Œuvres complètes de lord Byron, Tome 11 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore

Part 19

Chapter 193,795 wordsPublic domain

»_P. S._ Dites-moi, je vous prie, le discours de Manfred _au soleil_ a-t-il été conservé dans le troisième acte? Je l'espère, car c'est une des meilleures choses de l'ouvrage, et supérieure au _Colosseum_. J'ai fait, cinquante-six stances du quatrième chant de _Childe Harold_; ainsi préparez vos ducats.»

LETTRE CCLXXXIX.

A M. MOORE.

La Mira, près Venise, 10 juillet 1817.

«Murray, le Mokanna des libraires, a trouvé moyen de m'envoyer par la poste quelques extraits de _Lalla Rookh_. Ils sont tirés d'une _Revue_, et contiennent une courte analyse, et des citations des deux premiers poèmes. Je suis enchanté de ce que j'ai devant moi, et très-avide du reste. Vous ayez saisi les couleurs comme si vous eussiez été sous l'arc-en-ciel, et la teinte orientale y est parfaitement observée.

»Je vous soupçonne donc de nous avoir donné là une composition diablement belle, et je m'en réjouis du fond du coeur; _car les Douglas et les Percy peuvent affronter tous deux le monde entier sous les armes_. J'espère que vous ne serez pas offensé, si je regarde vous et moi comme oiseaux du même plumage, quoique, sur quelque sujet que vous eussiez pu écrire, j'eusse éprouvé une véritable satisfaction de vos succès.

»Il y a une comparaison entre les fleurs et les fruits d'un oranger, qui m'aurait plu davantage si je n'avais pas cru y voir une allusion à............................................................

»Vous rappelez-vous le poème de Thurlow à Sam, «Quand Rogers;» et ce maudit souper de Rancliffe, qui devait être un dîner.--«Ah! maître. Shallow, nous avons entendu le carillon de la cloche à minuit.»--Mais ma barque attend sur le rivage, elle va bientôt mettre à la mer; mais avant de partir, Tom Moore, que je te porte une double santé!

Ce soupir est pour ceux qui m'aiment, ce sourire pour ceux qui me haïssent, et maintenant, quel que soit le ciel qui doive couvrir ma tête, je porte un coeur préparé à tous les coups du sort.

L'Océan, mugissant autour de moi, ne m'emportera pas moins sur son sein, et le désert qui m'environnera de sa vaste solitude, a des sources auxquelles il est possible d'arriver.

Dussé-je ne plus trouver que la dernière goutte de cette fontaine en approchant, haletant, de ses bords avant que mon courage défaillant succombât, c'est encore à toi que je boirais.

Avec cette eau, comme avec le vin qui remplit mon verre, la libation que je t'offrirais serait: Paix à toi et aux tiens, et à ta santé, Tom Moore.

»Ceci aurait dû être écrit il y a quinze mois, comme l'a été la première stance. Je viens de nager une heure dans l'Adriatique, et je vous écris ayant devant moi une jeune Vénitienne aux yeux noirs, lisant _Boccace_.

»Le moine Lewis[75] est ici. _Comme c'est agréable_[76]! C'est un bien bon enfant, et qui vous est tout dévoué. Ainsi l'est Sam, ainsi l'est tout le monde, et parmi le nombre,

»Votre, etc., etc.»

»_P. S._ Que-pensez-vous de _Manfred_?

[Note 75: Lewis, l'auteur du fameux roman du _Moine_. (_Note du Trad._)]

[Note 76: Allusion, comme il s'en trouve beaucoup dans ces lettres, à quelque anecdote qui l'avait amusé. (_Note de Moore_.)]

LETTRE CCXC.

À M. MURRAY.

La Mira, près Venise, 15 juillet 1817.

«J'ai fini (c'est-à-dire j'ai grifonné, car la lime ne vient qu'après) quatre-vingt-dix-huit stances du quatrième chant, dont je me propose de faire le dernier. Il sera probablement environ de la même longueur que le troisième, qui a lui-même à peu près la même étendue que le premier et le second. Il y a quelques passages que je juge très-bons, c'est-à-dire si les autres chants le sont: c'est ce que nous verrons. Quoi qu'il en soit, bon ou mauvais, il est d'un genre différent du dernier et moins métaphysique, ce qui, dans tous les cas, sera une variété. Je vous ai envoyé l'autre jour le fût d'une colonne comme échantillon de l'édifice (voyez le commencement de la première stance), ainsi vous pouvez compter sur son arrivée vers l'automne, dont les vents ne seront pas les seuls à se déchaîner, si tant est que ledit chant soit prêt à cette époque.

»J'ai prêté à Lewis, qui est à Venise (dans ou sur le Canallaccio, le Grand Canal), vos extraits de _Lalla Rookh_ et _Manuel_[77]; et, par esprit de contradiction, il se peut que ce dernier ouvrage lui plaise, et qu'il ne soit pas très-ravi de l'autre. Pour moi, je pense que _Manuel_, à l'exception de quelques passades, est aussi pesant que le plus terrible cauchemar qui ait jamais pesé sur mon estomac après une mauvaise digestion.

[Note 77: Tragédie de M. Maturin.]

»Pour les extraits, je ne puis les juger que comme extraits, et je préfère la _Péri_ au _Voile d'argent_. Sa versification ne me paraît pas si facile dans le _Voile d'argent_, et on dirait qu'il est un peu embarrassé de sortir de toutes ces horreurs; mais la conception du caractère de l'imposteur est très-belle, et le plan est vaste pour son génie. Au total, je ne doute pas que l'ensemble n'ait la couleur vraiment arabe et ne soit très-beau.

»Votre dernière lettre n'est pas très-abondante en nouvelles; et aucune autre encore ne l'ayant suivie, il en résulte que je ne sais rien de vos affaires ni des affaires de personne; et comme vous êtes le seul qui m'écriviez sans me dire les choses les plus désagréables du monde, je serai toujours bien aise de recevoir vos lettres. Comme aussi il n'est pas très-possible que je retourne de sitôt en Angleterre, et que j'y réside jamais, si je puis faire en sorte, par quelque combinaison relative à mes affaires personnelles, tout ce que vous me direz au sujet de notre bien-aimé royaume de Grub-Street, et des noirs confrères et des consoeurs les _bas-bleus_ de ce vaste faubourg de Babylone, sera tout ce que j'en saurai et en demanderai jamais. N'avez-vous pas quelque nouveau nourrisson des Muses pour remplacer les morts, les absens, ceux qui sont las de littérature, et ceux qui se sont retirés?--Pas de prose, pas de vers, pas de _rien_?»

LETTRE CCXCI.

A M. MURRAY.

Venise, 20 juillet 1817.

«Je vous écris pour vous informer que j'ai terminé le quatrième et dernier chant de _Childe Harold_. Il se compose de cent vingt-six stances; il est par conséquent le plus long de tous. Reste encore à le copier et à le polir; puis viennent les notes, dont il lui faudra un bien plus grand nombre qu'au troisième chant, comme il traite nécessairement plus des ouvrages de l'art que de ceux de la nature. Il sera envoyé vers l'automne; et maintenant, venons à notre marché. Qu'en donnez-vous, hein? Vous en aurez des échantillons, si vous voulez; mais je désire savoir ce que je dois en attendre, dans ces tems difficiles (comme cela se dit) où la poésie ne rapporte pas la moitié de sa valeur.--Si vous êtes disposé «à bien faire les choses,» comme le dirait Mrs. Winifred Jenkins, je jetterai peut-être de votre côté quelque chose de plus,--quelques traductions ou quelques légères esquisses originales:--il ne faut pas répondre de ce qu'il peut y avoir de neuf sous l'enclume d'ici à la saison des livres.--Rappelez-vous que c'est le dernier chant, et qu'il complète l'ouvrage. Quant à vous dire s'il est égal au reste, c'est de quoi je ne puis encore juger. Il a moins de suite encore que tous les autres, mais il n'y aura pas de ma faute s'il leur est de beaucoup inférieur. Il est possible que je disserte un peu dans mes notes sur l'état actuel de la littérature et des littérateurs italiens, connaissant quelques-uns de leurs _capi_[78], tant en hommes qu'en livres;--mais cela dépendra de l'humeur du moment.--Ainsi, voyons, prononcez maintenant: je ne dis plus rien.

[Note 78: _Capi_, _chefs_, et par extension, _chefs-d'oeuvre_. (_Note du Trad._)]

»Quand vous aurez les quatre chants complets, je pense que vous pourrez risquer une nouvelle édition du poème in-quarto, avec des exemplaires de surplus des deux derniers chants, pour ceux qui auraient acheté l'ancienne édition des deux premiers. Voici un avis que je vous donne, qui est digne de la confrérie, et maintenant, examinez et prononcez.

»Je n'ai pas reçu un seul mot de vous sur le sort de «_Manfred_» ou «du _Tasse_;» ce qui me paraît singulier, qu'ils aient réussi ou non.

»Comme ceci n'est qu'un griffonnage d'affaires, et que je vous ai écrit dernièrement assez souvent, et d'une manière assez étendue sur d'autres sujets, je me bornerai à ajouter que je suis votre, etc., etc.»

LETTRE CCXCII.

A. M. MURRAY.

La Mira, près Venise, 7 août 1817.

«Votre lettre du 18 et, ce qui vous fera autant de plaisir qu'à moi, le paquet envoyé par l'entremise et les bons soins de M. Croker, sont arrivés. MM. Lewis et Hobhouse sont ici:--le premier dans la même maison que moi, le second à quelques centaines de toises.

»Vous ne me dites rien de _Manfred_, d'où je dois conclure qu'il n'a pas réussi;--mais il me semble étrange que vous ne me l'appreniez pas du premier coup. Je ne sais rien de rien de ce qui se passe en Angleterre, et ne reçois absolument de nouvelles de personne; de sorte que tout ce que vous pourrez me dire sur les choses et sur les individus sera entièrement neuf pour moi. Je suis en ce moment très-impatient d'en finir avec Newsteadt, et je regrette que Kinnaird quitte précisément l'Angleterre dans ce moment, quoique je ne lui en dise rien, et ne demande pas mieux que de le voir aller à ses plaisirs, bien que, dans ce cas, mes intérêts puissent en souffrir.

»Si j'ai bien compris, vous avez payé à Morland 1,500 livres sterling: comme la convention du papier passé entre nous porte 2,000 guinées, il reste donc 600 et non 500 livres sterling, les 100 dernières livres formant le surplus de l'espèce; 630 livres sterling résulteront pareillement du manuscrit de _Manfred_ et de _Tasso_, ce qui fait un total de 1,230 livres sterling, si je ne me trompe; car je ne suis pas très-bon calculateur. Je ne veux pas vous presser, mais je vous dirai franchement qu'il m'arrangera beaucoup que cette somme soit payée aussitôt que vous le pourrez sans vous gêner.

»Le nouveau et dernier chant a cent trente stances, et peut être raccourci ou ralongé à volonté. Je n'en ai pas encore fixé le prix, même en idée, et je ne m'en fais aucune de ce qu'il peut valoir. Il ne s'y trouve rien de métaphysique, au moins je ne le crois pas. M. Hobhouse m'a promis une copie du testament du Tasse pour mettre dans mes notes, et j'ai différentes choses curieuses à dire sur Ferrare et sur l'histoire de Parisina; j'ai peut-être aussi quelque[79] peu de lumière à répandre sur l'état actuel de la littérature italienne. C'est tout au plus si je pourrai être prêt en octobre, car j'ai tout à copier et les notes à faire;--mais cela est fort égal.

[Note 79: Il y a dans le texte: pour un liard de lumière. (_Note du Trad._)]

»Je ne sais pas s'il plaira à Scott que je l'aie appelé dans mon texte l'Arioste du Nord.--Dans le cas contraire, faites-le-moi savoir à tems.

«On a voulu faire imprimer dernièrement à Venise une traduction italienne de _Glenarvon_. Le censeur, signor Petrotini, a refusé de consentir à la publication avant de m'avoir vu à ce sujet. Je lui ai dit que je ne reconnaissais pas le moindre rapport entre moi et ce livre; mais que, quelles que pussent être les opinions à cet égard, je ne m'opposerais jamais à la publication d'aucun livre, dans aucune langue, pour mon compte personnel: je le priai donc, contre son inclination, de permettre au pauvre traducteur de publier le fruit de ses travaux. En conséquence, l'affaire va son train; vous pouvez le dire à l'auteur, en lui faisant mes complimens.

»Votre, etc.»

LETTRE CCXCIII.

A M. MURRAY.

Venise, 12 août 1817.

«J'ai été très-affligé d'apprendre la mort de Mme de Staël, non-seulement parce qu'elle a eu beaucoup de bontés pour moi à Coppet, mais parce qu'il ne m'est plus permis de m'acquitter avec elle. Sous un point de vue général, elle laissera un grand vide dans la littérature et dans la société.

»Quant à elle personnellement, je ne crois pas que nous devions plaindre les morts pour leur propre compte.

»Les exemplaires de _Manfred_ et de _Tasso_ me sont parvenus, grâce au couvert de M. Croker.--Vous avez détruit tout l'effet et toute la morale du poème en supprimant le dernier vers prononcé par Manfred; et dans quel but cela a-t-il été fait? je ne le devine pas. Pourquoi persistez-vous à ne me pas parler de l'ouvrage lui-même? Si c'est par la répugnance que vous éprouvez à me dire une chose désagréable, vous vous trompez.--Ne dois-je pas le savoir tôt ou tard? et je ne suis ni assez neuf, ni assez novice, ni assez peu endurci par l'expérience pour ne pas être capable de supporter, non-seulement les misérables petits mécomptes du métier d'auteur, mais encore des choses plus graves,--du moins je l'espère; et ce que vous regardez, vous, comme de l'irritabilité, est un effet purement mécanique, et qui agit comme le galvanisme sur un corps mort, ou comme le mouvement musculaire qui survit à la sensation.

»Si par hasard vous êtes de mauvaise humeur parce que je vous ai écrit une lettre un peu vive, rappelez-vous que cela vient en partie de ce que j'avais mal compris la vôtre, et en partie de ce que vous avez fait une chose que vous ne deviez pas faire sans me consulter.

»J'ai cependant entendu dire du bien de _Manfred_ de deux autres côtés, et par des gens qui ne se font pas scrupule de dire ce qu'ils pensent et ce qu'ils entendent: «ainsi je vous souhaite le bon jour, mon bon monsieur le lieutenant.»

»Je vous ai écrit deux fois au sujet du quatrième chant, vous me répondrez quand il vous plaira. M. Hobhouse et moi sommes venus un jour en ville.--M. Lewis est parti pour l'Angleterre, et je suis

»Votre etc.»

LETTRE CCXCIV.

A M. MURRAY.

La Mira, près Venise, 21 août 1817.

«Je vous prends au mot relativement à M. Hanson, et vous serai bien obligé si vous voulez aller chez lui, et prier M. Davies de le voir aussi de ma part pour lui répéter que j'espère que ni l'absence de M. Kinnaird, ni la mienne, ne l'empêcheront de prendre toutes les mesures nécessaires pour accélérer la vente de Newsteadt et de Rochdale, dont toute mon aisance personnelle doit dépendre à l'avenir. Il est impossible d'exprimer à quel point tout retard dans cette affaire m'occasionnerait de gêne, et je ne sache pas qu'on puisse me rendre un plus grand service que de presser Hanson à ce sujet, et de le faire agir suivant mes désirs. Je voudrais que vous parlassiez franchement, du moins avec moi, et que vous me donnassiez l'explication de la froideur avec laquelle vous vous exprimez sur son compte. Toute espèce de mystère à une telle distance, sont non-seulement tourmentans, mais encore nuisibles et peuvent porter préjudice à mes intérêts; ainsi donc expliquez vous, que je puisse me consulter avec M. Kinnaird quand il arrivera,--et rappelez-vous que je préfère les certitudes les plus désagréables aux allusions et aux insinuations indirectes. Que le diable emporte tout le monde: je ne puis jamais rencontrer une personne qui parle clairement sur les choses ou les individus, et toute ma vie s'est passée en conjectures sur ce que les gens voulaient dire;--on croirait que vous avez tous adopté le style des romans de C*** L***.

»Ce n'est pas de M. Saint-John qu'il est question, mais de M. Saint-Aubyn fils, de sir John Saint-Aubyn, Polidori le connaît, c'est lui-même qui me l'a présenté; il est d'Oxford et il a entre ses mains mon paquet. Le docteur le déterrera, et il le doit: ce paquet contient plusieurs lettres de Mme de Staël et d'autres personnes, outre des manuscrits, etc.--De par ***, si je trouve le gentilhomme, et que le gentilhomme n'ait pas retrouvé le paquet, il entendra de moi des choses qui ne lui plairont nullement.

»_P. S._ J'ai fini le quatrième et dernier chant qui a cent trente-trois stances. Je désire que vous m'en donniez un prix: si vous ne le faites pas, ce sera moi, je vous en préviens d'avance.

»Votre, etc.

»Il y aura bon nombre de notes.»

LETTRE CCXCV.

A. M. MURRAY.

4 septembre 1817.

«Votre lettre du 15 m'a apporté, outre son contenu, l'empreinte d'un cachet auprès duquel la «tête du Sarrasin» est celle d'un archange, et celle de la «mâchoire du taureau» une image délicate. Je savais que la calomnie m'avait passablement noirci dans les derniers tems, mais j'ignorais qu'elle m'eût donné les traits et le teint d'un nègre. La pauvre Augusta en est non moins révoltée que moi, peut-être même l'est-elle plus, et dit qu'il faut que ceux qui ont gravé cette tête noire, aient étrangement perdu la mémoire. Je vous prie, ne cachetez pas vos lettres, du moins celles qui me sont adressées, avec cette caricature du crâne humain, et si vous ne cassez pas la tête au graveur, du moins brisez cette empreinte ou ce portrait injurieux, si tant est que ceci puisse passer pour un portrait de moi.

»M. Kinnaird n'est pas encore arrivé, mais il est attendu. Il a perdu en chemin toute la poudre à dents, comme me l'apprend une lettre de Spa.

»J'ai reçu par M. Rose, en bon état (quoiqu'un peu tardivement), la magnésie et la poudre à dents, et ***. Pourquoi m'envoyez-vous un tel fatras, le pire de tous les galimatias, le sublime de la médiocrité? Merci pour _Lalla_ cependant, voilà qui est bon; merci encore pour le _Quarterly_ et l'_Édimbourg_, deux revues amusantes et bien écrites. _Paris en_ 1815, etc., est assez bon.--_La Grèce moderne_, cela ne vaut rien du tout;--c'est écrit par quelqu'un qui n'y a jamais été, et qui, ne sachant pas employer la stance de Spencer, a inventé quelque chose de son cru, composé de deux stances élégiaques d'un vers héroïque et d'un alexandrin entrelacés autour d'une corde. Et puis pourquoi _moderne_? vous pouvez dire les Grecs modernes, mais quant à la Grèce elle-même, elle est un peu plus ancienne qu'elle n'a jamais été.--Maintenant passons aux affaires.

»Vous m'offrez 1,500 guinées du nouveau chant,--je n'en veux pas;--j'en demande 2,500, que vous me donnerez ou non suivant votre bon plaisir. C'est la conclusion du poème, et il est composé de cent quarante-quatre stances; les notes y sont nombreuses et écrites en partie par M. Hobhouse, dont les recherches ont été infatigables, et qui, j'ose le dire, connaît mieux Rome et ses environs qu'aucun Anglais qui y ait été depuis Gibbon. A propos, pour prévenir toute méprise, je crois nécessaire de déclarer ici comme un fait, que M. Hobhouse n'a aucun intérêt quelconque direct ou indirect dans le prix qui doit être donné du manuscrit et des notes, et cela afin que vous ne supposiez pas que c'est par lui et à cause de lui que je demande plus de ce chant que des autres.--Non.--Mais si M. Eustace doit avoir 2,000 livres ster. pour un poème sur l'_Éducation_, M. Moore 3,000 pour _Lalla_, etc.; si M. Campbell reçoit 3,000 livres ster. pour sa prose sur la poésie, sans rabaisser les travaux de ces messieurs, je demande le prix susdit des miens. Vous me direz que leurs ouvrages sont beaucoup plus longs, c'est vrai; et quand ils les raccourciront, j'allongerai les miens et je demanderai moins. Vous soumettrez le manuscrit au jugement de M. Gifford et de deux autres personnes que vous nommerez vous-même (M. Frère ou M. Croker, ou qui vous voudrez, excepté cependant à des gens tels que votre **s et votre **s), et s'ils décident que ce chant dans son ensemble soit inférieur aux précédens, je n'appellerai point de leur jugement, mais je brûlerai le manuscrit et laisserai les choses comme elles sont.

»Votre très-sincèrement, etc.

»_P. S._ En réponse à une lettre précédente, je vous ai envoyé un résumé concis de l'état de notre compte courant,--savoir: 600 livres ster. encore dues (ou qui l'étaient au moins dernièrement) sur _Childe Harold_, et 600 guinées pour _Manfred_ et _Tasso_, formant un total de 1,230 livres ster. Si nous nous arrangeons pour le nouveau poème, je prendrai la liberté de me réserver le choix du format dans lequel il sera publié, et ce sera très-certainement in-quarto...................»

LETTRE CCXCVIII[80].

A. M. MURRAY.

18 septembre 1817.

«Je joins ici une feuille à corriger; si jamais vous arrivez à une seconde édition, vous remarquerez que d'après la bévue de l'imprimeur, on croirait que le château est au-dessus de Saint-Gingo au lieu d'être sur la rive opposée du lac, au-dessus de Clarens. Ainsi séparez cela par un alinéa, ou ma topographie paraîtra aussi inexacte que votre typographie l'a été dans cette occasion.

[Note 80: On a supprimé ici une lettre à M. Hoppner, consul-général d'Angleterre, comme ne renfermant absolument rien qui puisse intéresser le lecteur.]

»Je vous ai écrit l'autre jour pour vous transmettre mes propositions relativement au quatrième et dernier chant. J'ai été plus loin, et je l'ai étendu jusqu'à cent-cinquante stances, ce qui le rend presqu'aussi long que les deux premiers réunis l'étaient dans le principe, et plus long qu'aucun de mes autres petits poèmes, à l'exception du _Corsaire_. M. Hobhouse a fait des notes très-exactes et très-précieuses, et d'une étendue considérable; et vous pouvez être sûr que je ferai pour le texte tout ce qu'il est possible que je fasse pour en finir décemment. Je regarde _Childe Harold_ comme ce que j'ai fait de mieux; ce fut par là que je commençai, et je crois que c'est aussi par là que je terminerai ma carrière; mais je ne veux pas former de résolution sur ce point, n'ayant pas tenu la promesse que je m'étais faite relativement au _Corsaire_. Cependant je crains de ne pouvoir jamais faire mieux, et pourtant quand on n'a pas encore trente ans (et il s'en faut encore de quelques lunes que je les aie atteints), on devrait aller en augmentant, du moins du côté des facultés intellectuelles, pendant quelques bonnes années encore. Mais j'ai eu beaucoup à combattre et à souffrir dans ma vie, et les chagrins m'ont usé l'ame et le corps. D'ailleurs j'ai déjà trop et trop souvent publié,--que Dieu me donne le jugement de faire ce qui sera le plus à propos en cela comme dans le reste, car je doute furieusement du mien.

»J'ai lu _Lalla Rookh_, mais pas encore avec assez d'attention, car je monte à cheval, je flâne, je rêve, et fais encore plusieurs autres choses; de sorte que ma lecture est très-peu suivie et n'a plus la solidité d'autrefois. Je suis enchanté d'apprendre la vogue dont cet ouvrage jouit, car Moore est un garçon rempli des plus nobles qualités, et qui jouira de sa réputation sans aucun des mauvais sentimens que le succès, n'importe de quelle espèce, engendre souvent chez les rimeurs. Quant au poème, je vous en dirai mon opinion quand je m'en serai bien pénétré: je dis _poème_, car la prose ne me plaît pas du tout, du tout;--jusqu'à présent les «Adorateurs du feu» me semblent ce qu'il y a de mieux, et le «Prophète voilé» ce qu'il y a de pis dans le volume.