Uvres Completes De Lord Byron Tome 04 Comprenant Ses Memoires P

Chapter 24

Chapter 241,491 wordsPublic domain

Si dans le cours de cette carrière triomphale, où ils recueilleront autant de cailloux qu'en recueillit l'armée de Caligula dans un triomphe semblable, prototype du leur;--si, dis-je, ils n'aperçoivent aucun de ces monumens qu'un peuple reconnaissant élève pour honorer ses bienfaiteurs, oui, quoiqu'il n'y ait pas même une enseigne qui veuille condescendre à déposer la tête du Sarrasin[301] pour la remplacer par l'image des conquérans de Walcheren, ils n'ont pas besoin de portrait, eux qui peuvent toujours avoir les honneurs de la caricature; ils n'ont point à regretter le manque de statue, eux qui se verront si souvent pendus en effigie. Mais leur popularité n'est pas bornée dans les étroites limites d'une île; il y a d'autres contrées où leurs mesures, et surtout leur conduite envers les catholiques les rendra éminemment populaires. S'ils sont aimés ici, en France ils doivent être adorés. Il n'y a pas de mesure plus contraire aux desseins et aux sentimens de Buonaparte que l'émancipation des catholiques; pas de plan de conduite plus favorable à ses projets que celui qui a été, est encore, et sera toujours, je le crains, suivi à l'égard de l'Irlande. Qu'est l'Angleterre sans l'Irlande, et qu'est l'Irlande sans les catholiques? C'est sur la base de votre tyrannie que Napoléon espère bâtir la sienne. L'oppression des catholiques doit inspirer tant de reconnaissance à son coeur, que sans aucun doute (comme il a dernièrement permis un renouvellement de communication) le prochain cartel amènera dans ce pays des cargaisons de porcelaines de Sèvres et de rubans (denrée, grandement recherchée, et de valeur égale en ce moment), de rubans de la Légion-d'Honneur pour le docteur Duigenan et ses disciples ministériels. Telle est cette popularité si bien gagnée, qui résulte de ces expéditions extraordinaires, si ruineuses pour nos finances et si inutiles à nos alliés; de ces singulières enquêtes, si favorables aux accusés, et si peu satisfaisantes pour le peuple, de ces victoires paradoxales, si honorables, nous dit-on, pour le nom anglais, mais si contraires aux vrais intérêts de la nation anglaise: surtout, telle est la récompense, de la conduite tenue par les ministres envers les catholiques.

[Note 301: Une _tête de Sarrasin_ est une enseigne aussi fréquente en Angleterre que l'est chez nous _le lion d'or_, le _soleil d'or_, le _bon coing_, etc.

(_N. du Tr._)]

J'ai à m'excuser auprès de la Chambre, qui, je l'espère, pardonnera à un jeune homme qui n'a pas l'habitude de réclamer souvent votre patience, d'avoir aujourd'hui si longuement tâché d'attirer votre attention. Mon opinion irrévocable est, comme mon vote le sera, en faveur de la motion.

DISCOURS SUR LA PÉTITION DU MAJOR CARTWRIGHT, LE Ier JUIN 1813.

Lord Byron se leva et dit:

MILORDS,

La pétition que je tiens, dans l'intention de la présenter à la Chambre, doit, si je ne me trompe, obtenir une attention particulière de la part de vos Seigneuries; en effet, quoiqu'elle ne soit signée que par un seul individu, elle contient des faits qui, s'ils ne sont pas contredits, demandent de fort sérieuses investigations. Le grief dont le pétitionnaire se plaint, n'est ni personnel, ni imaginaire. Ce grief ne lui est point particulier; il a été, il est encore ressenti par une foule d'autres personnes. Il n'y a aucun citoyen hors de ces murs, ni même, en vérité, dans cette enceinte, qui ne puisse demain être exposé à la même insulte et aux mêmes obstacles, dans l'accomplissement d'un devoir impérieux pour la restauration de la véritable constitution des trois royaumes, en pétitionnant pour la réforme du parlement[302]. Le pétitionnaire, milords, est un homme dont la longue vie a été consacrée à une lutte perpétuelle pour la liberté des citoyens, contre cette influence illégitime qui s'est sans cesse accrue, qui s'accroît encore, et qu'il est nécessaire de diminuer; et, quelque contraires que puissent être plusieurs esprits à ses dogmes politiques, peu de gens mettront en doute la pureté de ses intentions. Maintenant même, accablé d'années, et sujet aux infirmités qui accompagnent son âge, mais sans avoir rien perdu de son talent, ni de son inébranlable énergie,--_frangas, non flectes_[303],--il a reçu plus d'une blessure en combattant contre la corruption; et le nouvel outrage, la récente insulte dont il se plaint, peut lui laisser une cicatrice de plus, mais non le déshonorer. La pétition est signée par John Cartwright; et c'est pour la cause du peuple et du parlement, dans la légitime poursuite de cette réforme dans la représentation du pays, réforme qui est le meilleur service qui puisse être rendu tant au parlement qu'au peuple, que le major Cartwright a souffert l'indigne outrage qui fait le sujet principal de sa pétition à vos Seigneuries. Sa plainte est écrite dans un langage ferme, mais respectueux;--dans le langage d'un homme qui n'oublie pas sa propre dignité, mais en même tems a, je crois, un sentiment égal de la déférence due à la chambre. Le pétitionnaire avance, entre autres faits d'importance, sinon plus grande, au moins égale, pour tous ceux qui sont Bretons par les sentimens, comme par le sang et par la naissance, que le 21 janvier 1813, à Huddersfield, lui et six autres personnes qui, à la nouvelle de son arrivée, s'étaient rendues auprès de lui, dans l'intention pure et simple de lui donner un témoignage de respect, furent saisies par les autorités civile et militaire, et tenues au secret pendant plusieurs heures, sous le poids d'une grossière et injurieuse prévention insinuée par l'officier commandant, relativement au caractère du pétitionnaire; que lui (le pétitionnaire), il fut enfin conduit devant un magistrat, et ne fut remis en liberté qu'après qu'un examen minutieux de ses papiers eut prouvé qu'il était non-seulement injuste mais matériellement impossible d'articuler contre lui une charge quelconque; et que, malgré la promesse et l'ordre exprès du président du tribunal, la copie du mandat d'arrêt lancé contre le pétitionnaire a été refusée sous divers prétextes, et n'a pu, jusqu'à cette heure, être obtenue. Les noms et la condition des parties intéressées se trouvent dans la pétition. Quant aux autres points dont il est question dans la pétition, je ne m'en occuperai pas maintenant, désireux que je suis de ne pas abuser du tems de la Chambre; mais j'appelle sincèrement l'attention de vos Seigneuries sur ces divers points.--C'est dans la cause du parlement et du peuple que la liberté individuelle de ce vénérable citoyen a été violée; et c'est, dans mon opinion, la plus haute marque de respect qu'il ait pu donner à la Chambre, que de recourir à votre justice, plutôt qu'à un appel à une cour inférieure. Quel que puisse être le sort de sa plainte, c'est pour moi une satisfaction, à la vérité, mêlée de regret en cette circonstance, que d'avoir eu l'occasion de dénoncer publiquement les obstacles auxquels le citoyen est exposé dans la poursuite du devoir le plus légitime et le plus impérieux,--celui d'obtenir, par voie de pétition, la réforme parlementaire. J'ai brièvement exposé le grief dont le pétitionnaire se plaint plus longuement. Vos Seigneuries adopteront, je l'espère, une mesure propre à donner pleine protection, pleine réparation au pétitionnaire, et non pas au pétitionnaire seul, mais au corps entier de la nation, insulté et blessé dans un de ses membres par l'interposition d'une autorité civile abusée et d'une force militaire illégale entre les citoyens et leur droit d'adresser des pétitions à leurs représentans.

[Note 302: Le _jeu d'esprit_ suivant, adressé à M. Hobhouse sur son élection à Westminster, a été attribué à Lord Byron. On le rappelle ici à cause de son rapport au sujet en question:

«_Mors janua vitæ_.»

_Would you get to the house through the true gate, Much quicker than even whig Charley went? Let Parliament send you to Newgate-- And Newgate will send you to--Parliament_.

«Voulez-vous gagner la Chambre par la véritable porte, beaucoup plus vite même que le whig Charley n'y parvint? Faites-vous envoyer par le Parlement à Newgate, et Newgate vous enverra au Parlement.

(_N. d'un édit. anglais_.)]

[Note 303: On peut le briser, non le fléchir.

(_N. du Tr._)]

Sa Seigneurie présenta alors la pétition du major Cartwright: on en fit lecture. Plainte y était faite de ce qui était arrivé à Huddersfield, et des entraves opposées au droit de pétition dans plusieurs endroits de la partie septentrionale du royaume.

Sa Seigneurie fit la motion que la pétition fût prise en considération[304].

[Note 304: _Should be laid on table_, mot à mot, «fût mise sur la table.»

(N. du Tr.)]

Plusieurs pairs ayant parlé sur la question, Lord Byron répliqua qu'il avait, par des motifs de devoir, présenté cette pétition à l'examen de leurs Seigneuries. Un noble comte avait prétendu que ce n'était pas une pétition, mais un discours; et que, comme elle ne contenait aucune prière, elle ne devait pas être accueillie.--Quelle était la nécessité d'une prière? Si ce mot devait être employé dans son sens propre, leurs Seigneuries ne pouvaient attendre qu'aucun homme adressât une prière à d'autres hommes.--Il n'avait rien autre chose à dire, sinon que la pétition, quoique conçue dans certains passages en termes peut-être trop forts, ne contenait aucune phrase inconvenante, mais était écrite dans un style fort respectueux envers leurs Seigneuries, il espérait donc que leurs Seigneuries prendraient la pétition en considération.

FIN DES DISCOURS PARLEMENTAIRES.