Uvres Completes De Lord Byron Tome 05 Comprenant Ses Memoires P

Chapter 26

Chapter 261,571 wordsPublic domain

Son ame, avec douleur, vers sa fille chérie, Comme un rayon du soir porte un dernier adieu. Il pleura... mais ses pleurs disaient toute sa vie; Ses pleurs lui révélaient un dieu.

On dit que sa grande ombre échappée à la terre, Passant sur le tombeau du fier Léonidas, De ses trois cents héros réveilla la poussière Dans le sein même du trépas.

Leurs mânes, ranimés par son souffle rapide, Ont applaudi soudain comme au jour solennel, Et le glaive près d'eux qui dormait intrépide, A tressailli pâle et cruel...

Adieu, fils d'Albion, fils de la Grèce entière: Ta patrie adoptive a consacré tes droits; Elle implorait les rois, le front dans la poussière, Et tu fus plus grand que les rois.

Leur suprême grandeur, par la terreur frappée, Plaignait, sans nul secours, leur triste abaissement; Près de ton luth divin s'agitait ton épée, Sans couronne et sans ornement...

Que le ciel ait pour lui de propices étoiles; Soufflez plus doucement, vents qui gonflez les voiles; Guidez les nautonniers aux rives d'Albion; Emportez sa dépouille à sa noble patrie. Peut-être à son aspect la bassesse et l'envie Retiendront dans leur sein leur venimeux poison, Tandis qu'avec orgueil une autre nation Décore de son nom l'autel de la patrie!... ... .... ... ... ...

15 juillet 1824.

Il a aussi publié depuis une traduction en vers français de _Childe-Harold_, le plus beau poème de Byron, en un volume in-18. Paris, 1829.

(_N. du Tr._)

FIN DES POÉSIES INÉDITES.

POÉSIES ATTRIBUÉES

A LORD BYRON.

I.

AU LIS DE FRANCE.

Avant que de disperser tes feuilles au vent, faux emblème d'innocence, arrête un instant,--et donne, à mesure que tu te flétris, pour l'avantage du genre humain, la leçon qui ressort de ta chute.

Tu étais beau comme le rayon du matin, et riche comme l'orgueil des mines précieuses: tous tes charmes sont maintenant fanés; et haï et méprisé, les malédictions de la liberté retombent sur toi.

Tu étais rayonnant au milieu des sourires du monde, ton ombre protégeait de sa puissance; mais maintenant ta fleur brillante est ridée et flétrie,--tu n'es plus l'ornement de ta patrie régénérée[loc50].

[Note loc50: Ces accusations prophétiques de Lord Byron semblent être écrites d'hier, tant elles ont un caractère frappant de spécialité.

(_N. du Tr._)]

Car la corruption s'est repue sur tes feuilles, et la bigotterie a rongé ta tige; maintenant ceux qui te craignaient se rient de tes malheurs, et ceux qui t'adoraient te condamnent à l'exil.

La vallée qui t'a donné naissance pleurera sur l'espérance de son sol; les légions qui ont combattu pour ta beauté et ta valeur se hâteront de partager tes dépouilles.

Devenue symbolique, ta fleur sera un sujet de moquerie et un jouet parmi les hommes; dans les cités, dans les montagnes et dans les plaines, ce sera le proverbe des esclaves, le mépris des hommes libres.

Oh! c'était le souffle pestilentiel de la tyrannie qui dispersa tes tiges sur la terre, qui jeta une tache de sang sur le voile blanc et virginal, et te perça de plus d'une blessure!

Alors le vent emporta ta feuille desséchée, il flétrit ta tige mourante, ta fleur épanouie résigna les promesses de son avenir, et elle est tombée emportée par l'orage.

Car nulle vigueur patriotique ne la soutenait; il ne s'est trouvé aucun bras pour protéger la faible fleur; la destruction suivait son terrible héraut--le désespoir, et flétrit toute sa beauté dans une heure!

Cependant il y eut des hommes qui prétendirent la plaindre; il y eut des hommes qui prétendirent la sauver: purs niais empiriques qui arrivèrent pleins de déception--pour se réjouir et s'enivrer sur sa tombe.

O toi! terre des lis! en vain tu t'efforces de relever sa tête pâle! le bouton fané ne refleurira plus de nouveau,--la violette brillera à sa place!

Comme tu disperses tes feuilles au vent--faux emblème de l'innocence, arrête un instant,--et donne, à mesure que tu te flétris, pour l'avantage du genre humain, cette leçon qui ressort de ta chute!

II.

L'ADIEU. A UNE DAME.

Quand l'homme, chassé des bosquets d'Éden, s'arrêta quelques instans sur le seuil de la porte, chaque pas lui rappelait des heures évanouies, et lui faisait maudire son avenir.

Mais errant à travers de lointains climats, il apprit à porter le poids de son chagrin; il ne fit plus que donner un soupir aux souvenirs du tems passé, et trouva du soulagement au milieu de scènes plus agitées.

Ainsi, madame, doit-il en être de moi; je ne dois plus revoir tes charmes: car quand je m'arrête près de toi, je soupire pour tout ce que j'ai connu autrefois.

En te fuyant, je serai sûrement sage; car j'échapperai aux piéges de la tentation: je ne puis pas voir mon paradis sans désirer d'y entrer.

III.

A LADY CAROLINE LAMB.

Et tu dis que je n'ai pas de sentiment, que je ne ressens rien pendant que tu es éloignée de moi? Tu ne sais donc pas avec quelles délices je me suis abandonné à un rêve non interrompu de toi? Mais l'amour ne doit jamais nous ressembler, et j'apprendrai à t'estimer moins. Comme tu as fui, ainsi permets-moi de fuir, et change le cœur que tu ne peux rendre heureux.

On te dira, Clara! que j'ai paru, tout récemment, courtiser les charmes d'une autre; que je n'ai pas soupiré, que je n'ai pas eu d'humeur, comme si tu avais déjà été bannie de mon cœur. Clara! cette lutte--pour défaire ce que tu as fait si bien pour moi,--ce masque porté devant la foule niaise,--cette trahison--était une fidélité pour toi!

Je n'ai pas dormi depuis que tu es partie; mais j'ai cherché dans plusieurs tout ce qu'une seule (ah! ai-je besoin de la nommer?) pouvait m'accorder. C'est un devoir que je dois au tien--à toi--à l'homme--à Dieu, de modérer, d'éteindre ce feu coupable, avant que le chemin du crime soit parcouru.

Mais puisque mon sein n'est pas si pur, puisque le vautour déchire encore mon cœur, que j'endure cette agonie, et non toi--oh! la plus chérie des femmes! Par pitié, Clara! séparons-nous; et je chercherai à éviter, je ne sais comment, le dard menaçant:--le vice ne doit pas prendre pour but un objet tel que toi.

Mais tu dois m'aider dans cette tâche, et exercer ainsi noblement ton pouvoir. Alors dédaigne-moi,--c'est tout ce que je demande--avant que le tems ne mûrisse une heure plus coupable; avant que la coupe de la colère ne verse des remords redoublés sur ma tête; avant que des feux inextinguibles ne dévorent mon cœur, dont les espérances sont mortes depuis long-tems.

Ne t'abuse pas plus long-tems, ainsi que moi; n'abuse pas des cœurs meilleurs que le mien; ah! ne peux-tu pas, ne veux-tu pas fuir des malheurs comme le nôtre,--une honte comme la tienne? S'il y a une colère divine, une torture au-delà de ce souffle de vie passagère, renonce--même maintenant, à toute espérance future; de telles pensées sont un crime,--un tel crime est la mort.

IV.

STANCES.

J'ai appris ton sort sans verser une larme; ta perte m'a à peine arraché un soupir, et cependant tu me fus extrêmement chère.--Je ne sais pas ce qui a desséché mes yeux, les larmes refusent de couler; mais chacune d'elles que mes paupières empêchent de s'échapper, retombe horrible sur mon cœur..

Oui,--profondes et pesantes, une à une, elles s'y pressent et le torturent, comme les eaux renfermées dans le rocher l'usent en tombant et s'y durcissent. Elles ne peuvent se pétrifier plus durement que les sentimens qui retombent et restent sur mon cœur, lesquels, froidement fixés, regardent le passé sans jamais se fondre à un soleil nouveau.

V.

A MARIE.

Ne te souviens pas de moi, ni de ces heures bien-aimées, de ces heures évanouies, où toute mon ame était à toi,--heures qui ne peuvent jamais être oubliées, avant que le tems n'énerve nos puissances vitales, et que toi et moi ayons cessé d'être.

Puis-je oublier, peux-tu oublier toi-même ce tems où, jouant avec tes cheveux dorés, ton cœur, avec vivacité, répondait à mes jeux? Oh! par mon ame! je te vois encore, avec des yeux si languissans,--un sein si beau, et des lèvres, quoique silencieuses, qui murmuraient l'amour.

Lorsqu'ainsi tu te penchais sur mon cœur, ces yeux laissaient échapper un éclat si doux, que, quoiqu'à moitié réprobateur, il inspirait le désir; et alors nous nous serrions plus près, et encore plus près,--et nos lèvres frémissantes s'efforçaient de se rencontrer comme pour expirer dans leurs baisers.

Et alors ces yeux pensifs voulaient se fermer, et leurs deux paupières se rapprochaient en voilant leurs orbites d'azur,--tandis que leurs longs et humides regards semblaient fuir sur ta joue brillante d'amour.

FIN DES POÉSIES ATTRIBUÉES A LORD BYRON.