Œuvres Complètes de Chamfort (Tome 1) Recueillies et publiées avec une notice historique sur la vie et les écrits de l'auteur.

Part 8

Chapter 84,021 wordsPublic domain

FABLE II.

V. 25. Au moindre hoquet qu'ils treuvent.

_Treuvent... avecque..._ Ces mots-là, qu'on pardonnait autrefois, sont devenus barbares. Je l'ai déjà observé, et je n'y reviendrai plus.

FABLE III.

V. 26. Quelques gros partisans...

Voilà un bon trait de satyre, et il est plaisant de faire parler ainsi le petit poisson.

FABLE IV.

V. 11. N'allât interpréter à cornes leur longueur.

Ce tour n'est guère dans le génie de notre langue, et la grammaire trouverait à chicanner; mais le sens est si clair que ce vers ne déplaît pas.

V. 20. ... Et cornes de licornes.

Cette consonnance fait ici un très-bon effet, parce qu'elle arrête l'esprit sur l'idée de l'exagération qu'emploient les accusateurs.

FABLE V.

V. 15. Mais tournez-vous de grâce...

Molière n'aurait pas dit la chose d'une manière plus comique.

FABLE VI.

Voici une fable où La Fontaine retrouve ses pinceaux et sa poésie, ce mélange de tours et cette variété de style qui est propre. La peinture du travail des servantes, celle de l'instant de leur réveil, sont parfaites. Dans la plupart des éditions, il y a une faute qui défigure le sens, _toutes entraient en jeu_: il faut lire, vers 7, _tourets entraient au jeu_. Ce sont de petits tours à dévider le fil.

FABLE VII.

Cette fable est visiblement une des plus mauvaises de La Fontaine. On a déjà remarqué que le satyre, ou plutôt le passant, fait une chose très-sensée en se servant de son haleine pour réchauffer ses doigts, et en soufflant sur sa soupe afin de la refroidir; que la duplicité d'un homme qui dit tantôt une chose et tantôt l'autre n'a rien de commun avec cette conduite, et qu'ainsi il fallait trouver une autre emblême, une autre allégorie pour exprimer ce que la duplicité a de vil et d'odieux.

FABLE VIII.

V. 2. Que les tièdes zéphirs ont l'herbe rajeunie.

Cette transposition, au lieu de _ont rajeuni l'herbe_, était autrefois admise dans le style le plus noble; elle n'est plus reçue que dans le style familier, et encore faut-il en user sobrement. Elle vieillit tous les jours.

_Prés... propriétés...._ Mauvaises rimes.

V. 24. _Mon fils..._ L'hypocrite redouble de tendresse au moment où il se croit sûr de réussir.

FABLE IX.

V. 10. ... Dès qu'on aura fait l'oût.

L'_oût_. Vieux mot qui veut dire la moisson, et dont on se sert encore en quelques provinces.

FABLE X.

V. 8. Dont le récit est menteur, Et le sens est véritable.

Toutes les fables, quand elles sont bien faites, doivent être dans le même cas, et cacher un sens vrai sous le récit d'une action inventée. D'où vient donc La Fontaine n'applique-t-il cette réflexion qu'à l'Apologue actuel? Serait-ce qu'une montagne prête d'accoucher lui aurait paru plus contraire à la vraisemblance qu'une lime qui adresse la parole à un serpent? Cela serait une grande bonhommie.

V. 14. Du vent.

Ce vers de deux syllabes fait ici un effet très-agréable; et on ne peut exprimer mieux la nullité de la production annoncée avec faste.

FABLE XI.

Celte fable n'est guère remarquable que par la simplicité du ton et la pureté du style.

FABLE XII.

Cette fable est moins un apologue qu'une épigramme. Comme telle, elle est même parfaite, et elle figurerait très-bien parmi les épigrammes de Rousseau.

FABLE XIII.

Il crut que dans son corps elle avait un trésor.

Cette consonnance de l'hémistiche et de la rime est désagréable à l'oreille.

FABLE XIV.

Les deux derniers vers de cette petite fable sont devenus proverbe.

D'un magistrat ignorant, C'est la robe qu'on salue.

FABLE XV.

V. 2. ... _En de certains climats._ En Italie, par exemple, où l'on marie la vigne à l'ormeau, au tilleul, etc.

V. 6. _Broute sa bienfaitrice..._ Est une expression hardie, mais amenée si naturellement, qu'on ne songe point à cette hardiesse.

FABLE XVI.

V. 13. Je ne crains que celle du temps.

Cette idée très-philosophique, jetée dans le discours que La Fontaine prête à la lime, fait beaucoup d'effet, parce qu'elle est entièrement inattendue.

FABLE XVII.

V. 2. Car qui peut s'assurer d'être toujours heureux?

Cette raison de ne pas se moquer des misérables, a l'air d'être peu noble et peu généreuse. En effet, une âme honnête ne se moquerait pas des misérables, quand même elle serait assurée d'être toujours dans le bonheur. Mais La Fontaine se contente de nous renvoyer au simple bon sens, et fonde sa morale sur la nature commune et sur la raison vulgaire. On a remarqué qu'il n'était pas le poète de l'héroïsme, c'est assez pour lui d'être celui de la nature et de la raison.

V. 15. Sur leur odeur ayant philosophé, Conclut......... Et Rustaut qui n'a jamais menti.

La Fontaine se sert exprès de ces expressions qui appartiennent à l'art de raisonner, que l'homme dit être son seul partage, et que Descartes refuse aux animaux.

FABLE XVIII.

V. 9. Comme vous êtes roi, vous ne considérez Qui ni quoi........

N'est-il pas plaisant de supposer que ce soit un effet nécessaire et une suite naturelle de la royauté, de n'avoir d'égard ni pour les choses ni pour les personnages? Ce tour est très-satyrique, et sa simplicité même ajoute à ce qu'il a de piquant.

V. 21. ... Dieu donna géniture.

Les cinq rimes en _ure_ font un effet très-mauvais, et c'est pousser la négligence, c'est-à dire la paresse un peu trop loin. Il était bien aisé de corriger cela.

V. 37. Ou plutôt la commune loi.

Cela est vrai; mais s'il est ainsi, à quoi sert la morale en général, et où est la morale de cette fable en particulier? Pour donner une moralité à cet Apologue, il fallait faire entendre que l'esprit consiste à s'élever au-dessus des illusions de l'amour propre, et que notre véritable intérêt doit nous conseiller de nous défier sans cesse de notre vanité.

FABLE XIX.

La manière dont le roi distribue les emplois de son armée est très-ingénieuse; ces quatre vers qui expriment la moralité de cette fable sont excellens, et le dernier surtout est parfait.

Le monarque prudent et sage, De ses moindres sujets sait tirer quelque usage, Et connaît les divers talens. Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens

FABLE XX.

V. 4. ... Du moins à ce qu'ils dirent.

Cette suspension fait un effet charmant. Jusqu'à ce mot, on croirait que l'ours est mort, ou du moins pris et enchaîné.

V. 15. ... Il fallut le résoudre... se défaire.

Ce mot de résoudre se prenait autrefois dans le sens que lui donne La Fontaine.

V. 28. ... Otons-nous, car il sent.

Peut-on peindre mieux l'effet de la prévention? Cela me rappelle une farce dans laquelle Arlequin est représenté, couchant dans la rue. Il se plaint du froid. Scapin fait avec sa bouche le bruit d'un rideau qu'on tire le long de sa tringle. Il demande à Arlequin comment il se trouve à présent. Oh! dit celui-ci, il n'y a pas de comparaison.

V. 37. Il ma dit qu'il ne faut jamais Vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre.

La morale dans la bouche de celui qui vient d'être châtié, fait ici un effet d'autant meilleur que le trait est saillant et l'épigramme excellente.

FABLE XXI.

Cette petite fable, ainsi que plusieurs de ce cinquième livre, est du ton le plus simple: les deux meilleures sans contredit sont celles de l'ours et celle de la vieille et les deux servantes. Nous serons plus heureux dans le livre suivant.

LIVRE SIXIÈME.

FABLE I.

V. 1. Les fables ne sont pas, etc.

Voici encore un Prologue, mais moins piquant et moins agréable que celui du livre précédent; cependant on y reconnaît toujours La Fontaine, ne fût-ce qu'à ce joli vers:

V. 6. Et conter pour conter me semble peu d'affaires.

Ce vers devrait être la devise de tous ceux qui font des fables et même des contes.

V. 18. ... L'un amène un chasseur...

Cette fable et la suivante semblent être la même et n'offrir qu'une seule moralité. Il y a cependant des différences à observer. Dans la première, c'est un paysan qu'on ne peut accuser que d'imprudence, quand il suppose que sa brebis n'a pu être mangée que par un loup. Il se croit assez fort pour combattre cet animal, et trouve à décompter quand il voit qu'il a affaire à un lion. Il n'en est pas de même de la fable suivante. Celui qui en est le héros, sait très-bien qu'il va combattre un lion, et cependant il est saisi de frayeur quand il voit le lion paraître. C'est un fanfaron qui l'est, pour ainsi dire, de bonne foi, et en se trompant lui-même.

Il convenait, ce me semble, que La Fontaine exprimât cette différence et donnât deux moralités diverses. Le paysan n'est nullement ridicule et le chasseur l'est beaucoup. Je crois que la morale du premier Apologue aurait pu être: _connaissez bien la nature du péril dans lequel vous allez vous engager_. Et la morale du second: _connaissez-vous vous-même, ne soyez pas votre dupe, et ne vous en rapportez pas au faux instinct d'un courage qui n'est qu'un premier mouvement_. Au surplus, l'exécution de ces deux fables est agréable, sans avoir rien de bien saillant.

FABLE III.

V. 1. _Borée et le soleil..._ Voici une des meilleures fables. L'auteur y est poète et grand poète, c'est-à dire grand peintre, comme sans dessein et en suivant le mouvement de son sujet. Les descriptions agréables et brillantes y sont nécessaires au récit du fait. Observons tous ce vers imitatif... _siffle, souffle, tempête, etc._ N'oublions par sur-tout ce trait qui donne tant à penser:

... Fait périr maint bateau; Le tout au sujet d'un manteau.

Enfin la moralité de la fable exprimée en un seul vers:

Plus fait douceur que violence.

Je n'y vois à critiquer que les deux mauvaises rimes de _paroles_ et d'_épaules_.

FABLE IV.

V. 9. ... Pourvu que Jupiter, etc.

L'idée de rendre sensible par une fable, que la Providence sait ce qu'il nous faut mieux que nous, est très-morale et très-philosophique; mais je ne sais si le fait par lequel La Fontaine veut la prouver est vraisemblable. Il paraît certain que le laboureur qui disposerait des saisons, aurait un grand avantage sur ceux qui sont obligés de les prendre comme elles viennent, et qu'il consentirait volontiers à laisser doubler ses baux à cette condition. A cela près, la fable est très-bonne, quoiqu'un goût sévère critiquât peut-être comme trop familiers et voisins du bas ces deux vers:

V. 13. Enfin du sec et du mouillé, Aussi-tôt qu'il aurait baillé.

V. 16. Tranche du roi des airs, pleut, vente, etc.

Ces mots _pleut_, _vente_, pour dire, _fait pleuvoir_, _fait venter_, ne sont pas français en ce sens.

Ce sont de ces verbes que les grammairiens appellent impersonnels, parce que personne n'agit par eux; mais La Fontaine a si bien préparé ces deux expressions, par ce mot _tranche de roi des airs_; ces mots, _pleut_, _vente_, semblent en cette occasion si naturels et si nécessaires, qu'il y aurait de la pédanterie à les critiquer. L'auteur brave la langue française et a l'air de l'enrichir. Ce sont de ces fautes qui ne réussissent qu'aux maîtres.

FABLE V.

V. 1. Un souriceau tout jeune, etc....

Voici encore une de ces fables qui peuvent passer pour un chef-d'œuvre. La narration et la morale se trouvent dans le dialogue des personnages, et l'auteur s'y montre à peine, si ce n'est dans cinq ou six vers qui sont de la plus grande simplicité. Le discours du souriceau, la peinture qu'il fait du jeune coq, cette petite vanité,

V. 20. Que moi, qui, grâce aux dieux, de courage me pique.

Ce beau raisonnement, cette logique de l'enfance, il _sympathise avec les rats_.

V. 29. ... Car il a des oreilles En figure aux nôtres pareilles.

Tout cela est excellent, et le discours de la mère est parfait: pas un mot de trop dans toute la fable, et pas une seule négligence.

FABLE VI.

V. 1. Les animaux au décès d'un lion.

Cette fable écrite purement et où le fait est bien raconté, a, ce me semble, le défaut de n'avoir qu'un but vague, incertain, et qu'on a de la peine à saisir.

V. _dernier_. A peu de gens convient le diadême,

dit La Fontaine; mais il y avait bien d'autres choses renfermées dans cet Apologue. La sottise des animaux qui décernent la couronne aux talens d'un bateleur, devrait être punie par quelque catastrophe, et il ne leur en arrive aucun mal. Les animaux restent sans roi. L'assemblée se sépare donc sans rien faire. Le lecteur ne sait où il en est, ainsi que les animaux que l'auteur introduit dans cette fable.

FABLE VII.

Fable très-bonne dans le genre le plus simple et presque sans ornemens.

FABLE VIII.

V. 1. Le mulet d'un prélat...

V. 15. Notre ennemi c'est notre maître.

On ne cesse de s'étonner de trouver un pareil vers dans La Fontaine, lui qui dit ailleurs:

On ne peut trop louer trois sortes de personnes, Les dieux, sa maîtresse et son roi.

Lui qui a dit dans une autre fable:

Je devais par la royauté Avoir commencé mon ouvrage.

On ne lui passerait pas maintenant un vers tel que celui-là, et on ne voit pas pourtant qu'on le lui ait reproché sous Louis XIV. Les écrivains de nos jours, qu'on a le plus accusés d'audace, n'ont pas poussé la hardiesse aussi loin. On pourrait observer à La Fontaine que notre maître n'est pas toujours notre ennemi, qu'il ne l'est pas lorsqu'il veut nous faire du bien et qu'il nous en fait; que Titus, Trajan furent les amis des Romains et non pas leurs ennemis; que l'ennemi de la France était Louis XI, et non pas Henri IV.

FABLE IX.

V. 21. Nous faisons cas du beau, nous méprisons l'utile.

C'est-là un des Apologues de La Fontaine dont la moralité a le plus d'applications, et qu'il faut le plus souvent répéter à notre vanité, qui est, comme il dit ailleurs,

Le pivot sur qui tourne aujourd'hui notre vie.

FABLE X.

V. 7. Avec quatre grains d'ellébore.

C'était l'herbe avec laquelle on traitait la folie. Cette plante a perdu chez nous cette propriété.

V. 25. Croit qu'il y va de son honneur De partir tard....

Toujours la vanité.

V. 31. _Furent vains..._ La coupe de ce vers et ce monosyllabe au troisième pied, expriment à merveille l'inutilité de l'effort que fait le lièvre.

V. 34. ... Et que serait-ce Si vous portiez une maison?

Trait admirable; la tortue non contente d'être victorieuse, brave encore le vaincu. C'est dans la joie qui suit un avantage remporté, que l'amour-propre s'épanche plus librement. La nature est ainsi faite chez les tortues et chez les hommes. Louez une jolie pièce de vers, il est bien rare que l'auteur n'ajoute, je n'ai mis qu'une heure, un jour, plus ou moins; et s'il s'abstient de dire cette sottise, c'est qu'il y réfléchit, c'est qu'il remporte une victoire sur lui-même, c'est qu'il craint le ridicule.

FABLE XI.

V. 20. ... Quoi donc! dit le Sort en colère...

Il faut convenir que l'âne n'a pas tout-à fait tort de se plaindre. Le Destin, dans cette-fable-ci, a-presque autant d'humeur que Jupiter dans la fable des grenouilles, du soliveau et de l'hydre. Mais j'ai déjà observé que la morale de la résignation est toujours excellente à prêcher aux hommes, bien entendu que le mal est sans remède.

FABLE XII.

V. _dernier_. .... Pour un pauvre animal, Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.

Voici une de ces vérités épineuses qui ne veulent être dites qu'avec finesse et avec mesure. La Fontaine y en met beaucoup; et ce dernier vers, malgré son apparente simplicité, laisse entrevoir tout ce qu'il ne dit pas. Cela vaut mieux que, _notre ennemi, c'est notre maître_.

FABLE XIII.

V. 2. Charitable autant que peu sage;

Et à la fin,

Il est bon d'être charitable; Mais envers qui? c'est là le point.

Voilà ce qu'il fallait peut-être développer. Il fallait faire voir que la bienfaisance qui peut tourner contre nous-mêmes, ou contre la société, est souvent un mal plutôt qu'un bien; que, pour être louable, elle a besoin d'être éclairée. C'est-là la matière d'un bon Prologue. La Fontaine en a fait de charmans sur des sujets moins heureux. Au reste, il n'y a rien à dire à l'exécution de cet Apologue. Le tableau du serpent qui se redresse, le vers

V. 25. Il fait trois serpens de deux coups,

mettent la chose sous les yeux. On pourrait peut-être critiquer, _cherche à se réunir_, pour dire à réunir les trois portions de son corps; mais La Fontaine a cherché la précision.

FABLE XVI.

V. 1. De par le roi des animaux, . . . . . . . . . . . . . . Fut fait savoir, etc.

J'ai déjà observé que ces formules, prises dans la société des hommes et transportées dans celle des bêtes, ont le double mérite d'être plaisantes et de nous rappeler sans cesse que c'est de nous qu'il s'agit dans les fables.

V. 18. Pas un ne marque de retour.

Peut-être était-il d'un goût plus sévère de s'arrêter là et de ne pas ajouter les vers suivans, qui n'enchérissent en rien sur la pensée. Cependant on a retenu les trois derniers vers de cet Apologue, et c'est ce qui justifie La Fontaine.

..... Mais dans cet antre, Je vois fort bien comme l'on entre, Et ne vois pas connue on en sort.

FABLE XV.

V. 9. Sur celle qui chantait quoique près du tombeau.

Voyez combien ce vers de sentiment jette d'intérêt sur le sort de cette pauvre allouette.

V. 12. Elle sent son ongle maligne.

_Maligne_ rime très-mal avec _machine_. C'est ce qu'on appelle une rime provinciale.

V. 17. .... Ce petit animal T'en avait-il fait davantage?

Le défaut de cet Apologue est de manquer d'une exacte justesse dans la morale qu'il veut insinuer. Ce défaut vient de ce qu'il est dans la nature qu'un autour mange une allouette, et qu'il n'est pas dans la nature bien ordonnée qu'un homme nuise à son semblable. De plus, l'autour aurait bien pu manger l'alouette, quand celle-ci n'aurait pas été prise dans le filet.

FABLE XVI.

Cette fable très-simple n'est susceptible d'aucune remarque intéressante.

FABLE XVII.

Un chien qui est dans l'eau trouble l'eau, et ne saurait y voir l'ombre de sa proie. Si ce chien était sur une planche ou dans un bateau, il fallait le dire.

FABLE XVIII.

V. 1. Le phaéton d'une voiture à foin.

Aucun poète français ne connaissait, avant La Fontaine, cet art plaisant d'employer des expressions nobles et prises de la haute poésie, pour exprimer des choses vulgaires ou même basses. C'est un des artifices qui jette le plus d'agrément dans le style.

V. 21. Hercule veut qu'on se remue.

Vers charmant qui méritait de devenir proverbe, comme l'est devenu le dernier vers:

Aide-toi, le ciel t'aidera.

Remarquons la vivacité du dialogue entre le charretier et la voix d'Hercule.

FABLE XIX.

V. 7. Un des derniers se vantait d'être......

Le fond de cette fable est un fait arrivé dans une petite ville d'Italie; mais le charlatan n'avait fait cette promesse qu'à l'égard d'un sot, d'un stupide, et non pas d'un âne: cela était moins invraisemblable, mais n'était pas si plaisant. Que fait La Fontaine? Il charge, pour rendre la chose plus comique; à la place du stupide, il met un âne, un âne véritable. Pour cela, il fait parler le charlatan même. Scène entre le charlatan, le prince et un plaisant de la cour. De ce fonds, qui était assez médiocre, La Fontaine sait tirer des détails plaisans; et le tout finit par une leçon excellente.

FABLE XX.

V. 4. Chez l'animal qu'on appelle homme, On la reçut à bras ouverts.

Bonne satire de l'humanité en général; puis vient la satire de la société, de l'homme civilisé qui n'a fait, par les conventions sociales, que multiplier les sujets de discorde. La Fontaine ne sort pas du ton de la plus simple bonhommie, et c'est ce qui rend cette fable si piquante. La difficulté de loger la discorde, parce qu'il n'y avait point de couvent de filles, est un trait imité de l'Arioste, qui la loge chez les moines; mais La Fontaine qui voulait la loger chez les époux, a su tirer parti de cette imagination de l'Arioste.

FABLE XXI.

V. 1. La perte d'un époux ne va pas sans soupirs.

Le seul défaut de cette fable est de n'en être pas une. C'est une pièce de vers charmante. Le Prologue est plein de finesse, de naturel et de grâce. Tous ceux qui aiment les vers de La Fontaine, le savent presque par cœur.

Le discours du père à sa fille est à la fois plein de sentiment, de douceur et de raison. La réponse de la jeune veuve est un mot qui appartient encore à la passion ou du moins le paraît. La description de divers changemens que le temps amène dans la toilette de la veuve; ce vers:

Le deuil enfin sert de parure;

Et enfin le dernier trait:

Où donc est le jeune mari?

On ne sait ce qu'on doit admirer davantage. C'est la perfection d'un poète sévère avec la grâce d'un poète négligé.

ÉPILOGUE.

V. 1. Loin d'épuiser une matière, On n'en doit prendre que la fleur.

On verra, par un grand nombre de fables du volume suivant, que La Fontaine aurait bien fait de prendra pour lui-même le conseil qu'il donne ici. On verra que plusieurs des fables qu'il fit dans sa vieillesse, déparent un peu son charmant recueil.

V. 5. _Il s'en va temps...._ Tournure un peu gauloise, mais qui n'est pas sans grâce, pour dire, _il est bien temps_.

V. 15. _Heureux!_ On sait que l'époux de Psyché, c'est l'Amour.

LIVRE SEPTIÈME.

DÉDICACE A MADAME DE MONTESPAN.

V. 1. L'Apologue est un don qui vient des immortels.

Ce que dit La Fontaine est presque d'une vérité exacte, et est au moins d'une vérité poétique. On trouve des Apologues jusques dans les plus anciens livres de la bible. En voici un bien extraordinaire:

_Les arbres voulurent un jour se choisir un Roi. Ils s'adressèrent d'abord à l'olivier et lui dirent: règne. L'olivier répondit: je ne quitterai pas le soin de mon huile pour régner sur vous. Le figuier dit qu'il aimait mieux ses figues que l'embarras du pouvoir suprême. La vigne donna la préférence à ses raisins. Enfin les arbres s'adressèrent au buisson; le buisson répondit: Je vous offre mon ombre._

On sent tout ce qu'il y a de hardi dans cette idée; et si on trouvait une telle fable dans les écrits de ceux qu'on nomme philosophes, on se récrierait contre cette audace. Heureusement le Saint-Esprit n'est pas exposé aux persécutions, et ne les craint pas plus qu'il ne les inspire ou ne les approuve.

V. 23. Paroles et regards, tout est charme dans vous.

Cet éloge est trop direct, et le goût délicat de madame de Montespan eût sans doute été plus flatté d'une louange plus fine. Tout ce que lui dit La Fontaine est assez commun; mais il y a deux vers bien singuliers:

V. 37. Et d'un plus grand maître que moi Votre louange est le partage.

Ce grand maître était, comme on le sait, Louis XIV. Peut-être un autre que La Fontaine n'eut pas osé s'exprimer aussi simplement; mais la bonhommie a bien des droits.

FABLE I.

Ce second volume ouvre par le plus beau des Apologues de La Fontaine, et de tous ses Apologues. Outre le mérite de l'exécution, qui dans son genre est aussi parfaite que celle du chêne et du roseau, cette fable a l'avantage d'un fond beaucoup plus riche et plus étendu; et les applications morales en sont bien autrement importantes. C'est presque l'histoire de toute société humaine.

Le lieu de la scène est imposant; c'est l'assemblée générale des animaux. L'époque en est terrible, celle d'une peste universelle; l'intérêt aussi grand qu'il peut être dans un Apologue, celui de sauver presque tous les êtres; _hôtes de l'univers sous le nom d'animaux_, comme a dit La Fontaine dans un autre endroit. Les discours des trois principaux personnages, le lion, le renard et l'âne, sont d'une vérité telle que Molière lui-même n'eût pu aller plus loin. Le dénouement de la pièce a, comme celui d'une bonne comédie, le mérite d'être préparé sans être prévu, et donne lieu à une surprise agréable, après laquelle l'esprit est comme forcé de rêver à la leçon qu'il vient de recevoir, et aux conséquences qu'elle lui présente.

Passons au détail.

L'auteur commence par le plus grand ton... _Un mal qui répand la terreur, etc..._ C'est qu'il veut remplir l'esprit du lecteur de l'importance de son sujet, et de plus il se prépare un contraste avec le ton qu'il va prendre dix vers plus bas.

V. 13. Les tourterelles se fuyaient; Plus d'amour, partant plus de joie.