Uvres Completes De Lord Byron Tome 09 Comprenant Ses Memoires P

Chapter 31

Chapter 313,306 wordsPublic domain

«Je vous excuse facilement de ne m'avoir point écrit, car j'espère que vous avez quelque chose de mieux à faire. De votre côté, vous devez me pardonner de vous importuner si souvent, car, pour le moment, je n'ai rien à faire qui puisse vous sauver l'ennui de ma correspondance.

»Je ne puis me fixer à rien, et, à l'exception d'un grand exercice physique, mes jours se passent dans une indolence uniforme et une oisiveté insipide. J'ai long-tems attendu, et j'attends encore mon agent; quand il viendra, j'aurai assez de quoi m'occuper d'affaires peu agréables, je vous assure. Avant de partir pour Rochdale, je vous dirai comment vous devez m'écrire, ce sera probablement poste restante. J'ai reçu de Murray une seconde épreuve que je l'ai prié de vous montrer, afin que vous voyiez si quelque chose ne me serait pas échappé avant que l'imprimeur ne jette les fondemens d'une colonne d'_errata_.

»Je suis maintenant presque seul, n'ayant avec moi qu'une vieille connaissance, un vieux camarade d'école, si _vieux_, en effet, que nous n'avons presque plus rien de _nouveau_ à nous dire sur aucun sujet, et que nous bâillons l'un devant l'autre dans une sorte de _quiétude inquiète_. Je n'entends pas parler de Cawthorn ou du capitaine Hobhouse et de leur _in-quarto_. Dieu prenne pitié du genre humain! Nous fondons sur lui, comme Cerbère, avec notre triple publication. Pour moi-même, pris isolément, je me contente de me faire comparer à Janus.

»Je ne suis pas du tout satisfait que Murray ait montré le manuscrit; et je suis certain que Gifford doit penser là-dessus, comme moi-même. Ses éloges ne signifient absolument rien; que pouvait-il dire? Il ne pouvait pas cracher à la figure de quelqu'un qui l'avait loué de toutes les manières possibles. Je dois l'avouer, je donnerais tout au monde pour qu'il fût bien convaincu que je ne suis pour rien dans cette misérable affaire. Plus j'y pense, plus cela me tourmente; ainsi le meilleur est de n'en plus parler. C'est déjà assez d'être un écrivassier, sans avoir recours à de si petits moyens pour extorquer des éloges ou prévenir la censure. C'est aller au-devant d'un jugement, c'est mendier, se mettre à genoux devant un homme, c'est l'aduler... Diable, diable, diable! et tout cela sans mon consentement, et en opposition à ma volonté formelle! Je voudrais que Murray eût été attaché au _cou de Payne_, quand il sauta dans le canal de Padington; dites-lui donc que c'est un réceptacle convenable pour des éditeurs. Puisque vous pensez à vous fixer à la campagne, pourquoi ne pas essayer de Nottingham? Je crois qu'il y a là plusieurs maisons qui vous conviendraient parfaitement, et puis vous seriez plus près de la métropole; mais nous en reparlerons.

»Je suis, etc.»

LETTRE LXIX.

À M. DALLAS.

Newstead-Abbey, 21 septembre 1811.

«J'ai montré le cas que je fais de vos observations en me conformant à presque toutes; j'ai aussi fait, par moi-même, plusieurs corrections sur la première épreuve. Écrivez-moi, je vous prie; quand j'irai à Lanes, je vous le ferai savoir. Vous voilà sur mon dos maintenant, ainsi que mon ami Juvenal Hodgson sur le chapitre de la révélation. Vous ne manquez pas de ferveur, mais lui c'est un brasier ardent; s'il prend, pour sauver son ame, la moitié de la peine qu'il se donne pour la mienne, grande sera sa récompense un jour à venir. Je vous honore et vous remercie tous deux; mais ni l'un ni l'autre vous ne m'avez convaincu.

»Maintenant occupons-nous des notes. Outre celles que j'ai déjà envoyées, j'enverrai encore les observations sur les remarques de ces messieurs de la _Revue d'Édimbourg_ sur le grec moderne, une chanson albanaise en langue albanaise _et non pas grecque_, quelques échantillons de grec moderne, tirés du Nouveau-Testament, une scène de l'une des comédies de Goldoni, traduite, le prospectus du livre d'un ami, tout cela en romaïque, outre leur _Pater Noster_; vous voyez qu'il y en aura assez pour ne pas dire trop. Avez-vous reçu les _Noctes atticæ_? J'envoie de plus une note sur le Portugal. Hobhouse va bientôt paraître aussi.»

LETTRE LXX.

À M. DALLAS.

Newstead-Abbey, 23 septembre 1811.

«_Lisboa_ est le mot portugais, et conséquemment le meilleur. _Ulyssipont_ est pédantesque, et comme j'ai un peu plus haut _Hellas_ et _Eros_, cela aurait l'air d'une affectation de termes grecs, que je désire éviter. J'en ai déjà une quantité effrayante dans mes notes, comme échantillons de la langue; ainsi donc il faut conserver _Lisboa_. Vous avez raison quant aux _Imitations d'Horace_, il ne faut pas qu'elles viennent avant le _Romaunt_; je sais bien que Cawthorn sera furieux; mais n'importe, arrêtez toujours les _Imitations_, et puis vous essaierez si vous pouvez le remettre de bonne humeur, si vous pouvez.

»J'ai adopté, je crois, la plupart de vos suggestions; _Lisboa_ sera une exception pour prouver la règle. J'ai envoyé quantité de notes, et j'en enverrai encore; mais faites-les recopier, je vous prie, car le diable ne lirait pas mon écriture. À propos, je n'ai point envie de changer le neuvième vers de la pièce intitulée _Good Night_ (_Bonne Nuit_ ou _Bon Soir_). Je n'ai aucune raison de supposer que mon chien vaille mieux que ses confrères de l'espèce humaine, et nous savons qu'_Argus_ est une fable. Le _Cosmopolite_ est une acquisition faite sur le continent. Je ne crois pas qu'on le trouve en Angleterre. C'est un petit volume amusant, plein de la gaîté et de la vivacité françaises. Je lis leur langue, quoique je ne la parle pas.

»Je veux être en colère contre Murray. Son procédé est un procédé de libraire, cela sent l'arrière-boutique; et si le résultat de l'expérience avait été tel qu'il le méritait, il y avait de quoi soulever tout Fleet-Street, et emprunter le bâton du géant de l'église de Saint-Dunstan pour immoler un homme qui abuse ainsi du dépôt qu'on lui avait confié. Je lui ai écrit, je vous jure, comme jamais auteur ne l'avait encore fait; j'espère que vous exagérerez encore mon ressentiment, jusqu'à ce qu'il s'y montre sensible. Vous me dites toujours que vous avez beaucoup de choses à m'écrire, écrivez-les; mais laissez de côté la métaphysique. Nous ne nous entendrons jamais sur ce point-là. Je suis ennuyé et endormi à mon ordinaire. Je ne fais rien, et ce rien même me fatigue. Adieu.»

LETTRE LXXI.

À M. DALLAS.

Newstead-Abbey, 11 octobre 1811.

«Je reviens de Lancs, et je me suis convaincu que ma propriété pourrait acquérir beaucoup de valeur; mais diverses circonstances m'empêchent d'y donner tous les soins convenables. Je serai à Londres pour affaires au commencement de novembre, et peut-être à Cambridge avant la fin de ce mois; dans tous les cas, je vous tiendrai au courant de tous mes mouvemens.

»Voici encore une mort qui vient m'affliger; j'ai perdu quelqu'un qui m'était bien cher dans de meilleurs tems; mais j'ai presque oublié le goût amer du chagrin, et j'ai été abreuvé d'horreur jusqu'à ce que je sois devenu complètement endurci. Je n'ai plus une larme aujourd'hui pour un événement qui, il y a cinq ans, m'aurait abîmé de douleur. Il semblerait que je sois destiné à éprouver dès ma jeunesse le plus grand malheur des vieillards. Mes amis tombent autour de moi, et je resterai comme un arbre seul et isolé quoique le tems ne l'ait pas encore desséché: d'autres peuvent toujours trouver un refuge dans leur famille; mais je n'ai de ressources que dans mes propres réflexions, et elles ne m'offrent aucune consolation dans ce monde ou dans l'autre, si ce n'est le plaisir égoïste de survivre à ceux qui valaient mieux que moi. En vérité je suis bien malheureux; vous me pardonnerez de m'excuser ainsi; car vous savez que je ne suis point porté à la sensibilité.

»Au lieu de vous fatiguer de mes affaires, je serais bien aise que vous me parlassiez de vos projets de retraite; vous ne voulez pas, je suppose, vous isoler entièrement de la société? Maintenant je connais un grand village, ou une petite ville, à douze milles environ d'ici, où votre famille aurait l'avantage d'une société fort agréable, et n'aurait pas à craindre de se voir ennuyer par une affluence mercantile; où vous trouveriez des hommes de talent et d'opinions indépendantes, où j'ai quelques amis dont je serais fier de vous procurer la connaissance. Il y a en outre un café et d'autres lieux publics où l'on peut se réunir. Ma mère y a demeuré pendant plusieurs années, et je connais très-bien tout Southwell; c'est le nom de cette petite république. Enfin, vous ne serez pas fort loin de moi; et quoique je sois en général le plus mauvais compagnon possible pour des jeunes gens, cette objection ne saurait s'appliquer à vous, que je pourrais voir fréquemment. Vos dépenses aussi seront exactement celles qu'il vous conviendra de faire plus ou moins; mais il vous en coûterait fort peu, pour vous procurer tous les plaisirs d'une vie de province. Vous pourriez être aussi retiré ou aussi répandu que vous le voudriez, et dans un pays certainement aussi beau que les lacs du Cumberland, à moins que vous n'ayez un désir particulier d'entrer dans l'_école pittoresque_[164].

[Note 164: Voyez, dans les _Poètes anglais_, tome II des _Œuvres de Byron_, page 378, une note sur les poètes des lacs. (_N. du Tr._)]

»Cet Ionien de vos amis est-il à Londres? Vous m'aviez promis de me procurer sa connaissance.

Vous me dites que vous avez montré le manuscrit à plusieurs personnes; cela n'est-il pas contraire à nos conventions? Avertissez donc M. Murray de défendre à son garçon de boutique d'appeler mon ouvrage _le Pélerinage de l'enfant d'Harrow_ (_Child of Harrow's Pilgrimage_!!!) comme il l'a fait en parlant à plusieurs de mes amis étonnés, qui, à cette occasion, ont écrit pour s'informer de l'état de mes facultés intellectuelles, et certes il y avait de quoi. Je n'ai pas reçu de nouvelles de Murray, à qui j'avais adressé une vigoureuse semonce. Faut-il que j'écrive encore des notes? N'y en a-t-il pas assez? Il faut arrêter Cawthorn dans l'impression des _Imitations d'Horace_; j'espère qu'il avance dans celle de l'_in-quarto_ de Hobhouse.

»Bon soir. Tout à vous, etc., etc.»

Les vers suivans sont de la même date que la lettre précédente, et n'ont pas encore été imprimés, c'est une réponse à d'autres vers dans lesquels un ami l'exhortait à bannir les soucis et à se livrer à la joie. On y verra avec quelle triste persévérance, même sous le poids de malheurs récens, il revient sans cesse au désappointement qu'il a éprouvé dans ses premières affections comme à la source principale de tous ses chagrins et de toutes ses erreurs passées et à venir.

Oh! bannissons les soucis! que telle soit toujours ta devise à l'heure du plaisir! Peut-être aussi la mienne, lorsque, dans de nocturnes orgies, je cherche ces délices enivrantes, par lesquelles les fils du désespoir tentent d'assoupir le cœur et de bannir les chagrins.

Mais à l'heure matinale des méditations, quand le présent, le passé, l'avenir nous effraient de leurs sombres images, quand je reconnais que tout ce que j'aimais est changé ou n'est plus, ne viens pas irriter par ces maximes importunes les douleurs d'un homme dont chaque pensée... Mais pourquoi en parler? tu sais que je ne suis plus ce que j'étais naguère; et surtout si tu tiens à conserver une place dans un cœur qui ne fut jamais froid, je t'en conjure par toutes les puissances que les hommes révèrent, par tous les objets qui te sont chers, par ton bonheur ici-bas et tes espérances d'une autre vie, garde-toi, oh! garde-toi de jamais me parler d'amour.

Il serait trop long de raconter, et sans utilité d'entendre la triste histoire d'un homme qui dédaigne les larmes; ce récit ne réveillerait que peu de sympathie dans les cœurs vertueux; mais le mien a souffert plus qu'il ne convient à un philosophe de l'avouer. J'ai vu ma fiancée devenir l'épouse d'un autre, je l'ai vue assise à ses côtés; j'ai vu l'enfant que son sein a porté sourire doucement comme faisait sa mère, lorsque jeunes tous deux nous nous regardions en souriant, innocens et purs comme cet enfant; j'ai vu ses yeux, chargés d'un froid dédain, chercher à découvrir si j'éprouvais quelque douleur secrète; et moi, j'ai bien joué mon rôle: j'ai commandé à mon visage de ne pas trahir les angoisses de mon cœur, je lui ai renvoyé des regards aussi glacés que les siens; et pourtant, cette femme! je me sentais encore son esclave! J'ai baisé d'un air d'indifférence l'enfant qui aurait dû être le mien, et chacune de mes caresses n'a que trop prouvé que le tems n'avait pas affaibli mon amour. Mais laissons ces tristes souvenirs: je ne veux plus gémir; je n'irai plus chercher quelque repos sur la rive orientale: le inonde convient bien au tumulte de mes pensées; je reviendrai me jeter dans son tourbillon. Mais si dans un tems à venir, quand les beaux jours d'Albion seront sur le déclin, tu entends parler d'un homme dont les crimes profonds sont dignes des époques les plus noires, d'un homme que ni l'amour ni la pitié ne touchent, aussi insensible à l'espoir de la célébrité qu'aux louanges des hommes vertueux; d'un homme qui, dans l'orgueil d'une inflexible ambition, ne reculera pas même devant la crainte de verser le sang; d'un homme que l'histoire mettra au rang des anarchistes les plus violens du siècle; cet homme, tu le connaîtras, mais alors suspends ton jugement, et que l'horreur de ces _effets_ ne te fasse pas oublier quelle fut leur _cause_.

Les pronostics qu'il tire dans ces dernières lignes sur sa carrière à venir sont de nature, il faut l'avouer, à exciter plus d'horreur que d'intérêt, si bien d'autres exagérations du même genre ne nous avaient appris à ne nous point étonner à quelque excès que nous le voyions pousser la rage de se calomnier lui-même. On dirait qu'avec le génie nécessaire pour peindre des personnages sauvages et sombres, il eût aussi l'ambition d'être lui-même l'objet noir et sublime qu'il retraçait, et qu'à force de se plaire à dessiner des crimes héroïques, il s'efforçait d'imaginer ce qu'il ne pouvait trouver dans son propre caractère, des sujets propres à exercer ses pinceaux.............

C'est vers ce tems, quand son ame était douloureusement occupée de la mort d'un objet réel de ses affections, qu'il écrivit ses différens poèmes sur la mort d'un être _imaginaire_, Thyrza. Quand nous réfléchissons aux circonstances particulières sous l'influence desquelles son imagination produisit ces beaux vers, il n'est pas étonnant que de toutes ses pièces pathétiques celles-ci soient à la fois les plus touchantes et les plus pures; elles sont, pour ainsi dire, l'essence, l'esprit concentré de plusieurs douleurs, c'est le point où sont venues aboutir mille tristes pensées venues de sources différentes, raffinées, réchauffées dans leur passage à travers son imagination, et formant comme un réservoir profond d'idées et de sentimens lugubres et solennels. En retraçant les heures heureuses qu'il avait passées avec les amis qu'il venait de perdre, toute la tendresse ardente de sa jeunesse venait réchauffer son imagination et son cœur. Les jeux de l'école avec les favoris de son enfance Wingfield et Tattersatt, les jours d'été passés avec Long et ces soirées romanesques qui s'étaient écoulées dans la société de son frère adoptif Eddlestone; tous les souvenirs de ces hommes, jeunes naguère, et morts maintenant, venaient se mêler dans son esprit à l'image de celle qui, quoique vivante, était pour lui aussi bien perdue qu'eux, et répandaient dans son ame ce sentiment général de tendresse et d'affection qu'il revêtit d'un si brillant coloris dans ses poèmes. Jamais l'amitié, quelque passionnée qu'elle fût, n'aurait inspiré des chagrins aussi profonds; jamais non plus l'amour, quelque pur qu'on le suppose, n'eût pu retenir la passion dans des termes aussi chastes. C'est le mélange de deux affections dans sa mémoire et dans son imagination, qui donna ainsi naissance à un objet idéal, où les plus beaux traits de toutes deux se trouvaient combinés, et lui inspira ces poésies, les plus tristes et les plus tendres que puisse offrir le genre érotique, dans lesquelles nous trouvons toute la profondeur et toute l'intensité d'un sentiment réel peintes avec des couleurs que n'eut jamais la réalité.

La lettre suivante fera connaître encore mieux l'état de ses pensées et ses occupations à cette époque.

LETTRE LXXII.

À M. HOGDSON.

Newstead-Abbey, 13 octobre 1811.

«Vous devez commencer à me trouver un correspondant terriblement libéral; mais comme mes lettres sont franches de port, vous excuserez leur fréquence. J'ai répondu en vers et en prose à vos dernières lettres; et quoique je vous écrive de nouveau, je ne sais pourquoi je le fais, ni ce que je pourrais vous mander que vous ne sachiez déjà. Je deviens _nerveux_, combien vous allez rire! mais cela est vrai, je deviens réellement, malheureusement, ridiculement _nerveux_ comme une petite-maîtresse. Votre climat me tue; je ne puis ni lire, ni écrire, ni m'amuser ou amuser qui que ce soit. Mes nuits et mes jours se passent sans repos; je n'ai presque jamais de société, et quand j'en ai je m'empresse de la fuir. Dans le moment où je vous parle, j'ai ici trois dames, et je me suis sauvé pour vous envoyer ce gribouillage. Je ne sais pas si je ne finirai point par être fou, car je sens le manque de méthode dans l'arrangement de mes idées. Cela me tourmente étrangement; mais cela a plutôt l'air de la sottise que de la folie, comme le dirait facétieusement Scrope Davies, qui a une singulière manière de consoler les gens. Il faut que j'essaie de votre compagnie, comme l'on essaie de la corne de cerf; une session de parlement m'irait assez bien: en un mot, je ne vois rien qui puisse m'empêcher de conjuguer le malheureux verbe, _je m'ennuie_, etc.

»Quand serez-vous à Cambridge? Vous m'avez, je crois, donné à entendre que votre ami Bland est revenu de la Hollande. J'ai toujours eu le plus grand respect pour ses talens et pour tout ce que j'entends dire de son caractère personnel; je crois bien qu'il ne me connaît pas, si ce n'est qu'il se rappelle nos répétitions dans la sixième _forme_, à raison de deux vers chaque matin, et encore bien imparfaits. Je me le suis rappelé en passant sur les caps Matapan, Saint-Angelo et son île de Clériga, et j'ai toujours regretté l'absence de l'Anthologie. Je suppose qu'il va traduire maintenant Vondel, le Shakspeare hollandais, et dans l'état actuel _Gysbert van Amstel_ pourra facilement être arrangée pour notre théâtre. Je présume qu'il a vu le poème hollandais où l'amour de Pirame et Thisbé est comparé à... _la Pas__sion de Jésus-Christ_, ainsi que _l'amour de Lucifer pour Ève_, et autres variétés de la littérature des Pays-Bas. Sans doute vous me croirez fou de vous entretenir de pareilles bagatelles, mais elles sont en grande réputation sur les bords de tous les canaux, depuis Amsterdam jusqu'à Alkmazar.

»Tout à vous, etc.

BYRON.

»Toutes mes poésies sont entre les mains de leurs divers éditeurs, excepté mes _Imitations d'Horace_, auxquelles j'ai joint quelques vers sauvages sur le Méthodisme et quelques notes féroces sur les trois éditeurs de l'Édin; mes _Imitations_, dis-je, sont en retard, et pourquoi? Je n'ai pas d'amis dans le monde qui puisse traduire suffisamment bien le latin d'_Horace_ et mon Anglais pour les ajuster ensemble au sortir de la presse, et corriger les épreuves d'une manière un peu grammaticale. En sorte que si vous n'avez pas d'entrailles quand vous retournerez à Londres, pour moi je suis trop loin pour le faire moi-même; le monde se trouvera privé de cet ouvrage ineffable pendant je ne sais combien de semaines.

»_Le Pélerinage de Childe Harold_ attendra jusqu'à ce que celui de Murray soit fini. Il fait maintenant une tournée dans Middlesex, et à son retour nous devons nous attendre à des merveilles. Il veut en faire un _in-quarto_, c'est un abominable format peu propre à la vente; mais l'ouvrage est effroyablement long, et il faut bien qu'on obéisse à son libraire...

»Ainsi vous allez prendre les ordres. Il faut que vous fassiez votre prix avec les _réviseurs ecclésiastiques_; ils vous accusent d'impiété, et je crains que ce ne soit à tort. Démétrius _Poliorcète_ est ici avec _Gilpin Horner_. Nous n'avons pas besoin du peintre[165], car les portraits qu'il a faits d'inspiration se trouvent absolument semblables aux animaux. Écrivez-moi, et envoyez-moi votre _Chanson d'amour_; mais j'attends de vous _paulo majora_. Faites un effort pour briller avant d'être diacre; essayez un peu d'un sec éditeur.

»Tout à vous, etc.»

BYRON.

[Note 165: Qu'il avait mandé pour faire le portrait de son ours et de son loup.]

FIN DU TOME NEUVIÈME.

IMPRIMERIE DE DONDEY-DUPRÉ, Rue St.-Louis, n°46, au Marais.