Œuvres complètes de lord Byron, Tome 04 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore
Part 21
45. «Ce Dieu descendit dans le sein de sa mère Marie, vierge pure et immaculée. Si vous reconnaissez le divin Rédempteur, sans qui ni le soleil ni les étoiles ne peuvent briller, abjurez la foi fausse et félone du maudit Mahom; reniez votre Dieu, et adorez le mien;--recevez, avec zèle, le baptême, puisque vous vous repentez.» A quoi Morgant répondit: «J'y consens avec plaisir.»
46. Roland courut l'embrasser, prodigua ses carresses à son nouveau converti, et lui dit: «Ce me sera grande joie de vous mener à l'abbaye.--Allons-y, reprit Morgant, j'ai à faire ma paix avec les religieux.» Roland écoutait ces paroles avec un secret orgueil, et disait: «Mon frère, vous êtes si dévot et si bon que vous demanderez pardon à l'abbé, comme je désire que vous le fassiez.
47. «Puisque Dieu à daigné vous éclairer de sa lumière, et vous admettre, dans sa miséricorde, au nombre de ses enfans, l'humilité doit être votre première offrande.» Morgant lui dit alors: «De grâce, puisque votre Dieu va devenir le mien, faites-moi connaître votre rang, et apprenez-moi votre véritable nom; puis je suivrai vos ordres de point en point.» Sur quoi l'autre lui dit qu'il était Roland.
48. «Oh! s'écria le géant, divin Jésus! reçois de ma reconnaissance mille et mille bénédictions! J'ai entendu souvent parler de vous, incomparable baron, durant le cours de mes diverses années; et, comme je vous l'ai dit, je veux être à jamais votre vassal, tant votre bravoure m'inspire d'admiration!» Ainsi causant, tous deux continuèrent à deviser de mainte et mainte chose, et se mirent en route pour l'abbaye.
49. Et, chemin faisant, Roland parlait avec Morgant sur les deux géans tués: «Consolez-vous de leur mort, je vous prie; et, puisque tel est le bon plaisir de Dieu, pardonnez-moi. Ils avaient fait mille outrages aux moines, et nos saintes écritures déclarent nettement--que le bien est récompensé, et le mal puni, et le Seigneur n'a jamais manqué à cette loi,
50. «Tant il aime à rendre justice à chacun. Il veut que ses jugemens accablent quiconque a commis un péché, grand ou petit; mais il n'oublie pas de rendre le bien pour le bien. S'il n'était pas juste, pourrions-nous l'appeler saint, ce Dieu que je veux maintenant vous faire adorer? Tous les hommes doivent prendre sa volonté pour règle suprême de leurs désirs, et lui obéir, soudainement et de plein gré.
51. «Nos docteurs s'accordent tous en ce point, et parviennent tous à cette même conclusion;--c'est que si les bienheureux esprits qui louent le Seigneur dans le ciel, se laissaient entraîner à une compassion coupable pour leurs parens précipités en enfer et voués à la damnation,--soudain leur félicité serait réduite à néant: et en ceci le Tout-Puissant pourrait paraître injuste.
52. «Ils ont mis dans le Christ leur plus ferme espérance, et tout ce qu'il a trouvé bon de faire, leur semble légitime; et cela ne pouvait pas être autrement, car Jésus ne peut faillir en aucun point. Si leurs pères ou leurs mères subissent d'éternelles tortures, ils ne prennent nul souci de leurs pères ni de leurs mères: ce qui plaît à Dieu ne peut que les satisfaire.--Tels sont les devoirs observés par le choeur des élus.
53.--Un mot suffit aux sages, dit Morgant, et vous verrez quel chagrin je ressens du trépas de mes frères; et si j'approuve la volonté de Dieu, suivant la stricte obéissance que vous me dites être pratiquée dans le ciel.--Les morts sont morts,--ne songeons qu'à nous réjouir. Je vais couper les mains aux deux cadavres, et les porter aux saints moines.
54. «Ainsi, chacun pourra s'assurer qu'ils sont bien morts, et qu'on ne doit plus craindre de se promener seul dans ce désert; et l'on verra que mon esprit a été illuminé par la grâce du Seigneur, qui a déchiré le voile des ténèbres, et a fait paraître à mes yeux son brillant royaume.» A ces mots, il coupa les mains de ses frères, et abandonna leurs troncs mutilés aux bêtes féroces et aux oiseaux de proie.
55. Puis ils s'en furent tous deux à l'abbaye, où l'abbé attendait dans la plus grande anxiété. Les moines, qui ne savaient pas encore le fait, coururent en désordre et hors d'haleine vers leur supérieur, et lui dirent en tremblant: «Veuillez nous dire si vous voulez voir ce géant dehors ou dedans.» L'abbé, regardant Morgant à travers la porte, fut trop effrayé au premier aspect pour consentir à ouvrir.
56. Roland, le voyant ainsi troublé, lui dit aussitôt: «Abbé, réjouis-toi; ce géant croit en Jésus-Christ, et doit être compté au nombre des chrétiens; il a renié son faux prophète Mahom.» Morgant corrobora ce discours en exhibant les mains, preuve tout-à-fait claire du sort des deux géans: sur quoi, l'abbé adressa au Seigneur un juste remercîment, disant: «Tu m'as comblé de joie, ô mon Dieu!»
57. Il regarda Morgant, calcula les dimensions de ce nouveau-venu, après les avoir mesurées de l'oeil plutôt deux fois qu'une; puis il dit: «O géant très-illustre! sachez que je ne m'étonnerai plus désormais que vous déraciniez et lanciez les arbres comme vous l'avez fait naguère: mes propres yeux m'instruisent de vos forces. Dorénavant vous vous montrerez l'ami aussi sincère et aussi parfait du Christ, que vous en fûtes autrefois l'ennemi.
58. «Un de nos apôtres jadis, nommé Saül, persécuta la foi du Christ. Un jour enfin, enflammé par le souffle du Saint-Esprit: «Pourquoi me persécutes-tu ainsi?» dit le Christ. Lors, il ouvrit les yeux sur son péché, et s'en fut prêchant en tout lieu et à toute heure le Christ: trompette de la foi, ses accens résonnent et retentissent par toute la terre.
59. «Ainsi ferez-vous, mon cher Morgant: un seul pécheur qui se repent,--telle est la parole de l'évangéliste,--occasionne plus de joie dans les cieux qu'une liste de quatre-vingt-dix-neuf bienheureux. Vous pouvez être sûr que, si tous vos voeux aspirent à Dieu avec un juste zèle, vous goûterez dans l'éternité le bonheur des saints,--vous qui naguères étiez condamné à la perdition et à l'enfer.»
60. Ainsi l'abbé rendit de grands honneurs à Morgant, et durant plusieurs jours on ne songea qu'au repos. Un jour qu'ils se promenaient tous trois, et couraient çà et là au gré de leur caprice, l'abbé ouvrit une chambre où se trouvaient plusieurs armures, et entr'autres certains arcs: Morgant eut la fantaisie d'en prendre un, quoiqu'il pensât n'en faire jamais aucun usage.
61. Ce lieu, étant tout-à-fait dépourvu d'eau, Roland dit en bon et digne frère: «Morgant, vous me feriez plaisir en ce moment, si vous alliez quérir de l'eau.--Vous serez toujours obéi, reprit Morgant; et dès que vous aurez commandé.» Là-dessus, il plaça sur son épaule une grande cuve, et se mit en chemin vers une fontaine, où il avait coutume de boire, et qui était située au pied de la montagne.
62. Arrivé à la fontaine, il entend un prodigieux fracas, qui soudain s'étend dans la forêt: aussitôt il tire de son carquois une flèche, bande son arc, et lève la tête. Voici venir une immense troupe de pourceaux, qui marche avec un bruit pareil à celui de la tempête, et se dirige précisément aux bords de la source: ainsi notre géant se trouve environné de ces immondes animaux.
63. Morgant décocha à tout hasard une flèche qui frappa un porc à l'oreille, et lui perça la tête d'outre en outre; l'animal, blessé à mort, tomba en gambillant. Un autre enfant de la race cochonne, brûlant de venger son frère, courut contre le géant avec une ardeur farouche, et franchit la distance d'un pas si rapide, que Morgant n'eut pas le tems de tirer l'arc.
64. Voyant le verrat près de lui, Morgant lui donna sur la tête un tel coup de poing[278], qu'il lui fracassa le crâne, et l'étendit roide mort à côté de l'autre. Témoins d'un pareil coup, les autres pourceaux s'enfuirent par la vallée. Morgante se mit sur la nuque le baquet rempli d'eau, sans en répandre une seule goutte, sans y imprimer la moindre secousse.
[Note 278:
_He gave him such a_ punch _upon the head. Gli dette in sulla testa un gran punzone_.
Il est étrange que Pulci ait mot à mot employé par avance la phrase technique de mon vieux maître et ami, Jackson, qui a porté l'art à son plus haut degré de perfection. _A punch on the head_ ou _a punch in the head_, «un punzone in sulla testa.» Voilà l'exacte et fréquente locution de nos meilleurs pugilistes, qui se doutent peu de parler le pur toscan.]
65. Le tonneau sur une épaule, et les deux porcs sur l'autre, il marcha à grands pas vers l'abbaye qui se trouvait encore assez loin, et dans sa course il ne perdit pas une gouttelette d'eau. Roland, l'apercevant sitôt reparaître avec les porcs tués et ce vase plein jusqu'au bord, s'étonna de voir un mortel doué d'une si grande force;--ainsi fit l'abbé; et pour recevoir le géant, la porte fut toute grande ouverte.
66. Les moines se réjouirent à la vue de cette eau bonne et fraîche, mais encore davantage en apercevant le porc: tout animal est joyeux à l'aspect de la pâture. Ils laissent dormir leurs bréviaires, et se mettent à l'oeuvre avec une telle gloutonnerie, manient la fourchette avec un tel plaisir, que la chair du cochon n'a pas besoin d'être salée; il n'y a pas de danger qu'elle devienne rance et se pourrisse; car on laisse en arrière tous les jeûnes.
67. Ils mangèrent comme s'ils eussent voulu se crever, et jouèrent si bien de la mâchoire, que les os qu'ils laissèrent semblaient avoir trempé dans l'eau: vive douleur pour le chien et le chat, qui trouvaient à peine de quoi ronger! L'abbé fit grand honneur à tout le monde: puis, quelques jours après cette scène de bombance, il donna à Morgant un beau cheval bien harnaché, qu'il avait long-tems gardé pour son propre usage:
68. Morgant mena le cheval dans une prairie, afin de le faire galopper, et de le mettre à l'épreuve; il croyait peut-être que l'animal avait une échine de fer, ou se croyait lui-même assez léger pour ne point casser les oeufs. Mais la bête, accablée de fatigue, tomba par terre et creva. Tandis qu'elle gisait immobile et froide, Morgant s'écriait: «Allons, lève-toi, rosse rétive!» et il continuait à la piquer de l'éperon.
69. Mais, enfin, il jugea convenable d'abandonner la selle, et dit: «Je suis pourtant léger comme une plume, et il est crevé;--qu'en dites-vous, comte Roland?» Celui-ci repartit: «Vous me semblez plutôt un grand mât avec sa hune en guise de front:--laissez cet animal; la fortune veut que nous cheminions ensemble, moi à cheval, mais vous, Morgant, à pied.» A quoi le géant répondit: «Je le veux bien.
70. «Quand l'occasion s'offrira, vous verrez comme je déploierai mon courage dans le combat.» Roland dit alors: «Je crois, en vérité, que vous serez, s'il plaît à Dieu, un brave chevalier, et vous ne me verrez pas non plus m'endormir. Ne vous inquiétez plus de votre cheval;--toutefois, il vaudrait mieux le porter en quelque bois caché, mais je ne sais ni le moyen ni la route.»
71. Le géant dit: «Eh bien, je le porterai moi-même, puisque le lâche n'a pu me porter;--je rendrai, comme Dieu, le bien pour le mal; mais donnez-moi un coup de main pour le mettre sur mon dos.» Roland répliqua: «Si mon conseil a quelque poids, Morgant, n'entreprenez pas de soulever ou d'emporter ce cheval mort; qui vous fera ce que vous lui avez fait.
72. «Prenez garde qu'il ne se venge, quoique mort, et d'une vengeance irréparable, comme fit jadis le centaure Nessus; je ne sais si vous avez lu ou entendu cette histoire, mais il vous fera crever, soyez-en sûr.--Aidez-moi à me le mettre sur le dos, dit Morgant, et vous verrez quel fardeau je peux supporter, mon bon Roland; je porterais, à la place de ce palefroi, ce clocher avec toutes ses cloches.»
73. L'abbé reprit: «Le clocher est bien là, mais, quant aux cloches, vous les avez brisées.» Morgant répondit: «Ils en portent la peine dans les enfers, ceux qui gisent roides morts dans cette grotte;» et hissant sur ses épaules le cheval qui l'avait fait tomber: «Eh bien, dit-il, regardez, Roland, si la goutte m'est descendue dans les jambes,--et si j'ai la force nécessaire.» Et, à ces mots, il fit deux gambades avec le cheval sur le dos.
74. Morgant étant constitué comme une montagne, il n'y avait aucun prodige à le voir faire cela. Mais Roland le blâmait dans le fond de son ame; il craignait que ce géant, qui était maintenant de sa famille, ne se fît quelque mal ou ne s'estropiât; il l'engagea encore une fois à déposer son fardeau: «Mettez-le à bas, ne le portez pas dans le désert.» Morgant répondit: «Oh! certes, je l'y porterai.»
75. Il le porta, en effet, et le jeta dans quelque recoin; puis il se hâta de retourner à l'abbaye. Roland lui dit: «Pourquoi demeurer ici plus long-tems? Morgant! ici, il n'y a rien à faire, en vérité.» Il prit un jour l'abbé par la main, et lui dit, avec une extrême politesse, qu'il avait résolu de quitter sa Révérence; mais que, pour accomplir cette résolution, il lui demandait pardon et congé:
76. Que les honneurs dont on les comblait sans cesse excédaient peut-être la mesure de leurs mérites. Puis il ajouta: «J'ai intention de réparer, et le plus tôt possible, les jours perdus du tems passé: mon inaction est susceptible de blâme. Je vous aurais, il y a déjà plusieurs jours, demandé permission de partir, mon bon père, mais j'éprouvais une confusion réelle; et je ne sais même encore comment vous dévoiler ma pensée, tant je vous vois content de notre long séjour.
77. «Mais, dans mon coeur, j'emporte, partout où j'irai, le souvenir de l'abbé, de l'abbaye et de ce lieu désert,--tant j'ai conçu d'amour pour vous en si peu de tems! Puisse, du haut des cieux, vous rendre tout le bien que vous m'avez fait, ce vrai Dieu, ce maître éternel et puissant, dont le royaume est ouvert pour vous à la fin du monde! Pour le moment, nous attendons votre bénédiction, et nous nous recommandons vivement à vos prières.»
78. Quand l'abbé entendit le comte Roland, il fut tout attendri jusqu'au fond de son coeur, tant chaque parole allumait en son sein une douce ferveur. «Chevalier, dit-il, si j'ai paru ne pas accorder à votre mérite autant de bienveillance et de courtoisie qu'il convient d'en montrer à un si noble sang (car je sais que j'ai trop peu fait en cette occurrence), n'accusez que notre ignorance et la pauvreté du lieu.
79. «Nous ne pouvons, en vérité, que vous prodiguer les messes; les sermons, les bénédictions et les _Pater noster_; soupers chauds, bons dîners, se trouvent mieux ailleurs que dans les cloîtres. Mais mon coeur est épris d'un tel amour pour vous, à cause des mille et mille vertus que vous nourrissez en votre ame, que je serai partout où vous irez, et que d'autre part, néanmoins, vous resterez avec moi.
80. «Ceci renferme une apparente contradiction; mais je sais que vous êtes sage, que vous entendez et goûtez mes paroles, que vous me comprenez avec une entière conviction. Pour vos justes et pieux exploits, puissiez-vous recevoir les hautes récompenses et la bénédiction du Seigneur, qui vous a envoyé dans ce désert! C'est à sa grande miséricorde que nous devons notre liberté; nous en rendons grâces à lui et à vous.
81. Vous avez sauvé tout à la fois notre vie et notre ame; ces géans nous inspiraient une telle épouvante, que nous avions perdu les voies qui pouvaient guider heureusement nos pas jusques à Jésus et à l'armée céleste. Votre départ fait naître ici une telle douleur, que nous restons tous inconsolables. Mais vous ne pouvez perdre les mois et les années dans l'oisiveté, et vous n'êtes pas né pour revêtir notre modeste costume,
82. «Mais pour porter les armes et manier la lance; et en vérité, on peut, sous les armes, faire oeuvres aussi méritoires que sous ce capuchon; en preuve de quoi je vous invite à lire l'Écriture. Quant à ce géant, son ame peut gagner le ciel, grâce à votre miséricorde: qu'-il aille donc en paix! Je ne cherche pas à découvrir votre état et votre nom; mais, si l'on m'interroge, je dirai, pour réponse, qu'un ange est descendu, ici, du haut des cieux.
83. «Si vous avez besoin d'armures ou de quelque autre chose, venez, examinez notre garde-robe, et prenez-y ce que vous voudrez; choisissez de quoi couvrir la nudité de ce géant.» Roland répondit: «Si il y avait quelque armure qui pût servir à l'usage de mon compagnon, avant de nous mettre en voyage, j'accepterais le présent avec plaisir.» L'abbé reprit alors: «Venez voir.»
84. Ils entrèrent dans une chambre dont la muraille était couverte de vieilles armures comme d'un vernis, et l'abbé leur dit: «Je vous donne tout cela.» Morgant secoua, une à une, ces armures poudreuses qui se trouvèrent toutes trop petites, hormis une seule cuirasse, dont les mailles n'avaient pas non plus échappé à la rouille. Il l'essaya, et ce fut merveille de voir avec quelle exactitude elle s'ajustait à sa taille, comme aucune peut-être n'avait jamais fait.
85. C'avait été la cuirasse d'un géant démesuré, qui, plusieurs années auparavant, était tombé devant l'abbaye, sous les coups du grand Milon d'Angrant. L'histoire était parfaitement figurée sur le mur; on avait peint les derniers momens du cruel ennemi qui, long-tems avait fait à l'abbaye, une guerre implacable; le combat était dessiné, et Milon était là qui renversait son adversaire.
86. Voyant cette histoire, le comte Roland dit en son coeur: «O Dieu! qui sais tout! comment Milon vint-il ici pour donner la mort au géant?» Puis il lut, en pleurant, certaines lettres; il ne pouvait s'empêcher de mouiller de larmes son visage,--comme je vous l'expliquerai dans la suivante histoire.--De mal toujours vous garde le glorieux roi du ciel!
FIN DU MORGANTE MAGGIORE.
DISCOURS PARLEMENTAIRES DE LORD BYRON.
I. Discours sur le bill relatif aux mécaniques (_frame-work bill_), prononcé dans la Chambre des Lords, le 27 février 1812.
II. Sur la motion du comte de Donoughmore, qui réclamait la formation d'un comité pour l'examen des droits des catholiques, le 21 avril 1812.
III. Sur la pétition du major Cartwright, ler juin 1813.
AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR.
Ces trois discours sont certainement dignes d'attirer l'attention. On verra avec plaisir Lord Byron plaider en faveur de la classe ouvrière, réclamer l'émancipation des catholiques, la réforme parlementaire, etc., etc. C'est ainsi que, dès son entrée dans la carrière politique, Byron se sépara de l'orgueilleuse et égoïste aristocratie, à laquelle il appartenait par sa naissance. Que l'on songe que l'émancipation catholique n'a été obtenue qu'en 1828, que la réforme parlementaire trouve encore mille préjugés et mille intérêts à combattre, et l'on ne s'étonnera pas que la _haute société_ anglaise ait prononcé l'anathème contre un _noble_ si infecté d'opinions démocratiques, et l'ait abreuvé de dégoûts, au point de l'obliger à maudire et fuir son pays.
DISCOURS SUR LE BILL RELATIF AUX MÉCANIQUES (Frame-work bill), PRONONCÉ, DANS LA CHAMBRE DES LORDS, LE 27 FÉVRIER 1812.
L'ordre du jour étant la seconde lecture de ce bill, Lord Byron se leva, et (pour la première fois) s'adressa à leurs Seigneuries dans les termes suivans:
MILORDS,
Le sujet actuellement soumis à vos Seigneuries pour la première fois, quoique nouveau à la Chambre, n'est en aucune façon nouveau pour le pays. Je crois qu'il a occupé les sérieuses méditations de toutes sortes de personnes, long-tems avant d'être amené à la connaissance de la législature, qui seule pouvait rendre de réels services. Comme homme attaché en quelque degré au comté souffrant, quoique je sois étranger, non seulement à la Chambre en général, mais presque à chacune des personnes dont j'ose solliciter l'attention, je dois réclamer de vos Seigneuries quelque peu d'indulgence, lorsque j'offre un petit nombre d'observations sur une question dans laquelle je m'avoue moi-même gravement intéressé.
Il serait superflu d'entrer dans le détail des excès commis. La Chambre sait déjà que les mutins se sont tout permis, sauf l'effusion du sang; que les propriétaires des métiers, et toutes les personnes qu'on supposait avoir quelque relation avec eux, ont été exposés à toute espèce d'insultes et de violences. Durant le court espace de tems que je passai récemment dans le Nottinghamshire[279], douze heures ne s'écoulèrent pas sans quelque nouvel acte de violence; et le jour où je quittai le comté, j'appris que quarante métiers avaient été brisés le soir précédent, comme d'ordinaire, sans résistance, et sans qu'on connût l'auteur du délit. Tel était alors l'état de ce comté, et tel il est encore en ce moment, comme j'ai quelque raison de le croire. Mais, tout en admettant que ces excès prennent en ce moment une extension alarmante, on ne peut nier qu'ils n'aient pris naissance du sein d'une détresse inouïe. La persévérance de ces misérables dans leur conduite tend à prouver qu'il n'y a que l'extrême indigence qui ait pu porter une nombreuse, honnête et industrieuse classe du peuple à commettre des violences si périlleuses pour eux-mêmes, pour leurs familles et pour la société.
[Note 279: Le comte de Nottingham, dans le diocèse d'Yorck: pays manufacturier, riche en fabriques de bas faits au métier, de soieries et cotonnades.
(_N. du. Tr._)]