Œuvres complètes de lord Byron, Tome 10 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore

Part 20

Chapter 203,864 wordsPublic domain

«Corrigez cette épreuve d'après M. Gifford et le manuscrit, surtout pour la ponctuation. J'ai ajouté quelque chose à _Gulnare_, pour remplir un peu la scène d'adieux et la renvoyer avec plus de cérémonie. Si vous ou M. Gifford n'en êtes pas content, c'est l'affaire d'un coup d'éponge et d'une demi-nuit mieux employée qu'à bâiller pour miss ***, qui, par parenthèse, pourrait bien me rendre bientôt le compliment.»

Mercredi ou jeudi.

»_P. S._ Je n'aime pas Mme de Staël, mais soyez convaincu qu'elle bat tous nos auteurs en jupons. Je ne le dirais pas, si je pouvais penser autrement.

»Présentez mes remerciemens à M. Gifford dans les termes les plus propres à lui faire sentir combien je suis pénétré de son obligeance. Je ne veux l'en persécuter de vive voix ni par écrit.»

À M. MOORE.

13 janvier 1814.

«Je n'ai qu'un moment pour écrire; mais tout est comme il devait être. Il s'en faut que j'aie dit de vous tout ce que je pense; mais si vous êtes content, cela me suffit. Voulez-vous me renvoyer l'épreuve par la poste? je quitte Londres samedi, et je n'ai pas d'autre copie corrigée. J'ai mis _serviteur_, comme moins familier dans une lettre publique; car je ne crois pas devoir présumer assez de votre amitié pour négliger les formes reçues. Quant à l'autre _mot_, soyez sûr que je ne saurais vous l'adresser ou le recevoir de vous trop souvent.

»J'écris dans une agonie de hâte et de confusion. _Perdonate_.»

LETTRE CLVII.

À M. MURRAY.

15 janvier 1814.

«Avant d'envoyer aucune autre épreuve à M. Gifford, il vaudrait autant revoir celle-ci, où il y a des mots _omis_, des fautes _commises_, et le diable sait quelles autres bévues! Quant à la dédicace, j'ai retranché la parenthèse de _monsieur_[96], mais pas un mot n'en bougera plus, si ce n'est pour faire place à un meilleur. M. Moore a vu les deux dédicaces, et décidément il préfère celle que, dans votre accès de bile tory, vous ne pouviez souffrir. Quand chaque syllabe y serait un serpent à sonnettes, chaque lettre une peste ambulante, il n'y sera rien changé. Ceux qui ne peuvent avaler mes expressions sur l'Irlande n'ont qu'à les bien mâcher; que M. Croker s'arme, s'il veut, de toutes pièces contre elles, je ne me soucie d'aucun de vous, excepté M. Gifford; et lui ne m'attaquera que si je le mérite, ce qui m'empêchera de murmurer contre sa justice. Quant aux poésies, dans l'ouvrage de M. Hobhouse, la traduction du _Romaïque_ est assez bien: mais ce qu'il y a de mieux dans l'autre volume, je veux dire de ce qui est à moi, a déjà été imprimé. Faites, après tout, comme il vous plaira; seulement, comme je ne serai pas là quand vous paraîtrez, je vous conjure, vous et M. Dallas, de prendre garde à la correction des épreuves.

[Note 96: Il avait d'abord, après les mots _Scott seul_, mis entre parenthèse: «Il m'excusera de ne pas dire _M. Scott_; nous ne disons pas M. César.» (_Note de Moore_.)]

»Tout à vous.»

À M. MURRAY.

16 janvier 1814.

«Je crois que Satan n'a jamais créé ou perverti un diable de sot comme votre compositeur[97]; je suis obligé de vous envoyer ci-joint la seconde épreuve, heureusement pour moi, _corrigée_, car il a pour les bévues un génie tout particulier. Imprimez d'après cette seconde épreuve.

[Note 97: Les rages amusantes dans lesquelles le mettaient les fautes des typographes, il leur donnait carrière, non-seulement dans des billets séparés, mais souvent sur les épreuves elles-mêmes. Ainsi, le compositeur ayant mis dans un passage de la Dédicace: «Le plus estimé de ses _bandes_,» il écrivit en marge, «_bardes_, et non _bandes_! Vit-on jamais une faute d'impression si absurde?» Et en corrigeant un vers tronqué: «_Ne passez pas_ de mots; c'est bien assez de les changer et de les mal orthographier.» (_Note de Moore_.)]

»_Brûlez l'autre_.

«Corrigez aussi celle-ci sur l'autre pour certaines choses qui pourraient m'avoir échappé. Il avait fait une faute telle que je lui eusse certainement cassé les reins si elle fût demeurée.»

LETTRE CLVIII.

A M. MURRAY.

Newsteadt-Abbey, 22 janvier 1814.

«Vous, apprendrez sans doute avec plaisir que je suis arrivé ici bien portant. Mon retour dépendra du tems, qui est si mauvais que cette lettre aura à traverser autant de neiges que l'empereur en a trouvé dans sa retraite. Les routes sont impraticables, et le retour impossible, quant à présent; ce qui ne m'afflige nullement, car je suis ici fort à mon aise, et j'ai aujourd'hui vingt-six ans, un joli âge, s'il pouvait toujours durer. Notre charbon de terre est excellent, nos cheminées grandes, ma cave bien garnie, et ma tête vide, et puis je ne suis pas encore bien remis de ma joie d'être sorti de Londres. Si quelque chose d'inattendu survenait de la part de mes acquéreurs et que la vente ne tînt pas, je crois que je ne sortirais plus guère d'ici et que je laisserais croître ma barbe.

«J'oubliais à dire, et je crois en effet que je pouvais m'en dispenser; les vers qui commencent par _Remember him_, etc, ne doivent pas paraître avec le _Corsaire_. Vous pouvez les glisser parmi les petites pièces nouvellement jointes au _Childe-Harold_: mais, sous aucun prétexte, ne les accolez au _Corsaire_. Ayez la bonté de faire bien attention à cette recommandation.

»Les livres que j'ai apportés avec moi me sont d'un grand secours dans ma solitude, et j'en ai acheté d'autres chemin faisant. Enfin, je ne consulte jamais le thermomètre, et ne ferai pas de prières pour le dégel, à moins que je croie qu'il doive être la perte des envahisseurs de la France. A-t-on jamais rien vu de semblable à la proclamation de Blücher?

»Au moment où j'allais quitter Londres, Kemble a eu la politesse de m'engager à écrire une _tragédie_: je voudrais le pouvoir faire, mais ma rage d'écrire est apaisée; tant mieux, il en était grand tems. Si ma lettre se prolongeait davantage, vous croiriez qu'elle me reprend; ainsi adieu.

»Toujours tout à vous.

BYRON.

»_P. S._ Si vous apprenez quelque bataille, quelque retraite des _alliés_, comme ils ont l'effronterie de s'appeler, donnez-m'en avis, je vous prie. Je souhaite de tout mon cœur que les champs de la France s'engraissent du sang de ses envahisseurs. Je hais tous les envahisseurs, et je ne puis supporter de voir ces lâches se glorifier si fort des revers de celui dont le nom suffirait pour les rendre plus pâles que les neiges auxquelles ils doivent leurs triomphes.

»Je rouvre ma lettre pour vous remercier de la vôtre que je reçois à l'instant. Les vers _À une dame qui pleure_ doivent paraître avec le _Corsaire_; je me soucie peu des conséquences à cet égard. Mes principes politiques sont pour moi, comme une jeune maîtresse à un vieillard; pires ils deviennent plus j'y suis attaché. Puisque M. Gifford aime la traduction de la romance portugaise[98], ajoutez-la aussi, je vous prie, à la suite du _Corsaire_.

[Note 98: La jolie chanson portugaise, _Tu mi chamas_, etc. Il essaya de donner de cette idée ingénieuse, une autre traduction, peut-être encore plus heureuse, et qui, je crois n'a jamais été imprimée:

«Vous m'appelez toujours votre _vie_! Ah! changez ce mot; la vie est passagère comme le soupir de l'inconstant. Appelez-moi plutôt votre _ame_, ce mot serait plus juste; car l'ame, amie, ne saurait mourir!»]

»Dans tous les cas où M. Gifford et M. Dallas ne seraient pas d'accord, suivez toujours l'opinion du premier, faites de même toutes les fois qu'il y aura contestation entre M. Gifford et M. _Qui-que-ce-soit_. Si je me trompe, je ne saurais qu'y faire; mais j'aimerais mieux, je crois, avoir tort avec lui, que raison avec un autre. Ainsi, voilà qui est convenu. Après toute la peine qu'il s'est donnée pour moi et mes ouvrages, je serais bien ingrat de penser et d'agir autrement. Outre qu'en fait de goût il n'y a personne à qui on le puisse comparer sans lui faire tort. En _politique_, il se peut qu'il ait aussi raison, mais chez moi, la politique est une affaire de _sentiment_, et je ne saurais _toryfier_ mon naturel.»

LETTRE CLIX.

À M. MURRAY.

Newsteadt-Abbey, 4 février 1814.

«Je n'ai pas besoin de dire que votre lettre obligeante m'a été d'autant plus agréable que je l'attendais moins. Je suis certainement charmé que notre _final_ ait plu, et qu'ainsi le rideau tombe avec grâce[99]. Vous méritez ce succès, par la promptitude et l'obligeance que vous avez mises dans votre arrangement avec M. Dallas. Je puis vous assurer que je vous ai personnellement beaucoup d'obligations d'avoir pris la chose si fort à cœur et de vous être si fort empressé de m'annoncer le succès. Nous allons maintenant nous quitter, et, je l'espère, satisfaits l'un de l'autre. J'étais et suis encore sérieux dans la promesse consignée dans _le Corsaire_, de ne plus importuner le public: ce n'est pas une affectation puérile; je suis convaincu que c'est le meilleur parti à prendre, c'est du moins le plus respectueux envers mes lecteurs, puisque c'est leur montrer que je ne m'exposerai pas davantage à perdre, par des ouvrages postérieurs, la faveur avec laquelle les miens ont été accueillis jusqu'à ce jour. J'ajouterai que j'ai d'autres vues, d'autres desseins, et que je tiendrai, je crois, ma résolution, car depuis que je suis ici, quoique j'y sois confiné tantôt par la neige, tantôt par le dégel, que j'aie du papier de toutes les qualités, l'encre la plus sale, et les plumes les plus mauvaises qu'il se puisse imaginer, je n'ai jamais été tenté de les mettre en usage combiné, si ce n'est pour des lettres d'affaires. Ma rage de rimer est presque passée: je suis comme à Patras quand la fièvre m'avait quitté; je me sens faible, mais bien portant et ne craignant rien qu'une rechute. J'espère cependant avec ferveur que je n'en aurai pas.

[Note 99: On se rappellera qu'il avait annoncé _le Corsaire_, comme le dernier ouvrage qu'il dût donner, au moins de quelques années.]

»Je vois dans le _Morning-Chronicle_ qu'il y a eu des discussions dans le _Courrier_, et je lis dans le _Morning-Post_ une lettre virulente contre M. Moore, où un lecteur protestant prend fort singulièrement l'Inde pour l'Irlande.

»Vous ferez comme il vous plaira quant aux petits poèmes; mais je crois que, si nous les séparions en ce moment du _Corsaire_, nous aurions l'air d'avoir peur: ce qui, vous me permettrez de le dire, n'aurait rien d'agréable pour moi. J'ai lieu de supposer aussi après que la grande colère de messieurs les journalistes sera un peu calmée, que ces petits poèmes pourront amener un plus grand débit du _Corsaire_, objet plus important pour vous, ce me semble, qu'une septième édition de _Childe-Harold_. Du reste, faites comme vous voudrez, pourvu que la disparition de la pièce en question ne m'attire pas le reproche de crainte.

»Présentez, je vous prie, mes complimens respectueux à M. Ward; je fais, comme vous le savez bien, le plus grand cas de l'approbation qu'il veut bien m'accorder. Ce sont les éloges d'hommes tels que lui qui donnent seuls du prix à la renommée. Loin de diminuer, ma reconnaissance pour M. Gifford n'a fait naturellement qu'augmenter. Adieu donc le métier d'auteur.

»J'ai passé mon tems ici à courir sans but ou à dormir; somme toute, je ne m'y suis pas ennuyé. Vous apprendrez sans doute avec plaisir que je suis parvenu à établir dans la forme voulue tous mes titres pour la vente, que mon acquéreur a été obligé d'accepter mes conditions, qu'il les remplit ou les remplira dans peu. Il est ici en ce moment; nous vivons fort bien ensemble, lui dans une aile de l'abbaye, moi dans l'autre, et nous en partons dimanche, moi pour Londres, et lui pour Cheshire.

»Mrs. Leigh est avec moi, fort contente de ce domaine, fort mécontente de ce que je m'en défais, ce dont rien ne la peut consoler, pas même le prix élevé que j'en retire. Votre paquet n'est pas encore arrivé, du moins les _Magazines_, car j'ai reçu _Childe-Harold_ et le _Corsaire_. Tous deux paraissent bien imprimés, ce qui me fait beaucoup de plaisir.

»Je vous remercie de désirer me voir à Londres; mais je crois qu'on jouit mieux d'un succès à distance: pour moi, je savoure ici mon importance personnelle, et mon nouveau triomphe avec un égoïsme auquel la solitude ajoute un nouveau charme: le tout sur la foi de votre lettre, dont je vous remercie encore une fois.

»Je suis bien sincèrement, etc.

»_P. S._ Ne pensez-vous pas que la première _publication_ de Buonaparte coûtera cher aux _alliés_? La lettre de Paris, publiée hier par Perry, ranime mes espérances. Quelle hydre! quel Briarée! Je voudrais qu'ils fissent la paix; cette guerre n'a pas de fin.»

LETTRE CLX.

À M. MURRAY.

Newsteadt-Abbey, 5 février 1814.

«J'ai entièrement oublié de vous dire hier, en vous répondant, que je n'ai aucuns moyens de vérifier si ce _forban_ de libraire à Newark s'est, comme vous le dites, permis de réimprimer les _Hours of Idleness_. S'il l'a fait, c'est un malheureux, un infâme misérable, et si son offense peut être atteinte par les lois ou par le pugilat, il sera mis à l'amende et battu. Essayez de découvrir quelque chose; de mon côté je vais prendre des informations ici. Peut-être quelque autre aura-t-il continué l'impression à Londres, et mis un faux titre.

»Vous avez omis le _fac-simile_ dans _Childe-Harold_, ce qui fait un effet d'autant plus singulier qu'il y a une _note_ expressément à ce sujet. _Replacez-le_, je vous prie, comme _à l'ordinaire_.

»Après y avoir pensé deux et trois fois, je crois qu'en séparant les poésies fugitives du _Corsaire_, même pour les annexer au _Childe-Harold_, nous aurions l'air d'avoir peur et de reculer devant tout le bruit que les Torys ont fait pour l'une de ces petites pièces. Remettez-les donc, je vous prie, à la suite du _Corsaire_. Je suis fâché que le _Childe-Harold_ ait besoin d'un pareil secours pour se soutenir; mais, si vous vous le rappelez, je vous ai dit que sa vogue ne serait pas de longue durée. Il est très-heureux pour un auteur de s'être fait d'avance à l'idée que son succès n'aurait qu'un tems. La vérité est que je ne pense pas qu'aucun des écrivains contemporains, du moins de ceux qui n'ont point flatté l'espèce humaine, doive attendre beaucoup de la postérité. Vous le prendrez peut-être pour de l'affectation; mais le succès de mon nouvel ouvrage et celui des précédens m'ont toujours paru chose fort extraordinaire, étant obtenus en dépit de tant de préjugés. Je crois en vérité que les gens aiment à se voir contredire. Si le _Childe-Harold_ mollit, peut-être ne vaut-il plus la peine que vous fassiez les frais des gravures: comme il vous plaira; je ne me mêle plus de rien, et les vers suivans, composés il y a quelques années, et gravés sur ma coupe taillée dans un crâne humain, sont les derniers dont je vous importunerai de long-tems. S'ils sont de votre goût, ajoutez-les à _Childe-Harold_, ne fût-ce que pour leur donner une nouvelle occasion de crier. Ma réponse d'hier était si longue que je n'abuserai pas plus long-tems de votre patience, et me contenterai de vous renouveler l'assurance des sentimens avec lesquels je suis

»Votre, etc.

BYRON.

»_P. S._ En réimprimant, si vous avez occasion, vous prendrez naturellement garder à la correction. Cette édition n'en manque pas, excepté pourtant dans la dernière note au _Childe-Harold_, où le mot _responsible_ se trouve deux fois répété, très-près l'un de l'autre; changez le second en _answerable_[100].»

[Note 100: Les deux mots _responsible_ et _answerable_ répondent au mot français _responsable_, et sont synonymes en anglais, avec cette différence que le premier est plutôt un terme du palais, et le second plus généralement employé dans la conversation usuelle. (_N. du Tr._)]

À M. MURRAY.

Newark, 6 février 1814.

«Me voici arrivé ici, en route pour Londres. Maître Ridge, l'imprimeur en question, convient qu'il a _réimprimé quelques feuilles_ pour compléter un petit nombre d'exemplaires restans. Je lui ai lavé la tête comme il faut, le menaçant, s'il y revient, de le poursuivre en contrefaçon, en dommages et intérêts, etc; j'en ai le pouvoir, n'ayant jamais aliéné mon droit de propriété; enfin de lui faire éprouver tous les désagrémens que mérite son mauvais procédé. Si le tems ne se gâte pas de nouveau, j'espère être en ville demain ou après.

»Tout à vous, etc.»

À M. MURRAY.

7 février 1814.

.......................................................................

«Ces huit vers ont mis tous les journaux singulièrement en émoi, particulièrement le _Morning-Post_, qui a découvert que je suis une sorte de Richard III, difforme d'esprit et de corps. Cette dernière injure n'a rien de nouveau pour un homme qui a passé cinq ans dans une école publique.

»Je suis réellement fâché que vous ayez retranché ces vers pour les mettre à la suite du _Childe-Harold_; reportez-les, je vous prie, à leur ancienne place, à la fin du _Corsaire_.»

LETTRE CLXI.

À M. HODGSON.

28 février 1814.

«Un de mes amis, jeune homme de beaucoup d'espérance, M. Reynolds, vient de publier un poème intitulé _Safie_, imprimé par Cawthorne. Il a grand'peur de ce qu'en diront les _Revues_, et non sans motif; et comme nous savons, vous et moi, par expérience, l'effet des premières critiques sur un jeune homme, je vous serais obligé de vous charger de sa production et de la disséquer avec le plus de ménagemens possible. Je ne le saurais faire moi-même, parce que l'ouvrage m'est dédié; mais ce n'est pas la seule raison qui me fait désirer de le voir traiter avec indulgence; la plus forte est que je sais trop par expérience l'impression que font sur un jeune esprit des critiques trop sévères sur un premier essai.

»Maintenant, parlons de moi-même. Mes remerciemens, je vous prie, à votre cousin; la chose est absolument comme je la désirais, peut-être un autre la trouverait-il trop forte. J'espère que vous vous portez à merveille et que tout vous réussit, du moins je le désire. Que la paix soit avec vous. Toujours tout à vous, mon cher ami.»

LETTRE CLXII.

À M. MOORE.

10 février 1814.

«Je suis arrivé hier soir à Londres après trois semaines d'absence, que j'ai passées tranquillement et agréablement dans le Nottinghamshire. Vous n'avez pas idée du bruit qu'occasione la réimpression des huit vers sur les larmes d'une jeune princesse, publiés déjà en 1812. Le régent, qui les avait toujours cru de vous, sachant maintenant qu'ils sont de moi, s'avise, Dieu sait pourquoi, d'en être _peiné_ plutôt qu'_irrité_. Depuis ce moment, le _Morning-Post_, le _Sun_, l'_Herald_, le _Courrier_, tous sont déchaînés contre moi. Murray est effrayé; il voulait gauchir. Il est certain que les injures pleuvent sur moi de tous côtés; quelques-unes sont dites avec talent, toutes le sont de grand cœur. Je sens un peu de componction de savoir le régent _peiné_, j'aimerais mieux qu'il fût _irrité_; mais, après tout, je ne le crains pas.

»Vous avez probablement vu quelques-unes de ces attaques contre moi. Ma personne matérielle elle-même, excellent sujet par parenthèse, est décrite en vers qui offrent avec elle d'autant plus d'analogie, qu'ils sont pour la plupart boiteux. Puis, dans un autre, je suis un athée, un rebelle, et enfin le diable (boiteux, je suppose). Il paraît que c'est une femme qui m'a démonisé; s'il en est ainsi, je pourrais peut-être lui prouver que je ne suis qu'un simple mortel, si l'on s'en rapporte aux paroles d'une reine des Amazones qui dit: Αρισλον χολος οιφει. Je cite de mémoire, mon grec est probablement fautif; mais ce passage veut dire.....

»Sérieusement, je suis dans ce que les gens instruits nomment un dilemme, et le vulgaire un bourbier; mes amis me conseillent de ne pas prendre la chose trop à cœur, comme sir _Fretful_[101], je leur réponds que je suis entièrement calme, tandis que je n'en suis pas moins en furie.

[Note 101: Nom figuré, _fretful_ signifiant _chagrin_, _irrité_, _furieux_. (_N. du Tr._)]

»Quand j'en étais là, est arrivé un ami, avec lequel j'ai ri et bavardé si bien, que j'ai perdu le fil de mes idées, et comme je ne veux pas vous les envoyer décousues, je vous souhaite le bonjour.

»Croyez-moi toujours, etc.

»_P. S._ Pendant mon absence, Murray a omis les larmes dans plusieurs exemplaires; je l'ai forcé à les remettre et suis bien ennuyé de tous ses scrupules. Puisque le vin est versé, il faut le boire jusqu'à la lie.»

A M. MURRAY.

10 février 1814.

«Je suis beaucoup mieux, ou même je suis tout-à-fait bien ce matin. J'ai reçu deux _Anas_; je présume qu'il y en a d'autres, et quelque chose encore avant, à quoi s'adressait la réponse du _Morning-Chronicle_. Vous avez aussi parlé d'une parodie sur le _crâne_: je désire voir tout cela; il pourrait s'y trouver des choses auxquelles il fallût répondre de la plume ou autrement.

»Tout à vous, etc.

»_P. S._ Ne vous donnez pas la peine de me répondre, seulement envoyez-moi tout cela dès que vous le pourrez.»

A M. MURRAY.

12 février 1814.

«Si vous avez quelques exemplaires des _Lettres Interceptées_, lady Holland en désirerait un, et quand vous aurez servi tous les autres, vous aurez la bonté de songer à votre serviteur.

»Vous m'avez joué un tour infâme par cette suppression peu judicieuse opérée contre ma volonté expresse. Quelques-uns des journaux ont déjà commencé à dire ce qu'on devait s'attendre qu'ils diraient. Or, puisque je ne tremble pas, je ne veux pas que vous m'en donniez l'air: non, quand même ma personne et tout ce qui m'appartient devrait périr avec ma mémoire.

»Tout à vous, etc.

BYRON.

»_P. S._ Faites attention, je vous prie, à ce que je vous ai dit hier sur les choses _techniques_.»

LETTRE CLXIII.

À M. MURRAY.

Lundi, 14 février 1814.

«Hier, avant de quitter Londres, je vous ai écrit un billet; j'espère que vous l'avez reçu. J'ai entendu tant de récits différens de vos procédés, ou plutôt de ceux des autres envers vous, en conséquence de la publication de ces vers _immortels_, que je suis impatient de recevoir de vous un compte détaillé et positif de toute cette affaire. Certes, ce n'est pas sur vous que doivent retomber la responsabilité, le blâme et les effets quelconques de cette publication. Je ne m'oppose pas du tout à ce que vous disiez aussi publiquement et aussi distinctement que vous le voudrez, quelle a été votre répugnance à publier les vers en question, et comment vous y avez été forcé par mon opiniâtreté. Adoptez telle mesure que vous croirez propre à vous disculper; mais laissez-moi me défendre comme je l'entendrai, et, je vous le répète, ne me compromettez par rien qui ressemble à de la peur de mon côté; mais pour vous, encore une fois, justifiez-vous par tous les moyens que vous voudrez.

»Tout à vous, etc.»

BYRON.

LETTRE CLXIV.

À M. ROGERS.

16 février 1814.

MON CHER ROGERS,

«J'ai écrit brièvement, mais clairement, j'espère, à lord Holland sur ce qui a fait depuis peu le sujet de toutes mes conversations avec vous et avec lui[102]. A la tournure que prennent les choses, je crois que ma résolution doit être maintenant inébranlable.

[Note 102: Il s'agit ici du rapprochement que ces messieurs voulaient amener entre lui et lord Carlisle. (_Note de Moore_.)]

»Je vous le déclare dans la sincérité de mon ame, il n'y a pas un homme vivant de l'estime duquel je fasse plus de cas que de celle de lord Holland, et, s'il s'agissait de lui seul, je descendrais jusqu'à des humiliations, sans songer aucunement à l'avenir, et seulement pour lui marquer combien je suis touché de sa conduite à mon égard pour le passé. Quant au reste, il me semble que j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir en supprimant la satire. Si cela ne leur suffit pas, ils feront comme ils voudront. Mais _je n'enseignerai pas ma langue à dire des bassesses_. Vous serez probablement chez le marquis de Lansdowne ce soir; j'y suis invité, mais je ne sais si j'irai. Hobhouse y sera; je crois que vous l'aimeriez si vous le connaissiez bien.

»Croyez-moi toujours votre très-affectionné,»

BYRON.

LETTRE CLXV.

À M. ROGERS.

16 février 1814.

«Si lord Holland est satisfait, en ce qui touche lui et sa femme, comme il le déclare par sa lettre, c'est tout ce que je puis désirer.