Œuvres complètes de Guy de Maupassant - volume 01

Part 15

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«Où la pathologie perdrait son latin, en supposant que cette vieille dame ait jamais su le latin, c'est dans le cas de MM. les naturalistes. Ces gens-là, parmi lesquels il est des gens de valeur, sont littéralement enfiévrés de vanité. Ils viennent de publier un volume: _Les Soirées de Médan_. Une vingtaine de lignes s'étalent en manière de préface. Cette préface est purement et simplement une grossièreté. Remarquez que je n'en suis pas autrement surpris... Outre que cette préface est assez mal bâtie, elle est d'une inconsciente bêtise, qui doit ravir les amateurs de la vieille gaieté française... Eh bien, pathologie ou non, nous voudrions bien qu'on ne trouvât plus d'éternelles excuses pour les assassins, les nymphomanes, les joueurs et--surtout--pour les naturalistes.»

_Le Voltaire_, 20 avril 1880 (Édouard Rod).

«... M. Guy de Maupassant, dont la nouvelle est placée immédiatement après celle de Zola, s'est fait connaître autrefois dans la _République des Lettres_ par des poésies d'allure franche et forte. Le sujet choisi par lui--le voyage pendant la guerre d'une société d'honnêtes gens en compagnie d'une courtisane--est peut-être le plus original du volume. Mais ce qui frappe dans les détails, c'est la bonne humeur inaltérable du conteur. Il n'a aucune amertume... La bêtise et la lâcheté humaines, loin de l'irriter l'intéressent, peut-être même l'amusent. Il n'a pas cherché à peindre une grande douleur ni une grande passion, il a simplement raconté une histoire assez ridicule et un peu odieuse, en homme habile à découvrir et à débrouiller les intrigues de la vie courante. Son indifférence est celle d'un tempérament bien équilibré, d'un homme sans aucune sentimentalité qui, étant fort, ne souffre point de la vie, ne la trouve ni belle ni laide et la prend comme elle est.

«L'union de ces jeunes écrivains montre la force; sans aucun doute elle inquiétera les adversaires passionnés du naturalisme, ceux qui font de l'esprit au lieu de comprendre, qui rient au lieu d'étudier. Ceux qui, au contraire, s'intéressent au mouvement moderne salueront avec plaisir leur œuvre collective toute pleine de promesses et déjà de réalisations.»

_Gil Blas_, 1er juillet 1883 (Théodore de Banville).

«A GUY DE MAUPASSANT.--Vous êtes devenu célèbre tout de suite, parce que d'instinct vous avez deviné que la condition unique de l'art, c'est de donner aux délicats et à la foule ce dont ils ont également soif: la sincérité. Être sincère, tout est là; il n'y a pas d'autre règle, il n'y a pas d'autre poétique, et tous les fatras qui disent le contraire en ont menti. Oh! quelle fut la charmante et réconfortante et heureuse surprise des lecteurs, lorsqu'on vous vit arriver exempt de toute affectation et de tout mensonge, ne cherchant pas du tout à donner aux gens des vessies pour des lanternes, ou à leur faire voir en plein midi trente-six chandelles. On ne se lassera pas de relire cette _Boule de Suif_ où vous avez montré la laideur de l'Égoïsme humain, sans vous laisser séduire par les sirènes de l'antithèse et sans être tenté de faire de votre héroïne une figure sublime.»

_Correspondance de Gustave Flaubert_ (1869-1880).

A GUY DE MAUPASSANT.

«... Mais il me tarde de vous dire que je considère «Boule de Suif» comme un _chef-d'œuvre_. Oui! jeune homme! Ni plus, ni moins, cela est d'un maître. C'est bien original de conception, entièrement bien compris et d'un excellent style. Le paysage et les personnages se voient et la psychologie est forte. Bref, je suis ravi, deux ou trois fois j'ai ri tout haut (_sic_).

«Le scandale de Mme Brainne me donne le vertige! Je rêve!...

«Je vous ai mis sur un petit morceau de papier mes remarques de pion. Tenez-en compte, je les crois bonnes.

«Ce petit conte _restera_, soyez-en sûr! Quelles belles binettes que celles de vos bourgeois! Pas un n'est raté. Cornudet est immense et vrai! La religieuse couturée de petite vérole, parfaite, et le comte «ma chère enfant», et la fin! La pauvre fille qui pleure pendant que l'autre chante la _Marseillaise_, sublime. J'ai envie de te bécotter pendant un quart d'heure! Non! vraiment, je suis content! je me suis amusé et j'admire.

«Eh bien, _précisément_ parce que c'est raide de fond et embêtant pour les bourgeois, j'enlèverais deux choses, qui ne sont pas mauvaises du tout, mais qui peuvent faire crier les imbéciles, parce qu'elles ont l'air de dire: «Moi je m'en f...»: 1º dans quelle fosse, etc., ce jeune homme jette de la fange à nos armes; et 2º le mot _tetons_. Après quoi le goût le plus bégueule n'aurait rien à vous reprocher.

«Elle est charmante, votre fille! Si vous pouviez atténuer son ventre au commencement, vous me feriez plaisir.»

_E. Fasquelle, éd._

TABLE DES MATIÈRES.

Pages.

Avis de l'éditeur V

Biographie IX

Guy de Maupassant, par Pol Neveux XIII

Correspondance (_inédit_) XCI

Boule de Suif 3

Les Soirées de Médan (_inédit_) 81

APPENDICE.

La Main d'écorché (_inédit_) 91

Le Donneur d'eau bénite (_inédit_) 101

«Coco, Coco, Coco frais!» (_inédit_) 109

Le Mariage du lieutenant Laré (_inédit_) 115

VARIANTES 123

OPINION DE LA PRESSE 125

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Liste des modifications:

Page XVII: «le» remplacé par «ils» (ils saluèrent un maître) Page LVI : «rivée» par «rivés» (Tous pourtant, hommes et femmes, jeunes et vieux, ont rivé au cœur) Page 15: «vin» par «vins» (Il vendait... de très mauvais vins) Page 19: «semé» par «semer» (semer des pièges sur toutes les routes) Page 21: «il» par «ils» (ils se sentaient frères) Page 24: «cofi» par «confit» (deux poulets... avaient confit)

Page 32: «laissés» par «laissées» (les deux heures de repos laissées) Page 42: «indignée» par «indigné» (Elle avait l'air indigné)