Uvres Completes De Lord Byron Tome 03 Avec Notes Et Commentaire
Chapter 1
qui mène à la cellule, et les lieux de réclusion eux-mêmes sont totalement obscurs. Une petite ouverture, pratiquée dans le mur, laissait pénétrer l'air humide des passages, et servait pour introduire la nourriture des prisonniers; une planche de bois, élevée d'un pied au-dessus du sol, était tout leur ameublement. Les conducteurs vous disent qu'on ne leur accordait aucune lumière. Les cellules ont à peu près cinq pas de longueur, deux et demi en largeur, et sept pieds de hauteur; elles sont directement placées l'une sous l'autre, et la respiration est très-difficile dans les plus basses. Quand les républicains français descendirent dans ces hideux réduits, ils ne trouvèrent qu'un seul prisonnier, et l'on dit qu'il y était depuis seize années; mais les prisonniers qui avaient habité les autres cachots, y avaient laissé des traces de leur repentir ou de leur désespoir; traces qui sont encore visibles et qui doivent peut-être quelque chose à une récente supercherie. Quelques-uns des détenus paraissent avoir offensé le clergé, et d'autres avoir appartenu à ce corps sacré; non-seulement cela se suppose par leurs signatures, mais encore par les églises et les clochers qu'ils ont griffonnés sur les murs. Le lecteur ne peut être fâché de voir ici un spécimen des réflexions inspirées par une aussi terrible solitude. Voici trois de ces inscriptions copiées aussi exactement que possible avec le crayon:
I.
Non ti fidar ad alcuno, pensa e laci Se fuggir vuoi di spioni insidie e lacci. Il pentirti, pentirti nulla giova; Ma ben di valor tuo la vera prova.
1607 a dia genaro. Fui retento p' la bestiemma p' aver dato da manzar a un morto.
Jacomo GRITTI scrisse.
II.
Un parlar poco et Negare pronto et Un pensar al fine puo dare la vita A noi altri meschini.
1605.
Ego John BAPTISTA ad ecclesiam Cortellarius.
III.
Di chi mi fido guardami Dio Di chi non mi fido mi garderò io.
Va. la Sta. Ch. Ka. Rna.
Le copiste a conservé les solécismes sans les corriger; quelques-uns, cependant, ne sont pas volontaires, puisque les lettres étaient évidemment tracées dans l'obscurité. Il suffit de remarquer que _Bestemmia_ et _Mangiar_, peuvent se lire dans la première inscription, qui fut probablement écrite par un prisonnier renfermé pour quelque action impie commise dans des funérailles; que _Cortellarius_ est le nom d'une paroisse sur le continent opposé à Venise près de la mer; et que les dernières lettres initiales sont évidemment mises pour _viva la santa chiesa katolica romana_.
NOTE 2, STANCE 2.
Un ancien écrivain, peignant l'aspect de Venise, a fait usage de la figure que j'ai employée, et qui ne serait pas poétique si elle n'était vraie.
_Quò fit ut qui supernè urbem contempletur, turritam telluris imaginem medio oceano figuratam se putet inspicere_.
(_Marci-Antonii Sabelli de Venetœ urbis situ narratio; edit. Taurin._, 1527, _lib._ I, _fol._ 202.)
NOTE 3, STANCE 3.
Les chants bien connus des gondoliers, par stances alternées, de la _Jérusalem_ du Tasse, ont expiré avec l'indépendance de Venise. Des éditions du poème, avec l'original sur une colonne, et les variantes vénitiennes sur l'autre, telles que les chantaient les gondoliers, étaient autrefois communes et se trouvent encore aujourd'hui. L'extrait suivant servira à montrer la différence qui existe entre l'épopée toscane et les _Canta alla Barcariolla_.
ORIGINAL.