Œuvres complètes de lord Byron, Tome 05 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore
Part 13
15. Elle s'est trompée sur les pensées de Conrad, ces pensées l'accusent plutôt qu'elle; il se croit la cause, quoique involontaire, de ses misères. Mais muettes, profondes, sombres et inexprimées, ces pensées dévorent silencieusement son cÅur. Cependant le vent est favorable, les flots ne sont point soulevés, les vagues bleues se jouent devant la proue du navire. Mais sur la ligne lointaine de l'horizon apparaît un point noir--un mât--une voile--un vaisseau armé! Les hommes de quart sur le tillac signalent leur petite barque, et une ample voile que le vent arrondit dans les airs rend sa course plus rapide. Il s'approche avec majesté, se presse sur sa proue, et ses flancs présentent un aspect formidable. Une lueur subite est aperçue,--un boulet dépasse la barque et glisse en sifflant sous les flots. Le pénétrant Conrad sort tout-à -coup de sa rêverie silencieuse; une joie depuis bien long-tems éteinte brille dans ses regards: «C'est mon pavillon--mon pavillon rouge! Allons--allons--je ne suis pas encore abandonné de tout sur l'Océan!» Les pirates reconnaissent le signal, ils répondent au salut; ils mettent la chaloupe en mer, et les voiles sont baissées. «C'est Conrad! c'est Conrad!» Le commandement ne peut réprimer les transports et les acclamations qui s'élèvent du tillac! C'est avec une vive allégresse et un sentiment d'orgueil qu'ils le voient monter de nouveau sur son vaisseau. Un sourire s'épanouit sur chacun de ces rudes visages; ils peuvent à peine s'empêcher de presser leur chef dans leurs francs embrassemens. Lui, oubliant à demi ses dangers et sa défaite, répond à leur accueil comme un chef doit y répondre, serre avec un mouvement cordial la main d'Anselme, et il sent qu'il peut encore vaincre et commander!
16. Ces premiers momens de joie passés, les sentimens qui débordent les corsaires sont des regrets de ramener leur chef sans avoir frappé un seul coup. Ils avaient mis à la voile, préparés pour la vengeance;--s'ils avaient su que c'était la main d'une femme qui avait délivré leur chef et leur avait enlevé cette gloire,--moins scrupuleux que l'orgueilleux Conrad, ils l'auraient nommée leur reine. Par maint sourire interrogatif, et par une surprise d'admiration, ils se communiquent tout bas leurs pensées en regardant Gulnare. Mais elle, tantôt au-dessus,--tantôt au-dessous de son sexe; elle, que le sang n'a point épouvantée, est troublée par leurs regards. Elle tourne vers Conrad un regard faible et suppliant, baisse son voile, et se tient silencieuse à ses côtés. Ses bras sont doucement croisés sur ce cÅur qui--Conrad sauvé--a résigné le reste au destin. Quoique quelque chose de pire que la frénésie puisse remplir ce cÅur, extrême en amour comme en haine, en bien comme en mal, le dernier des crimes l'a laissée encore femme après son exécution!
17. Conrad l'a remarquée, et il a éprouvé--ah! pouvait-il moins? il a éprouvé de l'horreur pour cette action,--mais de la pitié pour sa position cruelle. Ce qu'elle a fait, des torrens de larmes ne pourront jamais l'effacer, et le ciel la punira au jour de sa colère. Mais--ce qu'elle a fait, il le sait: quel que soit son crime, c'est pour lui que le poignard a frappé, que le sang a été versé; et il est libre!--et pour lui elle a donné tout ce qu'elle possédait sur la terre, et plus que tout dans le ciel! Alors il se tourne vers cette esclave aux yeux noirs qui baisse les yeux vers la terre en rencontrant son regard. Elle lui paraît changée et humiliée,--faible et timide; mais variant souvent la couleur de ses joues jusqu'aux teintes les plus profondes de la pâleur,--tout ce qui en reste rouge est cette tache terrible qui a rejailli sur elle de la blessure faite par le poignard! Conrad prend sa main;--elle a frémi:--il est maintenant trop tard.--Cette main si douce au toucher de l'amour,--si puissante dans les inspirations de la haine, Conrad a serré cette main; elle a frémi,--et la sienne a perdu sa fermeté, et sa voix est altérée. «Gulnare!»--mais elle ne répond rien.--«Chère Gulnare!» Elle a levé les yeux:--c'est sa seule réponse;--elle se précipite dans ses bras. S'il l'avait repoussée de cet asile de repos, son cÅur eût été au-dessus ou au-dessous d'un cÅur mortel; mais--bien ou mal--il ne la repoussa point de ses bras. Peut-être, sans les murmures de sa conscience, sa dernière vertu alors serait allée rejoindre les autres. Cependant Médora elle-même aurait pu pardonner ce baiser qui ne demandait rien de plus d'une femme si belle; le premier et le dernier que la fragilité humaine déroba à la constance--sur des lèvres où l'amour avait exhalé tout son souffle; sur des lèvres--dont les soupirs interrompus répandaient un parfum semblable à celui que ce dieu venait de rafraîchir par l'agitation de son aile!
18. Ils atteignent, à l'heure du crépuscule, leur île solitaire. Les rochers semblent leur sourire; le port retentit de murmures joyeux; les signaux brillent en tournant sur les hauteurs; les chaloupes plongent dans la baie tranquille, et les joyeux dauphins les poussent à travers l'écume; le cri aigu de l'oiseau de mer les salue lui-même de sa voix discordante. Près de chaque lampe qui brille à travers les fenêtres de leurs demeures, leur imagination se peint les amis qui en entretiennent la clarté. Oh! qui peut sanctifier les joies du foyer comme l'aimable rayon de l'espérance qui sourit du sein des vagues soulevées de l'Océan?
19. Les feux sont allumés sur la montagne et parmi les bosquets de l'île; Conrad cherche au milieu d'eux la tour de Médora. Il regarde en vain;--c'est étrange:--tous font la même remarque de surprise; au milieu de tant de signaux, cette tour est seule dans l'obscurité. C'est étrange;--autrefois son phare de salut n'avait jamais manqué. Maintenant il n'est peut-être pas éteint, mais seulement voilé. Conrad descend avec la première barque qui se porté au rivage, et contemple avec impatience la lenteur des rames. Oh! que n'a-t-il des ailes plus rapides que celles du faucon, pour le porter comme une flèche sur la cime de la montagne! Au premier repos que prennent les rameurs, il n'attend pas,--ne perd pas de tems à considérer;--il se jette dans les flots, lutte contre les vagues, traverse la baie, et monte par le sentier familier à sa vue.
Il parvient à la porte de sa tour,--s'arrête un instant.--Aucun bruit ne s'échappe de l'intérieur; et la nuit sombre régnait autour de lui. Il frappe avec force,--aucune démarche, aucune réponse ne lui présage que quelqu'un l'a entendu ou l'a cru dans le voisinage. Il frappe encore,--mais faiblement,--car sa tremblante main se refusait de venir au secours de son cÅur troublé. La porte s'ouvre;--c'est un visage bien connu,--mais ce n'est pas la forme qu'il est impatient de serrer dans ses bras. On ne lui dit rien,--deux fois ses lèvres ont essayé de parler sans pouvoir exprimer ce qu'il désire de savoir. Il saisit le flambeau:--sa clarté va lui donner une réponse à tout;--cette lampe s'échappe de sa main, et s'éteint dans sa chute. Il ne voudrait pas attendre qu'elle soit rallumée; il lui en coûterait encore plus d'attendre la clarté du jour. Mais, vacillant à travers le sombre corridor, un autre flambeau jette des lueurs par intervalle. Conrad se précipite dans l'appartement,--ses yeux contemplent tout ce que son cÅur ne pouvait croire,--bien qu'il l'eût pressenti!
20. Il ne s'est point détourné,--ne parle point,--ne défaille point;--il a fixé ses regards sur elle, et contemple une forme qui n'a plus de vie. Il la contemple:--qu'il faut de tems, en dépit de la douleur, pour se persuader, et oser s'avouer que nous contemplons en vain un objet chéri qui n'est plus! Médora avait été si belle et si calme dans sa vie que la mort se présentait chez elle sous un aspect plus doux; et les fleurs glacées [c17] que sa main plus glacée tenait encore étaient pressées doucement, comme si elle les eût serrées à peine, ou qu'elle eût feint de dormir, et qu'elle se fût moquée des larmes répandues déjà sur elle. De longues veines bleues se dessinaient sur ses paupières blanches comme la neige, qui voilaient--des pensées disparues de ces yeux autrefois pleins de vie.--Oh! c'est surtout sur les yeux que la mort exerce sa puissance, et bannit l'ame de son trône de lumière! Ils se sont affaissés et ternis ces cercles bleus dans cette longue et dernière éclipse de la vie; mais la mort a épargné, pour un instant, la fraîcheur des lèvres de Médora:--elles semblent avoir oublié de sourire, et désiré du repos--seulement pour un instant. Mais le blanc linceul, et chaque tresse tombante de ses cheveux longs,--beaux--mais dispersés dans un dernier abandon privé de vie, et qui naguère, jouets du vent d'été, s'échappaient des guirlandes qui s'efforçaient de les retenir dans leur couronne; ces cheveux--et sa joue pâle et pure réclament le froid de la tombe.--Elle n'est plus rien;--pourquoi Conrad est-il encore auprès d'elle?
21. Il n'a fait aucune question;--toutes celles qu'il aurait pu faire avaient été résolues par le premier regard qu'il avait jeté sur ce front calme--et froid comme le marbre. C'était assez pour lui,--elle était morte,--que lui importait comment? L'amour de la jeunesse, l'espérance de meilleures années, là source des désirs les plus doux, des craintes les plus tendres; le seul être vivant qu'il n'ait pu haïr; tout lui était ravi,--et il avait mérité ce destin, mais il n'en sent pas moins toute l'amertume.--L'homme de bien se tourne, pour obtenir un terme à ses douleurs, vers ces régions d'où le crime est à jamais repoussé; l'homme orgueilleux--le méchant--qui ont fixé leurs joies ici-bas, et trouvent la terre suffisante pour leurs douleurs, perdent tout en perdant ce qui les attache à cette terre--peu de chose peut-être.--Mais qui abandonne avec résignation tout ce qui faisait son bonheur? Beaucoup de regards stoïques et d'aspects sévères masquent des cÅurs où le chagrin a laisse peu de choses à connaître; et de nombreuses et tristes pensées demeurent cachées, mais non perdues dans les sourires de ceux auxquels ils conviennent d'autant moins qu'ils les prodiguent davantage.
22. Ceux qui l'éprouvent le plus vivement sont ceux qui expriment le plus mal ce désordre d'un cÅur souffrant, où mille pensées se soulèvent pour se concentrer dans une seule, et qui cherchent dans toutes le refuge qu'ils ne trouvent dans aucune. Nulles paroles ne suffisent pour peindre les émotions intimes de l'ame, car la vérité refuse toute éloquence au malheur. L'épuisement pèse de tout son poids sur l'ame abattue de Conrad, et la stupeur l'a presque rendu immobile. Il est maintenant si faible:--que l'attendrissement de sa mère remplit ces yeux farouches, qui pleurent comme ceux d'un enfant. C'était seulement la faiblesse de son cerveau qui annonçait une douleur irréparable. Personne ne vit les larmes qui tombaient de ses yeux;--peut-être, devant des témoins, cette inutile effusion de la douleur ne se fût point prononcée. Ces larmes n'ont pas long-tems coulé;--il les essuie avant de s'éloigner, le cÅur abandonné de tout,--sans espérance,--brisé,--inconsolable! Le soleil paraît sur l'horizon,--mais le jour de Conrad est sombre; la nuit survient: ses ténèbres ne le quitteront plus. Il n'y a pas de ténèbres plus noires que le nuage de l'ame, aux yeux fatigués du malheur:--c'est le plus aveugle des aveuglemens! Celui qui l'éprouve ne peut--n'ose voir;--mais il se tourne du côté de l'ombre la plus épaisse,--et ne veut pas souffrir un guide!
23. Le cÅur de Conrad était formé pour la douceur,--mais il fut emporté violemment dans l'inconduite. Trahi de trop bonne heure, et trompé trop long-tems, ses sentimens les plus purs,--comme les gouttes d'eau qui tombent et se durcissent dans la grotte, s'étaient durcis de même, moins clairs peut-être que les stalactites, après avoir passé par les filtres terrestres, mais enfin écoulés, glacés et pétrifiés. Cependant les tempêtes sont arrivées, et la foudre a brisé le rocher de glace; si son cÅur est semblable, il s'est brisé sous le choc de la foudre.
Là croît une fleur à l'abri de cet âpre rocher; quoique noire ait été son ombre,--il l'avait protégée,--il l'avait sauvée jusqu'à ce jour. Le tonnerre est venu,--ses traits les ont frappés tous deux; la solidité du granit et la jeunesse de la fleur. Cette aimable plante n'a pas laissé une feuille pour dire son histoire; mais elles se sont dispersées et flétries où elles sont tombées, et de son froid protecteur il ne reste que des fragmens entassés, mais en éclats, sur une plage stérile!
24. C'est le matin;--peu des compagnons de Conrad osent se hasarder à troubler sa solitude. Anselme cherche enfin à pénétrer dans sa tour; il n'y était plus:--on ne l'a pas vu le long du rivage de la mer. Avant la nuit, toute l'île alarmée a été parcourue dans tous les sens. Le matin suivant--d'autres recherches commencent, et son nom retentit jusqu'à fatiguer les échos. Mont,--grottes,--cavernes,--vallées,--tout est exploré en vain. On trouve sur le rivage la chaîne brisée d'une barque. L'espérance renaît dans les cÅurs;--les pirates se mettent à sa trace sur la mer. Tout est inutile;--les jours roulent sur les jours qui ne sont plus, et Conrad ne revient pas:--il ne reviendra plus depuis ce jour. Aucun vestige, aucunes nouvelles de son sort n'indiquent où il supporte ses douleurs, ou bien où il a succombé à son désespoir!
Long-tems ses compagnons pleurèrent celui que nul être qu'eux ne pouvait pleurer; et beau fut le monument qu'ils élevèrent à son amie. Pour lui, aucune pierre monumentale ne fut élevée pour rappeler sa mort douteuse et des actions trop vaguement connues. Il laissa un nom de corsaire aux tems à venir, lié à une vertu, et associé à un millier de crimes[c18].
FIN DU CORSAIRE.
NOTES DU CORSAIRE.
Le tems, dans ce poème, pourra paraître trop court pour les événemens; mais toutes les îles de la mer Ãgée sont à peu d'heures de navigation du continent, et le lecteur voudra bien être assez bon pour prendre _le vent_ comme je l'ai souvent trouvé.
NOTE 1.
_Roland furieux_, chant X.
NOTE 2.
Dans la nuit, particulièrement sous les latitudes chaudes, chaque coup de rame, chaque mouvement des chaloupes ou des vaisseaux est suivi par un éclat léger de lumière qui se détache de l'eau comme une feuille lumineuse.
NOTE 3.
Café.
NOTE 4.
Pipe, en turc.
NOTE 5.
Jeunes danseuses.
NOTE 6.
On a objecté que l'entrée déguisée de Conrad comme espion est hors de la nature.--Il en est peut-être ainsi.--Je trouve quelque chose dans l'histoire qui ne lui est pas contraire.
«Désireux de connaître par ses propres yeux la situation des Vandales, Majorien se hasarda, après avoir dissimulé la couleur de ses cheveux, de visiter Carthage sous le nom de son ambassadeur; et Genséric fut par la suite bien mortifié par cette découverte qu'il fit d'avoir entretenu et renvoyé l'empereur des Romains. Une pareille anecdote peut être rejetée comme une fiction invraisemblable; mais c'est une fiction qui n'aurait pu être imaginée que dans la vie d'un héros.»
(GIBBON, _Décadence et Chute_, vol. VI.)
Que le caractère de Conrad n'en soit pas moins hors nature, je tâcherai de prouver le contraire par quelques coïncidences historiques que j'ai rencontrées depuis que j'ai écrit _le Corsaire_.
«Eccelin, prisonnier, dit Rolandini, s'enfermait dans un silence menaçant; il fixait sur la terre son visage féroce, et ne donnait point d'essor à sa profonde indignation.--De toutes parts, cependant, les soldats et les peuples accouraient; ils voulaient voir cet homme, jadis si puissant, et la joie éclatait de toutes parts.
«Eccelin était d'une petite taille; mais tout l'aspect de sa personne, tous ses mouvemens indiquaient un soldat.--Son langage était amer, son déportement superbe;--et, par son seul regard, il faisait trembler les plus hardis.»
(SISMONDI, tome III, page 219-220.)
«_Gizericus_ (Genséric, roi des Vandales, le conquérant de Carthage et de Rome), _statura mediocris, et equi casu claudicans, animo profundus, sermone rarus, luxuriŠcontemptor_, _irâ turbidus, habendi cupidus, ad sollicitandas gentes providentissimus_, etc., etc.»
(JORNANDES, _de Rebus Geticis_, c. 33.)
Je demande pardon d'avoir cité ces ténébreuses réalités pour donner de la contenance à mon _Giaour_ et à mon _Corsaire_.
NOTE 7.
Les derviches sont dans des couvens et de différens ordres comme les moines.
NOTE 8.
Satan.
NOTE 9.
C'est un effet habituel et non pas nouveau de la colère des Musulmans. (Voyez les _Mémoires du prince Eugène_, p. 24.) «Le séraskier reçut une blessure à la cuisse; il arracha sa barbe par la racine, parce qu'il se trouvait forcé de quitter le champ de bataille.»
NOTE 10.
Gulnare, nom de femme; il signifie littéralement _la fleur du grenadier_.
NOTE 11.
On peut citer, par exemple, sir Thomas Morus sur l'échafaud, et Anne de Boylen qui, dans la Tour, sa prison, en passant la main sur son cou, remarqua que «il était trop délicat pour causer beaucoup de peine à l'exécuteur.» Pendant une partie de la révolution française, il était venu de mode de laisser quelques bons _mots_ comme un legs; et la quantité des derniers bons mots facétieux des victimes, prononcés durant cette période, pourrait former un volume assez considérable de facéties mélancoliques.
NOTE 12.
Socrate but la ciguë peu de tems avant le coucher du soleil (l'heure des exécutions) quoique ses disciples le priassent d'attendre la disparition totale de cet astre.
NOTE 13.
Le crépuscule en Grèce est beaucoup plus court que dans notre propre climat; les jours en hiver sont plus longs, mais plus courts en été.
NOTE 14.
Le _kiosque_ est une maison d'été turque. Le palmier est hors des murs actuels d'Athènes, non loin du temple de Thésée, dont un mur seul le sépare. L'eau du Céphise est réellement bien rare, et l'Ilissus n'en a pas du tout.
NOTE 15.
Les vers précédens, jusqu'à la section 2, avaient peut-être peu de chose à faire ici, car ils font partie d'un poème non publié (quoique imprimé[n6]); mais ils furent écrits sur les lieux, au printems de 1811, et--j'ai peine à savoir pourquoi--le lecteur devra m'excuser, s'il le peut, de leur nouvelle apparition dans ce poème.
[Note n6: _La Malédiction de Minerve_.]
NOTE 16.
Le _comboloïo_ ou rosaire turc; les grains en sont au nombre de quatre-vingt-dix-neuf.
NOTE 17.
Dans le Levant, c'est la coutume de jeter des fleurs sur le corps des morts, et de placer un bouquet dans la main des jeunes personnes.
NOTE 18.
Que le point d'honneur qui est représenté par un exemple du caractère de Conrad n'a pas été porté au-delà des bornes de la probabilité, c'est une proposition qui peut être confirmée par l'anecdote suivante d'un flibustier, confrère du pirate, dans la présente année 1814.
Nos lecteurs ont tous connaissance de l'entreprise dirigée contre les pirates de Barrataria; mais peu d'entre eux, nous le pensons, ont été instruits de la situation, de l'histoire, ou de la nature de l'établissement. Pour l'instruction de ceux qui n'en ont pas connaissance, nous avons reçu d'un ami la relation intéressante qui suit, des principaux faits dont il a une connaissance personnelle, et qui ne peut manquer d'intéresser quelques-uns de nos lecteurs.
«Barrataria est une baie ou un bras étroit du golfe de Mexico; il traverse une riche, mais très-plate contrée, jusqu'à ce qu'il atteigne à un mille de distance le fleuve Mississipi, quinze milles au-dessous de la Nouvelle-Orléans. La baie a des branches innombrables, dans lesquelles on peut se placer en toute sécurité et échapper à toutes les recherches. Elle communique avec trois lacs situés au sud-ouest, et ces trois lacs avec un autre du même nom, contigu à la mer, où il se trouve une île formée par les deux bras de ce lac et par l'Océan. Les côtés Est et Ouest de cette île furent fortifiés, l'année 1811, par une bande de pirates, sous le commandement d'un certain monsieur La Fitte. La plus grande majorité de ces pirates sont de cette classe de population de la Louisiane qui avait fui de l'île Saint-Domingue, lors des troubles qui y survinrent, et qui trouva un asile dans l'île de Cuba. Ce fut lorsque la dernière guerre entre la France et l'Espagne commença qu'ils furent obligés d'abandonner cette île, dans le délai de peu de jours. Sans cérémonie, ils entrèrent dans les Ãtats-Unis, et la plupart dans la Louisiane, avec tous les nègres qu'ils possédaient à Cuba. Il leur fut notifié, par le gouverneur de cet état, l'article de la constitution qui défend l'importation des esclaves; mais, en même tems, ils reçurent l'assurance du gouverneur qu'il obtiendrait pour eux, s'il était possible, l'approbation du congrès pour conserver cette propriété.