Part 5
--Jamais Bossuet ne put apprendre au grand dauphin à écrire une lettre. Ce prince était très-indolent. On raconte que ses billets à la comtesse du Roure finissaient tous par ces mots: _Le roi me fait mander pour le conseil_. Le jour que cette comtesse fut exilée, un des courtisans lui demanda s'il n'était pas bien affligé. «Sans doute, dit le dauphin; mais cependant me voilà délivré de la nécessité d'écrire le petit billet.»
--L'archevêque de Toulouse (Brienne) disait à M. de Saint-Priest, grand-père de M. d'Entragues: «Il n'y a eu en France, sous aucun roi, aucun ministre qui ait poussé ses vues et son ambition jusqu'où elles pouvaient aller.» M. de Saint-Priest lui dit: «Et le cardinal de Richelieu?--Arrêté à moitié chemin; répondit l'archevêque.» Ce mot peint tout un caractère.
--Le maréchal de Broglie avait épousé la fille d'un négociant; il eut deux filles. On lui proposait, en présence de madame de Broglie, de faire entrer l'une dans un chapitre. «Je me suis fermé, dit-il, en épousant madame, l'entrée de tous les chapitres....--Et de l'hôpital, ajouta-t-elle.»
--La maréchale de Luxembourg, arrivant à l'église un peu trop tard, demanda où en était la messe, et dans cet instant la sonnette du lever-dieu sonna. Le comte de Chabot lui dit en bégayant: «Madame la maréchale,
«J'entends la petite clochette, Le petit mouton n'est pas loin.»
Ce sont deux vers d'un opéra comique.
--La jeune madame de M........, étant quittée par le vicomte de Noailles, était au désespoir, et disait: «J'aurai vraisemblablement beaucoup d'amans; mais je n'en aimerai aucun, autant que j'aime le vicomte de Noailles.»
--Le duc de Choiseul, à qui l'on parlait de son étoile, qu'on regardait comme sans exemple, répondit: «Elle l'est pour le mal autant que pour le bien.--Comment?--Le voici: j'ai toujours très-bien traité les filles: il y en a une que je néglige; elle devient reine de France, ou à peu près. J'ai traité à merveille tous les inspecteurs, je leur ai prodigué l'or et les honneurs: Il y en a un extrêmement méprisé que je traite légèrement, il devient ministre de la guerre, c'est M. de Monteynard. Les ambassadeurs, on sait ce que j'ai fait pour eux sans exception, hormis un seul: mais il y en a un qui a le travail lent et lourd, que tous les autres méprisent, qu'ils ne veulent plus voir à cause d'un ridicule mariage: c'est M. de Vergennes; et il devient ministre des affaires étrangères. Convenez que j'ai des raisons de dire que mon étoile est aussi extraordinaire en mal qu'en bien.»
--M. le président de Montesquieu avait un caractère fort au-dessous de son génie. On connaît ses faiblesses sur la gentilhommerie, sa petite ambition, etc. Lorsque l'_Esprit des Lois_ parut, il s'en fit plusieurs critiques mauvaises ou médiocres, qu'il méprisa fortement. Mais un homme de lettres connu en fit une dont M. du Pin voulut bien se reconnaître l'auteur, et qui contenait d'excellentes choses. M. de Montesquieu en eut connaissance, et en fut au désespoir. On la fit imprimer, et elle allait paraître, lorsque M. de Montesquieu alla trouver madame de Pompadour qui, sur sa prière, fit venir l'imprimeur et l'édition tout entière. Elle fut hachée, et on n'en sauva que cinq exemplaires.
--Le maréchal de Noailles disait beaucoup de mal d'une tragédie nouvelle. On lui dit: «Mais M. d'Aumont, dans la loge duquel vous l'avez entendue, prétend qu'elle vous a fait pleurer.--Moi! dit le maréchal, point du tout; mais comme il pleurait lui-même dès la première scène, j'ai cru honnête de prendre part à sa douleur.»
--Monsieur et madame d'Angeviler, Monsieur et madame Necker paraissent deux couples uniques, chacun dans son genre. On croirait que chacun d'eux convenait à l'autre exclusivement, et que l'amour ne peut aller plus loin. Je les ai étudiés, et j'ai trouvé qu'ils se tenaient très-peu par le cœur; et que, quant au caractère, ils ne se tenaient que par des contrastes.
--M. Th...... me disait un jour qu'en général dans la société, lorsqu'on avait fait quelque action honnête et courageuse par un motif digne d'elle, c'est-à-dire, très-noble, il fallait que celui qui avait fait cette action lui prêtât, pour adoucir l'envie, quelque motif moins honnête et plus vulgaire.
--Louis XV demanda au duc d'Ayen (depuis maréchal de Noailles) s'il avait envoyé sa vaisselle à la monnaie; le duc répondit que non. «Moi, dit le roi, j'ai envoyé la mienne.--Ah! sire, dit M. d'Ayen, quand Jésus-Christ mourut le vendredi-saint, il savait bien qu'il ressusciterait le dimanche.»
--Dans le temps qu'il y avait des jansénistes, on les distinguait à la longueur du collet de leur manteau. L'archevêque de Lyon avait fait plusieurs enfans; mais, à chaque équipée de cette espèce, il avait soin de faire allonger d'un pouce le collet de son manteau. Enfin, le collet s'allongea tellement qu'il a passé quelque temps pour janséniste, et a été suspect à la cour.
--Un Français avait été admis à voir le cabinet du roi d'Espagne. Arrivé devant son fauteuil et son bureau: «C'est donc ici, dit-il, que ce grand roi travaille.--Comment, travaille! dit le conducteur: quelle insolence! ce grand roi travailler! Vous venez chez lui pour insulter sa majesté!» Il s'engagea une querelle où le Français eut beaucoup de peine à faire entendre à l'Espagnol qu'on n'avait pas eu l'intention d'offenser la majesté de son maître.
--M. de...... ayant aperçu que M. Barthe était jaloux (de sa femme), lui dit: «Vous jaloux! mais savez-vous bien que c'est une prétention? C'est bien de l'honneur que vous vous faites: je m'explique. N'est pas cocu qui veut: savez-vous que, pour l'être, il faut savoir tenir une maison, être poli, sociable, honnête? Commencez par acquérir toutes ces qualités, et puis les honnêtes gens verront ce qu'ils auront à faire pour vous. Tel que vous êtes, qui pourrait vous faire cocu? une espèce? Quand il sera temps de vous effrayer, je vous en ferai mon compliment.»
--Madame de Créqui me disait du baron de Breteuil: «Ce n'est morbleu pas une bête, que le baron; c'est un sot.»
--Un homme d'esprit me disait un jour que le gouvernement de France était une monarchie absolue, tempérée par des chansons.
--L'abbé Delille, entrant dans le cabinet de M. Turgot, le vit lisant un manuscrit: c'était celui des _Mois_ de M. Roucher. L'abbé Delille s'en douta, et dit en plaisantant: «Odeur de vers se sentait à la ronde.--Vous êtes trop parfumé, lui dit M. Turgot, pour sentir les odeurs.»
--M. de Fleuri, procureur-général, disait devant quelques gens de lettres: «Il n'y a que depuis ces derniers temps que j'entends parler du peuple dans les conversations où il s'agit du gouvernement. C'est un fruit de la philosophie nouvelle. Est-ce que l'on ignore que le _tiers n'est qu'adventice dans la constitution_? (Cela veut dire, en d'autres termes, que vingt-trois millions neuf cents mille hommes ne sont qu'un hasard et un accessoire dans la totalité de vingt-quatre millions d'hommes.)»
--Milord Hervey, voyageant dans l'Italie et se trouvant non loin de la mer, traversa une lagune dans l'eau de laquelle il trempa son doigt: «Ah! ah! dit-il, l'eau est salée; ceci est à nous.»
--Duclos disait à un homme ennuyé d'un sermon prêché à Versailles: «Pourquoi avez-vous entendu ce sermon jusqu'au bout?--J'ai craint de déranger l'auditoire et de le scandaliser.--Ma foi, reprit Duclos, plutôt que d'entendre ce sermon, je me serais converti au premier point.»
--M. d'Aiguillon, dans le temps qu'il avait madame Dubarri, prit ailleurs une galanterie: il se crut perdu, s'imaginant l'avoir donnée à la comtesse; heureusement il n'en était rien. Pendant le traitement, qui lui paraissait très-long et qui l'obligeait à s'abstenir de madame Dubarri, il disait au médecin: «Ceci me perdra, si vous ne me dépêchez.» Ce médecin était M. Busson, qui l'avait guéri, en Bretagne, d'une maladie mortelle et dont les médecins avaient désespéré. Le souvenir de ce mauvais service rendu à la province, avait fait ôter à M. Basson toutes ses places, après la ruine de M. d'Aiguillon. Celui-ci, devenu ministre, fut très-long-temps sans rien faire pour M. Busson, qui, en voyant la manière dont le duc en usait avec Linguet, disait: «M. d'Aiguillon ne néglige rien, hors ceux qui lui ont sauvé l'honneur et la vie.»
--M. de Turenne, voyant un enfant passer derrière un cheval, de façon à pouvoir être estropié par une ruade, l'appela et lui dit: «Mon bel enfant, ne passez jamais derrière un cheval sans laisser entre lui et vous l'intervalle nécessaire pour que vous ne puissiez en être blessé. Je vous promets que cela ne vous fera pas faire une demi-lieue de plus dans le cours de votre vie entière; et souvenez-vous que c'est M. de Turenne qui vous l'a dit.»
--M. de Th..., pour exprimer l'insipidité des bergeries de M. de Florian, disait: «Je les aimerais assez, s'il y mettait des loups.»
--On demandait à Diderot quel homme était M. d'Épinai. «C'est un homme, dit-il, qui a mangé deux millions, sans dire un bon mot et sans faire une bonne action.»
--M. de Fronsac alla voir une mappemonde que montrait l'artiste qui l'avait imaginée. Cet homme, ne le connaissant pas et lui voyant une croix de Saint-Louis, ne l'appelait que le chevalier. La vanité de M. de Fronsac blessée de ne pas être appelé duc, lui fit inventer une histoire, dont un des interlocuteurs, un de ses gens, l'appelait _monseigneur_. M. de Genlis l'arrête à ce mot, et lui dit: «Qu'est-ce que tu dis là? monseigneur! on va te prendre pour un évêque.»
--M. de Lassay, homme très-doux, mais qui avait une grande connaissance de la société, disait qu'il faudrait avaler un crapaud tous les matins, pour ne trouver plus rien de dégoûtant le reste de la journée, quand on devait la passer dans le monde.
--M. d'Alembert eut occasion de voir madame Denis, le lendemain de son mariage avec M. du Vivier. On lui demanda si elle avait l'air d'être heureuse. «Heureuse! dit-il, je vous en réponds: heureuse à faire mal au cœur.»
--Quelqu'un ayant entendu la traduction des _Géorgiques_ de l'abbé Delille, lui dit: «Cela est excellent; je ne doute pas que vous n'ayez le premier bénéfice qui sera à la nomination de Virgile.»
--M. de B. et M. de C. sont intimes amis, au point d'être cités pour modèles. M. de B. disait un jour à M. de C.: «Ne t'est-il point arrivé de trouver, parmi les femmes que tu as eues, quelque étourdie qui t'ait demandé si tu renoncerais à moi pour elle, si tu m'aimais mieux qu'elle?--Oui, répondit celui-ci.--Qui donc?--Madame de M....» C'était la maîtresse de son ami.
--M..... me racontait, avec indignation, une malversation de vivriers: «Il en coûta, me dit-il, la vie à cinq mille hommes qui moururent exactement de faim; _et voilà, monsieur, comme le roi est servi!_»
--M. de Voltaire, voyant la religion tomber tous les jours, disait une fois: «Cela est pourtant fâcheux, car de quoi nous moquerons-nous?--Oh! lui dit M. Sabatier de Cabre, consolez-vous; les occasions ne vous manqueront pas plus que les moyens.--Ah! monsieur, reprit douloureusement M. de Voltaire, hors de l'église point de salut.»
--Le prince de Conti disait, dans sa dernière maladie, à Beaumarchais, qu'il ne pourrait s'en tirer, vu l'état de sa personne épuisée par les fatigues de la guerre, du vin et de la jouissance. «A l'égard de la guerre, dit celui-ci, le prince Eugène a fait vingt-une campagnes, et il est mort à soixante dix-huit ans; quant au vin, le marquis de Brancas buvait par jour six bouteilles de vin de Champagne, et il est mort à quatre-vingt-quatre ans.--Oui, mais le coït, reprit le prince?--Madame votre mère.... répondit Beaumarchais. (La princesse était morte à soixante-dix neuf ans.)--Tu as raison, dit le prince; il n'est pas impossible que j'en revienne.»
--M. le régent avait promis de faire _quelque chose_ du jeune Arouet, c'est-à-dire, d'en faire un important et le placer. Le jeune poète attendit le prince au sortir du conseil, au moment où il était suivi de quatre secrétaires d'état. Le régent le vit, et lui dit: «Arouet, je ne t'ai pas oublié, et je te destine le département des niaiseries.--Monseigneur, dit le jeune Arouet, j'aurais trop de rivaux: en voilà quatre.» Le prince pensa étouffer de rire.
--Quand le maréchal de Richelieu vint faire sa cour à Louis XV, après la prise de Mahon, la première chose ou plutôt la seule que lui dit le roi fut celle-ci: «Maréchal, savez-vous la mort de ce pauvre Lansmatt?» Lansmatt était un vieux garçon de la chambre.
--Quelqu'un, ayant lu une lettre très-sotte de M. Blanchard sur le ballon, dans le _Journal de Paris_: «Avec cet esprit-là, dit-il, ce M. Blanchard doit bien s'ennuyer en l'air.»
--Un bon trait de prêtre de cour, c'est la ruse dont s'avisa l'évêque d'Autun, Montazet, depuis archevêque de Lyon. Sachant bien qu'il y avait de bonnes frasques à lui reprocher, et qu'il était facile de le perdre auprès de l'évêque de Mirepoix, le théatin Boyer, il écrivit contre lui-même une lettre anonyme pleine de calomnies absurdes et faciles à convaincre d'absurdité. Il l'adressa à l'évêque de Narbonne; il entra ensuite en explication avec lui, et fit voir l'atrocité de ses ennemis prétendus. Arrivèrent ensuite les lettres anonymes écrites en effet par eux, et contenant des inculpations réelles: ces lettres furent méprisées. Le résultat des premières avait mené le théatin à l'incrédulité sur les secondes.
--Louis XV se fit peindre par La Tour. Le peintre, tout en travaillant, causait avec le roi, qui paraissait le trouver bon. La Tour, encouragé et naturellement indiscret, poussa la témérité jusqu'à lui dire: «Au fait, sire, vous n'avez point de marine.» Le roi répondit sèchement: «Que dites-vous là? Et Vernet, donc?»
--On dit à la duchesse de Chaulnes, mourante et séparée de son mari: «Les sacremens sont là.--Un petit moment.--M. le duc de Chaulnes voudrait vous revoir.--Est-il là?--Oui.--Qu'il attende: il entrera avec les sacremens.»
--Je me promenais un jour avec un de mes amis, qui fut salué par un homme d'assez mauvaise mine. Je lui demandai ce que c'était que cet homme: il me répondit que c'était un homme qui faisait, pour sa patrie, ce que Brutus n'aurait pas fait pour la sienne. Je le priai de mettre cette grande idée à mon niveau. J'appris que son homme était un espion de police.
--M. Lemière a mieux dit qu'il ne voulait, en disant qu'entre sa _Veuve de Malabar_, jouée en 1770, et sa _Veuve de Malabar_, jouée en 1781, il y avait la différence d'une falourde à une voie de bois. C'est en effet le bûcher perfectionné qui a fait le succès de la pièce.
--Un philosophe, retiré du monde, m'écrivait une lettre pleine de vertu et de raison. Elle finissait par ces mots: «Adieu, mon ami; conservez, si vous pouvez, les intérêts qui vous attachent à la société; mais cultivez les sentimens qui vous en séparent.»
--Diderot, âgé de soixante-deux ans, et amoureux de toutes les femmes, disait à un de ses amis: «Je me dis souvent à moi-même, vieux fou, vieux gueux, quand cesseras-tu donc de t'exposer à l'affront d'un refus ou d'un ridicule?»
M. de C...., parlant un jour du gouvernement d'Angleterre et de ses avantages, dans une assemblée où se trouvaient quelques évêques, quelques abbés; l'un d'eux nommé l'abbé de Seguerand, lui dit: «Monsieur, sur le peu que je sais de ce pays-là, je ne suis nullement tenté d'y vivre, et je sais que je m'y trouverais très mal.--M. l'abbé, lui répondit naïvement M. de C..., c'est parce-que vous y seriez mal, que le pays est excellent.»
--Plusieurs officiers français étant allés à Berlin, l'un d'eux parut devant le roi sans uniforme et en bas blancs. Le roi s'approcha de lui, et lui demanda son nom. «Le marquis de Beaucour.--De quel régiment?--De Champagne.--Ah! oui, ce régiment où l'on se f... de l'ordre.» Et il parla ensuite aux officiers qui étaient en uniforme et en bottes.
--M. de Chaulnes avait fait peindre sa femme en Hébé; il ne savait comment se faire peindre pour faire pendant. Mademoiselle Quinaut, à qui il disait son embarras, lui dit: «Faites-vous peindre en hébété.»
--Le médecin Bouvard avait sur le visage une balafre en forme de C, qui le défigurait beaucoup. Diderot disait que c'était un coup qu'il s'était donné, en tenant maladroitement la faulx de la mort.
--L'empereur, passant à Trieste _incognito_ selon sa coutume, entra dans une auberge. Il demanda s'il y avait une bonne chambre; on lui dit qu'un évêque d'Allemagne venait de prendre la dernière, et qu'il ne restait plus que deux petits bouges. Il demanda à souper; on lui dit qu'il n'y avait plus que des œufs et des légumes, parce que l'évêque et sa suite avaient demandé toute la volaille. L'empereur fit demander à l'évêque si un étranger pouvait souper avec lui; l'évêque refusa. L'empereur soupa avec un aumônier de l'évêque, qui ne mangeait point avec son maître. Il demanda à cet aumônier ce qu'il allait faire à Rome. «Monseigneur, dit celui-ci, va solliciter un bénéfice de cinquante mille livres de rente, avant que l'empereur soit informé qu'il est vacant.» On change de conversation. L'empereur écrit une lettre au cardinal dataire, et une autre à son ambassadeur. Il fait promettre à l'aumônier de remettre ces deux lettres à leur adresse, en arrivant à Rome. Celui-ci tient sa promesse. Le cardinal dataire fait expédier les provisions à l'aumônier surpris. Il va conter son histoire à son évêque qui veut partir. L'autre, ayant affaire à Rome, voulut rester, et apprit à son évêque que cette aventure était l'effet d'une lettre, écrite au cardinal dataire et à l'ambassadeur de l'empire, par l'empereur, lequel était cet étranger avec lequel monseigneur n'avait pas voulu souper à Trieste.
--Le comte de.... et le marquis de.... me demandant quelle différence je faisais entre eux, en fait de principes, je répondis: «La différence qu'il y a entre vous, est que l'un lécherait l'écumoire, et que l'autre l'avalerait.»
--Le baron de Breteuil, après son départ du ministère, en 1788, blâmait la conduite de l'archevêque de Sens. Il le qualifiait de despote, et disait: «Moi, je veux que la puissance royale ne dégénère point en despotisme; et je veux qu'elle se renferme dans les limites où elle était resserrée sous Louis XIV.» Il croyait, en tenant ce discours, faire acte de citoyen, et risquer de se perdre à la cour.
--Madame Desparbès, couchant, avec Louis XV, le roi lui dit: «Tu as couché avec tous mes sujets.--Ah! sire.--Tu as eu le duc de Choiseul.--Il est si puissant!--Le maréchal de Richelieu.--Il a tant d'esprit!--Monville.--Il a une si belle jambe!--A la bonne heure; mais le duc d'Aumont, qui n'a rien de tout cela.--Ah! sire, il est attaché à votre majesté!»
--Madame de Maintenon et madame de Caylus se promenaient autour de la pièce d'eau de Marly. L'eau était très-transparente, et on y voyait des carpes dont les mouvemens étaient lents, et qui paraissaient aussi tristes qu'elles étaient maigres. Madame de Caylus le fit remarquer à madame de Maintenon, qui répondit: «Elles sont comme moi; elles regrettent leur bourbe.».
--Collé avait placé une somme d'argent considérable, à fonds perdu et à dix pour cent, chez un financier qui, à la seconde année, ne lui avait pas encore donné un sou. «Monsieur, lui dit Collé, dans une visite qu'il lui fit, quand je place mon argent en viager, c'est pour être payé de mon vivant.»
--Un ambassadeur anglais à Naples avait donné une fête charmante, mais qui n'avait pas coûté bien cher. On le sut, et on partit de là pour dénigrer sa fête, qui avait d'abord beaucoup réussi. Il s'en vengea en véritable Anglais, et en homme à qui les guinées ne coûtaient pas grand chose. Il annonça une autre fête. On crut que c'était pour prendre sa revanche, et que la fête serait superbe. On accourt. Grande affluence. Point d'apprêts. Enfin, on apporte un réchaud à l'esprit-de-vin. On s'attendait à quelque miracle. «Messieurs, dit-il, ce sont les dépenses, et non l'agrément d'une fête, que vous cherchez: regardez bien (et il entr'ouvre son habit dont il montre la doublure), c'est un tableau du Dominicain, qui vaut cinq mille guinées; mais ce n'est pas tout: voyez ces dix billets; ils sont de mille guinées chacun, payables à vue sur la banque d'Amsterdam. (Il en fait un rouleau, et les met sur le réchaud allumé.) Je ne doute pas, messieurs, que cette fête ne vous satisfasse, et que vous ne vous retiriez tous contens de moi. Adieu, messieurs, la fête est finie.»
--«La postérité, disait M. de B...., n'est pas autre chose qu'un public qui succède à un autre: or, vous voyez ce que c'est que le public d'à présent.»
--«Trois choses, disait N...., m'importunent, tant au moral qu'au physique, au sens figuré comme au sens propre: le bruit, le vent et la fumée.»
--A propos d'une fille qui avait fait un mariage avec un homme jusqu'alors réputé assez honnête, madame de L.... disait: «Si j'étais une catin, je serais encore une fort honnête femme; car je ne voudrais point prendre pour amant un homme qui serait capable de m'épouser.»
--«Madame de G...., disait M...., a trop d'esprit et d'habileté pour être jamais méprisée autant que beaucoup de femmes moins méprisables.»
--Feue madame la duchesse d'Orléans était fort éprise de son mari, dans les commencemens de son mariage, et il y avait peu de réduits dans le Palais-Royal qui n'en eussent été témoins. Un jour les deux époux allèrent faire visite à la duchesse douairière qui était malade. Pendant la conversation, elle s'endormit; et le duc et la jeune duchesse trouvèrent plaisant de se divertir sur le pied du lit de la malade. Elle s'en aperçut, et dit à sa belle-fille: «Il vous était réservé, madame, de faire rougir du mariage.»
--Le maréchal de Duras, mécontent d'un de ses fils, lui dit: «Misérable, si tu continues, je te ferai souper avec le roi.» C'est que le jeune avait soupé deux fois à Marly, où il s'était ennuyé à périr.
--Duclos, qui disait sans cesse des injures à l'abbé d'Olivet, disait de lui: «C'est un si grand coquin, que, malgré les duretés dont je l'accable, il ne me hait pas plus qu'un autre.»
--Duclos parlait un jour du paradis que chacun se fait à sa manière. Madame de Rochefort lui dit: «Pour vous, Duclos, voici de quoi composer le vôtre: du pain, du vin, du fromage et la première venue.»
--Un homme a osé dire: «Je voudrais voir le dernier des rois étranglé avec le boyau du dernier des prêtres.»
--C'était l'usage chez madame Deluchet que l'on achetât une bonne histoire à celui qui la faisait... «Combien en voulez-vous?... Tant.» Il arriva que madame Deluchet demandant à sa femme de chambre l'emploi de cent écus, celle-ci parvint à rendre ce compte à l'exception de trente-six livres; lorsque tout-à-coup elle s'écria: «Ah! madame, et cette histoire pour laquelle vous m'avez sonné, que vous avez achetée à M. Coqueley, et que j'ai payée trente-six livres!»
--M. de Bissi, voulant quitter la présidente d'Aligre, trouva sur sa cheminée une lettre dans laquelle elle disait à un homme avec qui elle était en intrigue, qu'elle voulait ménager M. de Bissi, et s'arranger pour qu'il la quittât le premier. Elle avait même laissé cette lettre à dessein. Mais M. de Bissi ne fit semblant de rien, et la garda six mois, en l'importunant de ses assiduités.
--M. de R. a beaucoup d'esprit, mais tant de sottises dans l'esprit, que beaucoup de gens pourraient le croire un sot.