Œuvres complètes de Gustave Flaubert, tome 5: La tentation de saint Antoine

Part 11

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Prends garde, tu vas tomber dans ma gueule! Je bois du feu. Le feu, c'est moi;--et de partout j'en aspire: des nuées, des cailloux, des arbres morts, du poil des animaux, de la surface des marécages. Ma température entretient les volcans; je fais l'éclat des pierreries et la couleur des métaux.

LE GRIFFON

lion à bec de vautour avec des ailes blanches, les pattes rouges et le cou bleu.

Je suis le maître des splendeurs profondes. Je connais le secret des tombeaux où dorment les vieux rois.

Une chaîne, qui sort du mur, leur tient la tête droite. Près d'eux, dans des bassins de porphyre, des femmes qu'ils ont aimées flottent sur des liquides noirs. Leurs trésors sont rangés dans des salles, par losanges, par monticules, par pyramides;--et plus bas, bien au-dessous des tombeaux, après de longs voyages au milieu des ténèbres étouffantes, il y a des fleuves d'or avec des forêts de diamant, des prairies d'escarboucles, des lacs de mercure.

Adossé contre la porte du souterrain et la griffe en l'air, j'épie de mes prunelles flamboyantes ceux qui voudraient venir. La plaine immense, jusqu'au fond de l'horizon, est toute nue et blanchie par les ossements des voyageurs. Pour toi les battants de bronze s'ouvriront, et tu humeras la vapeur des mines, tu descendras dans les cavernes... Vite! vite!

Il creuse la terre avec ses pattes, en criant comme un coq.

Mille voix lui répondent. La forêt tremble.

Et toutes sortes de bêtes effroyables surgissent: le Tragelaphus, moitié cerf et moitié bœuf; le Myrmecoleo, lion par devant, fourmi par derrière, et dont les génitoires sont à rebours; le python Aksar, de soixante coudées, qui épouvanta Moïse; la grande belette Pastinaca, qui tue les arbres par son odeur; le Presteros, qui rend imbécile par son contact; le Mirag, lièvre cornu, habitant des îles de la mer. Le léopard Phalmant crève son ventre à force de hurler; le Senad, ours à trois têtes, déchire ses petits avec sa langue; le chien Cépus répand sur les rochers le lait bleu de ses mamelles. Des moustiques se mettent à bourdonner, des crapauds à sauter, des serpents à siffler. Des éclairs brillent. La grêle tombe.

Il arrive des rafales, pleines d'anatomies merveilleuses. Ce sont des têtes d'alligators sur des pieds de chevreuil, des hiboux à queue de serpent, des pourceaux à mufle de tigre, des chèvres à croupe d'âne, des grenouilles velues comme des ours, des caméléons grands comme des hippopotames, des veaux à deux têtes dont l'une pleure et l'autre beugle, des fœtus quadruples se tenant par le nombril et valsant comme des toupies, des ventres ailés qui voltigent comme des moucherons.

Il en pleut du ciel, il en sort de terre, il en coule des roches. Partout des prunelles flamboient, des gueules rugissent; les poitrines se bombent, les griffes s'allongent, les dents grincent, les chairs clapotent. Il y en a qui accouchent, d'autres copulent, ou d'une seule bouchée s'entre-dévorent.

S'étouffant sous leur nombre, se multipliant par leur contact, ils grimpent les uns sur les autres;--et tous remuent autour d'Antoine avec un balancement régulier, comme si le sol était le pont d'un navire. Il sent contre ses mollets la traînée des limaces, sur ses mains le froid des vipères; et des araignées filant leur toile l'enferment dans leur réseau.

Mais le cercle des monstres s'entr'ouvre, le ciel tout à coup devient bleu, et

LA LICORNE

se présente.

Au galop! au galop!

J'ai des sabots d'ivoire, des dents d'acier, la tête couleur de pourpre, le corps couleur de neige, et la corne de mon front porte les bariolures de l'arc-en-ciel.

Je voyage de la Chaldée au désert tartare sur les bords du Gange et dans la Mésopotamie. Je dépasse les autruches. Je cours si vite que je traîne le vent. Je frotte mon dos contre les palmiers. Je me roule dans les bambous. D'un bond je saute les fleuves. Des colombes volent au-dessus de moi. Une vierge seule peut me brider.

Au galop! au galop!

Antoine la regarde s'enfuir.

Et ses yeux restant levés, il aperçoit tous les oiseaux qui se nourrissent de vent: le Gouith, l'Ahuti, l'Alphalim, le Iukneth des montagnes de Caff, les Homaï des Arabes qui sont les âmes d'hommes assassinés. Il entend les perroquets proférer des paroles humaines, puis les grands palmipèdes pélasgiens qui sanglotent comme des enfants ou ricanent comme de vieilles femmes.

Un air salin le frappe aux narines. Une plage maintenant est devant lui.

Au loin des jets d'eau s'élèvent, lancés par des baleines; et du fond de l'horizon

LES BÊTES DE LA MER

rondes comme des outres, plates comme des lames, dentelées comme des scies, s'avancent en se traînant sur le sable.

Tu vas venir avec nous, dans nos immensités où personne encore n'est descendu!

Des peuples divers habitent les pays de l'Océan. Les uns sont au séjour des tempêtes; d'autres nagent en plein dans la transparence des ondes froides, broutent comme des bœufs les plaines de corail, aspirent par leur trompe le reflux des marées, ou portent sur leurs épaules le poids des sources de la mer.

Des phosphorescences brillent à la moustache des phoques, aux écailles des poissons. Des oursins tournent comme des roues, des cornes d'Ammon se déroulent comme des câbles, des huîtres font crier leurs charnières, des polypes déploient leurs tentacules, des méduses frémissent pareilles à des boules de cristal, des éponges flottent, des anémones crachent de l'eau; des mousses, des varechs ont poussé.

Et toutes sortes de plantes s'étendent en rameaux, se tordent en vrilles, s'allongent en pointes, s'arrondissent en éventail. Des courges ont l'air de seins, des lianes s'enlacent comme des serpents.

Les Dedaïms de Babylone, qui sont des arbres, ont pour fruits des têtes humaines; des Mandragores chantent, la racine Baaras court dans l'herbe.

Les végétaux maintenant ne se distinguent plus des animaux. Des polypiers, qui ont l'air de sycomores, portent des bras sur leurs branches. Antoine croit voir une chenille entre deux feuilles; c'est un papillon qui s'envole. Il va pour marcher sur un galet; une sauterelle grise bondit. Des insectes pareils à des pétales de roses garnissent un arbuste; des débris d'éphémires font sur le sol une couche neigeuse.

Et puis les plantes se confondent avec les pierres.

Des cailloux ressemblent à des cerveaux, des stalactites à des mamelles, des fleurs de fer à des tapisseries ornées de figures.

Dans des fragments de glace, il distingue des efflorescences, des empreintes de buissons et de coquilles--à ne savoir si ce sont les empreintes de ces choses-là, ou ces choses elles-mêmes. Des diamants brillent comme des yeux, des minéraux palpitent.

Et il n'a plus peur!

Il se couche à plat ventre, s'appuie sur les deux coudes; et, retenant son haleine, il regarde.

Des insectes n'ayant plus d'estomac continuent à manger, des fougères desséchées se remettent à fleurir; des membres qui manquaient repoussent.

Enfin, il aperçoit de petites masses globuleuses, grosses comme des têtes d'épingles et garnies de cils tout autour. Une vibration les agite.

ANTOINE

délirant:

O bonheur! bonheur! j'ai vu naître la vie, j'ai vu le mouvement commencer. Le sang de mes veines bat si fort qu'il va les rompre. J'ai envie de voler, de nager, d'aboyer, de beugler, de hurler. Je voudrais avoir des ailes, une carapace, une écorce, souffler de la fumée, porter une trompe, tordre mon corps, me diviser partout, être en tout, m'émaner avec les odeurs, me développer comme les plantes, couler comme l'eau, vibrer comme le son, briller comme la lumière, me blottir sous toutes les formes, pénétrer chaque atome, descendre jusqu'au fond de la matière,--être la matière!

Le jour enfin paraît; et comme les rideaux d'un tabernacle qu'on relève, des nuages d'or en s'enroulant à larges volutes découvrent le ciel.

Tout au milieu, et dans le disque même du soleil, rayonne la face de Jésus-Christ.

Antoine fait le signe de la croix et se remet en prières.

FIN.

GLOSSAIRE ALPHABÉTIQUE

DES MOTS PEU CONNUS

CITÉS DANS L'OUVRAGE

A

ACHAMAROTH.--Probablement Achamoth, nom de l'un des Éons de la théogonie des Valentiniens.

ADAMITES.--Sectaires qui, au IIe siècle de notre ère, prétendaient avoir été rétablis dans l'état d'innocence où se trouvait Adam au moment de la création. Pour imiter cet état et dominer leurs sens, hommes et femmes étaient entièrement nus dans leurs assemblées. Cette secte ressuscita au XVe siècle en Bohême et en Moravie, où elle fut détruite.

ADONAI.--Mot hébreu qui signifie, _Maître suprême_; nom que les saintes Écritures donnent à Dieu.

ADRAMITES.--Ancien peuple de l'Arabie Heureuse, sur la côte méridionale de la mer Rouge.

ÆSARS.--Mot qui signifie Dieux en langue étrusque.

ÆTIUS.--Hérésiarque fondateur d'une secte, les _Aétiens_, qui niaient que le Verbe fût d'une nature semblable à celle du Père.

AHRIMAN.--Principe du mal et des ténèbres, dans la religion des anciens Perses; il est le perpétuel ennemi d'Ormuzd, le principe du bien et de la lumière.

ALEP.--Ville de Syrie, à 200 kil. nord-est de Damas.

AMENTHI.--Lieu où, selon les Égyptiens, les âmes se rendaient après la mort et étaient d'abord jugées par certains Dieux avant de l'être définitivement par Osiris, le juge suprême.

AMMON.--Anachorète d'Égypte, mort en 320. Retiré sur une montagne, il n'en descendait que deux fois par an pour visiter sa femme qu'il avait épousée malgré lui, et à laquelle il avait persuadé de vivre dans une continence complète; saint Antoine lui écrivit.

AMMON.--Dieu égyptien, identifié avec Jupiter (Zeus) par les Grecs. C'était le Dieu Soleil, le principe vivifiant. Il était représenté avec des cornes de bélier.

AMSCHASPANDS (Myth. Parse).--Génies du bien et de la lumière, serviteurs d'_Ormuzd_, dans la religion de Zoroastre. Ils sont au nombre de sept et opposés aux Darvands, serviteurs d'_Ahriman_.

ANAXAGORE.--Philosophe grec de l'école ionienne, né à Clazomène, l'an 500 av. J.-C. Il voyait dans la nature une infinité de parties élémentaires semblables, dont le mélange forme les corps divers; mais au-dessus de cette dissémination de l'être, il plaçait une unité souveraine, l'_Intelligence_, principe du mouvement de la matière et de l'ordre où elle tend. Mort l'an 428 av. J.-C.

ANDRODAMAS.--Nom grec d'une sorte de pierre précieuse à laquelle les anciens attribuaient plusieurs vertus, entre autres celle d'apaiser la colère.

ANTICHTONE.--Planète imaginaire qui complétait le système astronomique des Pythagoriciens. Ils lui donnaient la première place auprès du feu central dont elle était censée dérober constamment la vue à la Terre.

ANUBIS.--Dieu égyptien qui était adoré sous la forme d'un chien ou d'un homme avec une tête de chien, compagnon et gardien vigilant d'_Osiris_ aussi bien que d'_Isis_.

APELLES.--Hérésiarque du IIe siècle qui condamnait le mariage, niait la résurrection et rejetait l'autorité de l'Ancien Testament et celle de Moïse. Il avait été le disciple de Marcion.

APHIA D'ÉGINE.--Déesse d'un caractère marin et lunaire, dont le berceau doit être cherché dans la Phénécie ou l'Asie Mineure.--(voir Maury, _Croyances et légendes de l'antiquité_, page 150.)

APIS.--Taureau sacré, adoré en Égypte et surtout à Memphis, image vivante ou incarnation même d'_Osiris_.

APOLLINARISTES.--Sectateurs de l'hérésiarque _Apollinaire_. Ils prétendaient que le Verbe a remplacé dans Jésus-Christ l'âme pensante, que la divinité s'est unie directement à son corps, et que, ce corps tout céleste et impassible étant descendu d'en haut, Jésus n'a souffert qu'en apparence.

APOLLONIUS (de Tyane).--Célèbre thaumaturge et philosophe néo-pythagoricien, né à Tyane, en Cappadoce, vers le commencement de l'ère chrétienne, mort vers l'an 97, à Éphèse. Ce philosophe, l'un des hommes les plus extraordinaires de son temps pour le savoir, la vertu et l'éloquence, mena une existence nomade, prêchant la réforme des mœurs, l'abstinence de la chair des animaux, la communauté des biens et les autres dogmes de Pythagore. On lui érigea des statues et des temples, et les païens essayèrent d'opposer ses miracles à ceux de Jésus-Christ.

ARCHI-GALLE.--Grand prêtre de Cybèle, chef des galles ou prêtres de cette déesse en Phrygie.

ARCHONTIQUES.--Sectaires du IIe siècle pour qui le monde avait été créé par des esprits célestes qu'ils nommaient _Archontes_ (chefs). Ils rejetaient les sacrements, niaient la résurrection et regardaient les femmes comme une invention du Diable.

ARICIA.--Ancienne ville du Latium et qui avait un bois consacré à Diane, où l'on immolait des hommes.

ARIENS.--Sectateurs de l'hérésiarque _Arius_.

ARIUS.--Fameux hérésiarque, né, vers l'an 270, à Alexandrie, selon les uns, selon les autres, dans la Cyrénaïque. Il niait le dogme de l'égalité _parfaite_, _éternelle_ et _incréée_ du _Père_, du _Fils_ et du _Saint-Esprit_. Le _Fils_, disait-il, n'a pas toujours été, n'est qu'une _création_ du _Père_, et reste subordonné au _Père_.

ARSÈNE (saint).--Diacre de l'Église romaine, né à Rome en 350, fut précepteur de l'empereur Théodose. Se retira dans les déserts de la Thébaïde, où il mourut en 445.

ARYANDIQUES.--Du nom d'Ariandes, général perse.

ASBADÉE.--Probablement Asbamée, nom d'une source consacrée à Jupiter Asbamæus ou gardien des serments, dans l'ancienne Asie Mineure, près de Tyane. Ses eaux étaient mortelles pour les coupables.

ASCITES.--Hérésiarques du IIe siècle, qui rejetaient les sacrements et représentaient par une outre, devant laquelle ils dansaient, les vases remplis de vin nouveau dont Jésus avait parlé.

ASTOMI.--Nom que les anciens donnaient à un peuple fabuleux de l'Inde ou d'Afrique, qui se couvrait ordinairement la tête.

ATHANASE.--Illustre père de l'Église, né à Alexandrie en 296, mort en 373. Succéda à saint Alexandre, patriarche d'Alexandrie, et déploya le plus grand courage et la plus grande habileté à défendre le catholicisme contre l'hérésie d'Arius. Tous ses écrits se rapportent à ce but, presque l'unique de sa vie.

ATYS.--Personnage de la mythologie païenne, qui se rattachait étroitement, mais obscurément, aux mystères de Cybèle dont les prêtres se mutilaient avant l'initiation, en souvenir de la mutilation diversement interprétée, qu'avait subie l'amant de la Déesse.

AUDIENS.--Membres d'une secte chrétienne, fondée par _Audée_, vers le commencement du IVe siècle, en Mésopotamie, et qui attribuaient à Dieu la forme humaine. Leurs mœurs étaient rigides; mais leur doctrine, dangereuse pour la tranquillité publique, les fit bannir.

B

BAARAS.--Plante merveilleuse du mont Liban, qu'on disait croître au printemps, aussitôt après la fonte des neiges. Lumineuse la nuit, invisible le jour, elle passait pour avoir la propriété de transmuer les métaux en or et de détruire les charmes des sortilèges.

BAÏA.--Ancien nom de la ville de Baies, dans la province de Naples, qui était autrefois très florissante.

BALACIUS.--Préfet de l'empereur Constance au IIIe siècle, persécuteur des chrétiens, et à qui saint Antoine aurait prédit sa fin.

BARCOUF.--Auteur présumé d'écrits apocryphes dont Basilide, le gnostique égyptien, invoquait l'autorité.

BARDESANE.--Philosophe célèbre, né en Syrie, au IIe siècle, qui professa de grandes innovations dans le catholicisme, tout en les déguisant dans des hymnes sous le respect extérieur des textes bibliques. Il disait que Jésus-Christ n'avait point pris un corps humain, que nous ressusciterons avec un autre corps subtil et céleste, habitation de notre âme avant son péché.

BASILIDE.--Chef d'une école philosophico-religieuse d'Alexandrie, qui professait que le monde avait été créé par des intelligences émanées de l'Être suprême, ce qui expliquait plus facilement l'origine du mal. Il prétendait aussi que Jésus, n'ayant que l'apparence d'un homme, avait pris la figure de Siméon le Cyrénéen, lequel fut crucifié à sa place, et que l'âme se purifiait de ses fautes en passant dans des corps successifs jusqu'à ce qu'elle eût satisfait à la justice céleste.

BÉLUS.--Roi d'Assyrie (vers l'an 2000 av. J.-C.) à qui son fils Ninus fit rendre les honneurs divins.

BENDIS.--Déesse qui personnifiait la Lune, chez les anciens Thraces. Les Grecs l'identifièrent avec Hécate et Artémis.

BLEMMYES.--Ancien peuple de l'Éthiopie, sur les frontières méridionales de l'Égypte, qui vivait de brigandages et qui a été longtemps confondu avec ces races fabuleuses composées de monstres, ayant la tête dans la poitrine, et intermédiaires entre le singe et le nègre.

BOSTRA.--Ville de Syrie, à 90 kil. de Damas, aujourd'hui en ruines.--C'était l'ancienne capitale de l'Idumée, puis de l'Arabie romaine, sous Trajan.

BRAHMANE.--Philosophes indiens qu'on désignait aussi sous le nom de gymnosophistes, et qui vivaient dans les bois immobilisés en des attitudes étranges. On les appelle aujourd'hui Bramines.

BRITOMARTIS.--Divinité crétoise à laquelle les chasseurs et les pêcheurs rendaient un culte particulier, et qui finit par se confondre avec Diane et Artémis.

BYBLOS.--Ville de l'ancienne Phénicie, célèbre par les fêtes d'Adonis qu'on y célébrait.

BYSSUS.--Étoffe très estimée et très célèbre dans l'antiquité, fabriquée avec les filaments de certaines coquilles bivalves.

C

CABIRES (ou KHABERIM).--Divinités puissantes et mystérieuses adorées en Grèce et surtout en Samothrace. On les a souvent confondus avec les Corybantes et les Dioscures. Dans les initiations à leur culte, l'initié était ceint d'une écharpe.

CAFF (Caf ou Kaf).--Nom que les Arabes donnaient à une montagne imaginaire qui, d'après leurs légendes, entourait le monde entier et était habitée par tous les êtres surnaturels et fantastiques.

CAÏNITES.--Sectaires qui vénéraient Caïn et les Sodomites et possédaient un évangile qu'ils attribuaient à Judas.

CALAME.--Petit roseau taillé en pointe, et dont les anciens se servaient pour écrire sur le papyrus ou le parchemin.

CALIXTE (saint).--Pape, de l'an 217 à l'an 222; est compté parmi les martyrs.

CAOSYAC (mythologie parse).--«Ce nom veut dire: être produit pour le salut et l'utilité du monde. Véritable sauveur du genre humain, il est venu combattre les démons, ou dews, qui le haïssent, rendre aux morts le corps et la vie, et donner le signal de la résurrection. Il apparaîtra un jour dans toute sa gloire pour renouveler les choses, tuer les méchants et communiquer aux hommes le pain de l'immortalité. Par lui, les descendants de «Gayo-Maratha», l'homme primitif, seront appelés à une nouvelle vie et régneront avec lui dans les siècles des siècles.»--(Maury, _Croyances et légendes de l'antiquité_, page 182.)

CANOPE.--Ancienne ville d'Égypte, située sur un bras du Nil; on y venait célébrer les fêtes de Sérapis, et la dissolution des mœurs passait pour y être extrême.

CARNA.--Déesse romaine qui présidait aux parties vitales, et qu'on priait de conserver les entrailles saines et sauves.

CARPOCRATIENS.--Sectaires disciples de Carpocrate, qui, à la fin du Ier siècle de notre ère, admettaient l'éternité de la matière, mais l'origine récente du monde actuel, œuvre de génies, ministres de Dieu. Selon eux, Jésus n'était qu'un philosophe, comme Platon et Pythagore, et par la science, on pouvait s'élever et s'unir à Dieu, en renonçant aux sens, dans un perpétuel élan extatique.

CASSITÉROS.--Mot grec qui signifie étain.

CERCOPES.--Suivant la fable, c'étaient les habitants d'une île voisine de la Sicile, que Jupiter avait changés en singes, pour les punir de leur méchanceté.

CERDON.--Hérésiarque du IIe siècle de notre ère, qui croyait à un mauvais principe égal en puissance au bon; pour lui, l'Ancien Testament en émanait et le Christ était un ministre du bon principe, sous une simple apparence humaine.

CÉRINTHE.--Chef d'une des premières sectes issues du christianisme, né à Antioche, et qui vivait au Ier siècle, au temps des Apôtres. Il admettait un principe essentiellement actif, existant par lui-même et parfait, Dieu, et un principe passif, n'existant pas par lui-même et imparfait, la matière; selon lui, le monde avait été créé par des sous-esprits très inférieurs, et Jésus n'était pas le fils de Dieu, mais qui, s'étant uni, dans son baptême, avec le Christ, eut ainsi la connaissance du Dieu suprême et le don des miracles.

CIMMÉRIENS.--Anciens peuples venus des bords septentrionaux du Pont-Euxin et du Palus-Méotide, qui envahirent, les uns, l'Asie Mineure, les autres, les plaines du Danube jusque dans la haute Germanie. Ils étaient redoutés pour leurs mœurs barbares et leur religion sanguinaire.

CINNAMOME OU CINNAME.--Aromate très recherché par les anciens, et qu'on a identifié avec la cannelle ou la myrrhe.

CIRCONCELLIONS.--Sectaires africains du IVe siècle, qui se livraient à des violences de toutes sortes partout où ils croyaient voir des injustices à réprimer, des esclaves à délivrer, des créanciers à menacer. Ils se donnaient même la mort, en sacrifice expiatoire.

CLÉMENT D'ALEXANDRIE (saint).--L'un des premiers papes d'après la tradition, et dont la personne est restée légendaire.

CNYSA.--Plante que l'on croit être une espèce d'aunée.

COLLYRIDIENS.--Sectaires du IVe siècle qui rendaient à la Vierge un culte particulier, lui offrant des gâteaux comme à une déesse païenne.

COMARIA.--Probablement le cap Comorin, qui termine la presqu'île gangétique de Travankore.--(Voir Maury, _Croyances et légendes de l'antiquité_, page 382.)

CONCILE D'ELVIRE.--La date en est discutée et varie entre les années 250, 300, 305, 313. On attribue à ce concile 81 canons de pénitences.

CONCILE DE NICÉE (Bithynie).--Tenu l'an 325 et convoqué par l'empereur Constantin; le dogme de la _Consubstantialité_ du _Fils_ avec le _Père_ y fut défini, et Arius anathématisé. C'est le premier concile œcuménique.

CONCOUPHA (Coucoupha).--Dénomination abusive employée autrefois par les archéologues; en réalité: sceptre à tête de lévrier.--Koukouphas est le nom grec de l'oiseau appelé huppe.

CROTALES.--Espèce de castagnettes, consistant en une pièce mobile qui frappait sur une pièce fixe, et dont se servaient surtout les prêtres et les prêtresses de Cybèle.

CTÉSIPHON.--Ville de l'ancienne Babylonie, qui fut l'une des plus riches et des plus florissantes cités de l'Asie Mineure.

D

DAÏRA.--Divinité grecque qui présidait aux mystères d'Éleusis.

DAMIS.--Historien grec du Ier siècle de notre ère, qui, ayant rencontré Apollonius de Tyane dans la nouvelle Ninive, le suivit dans ses voyages et laissa un récit de ses doctrines et de ses miracles.

DARIQUES.--Monnaie perse frappée d'abord à l'image de Darius, d'où son nom; elle a été extrêmement recherchée pendant plusieurs siècles, à cause de sa rareté, de sa beauté et de son titre d'or pur.

DÉMIURGE.--Nom que les Platoniciens donnaient au Dieu créateur, et qui signifie: ouvrier, artisan, architecte.

DIDYME.--Aveugle dès l'enfance, il n'en devint pas moins très savant dans les sciences profanes ou sacrées, et professa la théologie à Alexandrie où il mourut vers l'an 396.

DOESPŒNÉ.--Despoina, en grec, veut dire: maîtresse. C'était le surnom de plusieurs déesses, entre autres, de Proserpine.

DOSITHEUS.--Chef d'une secte juive samaritaine, au Ier siècle de notre ère, qui était très versé dans la science des prestiges.

E