Uvres Completes De Francois Villon Suivies D Un Choix Des Poesi

Chapter 9

Chapter 93,769 wordsPublic domain

M. Et si elle y croit? B. Promision. M. Se elle promet? B. Monition. M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande. M. Se on faict marché? B. Fruiction. M. Se on fruict? B. La Petition En façon de belle demande

D'ung beau cent escus. M. Quelle viande! B. Qui l'auroit quand on la demande, On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire! B. On tauxeroit bien grosse amende Sur le faict de ceste demande, [P. 167] Se j'en quictoye le petitoire.

M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire! B. Je me raffroichiz la mémoire Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir! B. Se on nous bailloit par inventaire Deux mil escuz en une armoire, Ilz n'auroient garde d'y moysir.

M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir! M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir! Nous serions partout bienvenuz. B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir. M. Nous prendrons si bien le loisir De compter ne sçay quantz escuz.

B. Nous sommes bien entretenuz. M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz... B. De nos parens. M. De bonne race. B. Rentes assez et revenuz, Et s'a présent n'en avons nulz, Ce n'est que malheur qui nous chasse.

M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse. M. Je volle par coups. B. Je tracasse, Puis au poil et puis à la plume. M. Je gaudis, et si je rimasse, Que voulez-vous! il ne tient qu'à ce Que je ne l'ay pas de coustume.

B. D'honneur assez. M. Chascun en hume. B. Je destains le feu. M. Je l'allume. B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil. [P. 168] B. Le plus souvent, quand je me fume, Je batteroye comme fer d'enclume, Si je me trouvoye tout seul.

M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil. M. Je donne à quelqu'une ung guin d'oeil. B. Je m'esbas à je ne sçay quoy. M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil. M. On me fait tout ce que je vueil, Quand nous sommes mon paige et moy.

B. Je ne demande qu'avoir dequoy, Belle amye, et vivre à requoy, Faire tousjours bonne entreprise, Belles armes, loyal au Roy. M. Mais trois poulx rempans en aboy Pour le gibier de la chemise!

B. Je porteroye pour ma devise La marguerite en or assise Et le houx partout estandu. M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise. M. Riens en recepte, tant en mise, Et, toute somme, item perdu.

B. Je vous seroye, au residu, Gorgias sur le hault verdi Le bel estomac d'alouette. M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu, Bien emprunté et mal rendu, Payé d'une belle estiquette.

M. Puis la chaine d'or, la baguette, Le lacqs de soye, la cornette... [P. 169] B. De velours. M. C'est bel affiquet. B. Quand nous aurions fait nostre emplète, La porte seroit bien estroicte Se ne passions jusqu'au ticquet.

M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet. B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet. B. Selon la saison de l'année. M. Et de paige? B. Quelque naquet. M. S'il vient hasart en ung banquet? B. Le prendre entre bond et vollée.

M. Aux survenans? B. Chère meslée. M. Aux povres duppes? B. La havée. M. Et aux rustes? B. Le jobelin. M. Aux mignons de court? B. L'accollée. M. Aux gens de mesmes? B. La risée. M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.

M. D'entretenir? B. Damoiselin. M. Et saluer? B. Bas comme lin. M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx. Pour contenter le femynin. Nous ferions plus d'ung esclin Qu'ung aultre de quinze royaulx.

M. Hée, cueurs joyeux! B. Hée, cueurs loyaulx! M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx. B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz. M. Nous devrions passer aux sceaulx Envers les officiers royaulx, [P. 170] Comme messieurs les despourveuz.

B. De congnoissance bien pourveuz Et de sagesse. M. On nous a veuz Si gentilz et si francs. B. Si doulx. M. Helas! cent escuz nous sont deubz. B. Au fort, si nous les eussions euz, On en tint plus compte de nous.

M. Nous avons faict plaisir à tous. B. Chère à dire: D'ond venez-vous? M. Esmerillonnez. B. Advenans. M. Cent escus, et juger des coups. On auroit beau mettre aux deux bouts, Se nous ne tenions des gaignans.

B. Nous sommes deux si beaulx gallans. M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans. M. Esmeuz de franche volunté. B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans. B. Bien gays. M. Assez rescéans. B. Porres d'argent. M. Prou de santé.

B. Chascun de nous est habité. M. Maison à Paris. B. Bien monté, Aussi bien aux champs qu'en la ville. M. Il y a ceste malheurté Que de l'argent qu'avons presté Nous n'en arrons ne croix ne pille.

B. Où sont les cens et deux cens mille Escus que nous avions en pile, Quand chascun avoit bien du sien? [P. 171] M. Au fort, se nous n'en avons mille, Nous sommes, selon l'Évangile, Des bienheureux du temps ancien.

B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien. M. Trouvons en par quelque moyen. B. Qui en a à présent? M. Je ne sçay. B. Hé, ung engin parisien.... M. Art lombard. B. Franc praticien, Pour faire à present ung essay!

M. Je vis le temps que j'avançay L'argent de chose, et adressay Tel et tel et tel benefice. B. Et, pour moy, quand je compassé Monseigneur tel, et pourchassé Moy mesmes tout seul son office.

M. J'estois tousjours à tous propice; Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice Nous surprint, si devenions riches. B. Riches, quoi! Geste faulce lisse, Pauvreté, nous tient en sa lice. M. C'est ce qui nous faict estre chiches.

B. Nous sommes legiers. M. Comme biches. B. Rebondis... M. Comme belles miches. B. Et fraysés... M. Comme beaulx ongnons. B. Aussi coustelez. M. Comme chiches, B. Adventureux. M. Comme Suysses A Nancy, sur les Bourguygnons.

B. Entre les gallans. M. Compaignons. B. Entre les gorgias. M. Mignons. [P. 172] B. Entre gens d'armes. M. Courageux. B. S'on barguigne. M. Nous barguignons. B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons. Mis sus en ung jour ou en deux,

B. Nous sommes les adventureux Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux. M. De nouvelles plaisantes. B. Tant. M. Pour servir princes. B. Curieux. M. Et pour les mignons. B. Gracieux. M. Et pour le commun. B. Tant à tant.

M. Hée, monsieur de Baillevent, Quand reviendra le bon temps? B. Quand chascun aura ses souhaits. M. Cent mille escus argent comptant, Sur ma foy, je seroye content Qu'on ne parlast plus que de paix.

B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits. B. Si sçavans. M. Si cauts en nos faiz. B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis. M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais Faulte d'argent et les grans prestz... M. Nous ont ung peu appaillardis.

B. Abandonnez. M. Comme hardis. B. Requis. M. Comme les gras mardis. B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing. B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys Soient d'or et d'argent si garnis, [P. 173] Et mignons en ont tant besoing.

M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing. B. Nous tracassons. M. Ça. B. Là. M. Près. B. Loing. M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige. M. Mais, s'on nous fonçoit or au poing, Nous serions pour faire à ung coing Nostre prouffit d'aultruy dommage.

Avez-vous tousjours l'heritaige De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains. B. Cent francs de rente et ung fromaige, Vous m'orriez dire de couraige: Vive le roy! M. Ronfflez, villains!

B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains. B. Gré de dames? M. Amoureux craints. B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource. B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains? M. Nous prenons escus pour douzains, Franchement, et bourse pour bource.

B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse M'a trop cousté. B. Et pourquoy? M. Pource. B. Hay! hay! tout est mal compassé. M. Comment? B. On ne joue plus du poulce. M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse; Autant vauldroit ung arc cassé.

M. Monsieur mon pere eust amassé [P. 174] Plus d'escus qu'on eust entassé En ung hospital de vermine. B. Mais nous avons si bien sassé, Le sang bieu! que tout est passé, Gros et menu, par l'estamyne.

M, Si vient guerre, mort ou famine, Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne Ferons nous pour gaigner le broust? B. Quant à moy, je me determine D'entrer chez voisin et voisine Et d'aller voir si le pot bout.

M. Mais regardons, à peu de coust, Quel train nous viendroit mieulx à goust Pour amasser biens et honneurs. B. Le meilleur est prendre partout. M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult, Pour cinq solz, à ces pardonneurs.

M. Allons servir quelques seigneurs. B, Aucuns sont si petitz d'honneurs Qu'on n'y a que peine et meschance. M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs; Mais entre nous, ans estradeurs, Il nous fault esplucher la chance.

M. Servons marchans pour la pitance, Pour _fructus ventris_, pour la pance. B. On y gaigneroit ses despens. M. Et de foncer? B. Bonne asseurance, Petite foy, large conscience; Tu n'y scez riens et y aprens.

M. De procès, quoy? B. Si je m'y rens, [P. 175] Je veulx estre mis sur les rangs, S'ilz ont argent, si je n'en crocque. M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens, Qui se font bien servir des gens; Mais de payer, querez qui bloque!

M. Officiers, quoi? C'est toute mocque: L'ung pourchasse, l'autre desroque, Et semble que tout soit pour eulx. B. Laissons-les là. M. Ho! je n'y tocque. Il n'est point de pire defroque Que de malheur à malheureux.

B. Pour despourveuz adventureux Comme nous, encor c'est le mieulx De faire l'ost et les gens d'armes. M. En fuite je suis couraigeux. B. Et à frapper? M. Je suis piteux; Je crains trop les coups, pour les armes.

B. Servons donc Cordelièrs ou Carmes, Et prenons leurs bissacs à fermes, Car il n'y a pas grand débit. M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes, Et pleureroyent maintes lermes Devant que nous prinssions l'habit.

B. Se en cest malheur et labit Nous mourions, par quelque acabit, Ame n'y a qui bien nous face. M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit, Sur lequel je fonde ung obit, [P. 176] Et du surplus, Dieu le parface!

B. Hée, fault-il que Fortune efface Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse; Mais il n'a nul bien qui n'endure, B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse. B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse: A loups ravis grosse pasture.

M. Allons! B. Mais où? M. A l'adventure. B. Qui nous admoneste? M. Nature. B. Pour aller? M. Où on nous attend. B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure. B. Logez où? M. Près de la clousture De monsieur d'Angoulevent.

B. Comment yrons? M. Jusqu'à Claqdent *************************** Et passerons par Mallepaye. B. Brief, c'est le plus expédient Que nous jetons la plume au vent: Qui ne peult mordre, si abaye.

M. Où ung franc couraige s'employe, Il treuve à gaigner. B. Querons proye. M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts. M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye, Que la plume au vent on envoye. B. Puis après? M. Alors comme alors.

B. La plume au vent! M. Sus. B. Là. M. Dehors! B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps. [P. 177] Je me tiendray des mieulx venuz. B. On n'yra point, quand serons mors, Demander au roy les tresors De messieurs les despourveuz.

La plume au vent! M. Je le concluz. **************************** Pour les povres de ceste année. B. Ne demeurons plus si confuz. **************************** Au grat, la terre est degelée!

M. Allons, suyvons quelque traînée. Devant! vostre fièvre est tremblée, Car nous sommes tous estourdiz. B. Dieu doint aux riches bonne année! M. Aux despourveuz grasse journée! B. Et aux femmes pesans mariz!

Prenez en gré, grans et petiz.

FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.

[P. 178]

XXIV. LES REPEUES FRANCHES DE FRANÇOIS VILLON ET DE SES COMPAGNONS.

Vous qui cerchez les repeues franches, Et, tant jours ouvriers que dimenches, N'avez pas planté de monnoye, Affin que chascun de vous oye Comment on les peut recouvrer, Vueillez vous au sermon trouver Qui est escript dedans ce livre. Mettez tous peine de le lire, Entre vous, jeunes perrucatz, Procureurs, nouveaulx advocatz, Aprenans aux despens d'aultruy. Venez-y tost, sans nul estrif, Clercz, de praticque diligens, Qui congnoissez si bien vos gens; Sergens à pied et à cheval, Venez-y d'amont et d'aval, Les hoirs du deffunct Pathelin, [P. 179] Qui sçavez jargon jobelin; Capitaine du pont-à-Billon; Tous les subjetz Francoys Villon, Soyez, à ce coup, reveillez. Pas ne devez estre oubliez, Tous gallans à pourpointz sans manches, Qui ont besoing de repeues franches, Et tous ceulx, tant yver qu'esté, Qui en ont grant nécessité. Venez vous apprendre comment Les maistres anciennement Sçavoyent tous les tours de ce faire: Messire Chascun Poicdenaire, Qui de livres sçait les usaiges, Et veult lire tous les passaiges, De celuy en prins appetis; Venez-y donc, grans et petis, Car, de la science sçavoir, Vous ne povez que mieulx valoir. Venez, chevaucheurs d'escuyrie, Serviteurs de grant seigneurie, Venez-y sans dilation, Tous gens sotz et toutes gens sottes; Venez-y, bigotz et bigottes; Venez-y, povres Turlupins Et Cordeliers et Jacopins; Venez aussi, toutes prestresses, Qui sçavez piecà les adresses Des presbitaires hault et bas; Gardez que vous n'y faillez pas! Venez, gorriers et gorrières, Qui faictes si bien les manières; Que c'est une chose terrible. Pour bien faire tout le possible; [P. 180] Toutes manières de farseurs, Anciens et jeunes mocqueurs; Venez-y tous, vrays macquereaulx De tous estatz, vieulx et nouveaulx; Venez-y toutes, macquerelles, Qui, par vos subtilles querelles, Avez tousjours en vos maisons Pour avoir, en toutes saisons, Tant jours ouvriers que dimenches, Souvent les bonnes repeues franches. Venez-y tous, bons pardonneurs, Qui sçavez faire les honneurs, Aux villages, de bons pastez, Avecques ces gras curatez, Qui ayment bien vostre venue Pour avoir la franche repeue; Affin que chascun d'eulx enhorte Les paroissiens, qu'on apporte Des biens aux pardons de ce lieu, Et qu'on face du bien pour Dieu. Tant que le pardonneur s'en aille, Le curé ne despendra maille, Et aura maistre Jehan Laurens Fermement payé les despens Et quarte de vin, simplement, Au curé, à son parlement. De tout estât, soit bas ou hault, Venez-y, qu'il n'y ait deffault; Venez-y, varletz, chamberières, Qui sçavez si bien les manières, En disant mainte bonne bave, D'avoir du meilleur de la cave, Et puis joyeusement preschez, Après que vos gens sont couchez. [P. 181] Ceulx qui cerchent banquets ou festes Pour dire quelques chansonnettes, Affin d'atrapper la repeue, Que chascun de vous se remue D'y venir bien legièrement; Et vous pourrez ouyr comment Ung grant tas de bonnes commères Sçavent bien trouver les manières De faire leurs marys coqus. Venez-y, et n'attendez plus, Entre vous, prebstres sans séjour, Qui dictes deux messes par jour A Sainct-Innocent, ou ailleurs; Venez-y, pour sçavoir plusieurs Des passaiges et des adresses De maintes petites finesses Que l'en faict facillement Qu'advient, par faulte d'argent, En maint lieu, la franche repeue, Qui ne doit à nul estre teue. Par tel, cil qui veue ne l'aura, Paiera, et celuy qui fera De ceste repeue le présent, De l'escot s'en yra exempt, Moyennant qu'il monstre ce livre: Par ce moyen sera delivre; En lieu où n'aura esté veu Il sera franchement repeu, Ainsi qu'on orra plus à plain, Qui de l'entendre prendra soing.

[P. 182] BALLADE DE L'ACTEUR.

Quant j'euz ouy ce présent mandement: Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur, Le dessusdict, j'ay pensé lermement De moy trouver, et en prins l'adventure, Comme celuy qui, de droicte nature, Vouloit de ce faire narration, A celle fin qu'il en fust mention, A ung chascun, pour le temps advenir, Qui s'attendent et ont intention Que les respeues les viendront secourir.

Mais ce secours est d'anciennement De tous repas le chief, et par droicture; Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement, Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure, Et ne cerchent tant que l'argent leur dure, Mais font du leur si grant destruction, Qu'ilz en entrent en la subjection, De faire aux dens l'arquemie, sans faillir, En attendant, pour toute production, Que les repeues les viendront secourir.

J'en ay congneu, qui souvent largement Donnoyent à tous repeues outre mesure; Qui depuis ont continuellement Servy le Pont-à-Billon, par droicture, Dont la façon a esté à maint dure, En leur grant dueil et tribulation; Mais lors n'avoyent nulle remission, Combien que ce leur fist le cueur frémir, Ilz n'attendoyent aultre succession, [P. 183] Que les repeues les viendront secourir.

ENVOI.

Prince, pour ce que ne me puis tenir Que de telz faitz ne face mention, Puisque à mon temps les ay veu avenir, J'en vueil faire quelque narration, Et escripre, soubz la correction Des escoutans, affin d'en souvenir, La présente nouvelle invention, Que les repeues les viendront secourir.

BALLADE DES ESCOUTANS.

Qui en a est Le bien venu; Qui n'en a point, l'en n'en tient compte, Cil qui en a est bien congneu, Cil qui n'en a point vit à honte. Qui paye l'on exauce et monte Jusque au tiers ciel, pour en prester: Son honneur tout aultre surmonte, Par force de bien acquester.

Quant entendismes les estatz De telz dissimulations, Congnoissant les hauts et les bas, Par toutes abreviations, Nous mismes, sans sommations, Aux champs, par bois et par tailllis. Pour congnoistre les fictions, [P. 184] Qui se font souvent à Paris.

Pource que chacun maintenoit Que c'estoit la ville du monde Qui plus de peuple soustenoit, Et où maintz estranges abonde, Pour la grant science parfonde Renommée en icelle ville, Je partis, et veulx qu'on me tonde, S'à l'entrée avois croix ne pille.

Il estoit temps de se coucher, Et ne sçavoye où heberger; D'ung logis me vins approcher, Sçavoir s'on m'y vouldroit loger, En disant: «Avez à menger?» L'hoste me respondit: «Si ay.» Lors luy priay, pour abréger: «Apportez-le donc devant moy.»

Je fus servy passablement, Selon mon estat et ma sorte, Et pensant, à part moy, comment Je cheviroye avec l'hoste, Je m'avisé que, soubz ma cotte, Avois une espée qui bien trenche: Je la lairray, qu'on ne me l'oste, En gaige de la repeue franche.

L'espée estoit toute d'acier, Il ne s'en failloit que le fer; Mais l'hoste la me fist machier, Fourreau et tout, sans fricasser; [P. 185] Puis, après, me convint penser De repaistre, se faim avoye; Rien n'y eust valu le tencer: De leans partis sans monnoye.

L'ACTEUR.

Lendemain, m'aloye enquerant Pour encontrer Martin Gallant. Droit en la Salle du Palays Rencontray, pour mon premier mès, Tout droit soubz la première porte, Plusieurs mignons d'estrange sorte, Que sembloit bien à leur habit Qu'ilz fussent gens de grant acquit. Lors vins pour entrer en la Salle: L'ung y monte, l'aultre devalle. Là me pourmenoye, de par Dieu, Regardant l'estat de ce lieu, Et quand je l'euz bien regardée, Tant plus la voys tant plus m'agrée; Je vis là tant de mirlificques, Tant d'ameçons et tant d'afficques, Pour attraper les plus huppez. Les plus rouges y sont happez; A l'ung convient vendre sa terre; Maint, sans sainctir, là se detterre, Partie ou peu en demourra De tout ce que vaillant aura; Cuydant destruyre son voysin De Poytou, ou de Lymousin, Ou de quelque aultre nation, Maint en est en destruction, Et fault, ains partir de léans, [P. 186] Qu'ilz facent l'arquemye aux dens. On emprunte, qui a credit, Tout ainsi que devant est dict. Quand leur argent fort s'appetiese, Lors leur est la repeue propice, Et lors cerchent (plus n'en doubtez), Hault et bas et de tous costez, Comme on verra par demomstrances En ce traicté des Repeues franches. Et quant au regard de plusieurs Aultres repeues, sont escriptes Affin qu'on preigne les meilleurs, En lisant, grandes ou petites. Vous orrez maintz moyens licites Comment ilz ont esté happez, Hault et bas, par bonnes conduictes De ceulx qui les ont attrapez.

LA REPEUE DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS.

«Qui n'a or, ny argent, ny gaige, Comment peult-il faire grant chère? Il fault qu il vive d'avantaige: La façon en est coustumière. Sçaurions-nous trouver la manière De tromper quelqu'ung, pour repaistre? ******************************** Qui le fera sera bon maistre!»

Ainsi parloyent les compaignons [P. 187] Du bon maistre Françoys Villon, Qui n'avoient vaillant deux ongnons, Tentes, tapis, ne pavillon. Il leur dit: «Ne nous soucion, Car, aujourd'huy, sans nul deffault, Pain, vin, et viande, à grant foyson, Aurez, avec du rost tout chault.»

_La manière d'avoir du Poisson._

Adoncques il leur demanda Quelles viandes vouloyent macher: L'ung de bon poysson souhaita; L'autre demanda de la chair. Maistre Françoys, ce bon archer, Leur dist: «Ne vous en souciez; Il vous faut voz pourpointz lascher, Car nous aurons viandes assez.»

Lors partit de ses compaignons, Et vint à la Poyssonnerie, Et les laissa delà les pontz, Quasy plains de melencolie. Il marchanda, à chère lye, Ung pannier tout plain de poysson, Et sembloit, je vous certiffie, Qu'il fust homme de grant façon.

Maistre Françoys fut diligent D'achapter, non pas de payer, Et dist qu'il bailleroit l'argent Tout comptant au porte-pannier. Ils partent sans plus plaidoyer, Et passèrent par Nostre-Dame, Là où il vit le Penancier, [P. 188] Qui confessoit homme ou bien femme.

Quant il le vit, à peu de plait, Il luy dist: «Monsieur, je vous prie Que vous despechez, s'il vous plaist, Mon nepveu; car, je vous affie Qu'il est en telle resverie: Vers Dieu il est fort negligent; Il est en tel merencolie, Qu'il ne parle rien que d'argent.

--Vrayment, ce dit le Penancier, Très voulentiers on le fera.» Maistre Francoys print le pannier, Et dit: «Mon amy, venez ça; Velà qui vous depeschera, Incontinent qu'il aura faict.» Adonc maistre Françoys s'en va, Atout le pannier, en effect.

Quand le Penancier eut parfaict De confesser la créature, Gaigne-denier, par dit parfaict, Accourut vers luy bonne alleure, Disant: «Monsieur, je vous asseure, S'il vous plaisoit prendre loysir De me depescher à ceste heure, Vous me feriez ung grant plaisir.

--Je le vueil bien, en verité, Dist le Penancier, par ma foy! Or, dictes _Benedicite,_ Et puis je vous confesseray, Et, en après, vous absouldray, [P. 189] Ainsy comme je doy le faire; Puis penitence vous bauldray, Qui vous sera bien necessaire.

--Quel confesser! dist le povre homme: Fus-je pas à Pasques absoulz? Que bon gré sainct Pierre de Romme! Je demande cinquante soulz. Qu'esse-cy? A qui sommes-nous? Ma maistresse est bien arrivée! A coup, à coup, depeschez-vous, Payez mon panier de marée.

--Ha! mon amy, ce n'est pas jeu, Dist le Penancier, seurement: Il vous fault bien penser à Dieu Et le supplier humblement. --Que bon gré en ayt mon serment! Dist cet homme, sans contredit, Depeschez-moy legierement, Ainsi que ce seigneur a dit.»