Uvres Completes De Lord Byron Tome 10 Comprenant Ses Memoires P
Chapter 24
«Vous ne pouviez me faire un présent plus agréable que _Jaqueline_; elle est pleine de grâce, de douceur et de poésie. Il y a surtout tant de poésie, qu'on ne remarque pas la faiblesse de la fable, qui est simple, mais cependant suffisante. Je m'étonne que vous ne nous donniez pas plus souvent des compositions de ce genre. J'aime assez les affections douces, encore que ce ne soit pas mon fort; et personne ne saurait les peindre avec autant de vérité et de bonheur que vous. J'avais presque envie de vous payer _en nature_, ou, pour mieux dire, d'une manière bien _dénaturée_[119]; car je viens de digérer deux chants d'horreurs et de sombres mystères.
[Note 119: Il ne nous a pas été possible de traduire plus exactement le jeu de mots anglais _in kind_ et _unkind_. (_N. du Tr._)]
»Allez-vous chez lord Essex ce soir? Dans ce cas, voulez-vous que je vous vienne prendre à l'heure qu'il vous conviendra? J'ai dîné hier avec toute la famille Holland chez lord Cowper; lady C. a été très-gracieuse, ce qui lui est plus aisé qu'à personne, quand elle le veut bien. Je n'ai pas été fâché de les revoir; car je ne saurais oublier qu'ils ont eu toute sorte de bontés pour moi.
»Toujours bien sincèrement votre, etc.
BYRON.
»_P. S._ Y a-t-il quelque chance ou quelque probabilité d'un rapprochement avec lord Carlisle? je suis disposé à faire tout ce qui sera raisonnable ou même déraisonnable pour y parvenir. Je l'aurais tenté plus tôt sans le _Courrier_, et la crainte qu'à cette époque, on ne se méprît sur mes motifs. Voyez, examinez.»
Pendant un autre voyage de courte durée que je fis à cette époque à Londres, je trouvai son poème de _Lara_, qu'il avait commencé à la fin de mai, entre les mains de l'imprimeur et, pour ainsi dire, prêt à paraître. Avant de partir pour la campagne, il m'en avait, un soir que nous nous rendions à quelque réunion, récité les cent vingt premiers vers qu'il avait composés la veille, en même tems il m'avait donné une idée générale de la fable et des principaux caractères.
Ses petits billets à M. Murray, pendant l'impression de cet ouvrage, sont aussi singuliers et aussi pleins d'impatience que ceux que j'ai déjà cités; mais des matières plus importantes nous pressent, et je ne m'arrêterai pas à les transcrire en entier. Dans l'un d'eux il dit: «Je viens de corriger les plus infernales balourdises qui se puissent fourrer dans une épreuve.» Dans un second: «J'espère que la prochaine épreuve sera meilleure; celle-ci eût consolé Job, si c'eût été celle du livre de son ennemi.» Un troisième contient seulement ces mots: «Mon cher monsieur, vous voulez de nouvelles batailles, en voici. Tout à vous, etc.»
Les deux lettres suivantes me furent adressées à Londres à cette époque.
LETTRE CLXXXVII.
À M. MOORE.
8 juillet 1814.
«Je suis revenu à Londres hier soir, et j'espérais vous voir aujourd'hui. Je serais allé chez vous si, quoiqu'effroyablement en bonne santé du reste, je n'avais un petit mal de tête, suite de ce qu'on appelle mener joyeuse vie: je suis maintenant au moment glacial de redevenir plus rangé. Naturellement, je serais bien fâché que nos parallèles ne déviassent pas en une intersection avant votre _redépart_ pour la campagne, après la conclusion de ce procès[120] dont les journaux nous ont entretenus; mais si vous êtes trop occupé, et que le tems ou les affaires s'opposent à ce que nous nous voyions, je ne vous en garderai pas rancune.
[Note 120: Il fait allusion à un procès en contrefaçon intenté à l'un de ses confrères par l'éditeur de mes œuvres musicales, M. Power, dans lequel j'avais été cité comme témoin. (_Note de Moore_.)]
»Rogers et moi nous sommes ligués ensemble contre le public. Que notre volume paraisse ou non, c'est ce que je ne sais pas encore. Je crains que _Jaqueline_, qui est vraiment très-belle, ne se trouve là en mauvaise compagnie[121]; mais, dans ce cas, ce n'est pas elle qui en souffrirait le plus.
[Note 121: Lord Byron me proposa ensuite de me joindre à eux pour cette publication; mais cet honneur me parut trop dangereux, et je le refusai. (_Note de Moore_.)]
»Je vais du côté de la mer, et de là en Écosse. Je n'ai rien fait, ou du moins je n'ai rien fait de bon, et suis toujours bien sincèrement, etc.»
LETTRE CLXXXVIII.
À M. MOORE.
«Ne vous ayant pas vu, je suppose que la philosophie de ma dernière lettre et le silence que j'avais gardé avant vous ont mis de mauvaise humeur, ou vous y ont laissé. N'importe, cela n'en vaut guère la peine.
»J'ai reçu aujourd'hui de mon homme d'affaire avis que M. Claughton, mon acquéreur, n'a pas encore exécuté son paiement, et qu'il est peu vraisemblable qu'il le fasse jamais. Il ne sait que faire, ni quand il pourra payer, ainsi voilà tous mes projets et toutes mes espérances terrestres au diable. Lui (l'acquéreur, le diable aussi, pour le cas que j'en fais), mon conseil et moi devons avoir une conférence demain, le susdit acquéreur ayant eu grand soin de s'informer avant si je promettais de le voir sans m'emporter. Certainement; la question est bien simple: il s'agit pour moi de rompre le marché, ce qui équivaut à ma ruine; ou de me laisser encore amuser de nouveaux délais, ce qui est pire encore. Comme dit le proverbe: «J'ai mené mes porcs sur un marché musulman.» Si j'avais seulement une femme maintenant, et des enfans de la paternité desquels je me crusse sûr, je serais aussi content, aussi heureux que Candide ou Scarmentado. Cependant, si vous ne venez pas me voir, je croirai que la banque de Samuel a sauté aussi, et qu'y ayant vos fonds placés, vous ne sauriez en retirer plus d'une piastre à la livre sterling[122].
»Toujours tout à vous, etc.»
[Note 122: La portion de dette que paie un failli ne s'exprime pas en Angleterre par son rapport à cent, comme 15, 25 p. 100; mais par son rapport à la livre sterling, qui contient 20 shillings, et le shilling 12 pences. Ainsi l'on dit qu'un négociant donne un shilling pour dire 5 p. 100, ou 4 shillings pour dire 20 p. 100. Or la piastre espagnole valant généralement 4 shillings 3 ou 4 pences, c'est donc ici à peu près 21 p. 100 qu'il faut entendre. (_N. du Tr._)]
À M. MURRAY.
11 juillet 1814.
«Vous aurez l'un des portraits. Je voudrais que vous envoyassiez _ce soir_ l'épreuve de _Lara_ à M. Moore, n° 33, Bury Street, parce qu'il quitte Londres demain et désire le lire avant de partir; de mon côté, je serais bien aise de profiter de ses observations[123].
»Toujours, etc.»
[Note 123: Dans un billet que je lui écrivis le lendemain avant de partir, je lui disais: «J'ai reçu _Lara_ à 3 heures du matin; je l'ai lu avant de m'endormir: j'en suis charmé. J'emporte l'épreuve avec moi, etc.»]
À M. MURRAY.
18 juillet 1814.
«Je crois que vous serez plus que content de nos amis du Nord[124], et je ne veux pas vous priver plus long-tems de ce que je crois devoir vous faire plaisir; quant à moi, je dois me taire, par modestie ou par vanité.
[Note 124: Il parle ici d'un article qui venait de paraître sur _le Corsaire_ et _la Fiancée d'Abydos_, dans le N° XLV de la _Revue d'Édimbourg_. (_Note de Moore_.)]
»_P. S._ Si vous pouviez vous en passer une heure pendant la soirée, je vous serais obligé de l'envoyer à Mrs. Leigh, votre voisine, London hotel, Albemarle-Street.»
LETTRE CLXXXIX.
A M. MURRAY.
23 juillet 1814.
«Je suis fâché de vous dire que la gravure[125] n'a pas été approuvée des personnes qui connaissent l'original et le tableau d'après lequel cette planche a dû être faite. Je soupçonne qu'elle aura été gravée d'après une copie, et non d'après le tableau exposé; dans cette idée, je vous serais obligé, sinon d'y renoncer tout-à-fait, du moins de ne pas vous presser de placer ce portrait en tête des volumes dont vous voulez affliger le public.
[Note 125: Son portrait gravé par Agar, d'après le tableau de Philipps.]
»Quant à _Lara_, ne vous hâtez pas trop non plus; je ne suis pas encore bien décidé, je ne sais même que dire ou que faire jusqu'à ce que j'aie de vos nouvelles, et M. Moore m'a paru dans la même indécision. Je ne sais s'il ne vaudrait pas mieux le garder pour l'édition complète que vous méditez, que de le hasarder seul; ou même soutenu de la charmante _Jaqueline_. J'ai été en proie à toute sorte de doutes, etc., depuis que j'ai quitté Londres.
»Donnez-moi, je vous prie, de vos nouvelles, et croyez-moi, etc., etc.»
LETTRE CXC.
A M. MURRAY.
4 juillet 1814.
«La minorité doit l'emporter dans ce cas, et je désire qu'il en soit ainsi; je ne donnerais pas six _pences_ de toutes les opinions que vous me citez, quant à ce sujet du moins, et il faut que P*** soit un âne pour s'y être rangé. Je ne trouve personnellement pas de grands défauts à ce portrait; mais puisque Mrs. Leigh et ma cousine, qui sont les meilleurs juges de la ressemblance, n'en sont pas satisfaites, je n'en veux à aucun prix.
»M. Hobhouse a raison quant à sa conclusion; mais je nie les prémisses. Il n'y a que le nom d'espagnol[126]; la scène n'est pas en Espagne, mais en Morée.
[Note 126: Le nom de _Lara_.]
»_Waverley_ est le roman le meilleur et le plus intéressant que j'aie lu depuis je ne sais combien de tems. Je l'aime autant que je déteste*** et*** et*** et tout ce bavardage féminin dont nous sommes inondés depuis quatre mois. C'est outre cela une lecture qui m'est fort aisée, parce que j'ai été fort long-tems en Écosse; quoique je fusse bien jeune alors, je me reconnais au milieu de ce peuple des montagnes et des plaines, et le langage m'en est encore familier.
»Une petite note suffira pour rectifier ce que M. Hobhouse regarde comme une erreur, par rapport au système féodal en Espagne... La scène ne se passe pas en Espagne. Si donc il veut mettre quelque part une petite note en prose à cet effet, ce sera tout ce qu'il faut.
»J'ai reçu l'invitation de venir voter; je n'irai pas: tout ce bavardage ne mène à rien; ce sont des _actions_ qu'il faudrait pour amener certains résultats. Si vous avez quelque chose à me dire, écrivez-moi.
»Je vous salue, etc.»
LETTRE CXCI.
A M. MURRAY.
3 août 1814.
«J'ai lieu d'être surpris que vous n'ayez pas envoyé la _Revue d'Édimbourg_, comme je vous en avais prié; j'espère qu'il ne faudra pas vous écrire un billet tous les jours pour vous le rappeler. Je vois que vous annoncez _Lara_ et _Jaqueline_, pourquoi cela, je vous prie? ne vous avais-je pas engagé à suspendre toute publication jusqu'à mon retour?
»J'ai reçu une épître fort amusante de Hogg, le poète berger, dans laquelle, parlant de son libraire, il l'appelle le plus gueux du métier pour ne payer pas ses billets, et ajoute en toutes lettres que le diable les emporte eux et lui. Voilà un joli début pour vous engager à adopter ce même Hogg; cependant, il me prie de vous le recommander, et si vous le voulez bien, nous en reparlerons. Il a un poème tout prêt pour l'impression à vous donner en échange pour vos billets, à condition cependant que ceux-ci seront payés. Il faut voir quelles bénédictions il lance à M. Moore, pour m'avoir empêché d'insérer _Lara_ dans le premier numéro du _Miscellany_[127].
[Note 127: M. Hogg avait espéré que Lord Byron lui permettrait d'insérer _Lara_ dans un recueil mensuel, _The Miscellany_, qu'il avait dessein de publier à cette époque. J'en détournai mon noble ami, parce que je ne crus pas ce mode de publication le plus favorable aux intérêts de sa gloire, mais non pour nuire à ceux de M. Hogg, dont j'admire, comme je le dois, le talent si original.]
»_P. S._ Sincèrement, je crois que M. Hogg vous conviendrait parfaitement; c'est à coup sûr un homme d'un grand talent naturel, et qui mérite d'être encouragé. Il faut que je fasse quelque chose pour son recueil, et vous ferez bien d'y regarder à deux fois avant de rejeter ses offres. Scott est parti pour les Orcades par un gros tems, et Hogg dit que, tant que ce tems-là durera, il ne sera pas à l'aise, pour ne rien dire de plus. Je voudrais que ces poètes casaniers tâtassent de quelques bonnes bourrasques dans la Méditerranée, ou de la baie de Biscaye, même par un calme plat.»
LETTRE CXCII.
A M. MOORE.
Hastings, 3 août 1814.
«Quand vous recevrez cette lettre, je serai, Dieu aidant, de retour à Londres très-probablement. J'ai renouvelé ici connaissance avec mon vieil ami L'Océan; et je trouve que son sein est un oreiller aussi agréable pour le matin, que celui de la fille de Paphos le pourrait être le soir. Je me suis occupé à nager, à manger du turbot, à entrer en fraude de bonnes eaux-de-vie et des foulards, à écouter les jubilations de mon ami Hodgson à propos d'une femme qu'il a prise à son choix, à grimper sur les rochers, à dérouler du haut des montagnes, et surtout pendant la dernière quinzaine, à savourer dans tous ses charmes le _dolce far niente_. J'ai rencontré un fils de lord Erskine, qui dit qu'il est marié depuis un an, et qu'il est _le plus heureux des hommes_; or, mon ami Hodgson est aussi _le plus heureux des hommes_: ainsi, je n'ai pas perdu mon tems en venant ici, ne fût-ce que pour être témoin de la félicité suprême de tous ces renards qui se sont fait couper la queue, et voudraient persuader aux autres d'en faire autant, afin de se donner des compagnons d'infortune.
»Je suis charmé que _Lara_ vous plaise. Le n° 45 de la _Revue d'Édimbourg_ a paru; je suppose que vous l'avez reçu. Jeffrey n'y est que trop indulgent pour moi, et je commence à me croire un faisan doré et à me rengorger sous le beau plumage dont il lui a plu de me revêtir. Mais toujours le _surgit amari_: les rédacteurs du _Champion_ et du _Morning-Chronicle_ ont mis, je ne sais comment, la main sur mon épître de consolation à lady J*** sur l'enlèvement de son portrait par le régent, et les ont publiés avec mon nom; c'est par trop mal, et cela sans m'en demander permission, sans s'informer si cela me convient ou non. Que le diable emporte leur imprudence et tout le reste! C'est à en perdre patience; aussi, je n'en veux pas parler davantage.
»Vous recevrez, dès qu'ils paraîtront, _Lara_ et _Jaqueline_, tous deux avec quelques additions; en attendant, j'hésite toujours, je diffère toujours, et suis dans un grand embarras; Rogers n'en éprouve pas moins à sa manière.
»Newsteadt va m'appartenir de nouveau. Claughton perd 15,000 livres sterling de dédit, ce qui ne m'empêche pas d'être à peu près ruiné. J'ai envie de m'y enterrer, de laisser croître ma barbe et de me mettre à vous détester tous.
»Oh! j'ai reçu la lettre la plus amusante de Hogg, le poète berger; il me prie de le recommander à Murray; et, parlant du libraire avec lequel il travaille actuellement, dont les billets ne sont jamais payés, il ajoute en toutes lettres, _que le diable les emporte, eux et lui_. J'ai ri, et vous auriez ri vous-même de la manière dont ce souhait bénévole est amené. Cet Hogg est un être étrange et de grands talens, quoique incultes. J'ai très-haute opinion de lui comme poète; mais lui et la moitié des troubadours d'Écosse et des lacs sont gâtés par les petits cercles et les petites sociétés qu'ils fréquentent. Londres et le grand monde, comme le disent les boxeurs, voilà ce qu'il faut à un homme pour lui faire perdre son amour-propre. Scott, dit-il, est parti pour les Orcades par un gros tems, et tant que ce tems durera, Hogg est sûr que Scott sera mal à son aise, pour ne rien dire de plus. Mon Dieu! mon Dieu! il faudrait à tous ces poètes casaniers votre Atlantique ou ma mer Méditerranée, et puis une promenade dans un bâtiment non ponté pendant une bonne bourrasque, un coup de vent dans le golfe, ou même la baie de Biscaye par un calme plat; cela leur élargirait l'ame, et leur ferait connaître bien des sensations; pour ne rien dire d'un ou deux amours illicites sur le rivage, par voie d'essai sur les passions, commençant par un simple adultère, et compliquant la chose chemin faisant.
»J'ai fait passer votre lettre à Murray; par parenthèse, vous aviez mis sur l'adresse: A M. Miller. Écrivez-moi, je vous prie, et dites-moi ce que vous faites. Pas encore fini! En vérité, cela n'est pardonnable qu'à vous. Je suis fâché d'apprendre que vous ayez un différend, ou plutôt que vous soyez moins bien avec les ***. Je ne veux être ni impertinent, ni bouffon sur un sujet si grave; c'est pourquoi je ne sais trop qu'en dire.
»J'espère que rien ne pourra vous faire rabattre du juste prix de votre ouvrage, aussi long-tems du moins que vous aurez quelque chance de l'obtenir. Pour moi, sérieusement parlant, je n'ai ni espérances ni but, c'est à peine si j'ai quelques désirs; je suis heureux sous de certains rapports, mais non d'une manière qui puisse et qui doive durer. Le pire est que je me sens énervé et indifférent à tout. En vérité, si Jupiter m'ouvrait son précieux tonneau, je ne sais ce que j'y prendrais. Si, comme le disent les nourrices, je suis né avec une cuillère d'argent dans la bouche, elle est restée dans mon gosier et m'a gâté le palais, de manière que rien de ce que j'avale n'a de goût, à moins que ce ne soit du poivre de Cayenne. Quoi qu'il en soit, j'ai des chagrins assez forts pour me forcer à les sentir; mais, de peur d'ajouter aux vôtres par cette longue diatribe, j'en diffère l'énumération _sine die_[128]. Croyez-moi toujours, mon cher Moore, votre, etc.
[Note 128: Formule du palais anglais; _sine die_, indéfiniment. (_N. du Tr._)]
»_P. S._ N'oubliez pas mon filleul. Vous ne pouviez choisir pour porter ses péchés quelqu'un qui convînt mieux que moi, habitué, comme je le suis, à porter double charge en ce genre sans le plus léger inconvénient.»
LETTRE CXCIII.
A M. MURRAY.
4 août 1814.
«Comme je n'ai pas reçu la plus petite réponse à mes trois dernières lettres, non plus que le livre que je demandais, le dernier numéro de la _Revue d'Édimbourg_, je présume que vous êtes la personne infortunée qui périt dans la pagode lundi dernier; c'est donc plutôt à vos exécuteurs testamentaires qu'à vous que j'adresse la présente, regrettant sincèrement que vous ayez eu assez de malheur pour être la seule victime de cette joyeuse journée.
»Je prendrai donc la liberté de dire à ces messieurs, quels qu'ils soient, que je suis un peu surpris de la négligence antérieure du défunt à mon égard, et comme aussi de l'annonce pour samedi prochain d'une certaine publication, contre laquelle j'ai protesté et je proteste encore par ces présentes.
»Je suis votre ou leur très-humble, etc.»
LETTRE CXCIV.
A M. MURRAY.
5 août 1814.
«La _Revue d'Édimbourg_ est arrivée; merci. Je vous envoie une lettre de M. Hobhouse, par laquelle vous verrez quel ouvrage vous avez fait. Qu'importe? j'ai fini. Envoyez mes vers au diable par le chemin qui vous conviendra le mieux; je m'y soumets puisqu'il le faut. Il paraît que le _portrait fidèle et animé_ est aussi dans votre nouvelle publication. Je vous en félicite; mais ce n'est pas du tout mon portrait, voilà tout. Sérieusement parlant, si j'ai retardé votre voyage en Écosse, je suis fâché que vous ayez poussé si loin la complaisance, d'autant plus que, pour les choses de peu d'importance, vous avez une méthode très-expéditive, témoin pour la grammaire de Hobhouse, ce petit _bout de prose_ qui nous donna la fièvre à lui et à moi.
»Je n'avais aucune connaissance du contenu de la lettre de M. Moore; je crois vos offres fort belles, mais vous et lui pouvez mieux en juger. Toutefois, s'il peut obtenir davantage, vous ne devez pas vous étonner qu'il l'accepte.
»En avant donc _Lara_, puisqu'il le faut. Le volume paraît assez bien extérieurement. Je serai à Londres la semaine prochaine; en attendant je vous souhaite un bon voyage.
»Tout à vous, etc.»
LETTRE CXCV.
A M. MOORE.
12 août 1814.
«Je n'étais pas seul, et je ne le suis jamais quand je puis faire autrement. Claugthon doit faire un grand effort pour compléter son paiement d'ici à samedi en huit, sinon il perd 25,000 livres sterling, le domaine, ses dépenses, etc. etc. Si je reprends l'abbaye, je vous en avertirai en tems utile, et vous y aurez toujours une cellule à part, et un accueil pieux mais affectionné. Je n'ai pas vu Rogers, toutefois _Lara_ et _Jaqueline_ ont paru: avec quel succès? c'est ce que j'ignore............................................................. .....................................................................
»Il y a quelque chose de fort drôle à vous voir devenu l'un des rédacteurs de la _Revue d'Édimbourg_. Vous savez que T*** n'est pas des plus endurans; il pourrait se porter à quelque action tragique, rien que pour s'entendre dire qu'il n'est qu'un sot. Or, si Jeffrey venait à être tué pour un article de vous, ce serait une singulière conclusion. Pour moi, comme dit Mrs. Winifred, «il m'a très bien fait la chose,» surtout dans son dernier numéro, de sorte que c'est le meilleur des hommes et le plus habile des critiques, et je ne désire pas le voir tuer, quoique bien d'autres, j'en suis sûr, en seraient ravis, pour lui apprendre à avoir tant d'esprit et de malice.
»Avant de quitter Hastings, je me suis mis en colère contre une bouteille d'encre, que j'ai jetée la nuit par la fenêtre; qu'en est-il résulté? le lendemain j'ai été stupéfait de voir qu'elle s'était brisée et renversée sur le jupon d'une statue d'Euterpe dans le jardin, et l'avait barbouillée comme à plaisir. Voyez quelle a dû être ma douleur, et quelles épigrammes on aurait pu faire sur la muse et sa mésaventure.
»Il m'est arrivé quelque chose de presque aussi comique, à un théâtre bourgeois près de Cambridge, quoique dans un autre genre. Je me suis querellé dans l'obscurité avec un homme pour m'avoir, assez grossièrement il est vrai, demandé qui j'étais: je l'ai suivi jusque dans le foyer (une écurie par parenthèse), en fureur, au milieu d'une foule de gens que je n'avais vus auparavant. Il se trouva que c'était un cabotin gagé pour jouer avec les amateurs, et qui devint très-poli, quand il vit qu'il ne gagnerait rien de bon par la rudesse. Mais vous auriez ri de ce tumulte, du dialogue, des vêtemens ou plutôt de l'absence des vêtemens de la troupe au milieu de laquelle je me jetai en furie, et de l'étonnement que ma présence y causa. J'étais sorti de la salle pour prendre le frais dans le jardin: là je fus poursuivi par quelques chiens; je m'éloignais d'eux d'assez mauvaise humeur, quand je rencontrai mon homme de plus mauvaise humeur encore; et c'est de là que vint tout ce fracas.
»Eh bien! pourquoi ne vous lancez-vous donc pas? Voici votre heure venue; les gens commencent à être passablement las de moi, et pas trop charmés de ***, qui vient d'accoucher d'un in-quarto de vers blancs, in-quarto qui n'est cependant qu'une partie de son poème.
»Murray parle d'opérer un divorce entre _Lara_ et _Jaqueline_, mauvais signe pour les auteurs qui pourraient bien divorcer aussi, et rejeter le blâme l'un sur l'autre. Sérieusement, je ne m'en soucie aucunement, et je ne vois pas pourquoi Rogers y attacherait plus d'importance.
»Donnez-moi de vos nouvelles ainsi que de celles de mon filleul. Si c'est une fille, le nom ira presque aussi bien.
»Toujours tout à vous, etc.»
LETTRE CXCVI.
A M. MOORE.
13 août 1814.
«J'ai écrit hier à Mayfield, et je viens d'affranchir votre lettre à maman. Le tems de mon séjour en ville est si incertain, que vos paquets pour le Nord pourraient ne pas m'arriver: dans tous les cas je ne resterai pas ici plus tard que la fin de la semaine prochaine. Je ne sais pas non plus exactement où je vais aller; probablement cependant à Newsteadt, et, si vous m'envoyez vos paquets avant mardi, je pourrai encore les faire parvenir à notre nouvel allié: Mais passé ce jour-là, je ne puis vous répondre qu'il soit encore tems.
»*** a, dit-on, été exilé de Paris, pour avoir dit que les Bourbons étaient des vieilles femmes. Ceux-ci auraient pu se contenter de lui rendre le compliment...................................................