Œuvres complètes de lord Byron, Tome 05 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore
Part 7
27. Près des vagues d'Hellé s'élève une voix de deuil! et l'Åil de la femme est humide--la joue de l'homme est pâle: Zuleïka! dernier rejeton de la race de Giaffir, l'époux qui t'était destiné est arrivé trop tard; il ne te voit pas--il ne verra jamais ton visage! Ne peut-il entendre les lourds _woul-woulleh_[f41] qui l'avertissent dans son éloignement? Tes femmes qui pleurent aux portes du harem; les chantres du Koran qui répètent l'hymne de la mort; les esclaves silencieux qui attendent, les bras croisés sur leur poitrine; les soupirs dans le palais, les cris qui luttent contre les vents, lui apprennent ton histoire!
Tu ne vis pas tomber ton Sélim! A ce moment terrible où il quitta la grotte, ton cÅur devint glacé: il était ton espoir--ta joie--ton amour--ton tout--et cette dernière pensée pour celui que tu ne pouvais sauver suffit pour te donner la mort; un cri déchirant s'échappa de ton sein, et tout fut silencieux.--Paix à ton cÅur brisé, à ta tombe virginale! Oh! heureuse! heureuse encore de ne perdre que le pire de la vie! Cette douleur--quoique profonde--quoique fatale,--fut la première que tu éprouvas; trois fois heureuse de ne sentir ni de ne craindre les tourmens de l'absence, de la honte, de l'orgueil, de la haine, de la vengeance et du remords! et cette angoisse qui est plus que de la démence; ce ver rongeur qui ne sommeille,--qui ne meurt jamais; pensée de jours sombres et de nuits pleines de fantômes horribles; cette pensée qui craint les ténèbres, qui abhorre aussi la lumière, qui nous étreint et déchire le cÅur frémissant! ah! pourquoi ne le consume-t-elle pas--pour s'enfuir ensuite!
Malheur à toi, cruel et implacable chef! Vainement tu couvres ta tête de cendres; vainement la haire et le cilice pressent tes membres abattus; Sélim est mort de la même main qu'Abdallah. Maintenant arrache ta barbe dans ton inutile douleur: l'orgueil de ton cÅur, la fiancée du lit d'Osman, celle que ton sultan n'aurait pu voir sans la désirer pour épouse, ta fille est morte! Espoir de ta vieillesse, doux rayon de ton crépuscule, une étoile brillait dans toute sa beauté sur les rives de l'Hellespont: qui a éteint sa lumière?--c'est le sang que tu as répandu! Ãcoute! à la question précipitée du désespoir: «Où est mon enfant?» l'écho répond: «Où[f42]?»
28. Dans l'enceinte des mille tombeaux qui apparaissent sous l'ombrage du mélancolique mais vivant cyprès, qui ne se flétrit jamais, quoique ses branches et ses feuilles soient empreintes d'une éternelle douleur, comme un premier amour malheureux, il est un lieu qui fleurit toujours, même dans ce lugubre bosquet de mort.--Une rose isolée y répand son éclat solitaire: douce et pâle, on la dirait plantée par le désespoir;--si blanche,--si languissante, que le plus faible souffle du vent pourrait emporter ses feuilles dans les airs. Et cependant, c'est en vain que les orages et la pluie l'assaillent, que des mains plus rudes que les cieux d'hiver s'efforcent de l'arracher à sa tige; le lendemain la voit refleurir de nouveau! Quelque aimable génie du lieu la relève doucement et l'arrose de larmes célestes; car elles peuvent bien croire, les vierges d'Hellé, que ce ne peut pas être une fleur terrestre, celle qui se moque de l'heure flétrissante de la tempête, et s'épanouit sans être abritée par un bosquet de verdure. Elle ne languit pas, quoique le printems lui refuse sa rosée bienfaisante, que les rayons fécondans de l'été la privent de leurs caresses. Un oiseau inconnu,--mais peu éloigné, lui chante, pendant toute la nuit, des chants plaintifs et mélodieux. Invisibles sont ses ailes aériennes; mais doux comme les harpes dont jouent les houris, sont ses accords ravissans et prolongés! Ce serait le Bulbul[loc11]; mais sa voix, quoique plaintive, n'a pas des accens si touchans: car ceux qui les entendent ne peuvent abandonner ce lieu, mais ils s'y attachent et pleurent comme s'ils avaient aimé en vain!... Et cependant les larmes qu'ils versent sont si douces, leur douleur est si peu mêlée de crainte, qu'ils peuvent à peine pardonner au matin de venir rompre ce charme mélancolique. Ils voudraient veiller et pleurer plus long-tems; cet oiseau a des chants si étranges et si beaux! Mais lorsque le jour apparaît soudain dans les cieux, cette magique mélodie expire. Il en est qui ont cru (tant les rêves de la jeunesse sont décevans, mais ceux qui les blâment sont bien durs) que des accens si pénétrans et si profonds formaient et faisaient entendre le nom de Zuleïka[f43]. C'est de la cime de son cyprès que ce nom aérien part et se perd dans les airs; c'est à la poussière tendre et virginale de sa tombe que la pâle rose doit sa naissance et sa frêle vie. Un marbre avait été placé récemment sur cette tombe; le soir le vit poser,--le matin il n'y était plus!
[Note loc11: [Arabe ou Farsi?], nom du rossignol en persan, dont les amours avec la rose, [Arabe ou Farsi], _gul_, sont le sujet de beaucoup de poèmes dans l'Orient.
(_N. du Tr._)]
Ce ne fut pas un bras mortel qui transporta sur le rivage ce pilier de marbre fixé profondément; la légende d'Hellé raconte qu'on le trouva le lendemain à l'endroit où était tombé Sélim, battu par les flots agités qui avaient refusé à ses restes une tombe plus sainte. Et là , pendant la nuit, on dit qu'on voit inclinée une tête livide enveloppée d'un turban; et le marbre funéraire renversé par la vague se nomme--_l'oreiller du fantôme du Pirate_! C'est dans le lieu où il avait été d'abord placé que la fleur plaintive a fleuri, et qu'elle fleurit encore maintenant, solitaire, et couverte de rosée froide, pure et pâle, comme la joue de la beauté qui verse des larmes au récit de l'infortune.
FIN DE LA FIANCÃE D'ABYDOS.
NOTES DE LA FIANCÃE D'ABYDOS.
NOTE 1.
_Gul_, la rose, en turc et en persan.
(_Note de Lord Byron_.)
Le nom persan de la rose, _gul_, revient souvent dans les poésies orientales de Byron: c'est qu'en effet, la rose, et le rossignol, _bulbul_, sont le sujet perpétuel des comparaisons et des amplifications poétiques de l'Orient; et il y a tant de grâce et de fraîcheur dans les amours de cette reine des fleurs et de cet oiseau mélodieux personnifiés, que l'on ne doit pas être surpris de les voir si souvent reproduites. «Le printems est délicieux! dit Sâdi; oh! _rose_! où as-tu été? N'entends-tu pas les lamentations du _bulbul_, sur la longueur de ton absence?»
Les Mahométans, et particulièrement les Turcs, conservent une espèce de vénération religieuse pour la rose. Ils pensent qu'elle fut produite pour la première fois de la sueur de leur Prophète, et ils ne souffrent pas que ses feuilles soient foulées aux pieds.
(_N. du Tr._)
NOTE 2.
_Souls made of fire, and children of the sun, With whom revenge is virtue_.
(YOUNG's Revenge.)
«Ames formées de flammes, et enfans du soleil, pour lesquels la vengeance est une vertu.»
NOTE 3.
MEDJNOUN et LEÃLA, les ROMÃO et JULIETTE de l'Orient. SADI, le poète moral de la Perse.
(_Note de Lord Byron_.)
[Arabe] DJAMI, célèbre poète persan, auteur d'un poème sur _Joseph_ et _Zuleïka_, en a aussi fait un sur _Medjnoun_ et _Leïla_, qui a été traduit en français par M. Chézy, 2 vol. in-18. Son poème de _Jousouf et Zuleïka_ a été publié en persan et en allemand à Vienne, par le comte de Rozenszweig, un vol. in-folio. [Arabe] SADI est encore plus célèbre que Djâmi. Il est l'auteur du [Arabe] _Gulistan_, ou _Jardin des Roses_, dont il existe deux mauvaises traductions en français; et du [Arabe], _Boustân_, qui n'a pas été traduit. Il est aussi l'auteur d'un _Pend Nameh_, ou Livre des Conseils, qui n'est pas si estimé que celui de _Féridun Attar_, publié et traduit par M. le baron Sylvestre de Sacy.
Quant au poème de _Medjnoun et Leïla_ de _Djâmi_, nous citerons, pour en donner une idée, un passage de la traduction abrégée de M. Chézy; c'est la première entrevue de _Medjnoun_ avec _Leïla_.
«De retour à sa tribu, Keïs (Medjnoun), l'ame navrée de tristesse, et l'imagination pleine encore de cette belle et perfide étrangère qui, semblable à un astre étincelant, éclipsait la beauté de ses jeunes compagnes, brûlait plus que jamais de rencontrer une amie sensible, dont la douce clarté pût dissiper les ténèbres qui enveloppaient sa couche solitaire; et il cherchait de nouveau, au milieu de mille beautés, celle qui pût remplir ses désirs. Chaque étranger qui arrivait de quelque tribu lointaine recevait de lui l'accueil le plus flatteur; il le caressait et le questionnait avidement sur cette classe d'êtres favorisés de la nature, dont il était idolâtre. Un jour, quelques voyageurs qui s'arrêtèrent chez lui s'apercevant de cette passion ardente dont il était dominé, lui indiquèrent une tribu où il existait une jeune fille dont la beauté égalait celle des houris. «Son nom est Leïla, lui dirent-ils; et de toutes parts mille jeunes gens prétendent au bonheur de lui plaire. Ses charmes sont au-dessus de toute description; vole toi-même vers elle, et juge de ses attraits. N'abandonne pas à ton oreille les fonctions de ton Åil.» A ce récit, Keïs se lève, se pare de ses vêtemens les plus précieux; et déjà dévoré de l'amour le plus vif, il s'élance sur sa chamelle. Dans son impatience, il accélère encore sa marche précipitée, et se trouve bientôt rendu à l'habitation de Leïla. A la vue de ce jeune étranger, ses serviteurs l'accueillirent avec affabilité, l'introduisirent, et le firent asseoir à la place d'honneur. Cependant, de quelque côté qu'il tournât ses regards, il n'apercevait aucune trace de l'unique objet qu'il cherchait. Déjà privé d'espoir, son cÅur éprouvait un tourment insupportable, lorsque tout-à -coup un bruit léger d'ornemens précieux se fait entendre: il voit alors paraître une jeune fille à la taille svelte et élégante, semblable dans sa démarche gracieuse à la perdrix des montagnes. Belle sans aucun fard, la nature avait coloré du rose le plus tendre ses joues brillantes de fraîcheur; son sourcil délié ressemblait à un arc délicat formé d'ambre précieux; et ses cils, comme autant de petites flèches de musc, pénétraient les cÅurs. Ses lèvres avaient l'éclat du rubis sans en avoir la dureté: on eût dit qu'elles lui avaient dérobé sa couleur, et à l'ambroisie son parfum. Mais à quoi comparer cette bouche gracieuse, où l'on voyait errer le plus voluptueux sourire? On l'eût prise pour une abeille au milieu des fleurs, lorsque délicatement posée sur le calice d'une rose, elle en extrait avec art son miel parfumé. Comme elle, elle blessait d'un aiguillon acéré, et répandait sur sa blessure un baume céleste. Son sourire enchanteur découvrait-il des dents aussi belles que les perles les plus pures? on croyait voir le bouton de la rose encore étincelant des larmes de l'aurore; et les pommes d'albâtre de son sein virginal, les doigts arrondis d'une main caressante eussent suffi pour en mesurer le gracieux contour. C'est au milieu de tous ces charmes que Leïla parut. Keïs ne fut plus maître de son cÅur. Leur entrevue fut délicieuse. Elle laissa échapper avec négligence quelques boucles de sa longue chevelure, et Keïs brûla de désirs; elle souleva le voile léger qui tempérait ses charmes, et il perdit ce qui lui restait de raison. Leïla lui lança un trait mortel, et un soupir prolongé de Keïs lui fit connaître la profondeur de sa blessure. Enfin, tout ce que la beauté et les grâces peuvent offrir de charmes, elle le développa aux yeux de Keïs, dont le regard languissant semblait implorer son secours; et leurs cÅurs aussi étroitement unis que les feuilles de la rose dans le bouton qui les renferme, se lièrent à jamais. Lorsque leurs regards satisfaits eurent ainsi parcouru toute l'étendue de leurs charmes, leurs lèvres frémissantes livrèrent passage aux plus tendres discours..... Une seule crainte les agitait: c'était de voir approcher la nuit, qui devait terminer pour eux ce jour de bonheur. Comment pourraient-ils vivre éloignés l'un de l'autre?... Soleil! monarque éclatant du jour! ô toi qui de ton sceptre de feu éloignes les ombres de la nuit, puisses-tu désormais ne te voiler jamais, et changer nos nuits en un jour éternel!... Obligés de se séparer, Keïs et Leïla restèrent plongés dans une douleur inexprimable; l'un, porté par sa chamelle, reprit avec lenteur le chemin de sa tribu, et la triste Leïla demeura en gémissant sous sa tente solitaire.»
Les amours de _Joseph et Zuleïka_ du même auteur, présentent des morceaux d'une très-grande beauté; l'amour y est élevé à une pureté souvent mystique.
(_N. du Tr._)
NOTE 4.
Tambour turc que l'on bat au lever du soleil, à midi et au crépuscule du soir.
NOTE 5.
Les Turcs abhorrent les Arabes (qui leur rendent au centuple leur compliment) plus encore qu'ils ne haïssent les chrétiens.
NOTE 6.
Cette expression a suscité plusieurs objections. Je ne m'en rapporterai pas à _celui qui n'a pas de musique dans son ame_, mais je prie simplement le lecteur de se rappeler, pour dix secondes, les formes de la femme qu'il croit être la plus belle; et si alors il ne comprend pas pleinement ce qui n'est que faiblement exprimé dans les vers précédens, j'en serai désolé pour nous deux. Voyez un passage éloquent du dernier ouvrage du premier écrivain féminin de notre âge, et peut-être de tous les âges, sur l'analogie (et la comparaison immédiate excitée par cette analogie) entre la peinture et la musique; _de l'Allemagne_, vol. III, chap. 10. Ce rapport de connexion n'est-il pas plus fort avec l'original qu'avec la copie? avec le coloris de la nature qu'avec celui de l'art? Après tout, c'est une chose que l'on peut plutôt sentir que décrire; aussi pensé-je qu'il se trouvera des personnes qui la comprendront, ou au moins qui l'auraient comprise s'ils avaient vu la figure dont l'harmonie parlante en a suggéré l'idée; car ce passage n'est pas le produit de l'imagination, mais de la mémoire: ce miroir que la douleur brise par terre, et qui, en regardant ses fragmens, n'y voit que la réflexion multipliée.
NOTE 7.
_Carasman Oglou_, ou _Kara Osman Oglou_, est le principal propriétaire en Turquie: il gouverne Magnésie. Ceux qui, par une espèce de droit féodal, possèdent des terres à condition de service sont appelés _Timariotes_; ils servent comme spahis, fournissent des soldats en proportion de l'étendue du territoire, et en envoient un certain nombre à l'armée, généralement de la cavalerie.
NOTE 8.
Quand un pacha a des forces suffisantes pour résister, le messager, qui est toujours le premier porteur de sa condamnation à mort, est étranglé par ses ordres, et quelquefois cinq ou six de ces messagers le sont ainsi l'un après l'autre par l'ordre du pacha rebelle. Si au contraire il est faible et loyal, il se prosterne, baise la respectable signature du sultan, et se laisse complaisamment étrangler. En 1810, plusieurs présens de têtes de pachas furent exposés dans la niche de la porte du Sérail: parmi elles on remarquait la tête du pacha de Bagdad, brave jeune homme assassiné par trahison, après une résistance désespérée.
Note 9.
C'est par certains battemens de mains qu'on appelle les domestiques. Les Turcs haïssent une dépense inutile de voix, et ils n'ont pas de clochettes.
NOTE 10.
_Chibouque_, pipe turque: le tuyau de la bouche est ordinairement d'ambre, et quelquefois la culée qui contient les feuilles de tabac est ornée de pierres précieuses, si elle est portée par un homme riche.
NOTE 11.
_Maugrabis_, mercenaires maures.
NOTE 12.
_Délis_, braves qui forment la troupe perdue de la cavalerie, et commencent toujours l'action.
NOTE 13.
Un _feutre_ plissé est employé par les Turcs pour la manÅuvre du sabre; et il n'y a guère qu'une arme musulmane qui puisse le fendre d'un seul coup. Quelquefois un turban très-dur est employé au même usage. Le _djerrid_ est un combat à la javeline émoussée: ce jeu est pittoresque et très-animé.
NOTE 14.
_Ollahs, alla il allah_, cri que les poètes espagnols appellent _leilies_, et dont le son est _ollah_. Pour un peuple taciturne, les Turcs sont vraiment prodigues de cette exclamation, particulièrement pendant le jeu du _djerrid_ ou à la chasse, mais surtout au combat. Leur agitation sur le champ de bataille et leur gravité dans leur intérieur, avec leur pipe et leur comboloio (ou chapelet), forment un amusant contraste.
NOTE 15.
_Atar-gul_, essence de roses. Celle de Perse est la plus fine.
(_Note de Lord Byron_.)
Les luxurieux Persans sont si passionnés pour la délicieuse essence de roses, que non-seulement ils répandent avec profusion dans leurs appartemens l'eau de ses feuilles distillées, mais après l'avoir préparée avec du cinnamon et du sucre, ils en font aussi une infusion avec du café qu'ils boivent ensuite. La rose de Schiraz est regardée comme la plus précieuse de l'Orient, et son essence est extrêmement estimée dans les contrées les plus éloignées de l'Inde. La poudre du bois de sandal est souvent ajoutée en distillation aux feuilles de cette fleur; mais la partie huileuse la plus exquise, ou la substance épaisse, qu'ils nomment [Arabe], atar-gul, ou essence de rose, est plus précieuse que l'or même. On voit que Lord Byron connaissait bien les usages de l'Orient.
(N. du Tr.)
NOTE 16.
Les plafonds et les boiseries, ou plutôt les murs des appartement dans les grandes maisons en Turquie, sont généralement recouverts de peintures qui représentent éternellement une vue très-coloriée de Constantinople, dont le principal mérite est un noble mépris de la perspective. Au-dessous, des armes, des cimeterres, etc., sont en général fantastiquement et non inélégamment disposés.
NOTE 17.
On a long-tems douté si les accens de cet amant de la rose sont tristes ou gais; et les remarques de M. Fox sur cet objet ont provoqué quelques controverses savantes concernant les opinions que les anciens avaient sur ce sujet. Je n'ose hasarder une conjecture sur ce point, quoiqu'un peu incliné à l'errare mallem, etc., si M. Fox s'était trompé.
NOTE 18.
Azraël,--l'ange de la mort.
NOTE 19.
Les trésors des sultans préadamites. Voyez d'Herbelot, article Istakar.
(Note de Lord Byron.)
_Istakar_ est l'ancienne _Persépalis_, ville capitale de la Perse proprement dite, sous les rois des trois premières races; car ceux de la quatrième, qui sont les Cosroès, avaient établi leur siège royal dans celle de Madain. Elle est située à 88° 30' de longitude, et à 30° de latitude, selon le calcul des tables arabiques.
L'auteur du _Lebtarikh_ écrit que Kischtasb, fils de Lohorasb, cinquième roi de la race des Kainides, y établit sa demeure; qu'il y fit bâtir plusieurs de ces temples dédiés au Feu, que les Grecs appellent _Pyraea_ et _Pyrateria_, les Persans _Atesch Khane_ et _Atesch Gheda_; et que fort près de cette ville, dans la montagne qui la joint, il fit tailler dans le roc des sépulcres pour lui et ses successeurs: l'on en voit encore aujourd'hui les ruines, avec des restes de figures et de colonnes, lesquelles, quoiqu'effacées par la longueur du tems, marquent assez que ces anciens rois avaient choisi leur sépulture en ce lieu.
Il ne faut pas confondre ces monumens avec un superbe palais que la reine Homaï, fille de Bahaman, fit bâtir au milieu de la ville d'Istakar: on le nomme aujourd'hui, en langue persane, _Gihil_ ou _Tchilminar_, les _quarante phares_ ou _colonnes_. Les Musulmans en firent autrefois une mosquée; mais la ville s'étant entièrement ruinée, on s'est servi de ses décombremens pour bâtir celle de Schiraz, qui n'en est éloignée que de douze parasanges, et qui a pris la place de capitale de la province proprement dite, _Fars_ ou _Perse_.
Ce que le même auteur écrit de la grandeur ancienne de cette ville paraît fabuleux... mais il est certain que tous les historiens de la Perse en parlent comme de la plus ancienne et de la plus magnifique ville de toute l'Asie.
Ils écrivent que ce fut _Giamschid_ qui en fut le premier fondateur, et quelques-uns font remonter son ancienneté jusqu'à Houschenk, et même jusqu'à Kainmarath, premier fondateur de la monarchie de Perse. Il est vrai cependant qu'elle a tiré son principal lustre de la seconde dynastie des rois qui abandonnèrent le séjour de la ville de Balkhe, en Khorassan, pour demeurer à Istakar.
On peut ajouter ici que le superbe palais de la ville d'Istakar, que la reine Homaï fit bâtir, pourrait bien être un de ces ouvrages tant vantés de Sémiramis, laquelle n'est pas inconnue aux Orientaux, puisqu'ils font mention de deux _Semirem_ dans leurs histoires, dont la seconde, qui pourrait avoir été la même qu'Homaï, n'est pas entièrement ignorée des Grecs.
Je finis ce titre en disant que la tradition fabuleuse des Persans porte que cette ville a été bâtie par les Péris, c'est-à -dire par les fées, du tems que le monarque Gian Ben Gian gouvernait le monde, long-tems avant le siècle d'Adam, ce qui n'est attribué à aucune autre ville d'Asie qu'à Istakar et à Balbek.
(D'HERBELOT.)
NOTE 20.
_Muselim_, gouverneur, le premier en rang après le pacha; le waywode est le troisième, ensuite vient l'aga.
NOTE 21.
_Egripo_, Négrepont. Selon le proverbe, les Turcs d'Egripo, les Juifs de Salonique et les Grecs d'Athènes sont les plus détestables de leurs races respectives.
NOTE 22.
_Tchocadar_, domestique qui précède un homme d'autorité.
NOTE 23.
On ne sait si l'épithète d'Homère signifie le large _Hellespont_ ou _l'immense Hellespont_, et quelle est sa signification précise. J'ai même entendu sur les lieux une dispute à ce sujet; et ne prévoyant pas une prompte conclusion à la controverse, je m'amusai pendant ce tems à passer à la nage le détroit: et j'aurai probablement encore le tems de le passer plusieurs fois avant que la controverse soit terminée. Dans tous les cas, la question touchant la vérité de _l'histoire de la divine Troie_ n'est pas encore résolue, car la principale difficulté repose sur le mot αÏειÏοÏ. Probablement qu'Homère avait la même notion de la distance qu'une coquette du tems, et quand il parle d'une largeur sans limites, il entend la moitié d'un mille; comme lorsque la coquette, par une semblable figure, parle d'un _éternel_ attachement, elle veut dire simplement une durée de trois semaines.
NOTE 24.
Avant son invasion en Perse, Alexandre visita le tombeau d'Achille, et le couronna de lauriers, etc. Il fut ensuite imité par Caracalla dans sa race. On croit que ce dernier empoisonna aussi un ami, nommé Festus, dans le but de pouvoir instituer de nouveaux jeux patrocliens. J'ai vu les moutons paître sur les tombes d'Aesicte et d'Antiloque: le premier est au centre de la plaine.
NOTE 25.
Quand l'ambre est frotté, il est susceptible de produire un parfum qui est léger, mais non désagréable.
NOTE 26.
La croyance aux amulettes gravés sur gemmes ou renfermés dans des boîtes d'or, contenant des passages du Koran, et portés autour du cou, du poignet ou du bras, est encore universelle dans l'Orient. Le verset du Koursi (trône), au second chapitre du Koran, décrit les attributs du Très-Haut, et il est gravé de cette manière et porté par les Musulmans pieux, comme la plus est mée et la plus sublime des sentences.
NOTE 27.