Œuvres Complètes de Chamfort (Tome 5) recueillies et publiées, avec une notice historique sur la vie et les écrits de l'auteur.

Part 6

Chapter 63,081 wordsPublic domain

Il est donc né, ce fils, objet de tant de vœux! Il respire! avec lui nous renaissons tous deux. Mon cœur s'est réveillé: cette ardeur qui m'enflamme, Au jour de ta naissance a pénétré ton âme. Je te pris dans mes bras: un serment solennel Promit de t'élever dans le sein paternel. Le temps, qui m'a conduit au bout de ma carrière, De mes yeux par degrés épura la lumière: Vainement et trop tard allumant son flambeau, La raison nous éclaire aux portes du tombeau. Ah! si l'expérience, école du vrai sage, Pouvait de nos enfans devenir l'héritage! Si nos malheurs au moins n'étaient perdus pour eux! Un père, en expirant, se croirait trop heureux: Mais il meurt tout entier; et la triste vieillesse Dans la tombe avec elle emporte sa sagesse. De mon vaisseau du moins que les tristes débris, Épars sous les écueils, en écartent mon fils. Je le vois, en mourant, s'éloigner du rivage: Ah! s'il arrive au port, je bénis mon naufrage. Parmi tous ces mortels sur ce globe semés, Les uns portent un cœur, des sens inanimés; Le feu des passions n'échauffe point leur âme: D'autres sont embrâsés d'une céleste flamme: Mais trop souvent, hélas! sa féconde chaleur Enfante les talens et non pas le bonheur; Et de l'infortuné dont elle est le partage, Elle fait un grand homme et rarement un sage. Le bonheur! ô mortel!... Ose te détacher D'un espoir que bientôt il faudrait t'arracher: Si le songe est flatteur, le réveil est funeste; Fais le bonheur d'autrui, c'est le seul qui te reste. Si ton fils n'a reçu que des sens émoussés, Qu'il se traîne à pas lents dans les chemins tracés: Sans lui frayer toi-même une route nouvelle, De tes seules vertus offre-lui le modèle: Mais si des passions le germe est dans son sein, Veille, père éclairé, sur ce dépôt divin: Loin de lui ces prisons où le hasard rassemble Des esprits inégaux qu'on fait ramper ensemble; Où le vil préjugé vend d'obscures erreurs, Que la jeunesse achète aux dépens de ses mœurs: Si ton fils ne te doit son âme toute entière, Tu lui donnas le jour, mais tu n'es pas son père. Le chef-d'œuvre immortel de la divinité Sur la terre au hasard paraît être jeté. L'homme naît; l'imposture assiége son enfance: On fatigue, on séduit sa crédule ignorance: On dégrade son être. Ah, cruels! arrêtez: C'est une âme immortelle à qui vous insultez. De l'éducation l'influence suprême, Subjugant dans nos cœurs la nature elle-même, Peut créer à son choix, des vices, des vertus: C'est du fils de César que Caton fit Brutus. Règne sur le hasard, affaiblis son empire: L'homme peut le borner, ou même le détruire. Que son fier ascendant soit dompté par tes soins: Transforme pour ton fils les vertus en besoins. O toi! fille des Cieux que l'univers adore, Toi qu'il faut que l'on craigne, ou qu'il faut qu'on implore, Sainte religion, dont le regard descend, Du créateur à l'homme, et de l'homme au néant, Montre-nous cette chaîne adorable et cachée Par la main de Dieu même à son trône attachée, Qui, pour notre bonheur, unit la terre au ciel Et balance le monde aux pieds de l'Éternel. Mais déjà de ton fils la raison vient d'éclore: Sache épier, saisir l'instant de son aurore, Où l'homme ouvrant les yeux, frappé d'un jour nouveau, S'éveille, et regardant autour de son berceau, Étonné de penser, et fier de se connaître, Ose s'interroger, s'aperçoit de son être; Dévore les objets autour de lui semés, Jadis morts à ses yeux, maintenant animés; Demande à ces objets leurs rapports à lui-même, Et du monde moral veut saisir le système; A de sages leçons consacre ses momens; De ses vertus alors pose les fondemens; Des vrais biens, des vrais maux, trace-lui les limites; Renferme ses regards dans les bornes prescrites; Qu'il sache tour à tour se concentrer dans lui, Etendre ses rapports à vivre dans autrui; Ne fais briller dans lui que des clartés utiles; Il est pour les humains des vérités stériles; Le ciel est parsemé de globes lumineux; Mais un seul nous éclaire et suffit à nos yeux. Prolonge pour ton fils cet heureux temps d'ivresse, Cet aimable délire où la simple jeunesse, Ignorant l'artifice et les retours cruels, N'a point perdu le droit d'estimer les mortels, Et goûte ce bonheur si pur, si respectable, De croire à la vertu pour aimer son semblable. Jeune homme, j'aime à voir ta naïve candeur Chercher imprudemment nos vertus dans ton cœur, Chérir une ombre vaine, adorer ton ouvrage, De tes purs sentimens reproduire l'image, Et se plaire à créer, dans ta simplicité, Un nouvel univers par toi seul habité. Oui, que mon fils embrasse un fantôme qu'il aime: Nous croyant des vertus, il en aura lui-même. Mais voici ce moment utile ou dangereux, Qui, souvent annoncé par un naufrage affreux, Des sens avec le cœur préparant l'alliance, Donne à l'homme étonné toute son existence, Établit ses devoirs sur ses rapports divers, Le fait vivre à lui-même et naître à l'univers. Ce sont les passions, dont la fatale ivresse L'élève quelquefois, et trop souvent l'abaisse; Mais quel que soit sur nous leur ascendant vainqueur, Leur force ou leur faiblesse est toute en notre cœur. Indociles coursiers, ils éprouvent leur guide; Le faible est entraîné par leur élan rapide; Le fort sait les dompter, les asservir au frein; Pour jamais de leur maître ils connaissent la main. Les coursiers du soleil, dans leur vaste carrière, Répandaient sans danger les feux et la lumière; Phaéton les conduit: bondissans, furieux, Ils consument la terre, ils embrâsent les cieux. Si ton fils des vertus a reçu la semence, Des passions, pour lui, ne crains point l'influence; De nos égaremens on les accuse en vain; Le germe corrupteur dormait dans notre sein: De sable, de limon cet impur assemblage, Rebut de l'océan, soulevé par l'orage, Avant que la tempête eût ébranlé les airs, Il existait déjà dans le gouffre des mers. Passions, c'est nous seuls et non vous qu'il faut craindre. Épurons notre cœur sans vouloir les éteindre. Parmi tous ces désirs dans notre âme allumés, Le tyran le plus fier de nos sens enflammés, C'est ce fougueux instinct fait pour nous reproduire, Bienfaiteur des mortels, et prêt à les détruire. Qu'un seul objet, mon fils, t'enchaînant sous sa loi, Te dérobe à son sexe anéanti pour toi. Heureux, sans doute heureux, si la beauté qui t'aime, Remplissant tout ton cœur, te rend cher à toi-même, Et mêle au tendre amour qu'elle a su t'inspirer, Ce charme des vertus qui les fait adorer! Nœuds avoués du ciel, respectable hyménée, De mon fils à tes lois soumets la destinée! Que par toi, de son être étendant le lien, Mon fils, pour être heureux, soit homme et citoyen! Loin d'ici ces mortels, dont la folle prudence Refuse à leur pays le prix de leur naissance, Et qui prêts à brûler des plus coupables feux, Morts pour le genre humain, pensent vivre pour eux! Amitié, nœud sacré, récompense des sages, Plaisir de tous les temps, vertu de tous les âges! Oui, mon fils chérira tes devoirs, tes douceurs. L'astre qui nous éclaire eut des blasphémateurs: Des monstres ont maudit sa féconde influence; D'autres ont de Dieu même abhorré l'existence, Ont haï l'Eternel: amitié! qui jamais A blasphémé ton nom, a maudit tes bienfaits? Le ciel daigne accorder au mortel magnanime Une autre passion plus rare et plus sublime, Aliment des vertus, âme des grands desseins: C'est ce noble désir d'être utile aux humains, D'avoir des droits sur eux, de vivre en leur mémoire; Le plus beau des besoins, le besoin de la gloire; Impérieux instinct que des dieux bienfaiteurs, Par pitié pour la terre ont mis dans les grands cœurs. Mais qui cherche la gloire a besoin qu'on l'éclaire. Il en est une, hélas! criminelle ou vulgaire, Que le faible poursuit, qu'encense le pervers, Qui, sous différens noms, fléau de l'univers, Arme le conquérant, lui commande les crimes, Dicte au sage insensé de coupables maximes, Aiguise le poignard, prépare le poison, Pour sauver de l'oubli le fantôme d'un nom; Prestige d'un instant, vaine et cruelle idole, Non, ce n'est point à toi que le sage s'immole; Ses jours, dans les travaux, ne sont point consumés, Pour laisser quelques pas sur le sable imprimés: Mais servir, éclairer le genre humain qu'il aime, En recherchant surtout l'estime de soi-même; La mettre au plus haut prix; l'obtenir de son cœur; Voilà quelle est sa gloire et quelle est sa grandeur. Si de ce beau désir ton âme est dévorée, Nourris dans toi, mon fils, cette flamme sacrée, Tandis que tes esprits, dans leur mâle vigueur, Du feu des passions reçoivent leur chaleur. Ah! lorsque les glaçons de la froide vieillesse Viennent de notre sang arrêter la vîtesse, Lorsque nous recelons dans un débile corps Un esprit impuissant, une âme sans ressorts, Plus de droits sur la gloire et sur la renommée: La lice de l'honneur est pour jamais fermée: Et sur nos sens flétris, ainsi que sur nos cœurs, L'oisive indifférence épanche ses langueurs. Mon fils, sur les humains que ton âme attendrie Habite l'univers, mais aime sa patrie. Le sage est citoyen: il respecte à la fois Et le trésor des mœurs, et le dépôt des lois: Les lois! raison sublime et morale pratique, D'intérêts opposés balance politique, Accord né des besoins, qui, par eux cimenté, Des volontés de tous fit une volonté. Chéris toujours, mon fils, cet utile esclavage, Qui de la liberté doit épurer l'usage. Entends mes derniers mots, toi, dont les soins prudens Doivent de notre fils guider les premiers ans. J'ai vu son doux sourire à sa naissante aurore; Son premier sentiment à tes yeux doit éclore; Dans ton sein paternel il ira s'épancher; Et moi, d'entre tes bras la mort va m'arracher. Puisse un jour cet écrit, gage de ma tendresse, Cher enfant, à ton cœur faire aimer ma vieillesse! Puisses-tu t'écrier, saisi d'un doux transport: Il fit des vœux pour moi dans les bras de la mort! Oui, c'est toi qui, m'offrant une heureuse espérance, Plus loin dans l'avenir porte mon existence: Je t'apprends le secret de vivre et de jouir; Ma mort t'enseignera le grand art de mourir.

ÉPITRE

A M. ***

Cologne, 19 juin 1761, écrite sur les bords du Rhin.

Ami, des champs le spectacle flatteur Vient d'animer, de réveiller mon cœur. A s'attendrir ce spectacle l'invite. J'ai fui la ville et l'ennui qui l'habite. Hélas! au moins caché sous ces forêts, Il m'est permis de détourner ma vue De ces clochers, dont les hardis sommets, En s'effilant, s'élancent dans la nue, Et dont l'aspect me poursuit à jamais. N'entends-tu pas, dans ce verger paisible, Ce rossignol? Son organe flexible, Tendre toujours et toujours varié, Chante l'amour: je parle à l'amitié. Oui, dans ces lieux, ami, tout la rappelle. Autour de moi que la nature est belle! Je vois du Rhin les flots majestueux Baigner mes pieds et couler sous mes yeux. De sept rochers les cîmes inégales Vont à l'envi se perdre dans les cieux; Un bois touffu remplit leurs intervalles. D'un doux frisson ces trembles agités, De ces oiseaux la douce mélodie, Portent le trouble à mon âme ravie; Pour comble encore, à mes yeux enchantés Ces fleurs, au loin émaillant la prairie, Pour me séduire étalent leurs beautés. Séjour touchant! que n'es-tu ma patrie? N'importe, hélas! de mon cœur endormi Ton doux aspect a banni la tristesse. Je suis heureux dans cette courte ivresse: Je suis heureux: je songe à mon ami. C'en est donc fait, la trompeuse fortune A sur mes jours abdiqué tout pouvoir. Je la bénis; sa faveur importune, En aucun temps n'a fixé mon espoir. Il est bien vrai que, provoqué par elle, J'obéissais à sa voix infidelle, Et ton ami s'en faisait un devoir. Mais elle a fait ce que mon cœur demande: Sa trahison, que j'aurais dû prévoir, De ses faveurs est pour moi la plus grande. J'avais pensé, dans ma trop longue erreur, Que de ses dons la fatale influence Aplanissait le chemin du bonheur. Mais que les Dieux ont borné sa puissance! Pour être heureux il nous suffit d'un cœur. Je les ai vus, ses favoris coupables, En dépit d'elle, illustres misérables, Fiers d'être sots, de leur faste éblouis, Punis toujours de n'avoir rien à faire, Dans leurs miroirs mille fois reproduits, Peindre partout, voir partout leur misère; Sur leurs sophas lâchement étendus, D'esprit, de corps également perclus; Du fade objet dont l'aspect les accable Multiplier l'image insupportable. J'ai vu Crassus, pour échapper au temps, Dans sa langueur en compter les instans. La montre d'or nonchalamment tirée Dit qu'en secret il maudit sa durée. Son triste cœur voudrait, dans son ennui, La démentir, s'inscrire en faux contre elle; Mais le témoin muet et trop fidelle Obstinément dépose contre lui. Combien mes yeux ont surpris de bassesse Sous ces dehors, sous cet éclat trompeur! Oui, que le ciel, punissant ma faiblesse, Sur ton ami signale sa fureur, Si, de mon cœur démentant la noblesse, J'osais tremper dans leur lâche bonheur! Que l'amitié, pour tous deux indulgente, A sur nos jours épanché de douceurs! Avec quel art sa faveur bienfaisante De nos plaisirs variait les couleurs! Par la gaîté tantôt enluminée, Tantôt moins vive, encor plus fortunée, Elle portait par degrés dans nos cœurs, Après l'essor d'une libre saillie, Ce doux sommeil, cette mélancolie, Qui de l'amour imite les langueurs. Souvent muets dans notre nonchalance, Trop sûrs de nous pour craindre un seul moment Qu'on ne la prît pour de l'indifférence, Nous nous taisions, et cet heureux silence Ne finissait que par un sentiment: Temps précieux pour mon âme attendrie, Où mon esprit, emporté loin de moi, Était absent, mais absent près de toi. Plaisir du cœur, tendre mélancolie, Doux antidote et baume de la vie, Par quelle loi, par quel fatal destin, Faut-il, hélas! que d'un peuple volage L'insuffisant et stérile langage T'ose confondre avec ce noir chagrin, Fléau cruel de l'âme dégradée, Par les ennuis tristement obsédée? Souvent encor quand un diseur de riens Venait troubler nos charmans entretiens, Si par malheur sa bouche téméraire D'un sentiment né d'une âme vulgaire A nos regards dévoilait la laideur, Mes yeux soudain, sur ton front peu flatteur, En saisissaient le désaveu sincère. Mais qu'ai-je dit? Etait-il nécessaire De l'y chercher? Il était dans mon cœur. Ah! cher ami, puis-je espérer encore De te revoir, de trouver dans le tien Cette amitié qui tous deux nous honore, Et dont l'absence a serré le lien? Momens heureux, je vais vous voir renaître; Et de plus près à tes destins lié, Auprès de toi, prenant un nouvel être, Je vais chérir les arts et l'amitié. J'ignore encor ce que le sort barbare Pour ton ami cache dans l'avenir; Mais quels que soient les jours qu'il me prépare, De fermeté prompt à me prémunir, Malgré ses coups, je veux suivre la pente De ce sentier que l'honneur me présente, Et que sa main pour moi daigne aplanir. Je sais trop bien que sa faveur stérile Ne me promet qu'une palme inutile; Mais le travail, tendre consolateur, M'assure au moins un abri salutaire. Abri sacré, nécessaire à mon cœur. Oui, le travail est son propre salaire. Par le malheur mon esprit abattu, Se redoutant, chérissant sa faiblesse, Contre lui-même a long-temps combattu. Je cède enfin à l'instinct qui me presse. Te souviens-tu de ce chantre de Grèce! Encouragé par les dons séducteurs Du cercle entier de ses admirateurs, Oh! disait-il, partageant leur ivresse, Si l'intérêt pouvait les éclairer; Si dans mon cœur ce peuple pouvait lire; De quels transports je me sens pénétrer, Lorsque mes doigts voltigent sur la lyre; D'une faveur il croirait m'honorer, En permettant à mon heureux délire De s'exercer dans cet art que j'admire.

ÉPITRE

A M. ***, QUI AVAIT FAIT AFFICHER CHEZ SON SUISSE UN ORDRE EN VERS, DE N'OUVRIR QU'AU MÉRITE, ET DE REFUSER LA PORTE A LA FORTUNE.

Je l'ai vu cet ordre authentique, Mis en vers joliment tournés, Cette consigne poétique Qu'à votre Suisse vous donnez; Mais elle est trop philosophique, Ou trop peu. Quoi! vous ordonnez Que l'on ferme la porte au nez A la Fortune! Et pourquoi faire? Est-ce humeur, faiblesse ou colère? Vous avez tort; mais apprenez Le dénoûment de cette affaire. Après ce refus insultant Que fit la belle aventurière? Surprise de ce compliment, De la rebuffade impolie D'un portier qui la congédie, Croiriez-vous que dans cet instant (Voyez un peu quelle étourdie!) Elle vint chez moi brusquement? Je sortais: j'ouvre....--La fortune! Ne vous suis-je pas importune? Le cas arrive rarement. --Il arrive dans ce moment. Elle m'étonna, je vous jure. J'excusai le sage imprudent Qui brusquait ainsi la déesse; Il a tort d'outrer la sagesse. --Vous raillez, je crois.--Nullement. Il fallait au moins vous admettre, En faisant des conditions.... --A moi!--Sans doute.--Eh bien! voyons. Faites les vôtres.--A la lettre Vous les suivrez? Premièrement, Je vous dois un remercîment: Vous voilà sans qu'on vous appelle, C'est ce qu'il me faut justement. --Vous me plaisez assez, dit-elle. --Tant mieux.--Convenons de nos faits. --Vous ne prétendrez jamais A changer le fond de ma vie; Vous respecterez sans aigreur Mon caractère, mon humeur, Et même un peu ma fantaisie. Je conserverai mes amis, Vous ne m'en donnerez point d'autres: A moi les miens, à vous les vôtres. Le sentiment sera permis A mon cœur né sensible et tendre; De moi vous ne devrez attendre Que des soins, et non des soucis; Je n'en veux ni donner ni prendre. Si, par l'effet de vos faveurs, Je dois approcher des grandeurs, Partout, à la cour, à la ville, Je serai, rien n'est plus facile, Sans orgueil, mais non sans fierté, Vrai sans rudesse, sans audace, Et libre sans légèreté. Auprès de mes amis en place J'aurai peu d'assiduité, La réservant pour leur disgrâce. Permettez-vous?--Accordé, passe. --Avec le mérite, l'honneur, Je n'entre point dans vos querelles; Je veux rester leur serviteur, Et les tiens pour amis fidèles. --Ah! nous nous brouillerons.--Tant pis --Un mot encor. Toujours admis, Chez moi le mérite aura place Au-dessus de vos favoris: C'est la sienne, quoique l'on fasse. Refusé net.--La déité Me dit, d'un ton de bonhommie: Moi, j'ai de la facilité; Mais cet article du traité, Par quel art, par quelle industrie, Le faire signer, je vous prie, A ma sœur?--Qui?--La vanité. Adieu.--Soit.--La folle immortelle Part et s'envole à tire d'aile, Me supposant de vains regrets, Je le soupçonne; car la belle, Tout en me quittant pour jamais, Regardait parfois derrière elle, Pour voir si je la rappelais; Mais je laissai fuir l'infidelle, Et mes voisins courent après.

FRAGMENS

D'UNE ÉPITRE DIPLOMATIQUE, ADRESSÉE A LA COALITION DES PRINCES ARMÉS CONTRE LA FRANCE.