Uvres Completes De Lord Byron Tome 04 Comprenant Ses Memoires P

Chapter 10

Chapter 103,740 wordsPublic domain

15. Timour! te voilà donc à ton tour dans la cage de ton prisonnier[120]! Quels pensers seront les tiens? Dans ta rage captive, tu ne nourriras qu'une idée, une seule:--«Le monde _fut_ à moi!» A moins pourtant que tu n'aies le sort du souverain de Babylone[121], que tu ne perdes tout sentiment avec le sceptre, que les liens de la vie ne retiennent pas plus long-tems cet esprit si ambitieux,--si long-tems obéi,--de si peu de valeur!

[Note 120: Cage où Bajazet fut enfermé par l'ordre de Tamerlan--ou Timour.]

[Note 121: Nabuchodonosor changé en boeuf.....]

16. Ou comme celui[122] qui déroba le feu du ciel, feras-tu tête au choc? partageras-tu avec ce misérable, qui n'obtint jamais de pardon, son vautour et son rocher? Damné déjà par Dieu,--maudit par l'homme, la dernière scène de ton drame, sans être la plus coupable, a été _l'archi-risée_[123] du démon: Satan, dans sa chute, garda sa fierté, et s'il eût été mortel, c'est avec la même fierté qu'il serait mort!

[Note 122: Prométhée.]

[Note 123: _Arch mock_..... Allusion aux vers de Shakspeare:

«_The fiend's arch mock_-- _To tip a wanton, and suppose her chaste_.--»]

IX.

ODE TRADUITE DU FRANÇAIS[124].

[Note 124: Voir la première note de l'Ode à Venise.

Nous ne connaissons pas le texte original de cette prétendue traduction.

(_N. du Tr._)]

Nous ne te maudissons pas, Waterloo! quoique le sang de la liberté ait arrosé tes plaines; ce sang fut versé sur un sol où il ne s'abîma pas: il jaillit de chaque blessure, comme la trombe s'élève de l'océan; et, d'un mouvement vigoureux et de plus en plus rapide, il s'élance, et se mêle dans l'air avec celui de l'infortuné Labédoyère:--avec celui du guerrier dont la tombe honorée renferme le plus brave entre les braves[125]. Il s'amoncelle en nuages rouges de feu; mais il retombera sur la terre dont il s'est élevé: quand la mesure sera comble, l'orage éclatera:--jamais n'aura été entendu tonnerre pareil au tonnerre qui alors frappera le monde de surprise;--jamais n'aura été vu éclair pareil à l'éclair qui alors brillera sur la voûte céleste! Telle, l'étoile d'absinthe, prédite par le saint prophète des anciens jours, fera pleuvoir sur la terre un déluge de feu, et changera les rivières en sang[126]!

[Note 125: Le maréchal Ney, prince de la Moskowa.

(_N. du Tr._)]

[Note 126: Voir l'_Apocalypse_, ch. VII, verset 7, etc. «Le premier ange sonna de la trompette, et il s'ensuivit de la grêle et des flammes mêlées à du sang, etc.»

Verset 8. «Et le second ange sonna de la trompette, et il sembla qu'une grande montagne de feu fût jetée dans la mer; et le tiers de la mer devint sang, etc.»

Verset 10. «Et le troisième ange sonna de la trompette, et il tomba du ciel une grande étoile, brûlant comme une torche, et elle tomba sur le tiers des rivières et sur les sources des eaux.»

Verset 11. «Et le nom de l'étoile est _Absinthe_; et le tiers des eaux devint _absinthe_; et plusieurs hommes moururent des eaux qui étaient devenues amères.»]

Le héros est tombé; mais non par vous, vainqueurs de Waterloo! Tant que le soldat citoyen ne commanda à ses concitoyens--que pour les guider sur les champs de bataille, où la gloire souriait au fils de la liberté,--qui donc, parmi tous les despotes ligués, lutta contre le jeune héros? qui put se vanter d'avoir vaincu la France, avant que la tyrannie n'eût usurpé tous les droits? avant que le grand homme, leurré par les attraits de l'ambition, ne fût plus devenu qu'un roi? Alors il tomba:--ainsi périssent tous ceux qui voudraient asservir les hommes à l'homme!

Et toi aussi, guerrier au panache de neige, toi, à qui ton royaume a refusé même un tombeau[127], mieux aurait valu pour toi continuer à conduire la France contre des armées mercenaires, que te vendre toi-même à l'infamie et à la mort pour un vil nom de roi, tel que celui du monarque de Naples, qui porte aujourd'hui le titre que tu achetas au prix de ton sang. Tu songeais peu, lorsque, sur ton cheval de bataille, tu te précipitais, comme un fleuve qui déborde, à travers les rangs armés, lorsque les casques fendus et les sabres entrechoqués étincelaient et tombaient en éclats autour de toi:--tu songeais peu à la destinée que tu trouvas au bout de la carrière! Ton panache hautain fut mis à bas par le coup déshonorant qu'y porta un esclave! Jadis,--semblable à la lune qui commande au flux et reflux de la mer, il parcourait les airs et guidait le guerrier; au milieu de la nuit créée par la noire et sulfureuse fumée du combat, le soldat cherchait des yeux ce superbe cimier, et, comme il le voyait toujours marcher en avant, ainsi marchait-il lui-même contre nos ennemis. Là où les traits rapides de la mort immolaient le plus de victimes, où la guerre entassait le plus de débris sous la bannière triomphante de l'aigle à l'aigrette flamboyante,--de l'aigle qui volait au sein des orages et des tonnerres, dont rien ne pouvait arrêter l'aile impétueuse, et qui lançait les foudres de la victoire:--oui, lorsque la ligne des ennemis se brisait, que la mort éclaircissait les rangs, ou que la fuite les dispersait dans la plaine, là, soyez-en sûrs, Murat chargeait! Hélas! il ne chargera plus désormais!

[Note 127: Les restes de Murat ont été, dit-on, exhumés et livrés aux flammes.]

Les envahisseurs foulent nos gloires passées: la victoire pleure sur les ruines de ses arcs de triomphe.--Mais que la liberté se réjouisse, que sa voix révèle son coeur! Sa main appuyée sur son épée, elle recevra un double hommage. La France a reçu deux fois une leçon morale chèrement achetée:--son salut ne gît point dans un trône, sur lequel siége Capet ou Napoléon[128]; mais dans l'égalité des droits et des lois; mais dans l'union des coeurs et des bras pour une grande cause,--la liberté, telle que Dieu l'a donnée à tous ceux qui vivent sous le soleil, avec le souffle vital, et dès l'heure de la naissance;--la liberté, que le crime veut en vain chasser du monde, en dispersant, d'une main farouche et prodigue, les richesses des nations comme les grains du sable, en versant, comme l'eau, le sang des nations dans un impérial océan de carnage!

[Note 128: Il paraîtrait que M.A.P. n'a pas osé traduire cela; il dit: «Son bonheur ne dépend point du trône, il dépend de l'égalité, etc.» Sa traduction serait donc aussi timide sous le rapport politique que sous le rapport poétique.

(_N. du Tr._)]

Mais les mortels uniront leurs coeurs, leurs esprits et leurs voix: qui donc fera tête à cette noble ligue? Le tems n'est plus où le glaive soumettait les peuples. L'homme peut mourir;--les idées renaissent. Même ici bas, dans ce monde de misères, la liberté ne peut manquer d'avoir un héritier. Des millions d'hommes ne respirent que pour recueillir ce précieux héritage. La liberté a pris un essor que rien ne peut dompter: si elle assemble encore une fois ses armées, les tyrans seront forcés de croire et de trembler:--sourient-ils de cette simple menace? Des larmes de sang couleront encore.

X.

ODE A L'ILE DE SAINTE-HÉLÈNE.

1. Paix à toi, île de l'Océan! Salut à tes brises et à tes vagues! Salut à tes rochers contre lesquels le perpétuel retour des marées fait écumer le flot blanchâtre! Riche sera la guirlande que l'histoire tressera pour toi! Immortelle en sera la verdure! Quand les nations, qui te laissent aujourd'hui dans l'obscurité, fléchiront tour à tour le genou devant la baguette de l'oubli, ta gloire ne sera pas changée,--ta renommée ne sera pas ternie:--l'hommage des siècles rendra ton nom sacré.

2. Salut au guerrier qui repose sur ton sol le riche fardeau de sa gloire[129]! Quand la mesure de ses jours sera comble, et que la chronique de sa vie sera close, ses exploits seront consacrés dans les annales de Clio! Sa valeur le rangera parmi les plus illustres preux de tous les âges, et les monarques futurs s'inclineront devant son génie:--les chants des poètes,--les leçons des sages--le diront la merveille et l'ornement du monde. Devant toi, ô météore de la Gaule, les autres météores de l'histoire s'évanouiront éclipsés par ta splendeur.

[Note 129: Cette strophe seule devra réconcilier le lecteur avec Lord Byron, qui l'aura sans doute indisposé comme nous par l'amertume plus que sévère avec laquelle il reprochait à Napoléon (Ode VIII) de ne s'être pas tué après Waterloo.

(_N. du Tr._)]

3. De salutaires zéphirs rafraîchiront ton atmosphère, île éblouissante de gloire! Des contrées les plus éloignées, il te viendra un peuple de pélerins, tribu aussi indépendante que tes vagues! Ta grève, au loin resplendissante, arrêtera le voyageur qui voudra jeter un rapide coup-d'oeil sur un lieu si renommé:--chaque touffe de gazon, chaque pierre, chaque roc, retardera son séjour sur ce sol qu'auront sanctifié les pas de l'exilé! car c'est de lui que tu recevras un lustre divin: le déclin de son soleil a été le lever du tien.

4. Et quels bras l'ont enchaîné? les bras qui avaient lutté faiblement contre le sien:--les nations qui l'avaient souvent bravé, mais n'avaient pu le dompter jusqu'à ce jour! les monarques qui maintes fois courbèrent la tête devant sa clémence, et reçurent de sa main les couronnes que leur avait ravies la guerre!--Le vainqueur, aujourd'hui vaincu, l'aigle aujourd'hui frappé à mort, laisserait-il leur vengeance sévère éteindre les rayons de son étoile! Non: la gloire apparaît, vêtue d'une splendeur nouvelle, et l'astre des siècles revient à l'ascendant.

5. Pure à jamais soit la bruyère de tes montagnes! riche la verdure de tes pâturages! limpides et intarissables les eaux de tes fontaines! Puissent tes annales n'être souillées d'aucuns désastres! Élève-toi sur la surface de l'Océan, comme un magnifique autel, comme un saint reliquaire cher aux prières du genre humain!--Vienne se briser contre les rochers de ton rivage la rage de la tempête,--la lutte dévastatrice des vagues et des vents!--Qu'au haut de tes créneaux déploie long-tems ses ailes l'aigle, ton ornement; l'aigle, orgueil de l'univers.

6. Il se flétrira, le lis qui fleurit à cette heure! Où est la main qui peut le nourrir? Les nations qui le relevèrent le regarderont dépérir: les rosées froides jetteront sur lui une malédiction précoce. Alors la violette qui fleurit dans les vallées chargera la brise de son vivifiant parfum: alors, aussitôt que l'esprit de liberté ralliera les peuples pour chanter une antienne funèbre sur la tombe de la tyrannie, la vaste Europe craindra que ton étoile ne paraisse soudain sur l'horizon, et n'éclipse les astres pestifères du septentrion.

XI.

A NAPOLÉON.

(Traduit du français.)

«Tout le monde pleurait, mais surtout Savary, et un officier polonais qui devait son élévation à Bonaparte. Il s'attachait aux genoux de son maître; il écrivit à lord Keith, pour demander la permission d'accompagner Napoléon, même en qualité de domestique: demande qui ne put être accordée.»

1. Dois-tu partir, ô mon illustre chef, séparé du petit nombre des braves qui te sont restés fidèles? Qui peut dire la douleur de ton soldat, dont la raison s'égare à ce long adieu? J'ai connu les feux de l'amour, les ardeurs de l'amitié; mais qu'est-ce que tout cela auprès de ce que je sens pour toi, auprès du zèle d'un guerrier fidèle?

2. Idole du soldat! Grand dans les combats; mais plus grand encore aujourd'hui: plusieurs purent gouverner un monde, toi seul ne courbas pas la tête sous l'arrêt du destin. Que d'années j'ai bravé la mort à tes côtés! et j'enviais ceux qui succombaient, lorsque leur cri de mort était encore une bénédiction pour le maître qu'ils servaient si bien[130].

[Note 130: «A Waterloo, on vit un homme, dont le bras gauche avait été cassé par un boulet de canon, s'arracher ce bras avec la main droite, le lancer en l'air, et crier à ses camarades: «Vive l'Empereur, jusqu'à la mort!» Il y a plusieurs autres exemples de la sorte: celui que je vous rapporte, vous pouvez le regarder comme authentique.»

(_Lettre particulière de Bruxelles_.)]

3. Que ne suis-je, comme eux, une froide poussière, puisque je vis pour voir cette heure fatale, où tes timides ennemis hésitent de laisser un homme en tes mains, de peur que tes compagnons d'exil ne deviennent, pour toi, autant d'instrumens de liberté! Oh! dans le fond des cachots, toutes leurs chaînes me seraient légères; tant que je pourrais contempler ton ame invaincue.

4. Les flatteurs de cet homme, aujourd'hui si sourd à la prière d'un serviteur fidèle, voudraient-ils, si sa gloire empruntée venait à pâlir, partager avec lui obscurité dans laquelle il naquit? Si ce monde, que tu résignes avec tant de calme, devenait, à cette heure; son domaine, pourrait-il acheter, au prix de ce trône, des coeurs comme ceux qui te sont encore tout dévoués?

5. Mon chef, mon roi, mon ami, adieu! Jamais je ne m'étais encore agenouillé; jamais je ne suppliai mon souverain, comme j'implore aujourd'hui ses ennemis; et tout ce que je demande, c'est de participer à tous les périls qu'il va braver, c'est de partager à côté du héros sa chute, son exil et sa tombe.

XII.

SUR L'ÉTOILE DE LA LÉGION D'HONNEUR.

(Traduit du français.)

1. Étoile des braves!--toi, dont les rayons ont répandu tant de gloire sur les morts et sur les vivans,--enchanteresse brillante et adorée! pour te rendre hommage, des millions de soldats couraient aux armes;--redoutable météore d'immortelle origine! pourquoi naître dans le ciel pour t'éteindre sur la terre?

2. Les ames des héros moissonnés par la guerre formaient tes rayons; l'immortalité étincelait dans tes éclairs; l'harmonie de ta sphère martiale était: «Gloire là-haut, et honneur ici-bas;» et ta lumière éblouissait les yeux des hommes, comme un volcan de la voûte azurée.

3. Ton fleuve de sang roulait comme la brûlante lave, et entraînait les empires dans ses ondes. La terre tremblait sous toi jusqu'en ses fondemens, alors que tu éclairais tout l'espace; en ta présence, le soleil cessait de rayonner, devenait sombre, et quittait l'horizon.

4. Avant toi s'éleva, et avec toi s'agrandit un arc-en-ciel du plus doux éclat, de trois brillantes couleurs[131], toutes divines, et faites pour ce signe céleste; car la main de la liberté les avait alliées, comme les nuances d'une gemme immortelle.

[Note 131: Le drapeau tricolore.]

5. Une de ces couleurs était un rayon d'écarlate dérobé au soleil; une autre, le bleu foncé de l'oeil d'un séraphin; une autre, le voile blanc de radieuse lumière, dont s'enveloppe un pur esprit; les trois couleurs, ainsi assorties, semblaient le tissu d'un rêve céleste.

6. Étoile des braves! tes rayons pâlissent, et les ténèbres vont de nouveau prévaloir! Toutefois, noble arc-en-ciel de liberté, nos larmes et notre sang doivent couler pour toi. Quand ta brillante promesse s'évanouit, notre vie n'est qu'un fardeau d'argile.

7. Les pas de la liberté sanctifient les silencieuses cités des morts; les guerriers qui succombent sous ses drapeaux sont beaux et fiers dans la mort. Ainsi, puissions-nous bientôt, ô déesse, être pour toujours avec eux ou avec toi!

XIII.

ODE.

1. Oh! honte à toi, terre de la Gaule! honte à tes enfans et à toi! Imprudente dans ta gloire, et vile dans ta chute, combien ton partage est misérable! Dans ton abandon, tu seras en butte aux coups de l'ironie, d'une ironie qui ne mourra jamais: les malédictions de la haine et les sifflemens du mépris chargeront ton atmosphère; et, sur tes ruines, retentiront à jamais les rires du triomphe, les insultantes railleries du monde!

2. Oh! où donc est l'esprit de tes anciens jours, l'esprit qui animait tes fils, alors que l'étoile de la bravoure était leur fanal, et que la passion de l'honneur les guidait à la mort? Tes orages ont troublé leur sommeil. Entends-tu les gémissemens qui s'élèvent du fond des tombeaux. Ces dignes preux murmurent de colère, pleurent de désespoir, à voir la tache impure imprimée sur ton sein; car, où est la gloire qu'ils te remirent en dépôt? elle est perdue dans les ténèbres, foulée dans la poussière.

3. Va, parcours de ton regard tous les royaumes de la terre, depuis l'Indus jusques au pôle; quelque peu de bonté, d'honneur et de vertu mêlera son éclat aux ténèbres du péché. Mais toi, tu n'as rien que ta honte; le monde ne peut offrir rien de pareil à toi; l'horreur et le vice ont défiguré ton nom au-delà de toute comparaison; étonnante de forfaits, tu nous fourniras, à l'avenir, un modèle, un proverbe, pour la perfidie et le crime.

4. Tant que le triomphe couvrit de gloire le glaive de ton maître; tant que le héros fut debout, tes éloges suivirent partout ses pas, et applaudirent à l'effusion du fleuve de sang. Et cependant la tyrannie siégeait sur l'impériale couronne, et flétrissait au loin les nations; mais, à tes yeux, le despote mérita un renom brillant, jusqu'à l'heure où la fortune abandonna son char; _alors_ tu te dérobas à ton chef,--tu t'empressas de l'outrager, tu fus la première à le trahir.

5. Tu oublias ses exploits, les travaux qu'il avait supportés pour ta cause; tu tournas tes hommages vers le nouveau soleil qui se levait, et entonnas d'autres hymnes de gloire. Mais l'orage se mit à gronder, l'adversité obscurcit l'astre de lumière; l'honneur et la foi furent la fanfaronnade d'une heure, et la loyauté elle-même, rien qu'un rêve.--Celui que tu avais banni reçut de nouveau tes sermens; et qui avait été le premier à l'insulter, fut aussi le premier à l'adorer.

6. Quel tumulte ébranle ainsi les airs? quelle foule environne son trône? C'est un cri d'enthousiasme, ce sont des millions de sujets qui jurent de n'obéir qu'à son sceptre. Les revers feront éclater leur zèle; l'infortune rendra sacré le nom de l'empereur. Le monde, qui le persécute, va sentir avec douleur quel esprit, quelle ardeur inextinguible anime les Français, dès que leurs coeurs sont embrasés; car ils ont le héros qu'ils aiment, ils ont le chef qu'ils admirent.

7. Leur héros s'est précipité au combat: une ombre couvre ses lauriers.--Où est le zèle qui ne devait jamais céder, la loyauté qui ne devait jamais s'évanouir? En un moment, la désertion et la perfidie abandonnèrent le vaincu à ses ennemis: les lâches, à qui son sourire avait donné les honneurs et la puissance, le délaissèrent et le renièrent dans son adversité; et les millions de Français qui avaient juré de périr pour le sauver, le virent fugitif, captif, esclave!

8. O terre de la Gaule! les contrées les plus sauvages, les plus désertes, sont plus nobles et meilleures que toi! Tu es pour les hommes un objet de surprise et d'horreur, tant la perfidie te défigure! Si tu étais le lieu où je fusse né, je m'arracherais soudain de tes bras, je fuirais aux extrémités du monde, et te quitterais pour toujours; oui, pour toujours. Si jamais je pensais à toi après longues années, cette pensée appellerait encore la rougeur sur mon front, et les larmes sur ma paupière.

9. Oh! honte à toi, terre de la Gaule! honte à tes enfans et à toi! Imprudente dans ta gloire, et vile dans ta chute, combien ton partage est misérable! Dans ton abandon, tu seras en butte aux coups de l'ironie, d'une ironie qui ne mourra jamais: les malédictions de la haine et les sifflemens du mépris chargeront ton atmosphère, et sur tes ruines retentiront à jamais les rires du triomphe, les insultantes railleries du monde[132]!

[Note 132: La révolution de juillet vient de donner un glorieux démenti aux anathèmes que semblait mériter, en 1815, la France humiliée par le second retour des Bourbons. Nous voilà redevenus _la grande nation_!

(_N. du Tr._)]

XIV.

ADIEUX DE NAPOLÉON.

(Traduit du français.)

1. Adieu, terre où le nuage de ma gloire s'éleva pour couvrir de son ombre l'univers entier!--Tu m'abandonnes aujourd'hui;--mais mon nom remplit les pages les plus brillantes ou les plus sombres de ton histoire. J'ai combattu contre un monde qui ne m'a vaincu qu'après que le météore trompeur de la conquête m'eut entraîné trop loin: j'ai tenu tête aux nations qui me craignent encore dans mon abandon solitaire, moi, dernier captif de plus d'un million de guerriers!

2. Adieu, France!--Quand ton diadême ceignait mon front, j'en fis la perle et la merveille du monde;--mais ta faiblesse ordonne que je te laisse comme je t'ai trouvée, dans la décadence de ta gloire et le déclin de ta vertu. Oh! que n'ai-je encore ces vétérans de la bravoure, qui gagnèrent toutes leurs batailles et ne furent moissonnés qu'en luttant contre les tempêtes:--avec eux, l'aigle, dont le regard perdit en ce moment sa force, avait toujours, dans son essor, fixé ses yeux sur le soleil de la victoire!

3. Adieu, France!--Mais quand la liberté ralliera encore une fois ses bannières dans tes provinces, aie souvenir de moi:--la violette croît toujours dans le fond de tes vallées; elle est flétrie, mais tes larmes épanouiront encore sa fleur.--Oui, je puis encore confondre les armées qui nous environnent: ton coeur peut encore tressaillir et se réveiller à ma voix.--Il est des anneaux qui doivent rompre, dans la chaîne qui nous a liés: _alors_, tourne-toi vers Napoléon, appelle à ton aide le chef de ton choix.

XV.

MADAME LAVALETTE.

1. Laissons les critiques d'Édimbourg écraser de leurs éloges leur Mme de Staël, et leur célèbre Mlle l'Épinasse; l'orgueilleuse philosophie luit, tout au plus, comme un météore, et la gloire d'un bel esprit est aussi frêle que le verre. Mais pleins de vie sont les rayons, éternelle est la splendeur de ton flambeau, noble amour conjugal! et jamais tu n'as répandu un éclat plus saint, plus pur ou plus tendre que sur le nom de la belle Lavalette.

2. Allons, remplissez la coupe jusques aux bords: la vertu même la bénira, et consacrera la liqueur qui mousse en l'honneur de ce nom: les lèvres ardentes de la beauté presseront pieusement le verre, et l'hymen portera un honorable toast. Nous acquitterons une dette légitime envers cette femme, qui a risqué, pour son mari, sa liberté et sa vie, et nous saluerons de nos applaudissemens l'épouse héroïne, la fidèle, la noble, la belle Lavalette!

3. De cruels ennemis, dans leur impuissante malice, ont prononcé, contre le captif sauvé, un arrêt que l'Europe entière abhorre: oui, l'Europe entière se détourne des esclaves de ce palais peuplé de prêtres, et ceux qui les ont replacés rougissent aujourd'hui pour eux. Mais, dans les âges à venir, quand la gloire ensanglantée des ducs et des maréchaux se sera évanouie dans les ténèbres, tous les coeurs palpiteront encore, tous les yeux étincelleront, au récit du sublime dévouement de la belle Lavalette.

XVI.

ADIEU[133].

[Note 133: Ce sont les adieux de Lord Byron à sa femme.

(_N. du Tr._)]