Uvres Completes De Francois Villon Suivies D Un Choix Des Poesi

Chapter 8

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Que voulez-vous que je vous die? Il n'est parler que gracieulx, Ne louer gens qu'après leur vie, Ne chère que d'homme joyeulx

XVII. BALLADE MORALE.

D'une dague forte et aigüe Soit-il frappé parmy l'eschine, Et ait tousjours une sansue Attachée à sa poitrine, Et attainct d'une coulevrine Entre le nez et le menton, Ou qu'en prison vive en famine, Qui autruy blasme sans raison.

Son giste soit emmy la rue, Tout nud quand il fera bruyne, Sur pel de heriçon pointue, Couvert d'une chère estamine; De vent de bise sa courtine, Et soit mors d'ung escorpion, Ou qu'en prison vive en foraine, Qui autruy blasme sans raison.

Sa chair soit detrenchée menue Plus qu'au moulin n'est la farine, Ou de gros nerfz soit bien batue, Ou couche nud sur tas d'espine: Et affin que plus tost il fine, Son corps soit remply de poison, Ou qu'en prison vive en famine, [P. 144] Qui autruy blasme sans raison.

ENVOI.

Prince, soit mis en la gehaine Dix fois le jour comme ung larron, Ou qu'en prison vive en famine, Qui autruy blasme sans raison.

XVIII. BALLADE.

J'ay ung arbre de la plante d'amours, Enraciné en mon cueur proprement, Qui ne porte fruits, sinon de dolours, Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement; Mais, puis qu'il fut planté premièrement, Il est tant creu, de racine et de branche, Que son umbre, qui me porte nuysance, Fait au dessoubs toute joye seichier, Et si ne puis, pour toute ma puissance, Autre planter, ne celuy arrachier.

De si long-temps est arrosé de plours Et de lermes tant douloureusement, Et si n'en sont les fruits de rien meillours: Ne je n'y truys guères d'amendement. Je les recueille pourtant soigneusement. C'est de mon cueur l'amère soustenance, Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance Que porter fruits qui le dussent blecier; Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance, Autre planter, ne celuy arrachier.

S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs [P. 145] Et arbrynceaux percent nouvellement, Amours vouloit moy faire ce secours, Que les branches qui font empeschement Il retranchast du tout entierement, Pour y enter ung rynceau de plaisance, Il gecteroit bourgeons de souffisance; Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier; Et ne fauldroit jà, par desesperance, Autre planter, ne celuy arrachier.

ENVOI.

Ma princesse, ma première esperance, Mon cueur vous sert en dure penitence. Faictes le mal qui l'acqueult retranchier, Et ne souffrez en vostre souvenance Autre planter, ne celuy arrachier.

XIX. BALLADE.

Plaisant assez, et des biens de fortune Ung peu garny, me trouvay amoureux, Voire si bien, que, tant aymay fort une, Que nuit et jour j'en estois langoureux. Mais tant y a, que je fus si heureux Que, moyennant vingt escus à la rose, Je fis cela que chacun bien suppose. Alors je dis, connoissant ce passage: «Au fait d'amours, babil est peu de chose; Riche amoureux a tousjours l'advantage.

Or est ainsy que, durant ma pecune, Je fus traite comme amy precieux; Mais, tost après, sans dire chose aucune, Cette vilaine alla jetter les yeulx [P. 146] Sur un vieillard riche, mais chassieux, Laid et hideux trop plus qu'on ne propose. Ce neantmoins, il en jouit sa pose, Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage, Dessus ce texte allay bouter en glose: Riche amoureux a tousjours l'advantage.

Or elle a tort, car noyse ny rancune N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux, Que, s'elle eust dit: «Donne-moy de la lune» J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx; Et, nonobstant, son corps tant vicieux Au service de ce vieillard expose. Dont, ce voyant, un rondeau je compose, Que luy transmets; mais, en pou de langage, Me respond franc: «Povreté te depose: Riche amoureux a tousjours l'advantage!»

ENVOI.

Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose, Si vous n'avez toujours bourse desclose, Vous abusez: car Meung, docteur très sage, Nous a descrit que, pour cueillir la rose, Riche amoureux a tousjours l'advantage.

XX. BALLADE.

Qui en amours veut estre heureux, Faut tenir train de seigneurie, Estre prompt et advantureux Quand vient à monstrer l'armarie: Porter drap d'or, orfaverie, Car cela les dames esmeut. Tout sert; mais, par saincte Marie! [P. 147] Il ne fait pas ce tour qui veult.

Je fus naguères amoureux D'une dame cointe et jolie, Qui me dit, en mots gracieux: «Mon amour est en vous ravie; Mais il faut qu'el soit desservie Par cinquante escus d'or, s'on peut. --Cinquante escus! Bon gré ma vie! Il ne fait pas ce tour qui veult.»

Alors luy donnay sur les lieux Où elle feisoit l'endormie: Quatre venues, de coeur joyeux, Luy fis en moins d'heure et demie. Lors me dit, à voix espasmie: «Encore un coup! le coeur me deult. --Encore un coup! Hélas! m'amye, Il ne fait pas ce tour qui veult!»

ENVOI.

Prince d'amours, je te supplie, Si plus ainsi elle m'accuelt, Que ma lance jamais ne plie: Il ne fait pas ce tour qui veult!

XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.

D'ung gect de dart, d'une lance asserée, D'ung grant faussart, d'une grosse massue, D'une guisarme, d'une flèche ferrée, D'ung bracquemart, d'une hache esmolue, D'ung grand penart et d'une bisagüe, D'ung fort espieu et d'une saqueboute; [P. 148] De maulx briguans puissent trouver tel route Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx, Le cueur fendu, desciré par monceaulx, Le col couppé d'ung bon branc acherin, Descirez soient de truye et de pourceaulx Les taverniers qui brouillent nostre vin.

D'ung arc turcquois, d'une espée affilée Ayent les paillars la brouaille cousue, De feu gregoys la perrucque bruslée, Et par tempeste la cervelle espandue, Au grand gibet leur charongne pendue, Et briefvement puissent mourir de goutte, Ou je requiers et pry que l'on leur boute Parmy leur corps force d'ardans barreaulx; Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx, Et puis bouillir en huille le matin, Desmembrez soient à quatre grans chevaux, Les taverniers qui brouillent nostre vin.

D'un gros canon la tête escarbouillée Et de tonnerre acablez en la rue Soient tous leurs corps, et leur chair dessirée, De gros mastins bien garnye et pourvue, De forz esclers puissent perdre la veue, Neige et gresil tousjours sur eux degoutte, Avecques ce ilz aient la pluye toute Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx, Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx, Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin; Desrompuz soient à quatre-vingts marteaulx Les taverniers qui brouillent nostre vin.

Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx, [P. 149] Et crever puissent par force de venin Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx, Les taverniers qui brouillent nostre vin

XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU [P. 150] FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET

AVEC SON EPITAPHE.

C'est à meshuy! J'ay beau corner! Or ça, il s'en fault retourner, Maulgré ses dentz, en sa maison Si ne vis-je pieça saison Où j'eusse si hardy couraige Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige Que je n'ay à qui me combatre... Y a-il homme qui à quatre, Dy-je, y a-il quatre qui vueillent Combatre à moy? Se tost recueillent Mon gantelet; vela pour gaige! Par le sang bieu! je ne crains paige, S'il n'a point plus de quatorze ans. J'ay autresfoys tenu les rencz, Dieu Mercy! et gaigné le prix Contre cinq Angloys que je pris, Povres prisonniers desnuez, [P. 151] Si tost que je les euz ruez. Ce fust au siège d'Alençon. Les troys se misrent à rançon, Et le quatriesme s'enfuyt. Incontinent que l'autre ouyt Ce bruit, il me print à la gorge. Se je n'eusse crié: Sainct George! Combien que je suys bon Françoys, Sang bieu! il m'eust tué ançoys Que personne m'eust secouru. Et quand je me senty feru D'une bouteille, qu'il cassa Sur ma teste: «Venez ça, ça! Dis-je lors. Que chascun s'appaise! Je ne quiers point faire de noise, Ventre bieu! et buvons ensemble. Posé soit ores que je tremble, Sang bieu! je ne vous crains pas maille.»

_Cy dit ung quidem, par derrière les gens_: Coquericoq.

Qu'esse cy? J'ay oüy poullaille Chanter chez quelque bonne vieille; Il convient que je la resveille. Poullaille font icy leurs nidz! C'est du demourant d'Ancenys, Par ma foy! ou du Champ-Toursé... Helas! que je me vis coursé De la mort d'ung de mes nepveux! J'euz d'ung canon par les cheveux, Qui me vint cheoir tout droit en barbe; Mais je m'escriay: «Saincte Barbe! [P. 152] Vueille-moy ayder à ce coup, Et je t'ayderay l'autre coup!» Adonc le canon m'esbranla, Et vint ceste fortune-là Quand nous eusmes le fort conquis. Le Baronnet et le Marquis, Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire, Accoururent pour veoir l'histoire; La Rochefouquault, l'Amiral, Aussi Beuil et son attirail, Pontièvre, tous les capitaines, Y deschaussèrent leurs mitaines De fer, de paour de m'affoler, Et si me vindrent acoler A terre, où j'estoye meshaigné, De paour de dire: «Il n'a daigné!» Combien que je fusse malade, Je mis la main à la salade, Car el m'estouffoit le visaige. «Ha! dist le Marquis, ton oultraige Te fera une foys mourir!» Car il m'avoit bien veu courir, Oultre l'ost, devant le chasteau. Hélas! j'y perdy mon manteau, Car je cuidoye d'une poterne Que ce fust l'huys d'une taverne. Et moy tantost de pietonner, Car, quand on oyt clarons sonner, Il n'est courage qui ne croisse. Tout aussitost: «Où esse? Où esse? Et, à brief parler, je m'y fourre, Ne plus ne moins qu'en une bourre. Si ce n'eust esté la brairie Du costé devers la prairie, [P. 153] De nos gens, qui crioient trestous, Disant: «Pierre, que faictes-vous? N'assaillez pas la basse court Tout seul!» je l'eusse prins tout court, Certes; mais c'eust esté outraige. Et se ce n'eust esté ung paige Qui nous vint trencher le chemin, Mon frère d'armes Güillemin Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant! Car, quoy? il nous en pend autant A l'oeil, eussions, sans nulle faille, Frappé au travers la bataille Des Bretons; mais nous apaisames Nos couraiges et recullames... Que dy-je? non pas reculer, Chose dont on ne doibt parler... Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers. Je ne craignoye que les dangiers, Moy; je n avoye paour d'aultre chose. Et quand la bataille fut close, D'artillerie grosse et gresle Vous eussez ouy, pesle-mesle: _Tip, tap, sip, sap_, à la barrière, Aux esles, devant et derrière. J'en eus d'ung parmy la cuirace. Les dames qu'estoient en la place Si ne craignoyent que le couillart. Certes, j'estoye ung bon paillart; J'en avoye ung si portatif, Se je n'eusse esté si hastif De mettre le feu en la pouldre, J'eusse destruit et mis en fouldre Tout quanqu'avoit de damoiselles. Il porte deux pierres jumelles, [P. 154] Mon couillart: jamais n'en a meins. Et dames de joindre les mains, Quand ilz virent donner l'assault. Les ungs se servoyent du courtault Si dru, si net, si sec que terre. Et puis, quoy? parmy ce tonnerre, Eussez ouy sonner trompilles, Pour faire dancer jeunes filles Au son du courtault, haultement. Quand j'y pense, par mon serment! C'est vaine guerre qu'avec femmes; J'avoye toujours pitié des dames. Veu qu'ung courtault tresperce ung mur, Ilz auroyent le ventre bien dur, S'il ne passoit oultre... Pensez Qu'on leur eust faict du mal assez, Se l'en n'eust eu noble couraige; Mesmes ces pehons de villaige, J'entens pehons de plat pays, Ne se fussent point esbahis De leur mal faire; mais nous sommes Tousjours, entre nous gentilz hommes, Au guet dessus la villenaille. J'estoye par deçà la bataille, Tousjours la lance ou la bouteille Sur la cuisse: c'estoit merveille, Merveille de me regarder. Il vint ung Breton estrader, Qui faisoit rage d'une lance; Mais il avoit, de jeune enfance, Les reins rompus; c'estoit dommaige. Il vint tout seul, par son oultraige, Estrader par mont et par val; Pour bien pourbondir ung cheval [P. 155] Il faisoit feu et voire flambe. Mais je lui trenchay une jambe, D'ung revers, jusques à la hanche; Et fis ce coup-là ung dimenche, Que dy-je? ung lundy matin. Il ne s'armoit que de satin, Tant craignoit à grever ses reins. Voulentiers frappoit aux chanfrains D'ung cheval, quand venoit en jouste, Ou droit à la queue, sans doubte. Point il ne frappoit son roussin, Pource qu'il avoit le farcin, Que d'ung baston court et noailleux, Dessus sa teste et ses cheveulx, De paour de le faire clocher. Aussi, de paour de tresbucher, Il alloit son beau pas, _tric, trac_, Et ung grant panon de bissac Voulentiers portoit sur sa teste. D'ung tel homme fault faire feste Autant que d'ung million d'or. Gens d'armes! c'est ung grant tresor; S'il vault riens il ne fault pas dire. J'ay fait raige avecques La Hire: Je l'ay servy trestout mon aage. Je fus gros vallet, et puis page, Archier, et puis je pris la lance, Et la vous portoye sur la panse, Tousjours troussé comme une poche. Et puis, monseigneur de la Roche, Que Dieu pardoint, me print pour paige. J'estoye gent et beau de visaige, Je chantoye et brouilloye des flustes, Et si tiroye entre deux butes. [P. 156] A brief parler, j'estoye ainsi Mignon comme cest enfant-cy; Je n'avoys pas gramment plus d'aage... Or ça, ça, par où assauldray-je Ce cocq que j'ay ouy chanter? A peu besongner bien vanter; Il fault assaillir cest hostel.

_Adonc apperçoit le Franc Archier un espoventail de_ chenevière, faict en façon d'ung gendarme, croix blanche devant et croix noire derrière, en sa main tenant une arbaleste_.

(A part.)

Ha! le Sacrement de l'autel! Je suis affoibly! Qu'esse-cy?

(A l'espoventail.)

Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy! Hault le trait, qu'aye la vie franche! Je voy bien, à vostre croix blanche, Que nous sommes tout d'ung party.

(A part.)

D'ond, tous les diables! est-il sorty, Tout seul et ainsi effroyé?

(A l'espoventail.)

Comment! Estes-vous desvoyé? Mettez jus, je gage l'amende. Et, pour Dieu, mon amy, desbende Au hault ou au loing ton baston! _Adonc il advise sa croix noire_. [P. 157] Par le sang bieu! c'est ung Breton, Et je dy que je suis Françoys!... Il est fait de toy, ceste fois, Perrenet; c'est ung parti contraire!

(A l'espoventail.)

Hen, Dieu! et où voulez-vous traire? Vous ne sçavez pas que vous faictes. Dea! je suis Breton, si vous l'estes. Vive sainct Denis ou sainct Yve! Ne m'en chault qui, mais que je vive! Par ma foi! Monseigneur mon maistre, Se vous voulez sçavoir mon estre, Ma mère fut née d'Anjou, Et mon père je ne sçay d'où, Sinon que j'ouy reveler Qu'il fut natif de Lantriquer. Comment sçauray-je vostre nom? Monseigneur Rollant, ou Yvon, Mort seray quand il vous plaira!

(A part.)

Et comment! il ne cessera Meshuy de me persecuter, Et si ne me veult escouter!

(A l'espoventail.)

En l'honneur de la Passion De Dieu, que j'aye confession, Car je me sens jà fort malade! Or, tenez, vela ma salade, Qui n'est froissée ne couppée; Je la vous rens, et mon espée, [P. 158] Et faictes prier Dieu pour moy. Je vous laisse, sur vostre foy, Ung voeu que je doibs à sainct Jacques. Pour le faire, prendrez mon jacques, Et ma ceinture et mon cornet.

(A part.)

Tu meurs bien maulgré toy, Pernet, Voire maulgré toi et à force!

(Au public.)

Puis qu'endurer fault et à force, Priez pour l'ame, s'il vous plaist, Du Franc Archier de Baignolet, Et m'escripvez, à ung paraphe, Sur moy ce petit epitaphe:

_Cy gist Pernet le Franc Archier, Qui cy mourut sans desmarcher, Car de fuyr n'eut onc espace, Lequel Dieu, par sa saincte grace, Mette ès cieulx, avecques les ames Des francs archiers et des gens d'armes, Arrière des arbalestriers. Je les hay tous: ce sont meurdriers! Je les congnois bien de pieça. Et mourut l'an qu'il trespassa._

Velà tout; les mots sont très beaux. Or, vous me lairrez mes houseaulx, Car, se j'alloye en paradis A cheval, comme fist jadis Sainct Martin, et aussi sainct George, J'en seroye bien plus prest... Or je [P. 159] Vous laisse gantelet et dague: Car, au surplus, je n'ay plus bague De quoy je me puisse deffendre.

(A l'espoventail.)

Attendez! me voulez-vous prendre En desaroy? Je me confesse A Dieu, tandis qu'il n'y a presse, A la Vierge et à tous sainctz.

(A part.)

Or meurs-je les membres tous sains Et tout en bon point, ce me semble. Je n'ay mal, sinon que je tremble De paour et de malle froidure, Et de mes cinq sens de nature... Cinq cens! Où prins, qui ne les emble? Je n'en veiz onc cinq cens ensemble, Par ma foy! n'en or, n'en monnoye. Pour néant m'en confesseroye: Oncques ensemble n'en veiz deux. Et de mes sept pechez morteux Il fault bien que m'en supportez: Sur moy je les ay trop portez; Je les metz jus, avec mon jacques. J'eusse attendu jusques à Pasques, Mais vecy ung advancement. Et du premier commendement De la Loy, qui dit qu'on doibt croire (Non pas l'estoc quand on va boire, Cela s'entend) en ung seul Dieu, Jamais ne me trouvay en lieu Où j'y creusse mieulx qu'à ceste heure, Mais qu'à ce besoing me sequeure.

(A l'espoventail.) [P. 160]

Ne desbendez? Je ne me fuys!

(A part.)

Hélas! je suis mort où je suis. Je suis aussi simple, aussi coy Comme une pucelle; car, quoy Dit le second commendement? Qu'on ne jure Dieu vainement. Non ay-je en vain, mais très ferme, Ainsi que fait ung bon genderme, Car il n'est rien craint, s'il ne jure. Le tiers nous enjoingt et procure, Et advertist et admoneste, Que l'en doit bien garder la feste, Autant en hyver qu en esté: J'ay tousjours voulentiers festé, De ce ne mentiray-je point; Et le quatriesme nous enjoint Qu'on doit honnorer père et mère: J'ay tousjours honoré mon père, En moy congnoissant gentilhomme De son costé, combien qu'en somme Sois villain et de villenaille.

(A l'espoventail.)

Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille Jusques amen; miséricorde! Relevez ung peu vostre corde; Ferez que le traict ne me blesse.

(A part.)

Item, morbieu! je me confesse Du cinquiesme, sequentement: Deffend-il pas expressément [P. 161] Que nul si ne soit point meurtrier?

(A l'espoventail.)

Las! Monseigneur l'arbalestrier, Gardez bien ce commendement; Quant est à moy, par mon serment, Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.

(A part.)

L'aultre commendement nous baille Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque, Car en lieu n'en place quelconque Je n'euz loysir de rien embler. J'ay assez à qui ressembler En ce point; je n'ay point meffait, Car, se l'en m'eust pris sur le fait, Dieu scet comme il me fust mescheu!

_Cy lusse tomber à terre l'espoventail, celluy qui le tient_.

(A l'espoventail.)

Las! monseigneur! vous estes cheu!... Jésus! et qui vous a bouté, Dictes? Ce n'ay-je pas esté, Vrayement, ou diable ne m'emporte, Au cas, dictes? Je m'en rapporte A tous ceulx qui sont cy, beau sire, Affin que ne vueillez pas dire Que c'est demain ou pour demain. Au fort, baillez-moy vostre main, Je vous ayderay à lever. Mais ne me vueillez pas grever: J'ai pitié de vostre fortune.

_Cy apperçoyt le Franc Archier, de l'espoventail, que [P. 162] ce n'est pas ung homme_.

Par le corps bieu! j'en ay pour une! Il n'a pié ne main; il ne hobe; Par le corps bieu! c'est une robe Plaine, de quoy? charbieu! de paille! Qu'esse-cy? morbieu! on se raille, Ce cuiday-je, des gens de guerre... Que la fièvre quartaine serre Celluy qui vous a mis icy! Je le feray le plus marry, Par la vertu bieu! qu'il fut oncques. Se mocque on de moy quelconques? Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre! Qu'espoventail de chenevière, Que le vent a cy abatu!... La mort bieu! vous serez batu, Tout au travers, de ceste espée... Quand la robbe seroit couppée, Ce seroit ung très grand dommaige. Je vous emporteray pour gaige, Toutesfoys, après tout hutin. Au fort, ce sera mon butin, Que je rapporte de la guerre. On s'est bien raillé de toi, Pierre, La charbieu saincte et beniste! Vous eussiez eu l'assault bien viste, Se j'eusse sceu vostre prouesse: Vous eussiez tost eu la renverse, Voir, quelque paour que j'en eusse. Or pleust à Jésus que je fusse, A tout cecy, en ma maison! Qu'il poise! Mengié a foison [P. 163] De paille: elle chiet par derrière. C'est paine pour la chamberière, De la porter hors de ce lieu.

(Au public.)

Seigneurs, je vous commande à Dieu; Et se l'on vous vient demander Qu'est devenu le Franc Archier, Dictes qu'il n'est pas mort encor, Et qu'il emporte dague et cor, Et reviendra par cy de brief. Adieu; je m'en vois au relief.

FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET.

XXIII. [P. 164]

DIALOGUE DE MESSIEURS DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.

M. Hée, Monsieur de Baillevent! B. Quoy De neuf? M. On nous tient en aboy, Comme despourveuz, malureux. B. Si j'avoye autant que je doy, Sang bieu! je seroye chez le Roy, Un page après moy! M. Voire deux!

B. Nous sommes francs... M. Adventureux. B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux. M. Voire, de souhaits. B. C'est assez. M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux. B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux Heritiers. B. De gaiges cassez.

M. Nous sommes, puis troys ans passez Si minces. B. Si mal compassez. M. Si simples. B. Legiers comme vent. M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez, [P. 165] De donner pour Dieu dispensez, Car nous jeusnons assez souvent.

M. Hée, monsieur de Baillevent, Qui peult trouver, soubz quelque amant, Deux ou troys mille escus, quel proye! B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement. B. Le quartier en vault l'arpent, Pardieu! Monsieur de Mallepaye!

M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye, Puis de charbon et puis de craye. M. Je raille. B. Je fays chère à tous. M. Nous avons beau coucher en raye, L'oreille au vent, la gueulle baye, On ne faict point prochas de nous.

B. Helas! serons-nous jamais soulx? M. Il ne fault que deux ou trois coups Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz. M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx. M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous? M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts. M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.

B. De serjens sommes tous recreux, Et si n'avons nulz bien acreuz. M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige. B. Entretenus. M. Comme poux creux. B. Jurons sang bieu, nous serons creuz: Arrière, piettons de village!

M. Ne suis-je pas beau personnaige? [P. 166] B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige. B. Ressourdant. M. Comme bel alun. B. Pathelin en main. M. Dire raige. B. Et, par la mort bien! c'est dommage, Que ne mettons vilains eu run.

M. Hée! cinq cens escus! B. C'est esgrun. M. Quand j'en ay j'en offre à chascun, Et suis bien aise quand j'en preste. B. Mes rentes sont sur le commun; M. Mais povres gens n'en ont pas ong; B. J'y romproye pour néant la teste.

M. S'il povoyt venir quelque enqueste, Quelque mandement ou requeste, Ou quelque bonne commission! B. Mais en quelque banquet honneste, Faire accroire à cest ou à ceste La Pragmatique Sanction!