, à ma grande surprise.
»Faites-moi aussi le plaisir de prier MM. Morland d'envoyer immédiatement les sommes qu'ils peuvent avoir de surplus en lettres de crédit, et toujours à leurs correspondans de Venise. Il y a deux mois qu'ils m'envoyèrent un crédit additionnel de 1,000 livres sterling: j'en ai été charmé, mais je ne sais pas comment diable cela est venu, car je ne vois que les 500 livres sterling payés par Hanson, et j'avais cru que les 500 autres venaient de vous, mais il paraît que non, d'après votre lettre du 7, dans laquelle vous m'apprenez que vous n'avez payé que la balance des 1,230 livres sterling.
»M. Kinnaird est en route pour l'Angleterre, avec les différentes assignations que j'ai faites. Je ne puis fixer d'époque précise pour l'arrivée du chant quatrième, qui dépend du retour de M. Hobhouse, qui, je crois, n'aura pas lieu tout de suites.
»Tout à vous, très à la hâte, et très-sincèrement.
»_P. S._ Les Morlands n'ont pas encore écrit à mes banquiers pour les informer du paiement de votre balance;--priez-les, s'il vous plaît, de le faire.
»Demandez-leur une explication au sujet des premières 1,000 livres sterling, dont je sais que 500 viennent d'Hanson, et trouvez-moi les 500 autres, c'est-à-dire d'où elles proviennent.»
LETTRE CCCI.
A. M. MURRAY.
Venise, 15 novembre 1817.
«M. Kinnaird est probablement de retour en Angleterre à présent, et il vous aura donné les nouvelles que vous pouviez désirer de nous et des nôtres. Je suis revenu à Venise pour y passer l'hiver. M. Hobhouse partira probablement en décembre; mais quel jour, quelle semaine? c'est ce que j'ignore encore. Il demeure maintenant en face de moi.
»J'ai écrit hier à M. Kinnaird, me trouvant un peu inquiet et d'assez mauvaise humeur, pour lui demander des nouvelles de Newstead et des Hansons, dont je n'ai rien appris depuis son départ d'ici, excepté par quelques mots inintelligibles d'une femme inintelligible.
»Je suis aussi fâché d'apprendre l'accident arrivé au docteur Polidori, que quelqu'un peut l'être à l'égard d'un homme pour lequel il a une certaine aversion et quelque peu de mépris. Quand il sera rétabli, apprenez-moi quelle espèce de succès il a dans sa profession.--Comment diable ce pauvre garçon est-il venu se fixer ici?
Je crains que toute la science du docteur à Norwich, lui donne à peine le moyen de mettre du sel dans sa soupe.
»Je croyais qu'il allait au Brésil avec le consul danois, faire prendre des médecines aux Portugais, car ces derniers les aiment à la folie............
»Votre nouveau chant s'est étendu jusqu'à cent soixante-sept stances:--vous voyez qu'il sera long; et quant aux notes d'Hobhouse, je soupçonne qu'elles seront de dimension héroïque. Il faut faire en sorte de tenir M. M*** de bonne humeur, car il est diablement chatouilleux au sujet de votre _Revue_, et de tout ce qui y tient, sans en excepter l'éditeur, l'amirauté et le libraire. Je me croyais passablement auteur, quant à l'amour-propre et _noli me tangere_, mais je vois que ces prosateurs sont bien autre chose en fait de susceptibilité.
»Vous rappelez-vous que je vous ai parlé, il y a quelques mois, d'un marquis de Moncade, Espagnol d'un rang distingué, âgé de quatre-vingts ans, et mon proche voisin à la Mira? Eh bien! il y a six semaines environ qu'il est devenu amoureux d'une petite Vénitienne d'une bonne famille, mais sans fortune ni réputation. Il l'a prise chez lui, s'est brouillé avec tous ses anciens amis qui avaient voulu lui donner des conseils (excepté moi, qui ne lui en ai donné aucun), et a installé cette fille chez lui, en qualité de concubine actuelle et de future épouse, et maîtresse de sa personne et de ses meubles. Au bout d'un mois, pendant lequel elle s'était on ne peut plus mal conduite, il a découvert une correspondance entre elle et quelque ancien entreteneur, si bien qu'après l'avoir presque étranglée, il l'a mise à la porte, au grand scandale des galans de la ville, et avec un éclat prodigieux qui a occupé tous les canaux et cafés de Venise. Il dit qu'elle a voulu l'empoisonner, et elle dit Dieu sait quoi; mais il y a eu beaucoup de fracas entre eux. Je connaissais un peu les deux parties:--Moncade me paraissait un vieillard plein de bon sens, réputation qu'il n'a pas tout-à-fait soutenue dans cette circonstance, et la femme est plus brillante que jolie. Pour l'honneur de la religion, elle a été élevée dans un couvent; et, pour la gloire de la Grande-Bretagne, c'est une Anglaise qui a été son institutrice.
»Tout à vous.»
LETTRE CCCII.
A. M. MURRAY.
Venise, 3 décembre, 1817.
«Une dame vénitienne, savante, et déjà un peu avancée en âge, ayant, dans ses intervalles d'amour et de dévotion, entrepris de traduire les lettres et d'écrire la vie de lady Mary Wortley Montague, entreprise à laquelle il y a deux obstacles, d'abord son ignorance de l'anglais, et ensuite son manque total de matériaux pour la biographie qu'elle se propose, s'est adressée à moi pour que je lui fournisse des faits vrais ou faux sur ce sujet intéressant. Lady Montague, je crois, a passé les vingt dernières années de sa vie et peut-être plus à Venise, ou dans ses environs; mais ici, on ne sait rien, on ne se rappelle rien, car l'histoire scandaleuse du jour est remplacée par celle du lendemain; et l'esprit, la beauté et la galanterie, qui ont pu rendre notre compatriote célèbre dans son pays, n'ont pas dû lui être ici de grands titres de distinction,--d'abord parce que le premier n'est pas nécessaire, et ensuite parce que les deux autres attributs sont communs à toutes les femmes, ou du moins le dernier. Si donc vous pouvez me donner ou me procurer quelques détails sur lady Mary Wortley Montague, je vous en serai obligé, et m'empresserai de les transmettre et de les traduire à la _dama_ en question. Et je vous prie aussi de m'envoyer, par quelque voyageur sûr et expéditif, un exemplaire de ses _Lettres_, avec la pesante et ennuyeuse histoire écrite par le docteur Dallaway, et publiée par sa sotte et orgueilleuse famille.
»La mort de la princesse Charlotte a produit un ébranlement même ici: chez nous, elle doit avoir eu l'effet d'un tremblement de terre. La liste donnée par le _Courrier_ des trois cents et quelques héritiers de la couronne (en y comprenant la maison de Wirtemberg, avec cette ***, p--de honteuse mémoire, que je me rappelle avoir vue à différens bals, pendant le séjour des Russes, en 1814), doit être bien consolante pour tous les fidèles sujets britanniques, aussi bien que pour les étrangers, à l'exception pourtant du signor Travis, riche négociant juif de cette ville, qui se plaint terriblement de la longueur du deuil en Angleterre, qui lui a fait recevoir contre-ordre pour toutes les soies dont il avait la commande pour plus d'une année. La mort de cette pauvre femme est triste sous tous les rapports: mourir à vingt ans ou environ, en couches, et en couches d'un garçon, une princesse, une reine future, et au moment où elle commençait à être heureuse, et à jouir d'elle-même et des espérances qu'elle inspirait.....
»Je crois, autant que je puis me le rappeler, que c'est la première princesse royale décédée en couches, dans nos annales historiques. J'en suis affligé sous tous les rapports; je regrette la perte d'un règne féminin, et celle d'une femme qui n'avait pas encore fait de mal, et toutes les réjouissances, tous les discours, toutes les ivrogneries, toutes les dépenses de John Bull à son avènement.....
»Le prince se remariera après avoir obtenu son divorce, et M. Southey composera aujourd'hui une élégie, et une ode alors. Le _Quarterly_ aura son article contre la presse, et la _Revue d'Édimbourg_ le sien, moitié l'un, moitié l'autre, sur la réforme et le droit du divorce; *** le _Britannique_ vous donnera l'oraison funèbre du docteur Chalmers, accompagnée de grands éloges, et assignera une place dans les astres à la royauté défunte:--le _Morning-Post_ a déjà fait éclater sans doute ses cris de douleur.
Malheur! malheur! Nealliny! la jeune Nealliny!
»Il y a déjà quelque tems que je n'ai eu de vos nouvelles.--Êtes-vous de mauvaise humeur? je le présume: je l'ai été moi-même; c'est à présent votre tour, et bientôt le mien reviendra.
»Votre très-sincèrement, etc.
B.
»_P. S._ La comtesse Albrizzi, qui revient de Paris, m'a apporté une médaille de Denon qu'il m'envoie en cadeau.--Elle a un portrait de M. Rogers, à elle appartenant, et qui est aussi de Denon.»
LETTRE CCCV[83].
A. M. MURRAY.
Venise, 19 janvier 1818.
«Je vous envoie l'histoire en question[84], sous trois enveloppes séparées.--Elle ne conviendra pas à votre journal, étant remplie d'allusions politiques:--imprimez-la seule et sans nom d'auteur.--N'y changez rien;--faites examiner par un professeur les phrases italiennes, pour qu'il juge si elles sont correctement imprimées (car vos imprimeurs me rendent malade par les bévues qu'ils ne cessent de faire), et--que Dieu soit avec vous. Hobhouse a quitté Venise il y a près de quinze jours: je n'ai eu aucune nouvelle de lui.
»Votre, etc.
»Il a tout le manuscrit, ainsi mettez-vous en prière dans votre arrière-boutique ou dans la _chapelle_ de l'imprimeur.»
[Note 83: On a cru devoir retrancher la lettre 303e, qui ne renfermait que des lieux-communs, et la 304e, qui n'a rien de remarquable, même en anglais, que la facilité de l'auteur à joindre des rimes, et dont la traduction eût été d'une platitude insupportable au lecteur. (_Note du Trad._)]
[Note 84: _Beppo_.]
LETTRE CCCVI.
A. M. MURRAY.
Venise, 27 janvier 1818.
«Mon père, c'est-à-dire mon père arménien,--le père Pascal, au nom de tous les autres pères de notre couvent, vous envoie les feuilles ci-incluses, avec ses salutations.
»Les traducteurs des passages long-tems perdus et retrouvés depuis peu, du texte d'Eusèbe, ayant jugé à propos de faire paraître le prospectus dont vous trouverez ci-jointes six copies, vous y êtes sollicité de leur procurer des souscripteurs dans les deux universités, parmi les savans, et parmi les ignorans qui voudraient se défaire de leur ignorance:--c'est de quoi le couvent vous prie, ce dont je vous prie, et, à votre tour, priez-en les autres.
»Je vous ai envoyé _Beppo_, il y a quelques semaines.--Il faut le publier séparément; il y a dedans de la politique et de la hardiesse, il ne vaudra donc rien pour votre journal, qu'on peut comparer à un isthme.
»M. Hobhouse, à moins qu'il ne se soit cassé le cou au milieu des Alpes, doit maintenant nager entre Calais et Douvres, avec un juste-au-corps de liége, tenant mes commentaires de la main droite et sa cotte de mailles entre ses dents.
»On est dans le fort du carnaval, et je suis dans la fièvre et les tourmens d'une nouvelle intrigue, je ne sais précisément avec qui, sinon qu'elle est insatiable d'amour, et ne veut pas d'argent; qu'elle a les cheveux blonds et les yeux bleus, ce qui n'est pas commun ici; que je l'ai rencontrée au bal masqué, et que, quand elle est sans masque, je suis aussi sage que jamais. Je ferai ce que je pourrai du reste de ma jeunesse.»..............................
LETTRE CCCVII.
À M. MOORE.
Venise, 2 février 1818
«Votre lettre du 8 décembre n'est arrivée qu'aujourd'hui, par quelque délai assez ordinaire, mais inexplicable. Votre malheur domestique est terrible, et je le sens avec vous autant que j'ose sentir. Dans le cours de la vie, vos pertes seront les miennes et vos plaisirs les miens; et si même toute la sensibilité de mon coeur venait à se tarir, il y aurait encore au fond de ce coeur desséché une larme pour vous et vos chagrins.
»Je puis comprendre ce que vous souffrez, car (l'égoïsme étant toujours ce qui domine dans notre maudite argile) je suis fou moi-même de mes enfans. Outre ma petite fille légitime, j'en ai fait une illégitime depuis, sans parler d'une autre qui existait auparavant[85], et je vois dans ces derniers les appuis de ma vieillesse, en supposant que j'atteigne jamais, ce qui, j'espère, n'arrivera pas, cette époque désolante. J'ai un grand amour pour ma petite Ada, qui peut-être me tourmentera elle aussi comme ***.
[Note 85: Ceci peut être le sujet du poème qui a été donné p. 402 du tome V.]
»La dédicace que vous m'offrez m'est aussi agréable que vous pouvez le souhaiter.--Je m'inquiète fort peu de ce que les misérables dont se compose le monde peuvent penser de moi:--tout cela est passé;--mais je tiens beaucoup à l'opinion que vous en pouvez avoir. Après cela, dites-en ce que vous voudrez; vous savez que je ne suis pas d'un caractère insociable, et si quelquefois je suis un peu farouche, cela dépend des circonstances. Quoi qu'il en soit, il n'y a pas grand mérite à être de bonne humeur en votre société; il faudrait faire un effort ou être atteint de folie pour qu'il en soit autrement.
»Je ne sais pas ce que Murray peut avoir dit ou cité[86]. J'ai appelé Crabbe et Sam les pères de la poésie actuelle, et j'ai dit que je croyais qu'excepté eux, nous autres jeunes gens étions tous dans une fausse route; mais je n'ai jamais dit que nous ne naviguions pas bien. L'admiration et l'imitation seront fatales à notre gloire (quand je dis notre, je veux parler de nous tous, y compris les disciples de l'école du Lac, excepté le _postscriptum_ des Augustins). La nouvelle génération, par le nombre et la facilité des imitations, se cassera le cou en tombant de notre Pégase qui s'enfuira avec nous.--Quant à nous, nous nous tenons en selle, parce que nous avons dompté le coquin, et que nous savons monter à cheval;--mais quoique facile à monter, c'est le diable à conduire: aussi le premiers devront-ils aller à l'école d'équitation et au manège pour apprendre à diriger le «grand cheval.»