Part 10
Pour un procès pendant au Parlement, Vint à Paris dernièrement Une abbesse jeune et jolie, Qui, d'une amoureuse folie, N'avait jamais connu l'égarement. Entrée au couvent dès l'enfance, Elle avait pu facilement Garder sa première innocence. Elle prit un appartement Chez certaine cousine, ou marquise ou comtesse Dont le fils, chevalier charmant, Joignait à maint autre agrément L'esprit et la délicatesse. Sans intérêt il ne put voir L'embonpoint reposé de notre aimable abbesse, Dont la fraîcheur et la finesse Auraient fait plus d'effet à la cour qu'au parloir: Nez retroussé, peau blanche, fine, œil noir Rempli de feux et de tendresse, De l'amour dans son cœur firent passer l'ivresse; Mais ce dieu doublement signala son pouvoir. Le cavalier est beau, bien fait et leste, L'air mâle, le ton noble et le maintien modeste; Jamais auprès de son moutier N'avait paru si charmante figure, Sans quoi l'on pourrait parier Qu'elle n'eût pas adopté la clôture. Par un regard où se peint le désir, Notre amant entame l'affaire; Après vient un tendre soupir, Que l'on écoute sans colère: Car peut-on se fâcher de ce qui fait plaisir, Surtout contre un cousin, quand le cousin sait plaire? Enhardi par l'impunité, L'amant ose dire qu'il aime. «Je le crois bien, dit-elle, et moi de même. Ne doit-on pas aimer sa parenté?» Ils étaient seuls, et la témérité Toujours se trouve où l'ardeur est extrême. L'amant avec vivacité Porte la main vers le bonheur suprême... D'une pareille liberté La sensible abbesse surprise, Un peu tard à la vérité, Veut s'opposer à l'entreprise: «Ah! monsieur, quelle indignité! Vous abusez de ma bonté...» Discours perdus, il ne lâche point prise; Il savait trop qu'en ces soins là, L'excès peut faire seul excuser l'insolence: Au comble il porta la licence, Et le succès fit voir qu'il ne se trompait pas. L'épouse du seigneur, enivrée, éperdue, Le serre sans oser sur lui jeter la vue; Il vit, dans son tendre embarras, La honte et le plaisir d'avoir été vaincue. Quelques momens après, encore tout émue «O ciel! qu'ai-je éprouvé! lui dit-elle tout bas, A jamais vous m'avez perdue; Sans cette volupté qui m'était inconnue, Je ne pourrai plus vivre, cher cousin; Que faire à mon couvent, quand j'y serai rendue, Des longs sermons d'un triste chapelain!
LE COQ ET LE CHAPON.
De Sparte antique on regrette le temps; On a raison: alors jeune fillette De son époux connaissait les talens Avant qu'hymen en eût fait la conquête. Besoin n'était d'un regard pénétrant, Pour qu'au travers d'une étoffe discrète, L'amour secret allât furtivement D'appas cachés contrôler la retraite. Pour voir bondir à la fleur de seize ans Désirs naissans de jeune pastourette, Besoin n'était aux sincères amans Du cercle étroit d'une froide lorgnette; Ses charmes nus brillaient dans leur printemps; Nature alors parlait sans interprète; Dans l'ombre alors point d'amoureux déduit; Cette pudeur dont on fait tant de bruit, Triste avorton d'une ardeur contrefaite, Du charme obscur d'une prudente nuit Ne voilait point la nature imparfaite. O l'heureux temps que ce siècle tout nu!... Du premier homme on suivait l'innocence; L'amour plus jeune était plus ingénu; De la beauté l'impudique décence A son flambeau sans danger se montrait; D'un sexe à l'autre errait son inconstance; Fidèle ardeur jamais ne l'arrêtait, De sa pudeur avec grâce voilée, La jeune vierge innocemment marchait. De tant d'appas l'âme à peine troublée, Son jeune amant près d'elle s'approchait: Ainsi qu'on vit, avant que d'une pomme Elle eût cueilli le péché défendu, D'Eve en sa fleur le corps pudique et nu, Chaste s'asseoir auprès du premier homme. Amour alors, sans flèche, ni flambeau, Au front n'avait cet aveugle bandeau, Nuage épais dont la sombre fumée Ne laisse voir qu'au travers des brouillards, Dont la vapeur obscurcit les regards, Les traits confus de la vierge charmée. O l'heureux temps que ce siècle tout nu!... Point de surprise!... alors point de reproche! Brûlé des feux d'un amour ingénu, Jamais l'hymen ne prenait chat en poche. Ce temps n'est plus. Qu'en est-il advenu? Pour époux, Lise a pris le jeune Alcandre. Qui l'eût pensé que ce bel ingénu, Jeune, attentif, plein d'une ardeur si tendre, A son amante eût si mal répondu? Aux feux brûlans d'un amour éperdu, Humainement Lise avait cru se rendre. O sort affreux!.. cet amoureux si prompt, Que pour un coq Lise avait osé prendre... Qu'a-t-il fait? Rien... Ce coq est un chapon.
LA PEUR DE LA MORT.
Auprès d'un bois écarté, solitaire, Un bûcheron, pauvre comme il en est, Avait construit une frêle chaumière, Où tous les soirs le bonhomme traînait Son lourd fagot, sa faim et sa misère. Cela soit dit sans affliger ton cœur; Car mon dessein n'est tel, ami lecteur. Le forestier veuf et content de l'être, N'avait qu'un fils, l'espoir de ses vieux ans: C'était Janot. Dans le réduit champêtre, Sous le taillis où le ciel l'a fait naître, Il a déjà compté quinze printemps, Et voit, dit-on, le seizième paraître, Plus beau pour lui que tous les précédens. Trop faible encor pour porter la coignée, Mais de bonne heure au travail façonnée, Tantôt sa main donne au flexible osier, En se jouant, la forme d'un panier: Tantôt il sème autour de son asile, Non pas des fleurs, mais un légume utile Que l'appétit assaisonne au besoin, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et pour compagne Annette sa cousine, Rose naissante; elle était orpheline Dès son enfance; et n'ayant d'autre appui Que son pauvre oncle, elle vivait chez lui. Tout beau, conteur, va dire un petit maître; De sa beauté vous ne nous dites mot: Faites la belle, ou vous n'êtes qu'un sot. Belle! eh qu'importe? a-t-on besoin de l'être A quatorze ans? mais Annette l'était, Sans le savoir. Ah! je n'ose le dire: Une fontaine avait pu l'en instruire. Sur ce point là si Janot se taisait, Dans ses regards elle avait pu le lire. Concluons donc qu'Annette s'en doutait, C'était beaucoup: élevé sans culture, Germe tombé des mains de la nature, Ce couple heureux ne savait presque rien, A ses penchans se livrait sans mesure. Et conservant une âme libre et pure Faisait sans choix et le mal et le bien. Un jour de ceux que le printemps ramène, Qui semblait naître exprès pour les plaisirs, Nos deux enfans que le destin entraîne, S'étant assis à l'ombre d'un vieux chêne, Y respiraient sous l'aile du zéphir. Mais tout-à-coup sa douce et fraîche haleine Devint pour eux le souffle du désir. «Ma chère Annette, hélas! dans le bocage J'étais venu pour goûter la fraîcheur, Disait Janot; mais toute sa chaleur Nous a suivis sous le naissant feuillage. --Moi, dit Annette, à ces gazons nouveaux Je demandais un moment de repos; Mais le sommeil a trompé mon attente; Le sommeil fuit ma paupière brûlante. C'est pourtant là qu'hier je m'endormis: Mais j'étais seule, et ta main caressante N'y pressait pas ainsi ma main tremblante; A mes genoux tu ne t'étais pas mis. Séparons-nous pour trouver l'un et l'autre Le calme heureux que nous venons chercher.» Pauvres enfans! quel espoir est le vôtre? Fuyez, un dieu saura vous rapprocher. Pour un moment aux vœux de sa cousine Janot sourit; mais la belle orpheline Fuit lentement. L'amour vient l'arrêter. Du jouvenceau l'embarras n'est pas moindre; S'il fait lui-même un pas pour la quitter, Il en fait deux bientôt pour la rejoindre. Bref, le fripon est encore à ses pieds. Là, moins soumis, mais plus ardent, plus tendre: «Nous séparer! cesse de le prétendre, Dit-il, les yeux de quelques pleurs mouillés; N'ordonne pas que je m'éloigne encore; Dans ce moment plein d'un trouble inconnu, A tes genoux je me sens retenu Par le besoin d'un plaisir que j'ignore. Demeure, Annette, ou bien je vais mourir. --Mourir! quel mot, cria la jeune amante! Quel mot affreux à côté du plaisir! Et quelle image, hélas! il me présente! Quand on est mort, sais-tu bien comme on est? Dans cet état j'ai vu ma pauvre mère; J'étais bien jeune alors, mais le portrait De mon esprit ne s'effacera guère. Sans mouvement et ne respirant plus, On a les pieds et les bras étendus, D'un voile épais la paupière couverte, Les yeux éteints et la bouche entr'ouverte.» A ce portrait bien fait pour l'alarmer, Le jeune amant s'étonne, s'inquiète: «S'il est ainsi, dit-il, ma chère Annette, Ne mourons pas, vivons pour nous aimer.» Déjà leurs cœurs qu'avait glacés la crainte, Sont ranimés par les brûlans désirs. Triste raison, mère de la contrainte, N'approche pas de cette aimable enceinte; Et toi, nature, appelle les plaisirs: Mais je les vois et la fête commence. Des deux côtés d'abord mêmes soupirs, Mêmes sermens d'éternelle constance. Aux doux propos succède le silence; Mille baisers échauffés par l'amour, Sont pris, rendus et repris tour-à-tour; Vers le bonheur ainsi Janot s'avance. Les vents légers, complices de ses feux, Ont dévoilé tous les charmes d'Annette; L'un en jouant fait flotter ses cheveux, L'autre s'envole avec sa colerette; Le plus hardi chatouille ses pieds nus, Un peu plus haut adroitement se glisse, Baise en passant l'albâtre de sa cuisse, Et monte enfin au temple de Vénus. Janot le sut; mais le dieu de Cythère Vient l'arracher à ce guide incertain, En lui mettant l'encensoir à la main, Les yeux fermés le mène au sanctuaire. Arrête, arrête, ô peintre téméraire! La volupté t'en impose la loi, De ses attraits respecte le mystère. Fils de Cypris, dissipe ton effroi, Vas, je sais être aveugle comme toi; Et tes faveurs m'ont appris à me taire. Charme puissant des plaisirs défendus, De nos crayons vous n'avez rien à craindre; Quand on vous goûte, hélas! peut-on vous peindre! Peut-on vous peindre en ne vous goûtant plus? Dans les transports de la première ivresse, Janot sans force et non pas sans désir, Suivant de près la trace du plaisir, Le cherche encore au sein de sa maîtresse. Annette, hélas! sur les gazons fleuris, Ne répond plus à des caresses vaines, Le doux poison répandu dans ses veines Tient à la fois tous ses sens engourdis. L'amant novice à l'instant se rappelle Les traits affreux dont elle a peint la mort, Soulève, presse, avec un tendre effort, Contre son cœur, un des bras de la belle, Croit lui donner une chaleur nouvelle; Le bras échappe et tombe sans ressort, «Annette! Annette!» En vain sa voix l'appelle; Janot, trop sûr de son malheureux sort, Reste un moment immobile comme elle. Tout en impose à sa crédulité. Les yeux fixés sur ceux de sa cousine N'y trouvent plus cette flamme divine, Qui tout-à-l'heure animait sa beauté: «Annette est morte! hélas! je l'ai perdue, S'écrie alors l'amant épouvanté. Triste tableau qu'elle offrait à ma vue, Deviez-vous être une réalité! Annette est morte, et c'est moi qui la tue. Qui que tu sois dont l'immense pouvoir Rend à nos champs leur première verdure, Annette est morte et tu l'as dû prévoir! Fais la revivre ainsi que la nature!» En exprimant ces frivoles regrets, Ces vains désirs, de larmes il arrose Le front d'Annette et ses mornes attraits, Baise en tremblant sa bouche demi-close. Anne s'éveille! hélas! ce tendre mot Est le premier que ses lèvres prononcent, Et le second que les soupirs annoncent Plus tendre encore est celui de Janot. «Elle revit! Annette m'est rendue! Tristes regrets, vous êtes effacés; Elle revit, tous mes maux sont passés. Plaisirs, rentrez dans mon âme éperdue.» A ce discours Anne n'a rien compris, Et sur Janot fixant un œil surpris, Accompagné d'une voix ingénue, «Que veux-tu-dire? et quel est ce transport? Moi j'étais morte!--Oui, tout comme ta mère, Tu ne l'es plus et je bénis mon sort. --Si c'est ainsi, répond la bocagère, Que l'on arrive à son heure dernière, On est bien sot d'avoir peur de la mort.
LA CONSOLATION DES COCUS.
D'un préambule, ami, je vous dispense, Figurez-vous, au sein de la Provence, Un couvent de nonains, Bien desservi par deux Bénédictins, Chacun d'eux y remplit son devoir en bon prêtre; L'un absout les péchés; l'autre les fait commettre. Ce dernier, jeune encor, vigoureux compagnon, A très-bon droit nommé père Tampon, Au par-dessus beau sire, Etait chéri surtout de la mère Alison, La fabriquante en chef d'Enfans-Jésus de cire. Aussi l'histoire dit, et sans peine on le croit, Qu'Enfans-Jésus sortis de sa manufacture, Ressemblaient à Tampon toujours par quelqu'endroit, Et que cet endroit-là n'était en mignature. Mais comme bon chrétien voit tout du bon côté, Il n'était pas une seule béate Qui, loin de se choquer de cette disparate, N'y crût voir l'attribut de la divinité, Et n'eût dit volontiers son bénédicité. Tout allait bien enfin, quand la reconnaissance Persuada, sans doute, à l'amoureux Tampon, Que pour payer les soins de la tendre Alison, Il devait faire aussi sa ressemblance; Et dès le même soir, il ébauche un poupon; Ce poupon là n'était de cire; Ergó, point ne fondit: et les nones de rire; J'entends celles qu'Amour tenait sous son empire, Et qui risquaient souvent Dans les bras du plaisir pareil événement. Les vieilles de gronder, et cela va sans dire; Elles ne faisaient plus un péché si charmant. Après maint ris moqueur, mainte antienne fâcheuse, Pour la maison des champs, mère Alison partit; Et la sœur accoucheuse, Layette sous le bras, aussitôt la suivit. En secret, tant qu'on put, l'accouchement se fit; Le jardinier pourtant en apprit quelque chose; Et ne pouvant garder sur ce point lettre close, Le dimanche suivant, En portant le cerfeuil, le concombre, au couvent, Il en lâcha deux mots à la tourière, Qui vous le chapitra d'une étrange manière; Et lui montrant un Christ, lui dit: «Pauvre idiot, Avec un tel époux, veux-tu qu'une recluse Puisse faire un marmot? Le rustre alors se prosterne à genoux, Et s'écrie: «Ah, bon Dieu! comme l'on vous abuse; De ces béguines-là si vous êtes l'époux, Las! vous êtes cocu tout aussi bien que nous.
LA FIDÉLITÉ A TOUTE ÉPREUVE.
Une nymphe de l'Opéra, Leste, fringante, et _cætera_, Après avoir joué le rôle d'Immortelle, Craignait de se crotter pour retourner chez elle. Fort à propos, un élégant marquis Arrive, lorgne, admire, offre son vis-à-vis. Fouette, cocher! L'on part, et soudain la cruelle De demander: «Que fait votre main-là? --Chut... ma boucle s'accroche à votre falbala. --Ah, monstre! je crîrai; j'y suis très-résolue. --Enfance!--Mon honneur!--Comment vous en avez? Quel affront.--quel plaisir.--Je suis... je suis... vaincue; Il était temps, ma foi; nous sommes arrivés. --Mais je monte chez vous; pourquoi ces révérences? --Non, monsieur.--Entre amis, ridicule à ce point? --Fidèle à mon amant, je ne me permets point... --Quoi!--De nouvelles connaissances.
LE CONNAISSEUR.
Que de sots renommés pour l'esprit, pour le goût, N'ont eu que des grands airs, du jargon, de l'audace! C'est ainsi qu'autrefois maint courtisan surtout Cachait bien peu de fond sous beaucoup de surface. Nous avons tous connu le célèbre Milfleur, Né, comme ses ayeux, duc, riche et connaisseur; Il devait des talens se montrer idolâtre. Aussi dans son palais avait-il un théâtre, Des bronzes, des tableaux, des médailles en or: Mais son plus cher trésor Était un pavillon tapissé de gravures; Il en faisait d'abord admirer les bordures, Le sujet, le dessin; ensuite il s'écriait: «Remarquez, s'il vous plaît, Que toutes sont _avant la lettre_.» Or, comme il retenait, Ou bien qu'il écrivait peut-être, Ce qu'en le visitant chaque amateur disait, Et qu'il le répétait; Effleurant des beaux arts la surface agréable, Il semblait marier la palme du savant Au bouquet séduisant Du petit maître aimable. Une de nos Laïs, un jour, dit-on, s'y prit; Et son cœur partageait l'erreur de son esprit, Lorsque Milfleur voulant brusquer cette conquête, Écrivit un billet, mais si plat, mais si bête, Que la nymphe en rougit, Et que, dans son dépit, Sur l'enveloppe elle se borne à mettre; «Vous n'êtes plus _avant la lettre_.»
LA PRUDE.
Amour et pruderie Eurent toujours quelque léger débat; La dame par orgueil donne à tout de l'éclat; Puis, je ne sais comment elle fait sa partie, Elle finit toujours par avoir le dessous.
«A propos de cela, messieurs, connaissez-vous La prude Arsinoé?--Qui? cette présidente Dont le cœur a quinze ans, le visage quarante? --Précisément; veuve depuis trois mois, On la voit convoler pour la troisième fois. Dorval, hier, a fait cette conquête; Il est intéressant; Chez le peuple insurgent, Il abattit la tête De maint et maint forban; Et troqua ses deux bras contre un double ruban. Je ne vous peindrai pas la modeste grimace, Qu'en prononçant son _oui_, notre bégueule fit. Après bien des façons, la voilà dans son lit; De ceci, de cela, je vous fais encore grâce; Le désir, sous le lin, comme un zéphyr léger, Circule en murmurant; c'est l'heure du berger. L'époux était de feu, l'épouse résignée Dédiait ses soupirs au dieu de l'hyménée, Quand.... hélas!--Vous riez? Ah! plaignons-les plutôt. Si faudrait-il au moins qu'hymen ne fut manchot. Le Tantale nouveau, de la voix et du geste, Appelle un prompt secours, que sa position Devant tout cœur bien fait, sollicite de reste. La volupté dit oui, mais la pudeur dit non. On supplie, on refuse, on presse, on boude, on peste: On avance en tremblant un doigt, puis deux, puis trois; Enfin, notre héroïne est réduite aux abois, De l'humanité sainte elle écoute la voix; Déjà son protégé l'en payait par deux fois; Quand par un trait nouveau de fine pruderie, La voilà qui s'écrie: «Devoir, tu l'as voulu, mais j'en jure par toi! L'ôtera qui voudra, ce ne sera pas moi.»
L'ILLUSION DU CLOITRE.
_Désir de fille est un feu qui dévore, Désir de nonne est cent fois pis encore_, A dit certain auteur D'immortelle mémoire. Des recluses surtout il connaissait le cœur, Son enthousiasme heureux, sa brûlante ferveur; Et quiconque lira cette pieuse histoire, Va s'écrier avec notre docteur: _Désir de fille est un feu qui dévore, Désir de nonne est cent fois pis encore_. Une belle au cœur tendre, à l'œil étincelant, Victime de ses vœux et d'un père tyran, Gémissait, sous la guimpe, au fond d'une province. Son époux lui laissait, consolateur trop mince, Et de bien tristes jours et de plus tristes nuits; Sur son front la jonquille attestait ses ennuis. Heureusement pour notre prisonnière, Une pensionnaire Qu'embellissent déjà deux lustres et trois ans, Doit attendre, au moutier, que deux ou trois printemps, Caressant ses attraits de leur aile fleurie, Peignent en incarnat Certain petit bouton encor trop délicat, L'entrouvent au désir, à l'amour, à la vie. L'hymen le guette, armé de son contrat. Cependant à ce dieu on taillait de l'ouvrage; Car, comptant chaque jour dix larcins par ses doigts, La nonne lui soufflait les trois quarts de ses droits. Souffler n'est pas jouer, va s'écrier un sage. Ne nous amusons pas à ces distinctions; Trop heureux le mortel qui vit d'illusions! Enfin un réel mariage Vient livrer la nonnette aux ennuis du veuvage. Elle pleure, gémit; Se mord les doigts, enrage; Et puis en fille sage, Elle prend à l'écart son Élise et lui dit: «Ah! du moins, jurez-moi de m'envoyer l'image Du trait toujours vainqueur, Qui doit..... Son front se couvre de rougeur... Sa langue s'embarrasse.... Admirons tous la nonne; Elle n'ose nommer le séduisant bijou, Dont en grâce, jadis, toute honnête matronne Ornait publiquement l'albâtre de son cou; Mais on l'a devinée, et son trouble s'appaise. De l'emplette, à Paris, on charge une Marton. Le marchand dit: «Ce bijou, le veut-on A l'espagnole, ou bien à la française? A l'espagnole courts, ils brillent en grosseur; Minces à la française, ils brillent en longueur. A cette question, l'acquéreuse indécise N'ose risquer son goût, crainte d'une méprise. La bonne amie à la recluse écrit, Et voici mot pour mot ce qu'elle répondit: «S'il faut sur ton cadeau parler avec franchise, C'est dans le goût français surtout qu'il me plaira; Mais pour Dieu, mon enfant, dis qu'on l'espagnolise, Autant que faire se pourra.»
POÉSIES DIVERSES.
POÉSIES DIVERSES.
LES FÊTES ESPAGNOLES[28].