Part 7
V. 19. _Ses œufs, ses tendres œufs, etc._ Il semble que l'âme de La Fontaine n'attend que les occasions de s'ouvrir à tout ce qui peut être intéressant. Ce vers est d'une sensibilité si douce, qu'il fait plaindre l'aigle, malgré le rôle odieux qu'il joue dans cette fable.
FABLE IX.
V. 36. _J'en vois deux, etc._ Tant pis; une bonne fable ne doit offrir qu'une seule moralité, et la mettre dans toute son évidence. Au reste, ce qui peut justifier La Fontaine, c'est que ces deux vérités sont si près l'une de l'autre, que l'esprit les réduit aisément à une moralité seule et unique.
FABLE X.
V. 1. Un ânier, son sceptre à la main, Menait en empereur romain Deux coursiers à longues oreilles.
Il y a bien de l'esprit et du goût à savoir tout anoblir sans donner aux petites choses une importance ridicule. C'est ce que fait La Fontaine en mêlant la plaisanterie à ses périphrases les plus poétiques ou à ses descriptions les plus pompeuses.
V. 21. Camarade épongier.
_Épongier._ Mot créé par La Fontaine, mais employé si heureusement, qu'on croirait qu'il existait avant lui.
FABLES XI ET XII.
Ces deux fables ne comportent aucune espèce de notes, n'étant remarquables ni par de grandes beautés, ni par aucun défaut. C'est la simplicité et la pureté de Phèdre, avec un peu plus d'élégance.
FABLE XIII.
Encore une fable qui n'est point fable. Un trait que La Fontaine raconte en quatre vers, lui donne lieu de causer avec son lecteur, mais pour le jeter dans des questions métaphysiques auxquelles il n'entendait pas grand'chose. De là il fait une sortie contre l'astrologie judiciaire, qui, de son temps, n'était pas encore tombée tout-à-fait.
V. 21. Aurait-il imprimé? etc.
Voilà deux vers qui ne dépareraient pas le poème écrit du style le plus haut et le plus soutenu.
V. 40. Emmenez avec vous les souffleurs tout d'un temps.
Les souffleurs, c'est-à dire les alchymistes, dont la science est à la chymie ce que l'astrologie judiciaire est à l'astronomie.
FABLE XIV.
V. 2. Car que faire en un gîte, à moins que l'on ne songe?
Ce vers est devenu proverbe à cause de son extrême naturel, sans qu'on puisse voir d'ailleurs ce qui a fait sa fortune.
V. 29. Et d'où me vient cette vaillance?
Il se croit déjà brave, et son amour-propre devient son consolateur. Voilà ce me semble la pensée dont il fallait achever le développement; et c'est ce que l'auteur ne fait pas. Au contraire, le lièvre qui vient de parler de sa vaillance, parle de sa poltronnerie dans les deux derniers vers. On pourrait, pour sauver cette faute et cette contradiction, supposer que le lièvre finit de parler après ce vers:
Je suis donc un foudre de guerre!
et que c'est La Fontaine qui dit en son propre nom les deux vers suivans; mais cette conjecture n'est pas assez fondée.
FABLE XV.
Il fallait ce me semble que le renard commençât par dire au coq: «Eh! mon ami, pourquoi n'étais-tu pas aux fêtes qu'on a données pour la paix qui vient de se conclure?» Dans ces vers, _nous ne sommes plus en querelle_, le renard n'a l'air que de proposer la paix.
V. 17. Que celle De cette paix.
Ces deux petits vers inégaux ne sont qu'une pure négligence, et ne font nullement beauté.
V. 19. Et ce m'est une double joie De la tenir de toi, etc.....
Les ressemblances de son déplaisent à l'oreille.
V. 32. Car c'est double plaisir de tromper le trompeur.
V. 29. _Malcontent, etc._ On dirait aujourd'hui mécontent.
Le coq ne trompe pas le renard, il le joue, il se moque de lui.
FABLE XVI.
V. 8. .... Pour la bouche des dieux.
Cette exposition montre la finesse d'esprit de La Fontaine. Les dieux étaient supposés respirer l'odeur des sacrifices, mais non pas manger les victimes. La Fontaine, par ce mot de _la bouche des dieux_, indique leurs représentans, qui avaient soin de choisir les victimes les plus belles et les plus grasses.
Les quatre derniers vers sont charmans; le second et le quatrième sont devenus proverbes. Ce rapport de sons répété deux fois entre la rime de _eure_ et celle de _eurs_, les gâte un peu à la lecture.
FABLE XIX.
Cette fantaisie de chasser doit être trop fréquente chez le lion pour qu'il y ait de la justesse à employer cette expression, _se mit en tête_; ce mot semble indiquer une fantaisie nouvelle ou du moins assez rare.
_Sanglier_ était autrefois de deux syllabes, ce qui était assez dur à l'oreille.
V. 12. Leur troupe n'était pas encore accoutumée, etc.
Il fallait donc que ce fut au commencement du monde. Cette circonstance paraît bizarre... _dit l'âne en se donnant_ tout l'honneur de la chasse. Il fallait ce me semble que l'âne se rendît tout-à-fait insupportable au lion par ses fanfaronnades; cela eût rendu la moralité de la fable plus sensible et plus évidente.
FABLE XX.
Ce n'est point là une fable; c'est une anecdote dont il est assez difficile de tirer une moralité.
V. 5 Une histoire des plus gentilles.
Quoique ce soit d'Ésope que La Fontaine parle ici et non pas de lui-même, peut-être eût-il été mieux de ne pas promettre que l'histoire serait gentille: on le verra bien.
V. 22. .... _Chacune sœur._ C'est le style de la pratique; et ce mot de chacune, au lieu de chaque, fait très-bien en cet endroit.
LIVRE TROISIÈME.
FABLE I.
V. 4. _Les derniers venus, etc._, n'y ont presque rien trouvé.
V. 16. _Et que rien ne doit fuir, etc._ Locution empruntée de la langue latine.
V. 22. La guerre a ses douceurs, l'hymen a ses alarmes.
Vers charmant.
V. 23. _......... où buter._ Ce mot de buter est sec et peu agréable à l'oreille.
V. 74. .... _Car, quand il va voir Jeanne._ La Fontaine, après nous avoir parlé de _quolibets coup sur coup renvoyés_, pouvait nous faire grâce de celui-là.
V. 81. _Quant à vous, suivez Mars, etc._ Ce n'est point La Fontaine qui parle à son lecteur, c'est Malherbe qui continue et qui s'adresse à Racan. Celui-ci ne prit ni femme, ni abbaye, ni emploi; il se livra, à son talent pour la poésie, qui lui fit une grande réputation.
FABLE II.
La Fontaine a pris ici le ton le plus simple, et ne paraît pas chercher le moindre embellissement. Il a craint sans doute qu'on ne le soupçonnât d'avoir voulu lutter contre Horace, qui, dans une de ses Épîtres, a mis en vers cet Apologue d'une manière beaucoup plus piquante et plus agréable.
V. 7. Chacun d'eux résolut de vivre en gentilhomme, Sans rien faire...
Voilà un trait de satyre qui porte sur le fond de nos mœurs, mais d'une manière bien adoucie. C'est le ton et la coutume de La Fontaine de placer la morale dans le tissu de la narration, par l'art dont il fait son récit.
V. 25. .... _Et la chose est égale._ Pas si égale. Mais La Fontaine n'y regarde pas de si près. On verra ailleurs qu'il ne traite pas aussi bien l'autorité royale, et que même il se permet un trait de satyre qui passe le but.
FABLE III.
V. 5. _Hoqueton._ Ce mot se dit et d'une sorte de casaque que portent les archers, et des archers qui la portent.
V. 10. C'est moi qui suis Guillot, berger de ce troupeau.
Comme ce vers peint merveilleusement les fripons et les attentions superflues qu'ils prennent pour le succès de leurs fourberies; attentions qui bien souvent les font échouer!
V. 16. ... _Comme aussi sa musette._ Ce dernier hémistiche est d'une grâce charmante. Ce qu'il y a de hardi dans l'expression, _d'une musette qui dort_, devient simple et naturel, préparé par le sommeil du berger et du chien.
V. 22. Mais cela gâta son affaire.
C'est ce qui arrive. On reconnaît l'imposteur à la caricature: les fripons déliés l'évitent soigneusement: et voilà ce qui rend le monde si dangereux et si difficile à connaître.
V. 32. _Quiconque est loup, etc...._ Il fallait finir la fable au vers précédent, _toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre_. La Fontaine alors avait l'air de vouloir décourager les fripons, ce qui était travailler pour les honnêtes gens.
FABLE IV.
V. 14. _Or c'était un soliveau..._ Il faut convenir que la conduite de Jupiter, dans cet Apologue, n'est point du tout raisonnable. Il est très-simple de désirer un autre roi qu'un soliveau, et très-naturel que les grenouilles ne veuillent pas d'une grue qui les croque.
FABLE V.
V. 22. Et vous lui fait un beau sermon.
La Fontaine se plaît toujours à développer le caractère du renard, et il le fait sans cesse d'une manière gaie et comique. Les autres fabulistes sont secs auprès de lui.
FABLE VI.
V. 5. _Fourbe_, moins commun que fourberie.
V. 8. _Possible_, guères.. Mot que Vaugelas, Ménage et Thomas Corneille ont condamné. L'usage a, depuis La Fontaine, confirmé leur arrêt.
V. 19. _Gésine..._ Mot vieilli, qui ne s'emploie guère que dans les tribunaux.
V. 25. Obligez-moi de n'en rien dire.
C'est la première précaution du fourbe. La Fontaine ne manque pas ces nuances, qui marquent les caractères et les passions.
V. 29. _Sottes de ne pas voir, etc..._ La Fontaine a bien fait de prévenir ses lecteurs sur cette invraisemblance avant qu'ils s'en apperçussent eux-mêmes. Mais elle n'en est pas moins une tache dans cette fable. Il n'est pas naturel que la faim ne force pas tous ces animaux à sortir.
FABLE VII.
V. 1. ... _Où toujours il revient._ _Où_, pour _auquel_. Selon d'Olivet, _auquel_ ne peut se supporter en vers: _où_ pour _auquel_ ne peut se dire. Voilà les poètes bien embarrassés. Racine n'a point reconnu cette règle de d'Olivet.
FABLE VIII.
Cette goutte que l'auteur personnifie pour la mettre en scène avec l'araignée, est une idée assez bizarre et peu digne de La Fontaine.
V. 11. ... _Aragne_, vieux mot conservé pour le besoin de la rime ou du vers.
FABLE IX.
V. 16. ... _Vous êtes une ingrate._ Mot qui exprime à merveille un des grands caractères de l'ingratitude, qui compte pour un bienfait le mal qu'elle ne fait pas.
FABLE X.
V. 1. _On exposait en peinture._ Une femme d'esprit, lasse de voir dans nos livres des peintures satyriques de son sexe, appliqua aux hommes qui font les livres, la remarque du lion de cette fable. Elle avait raison; mais les femmes ont mieux fait depuis: c'est de prendre leur revanche, de faire des livres, et de peindre les hommes à leur tour.
FABLE XI.
V. 1. ... _Gascon, d'autres disent Normand._ Cette incertitude, ce doute où La Fontaine s'enveloppe avec l'apparence naïve de la bonne foi historique, est bien plaisante et d'un goût exquis.
On a critiqué, _et bons pour des goujats_, et l'on a eu raison; les goujats n'ont que faire là.
FABLE XII.
V. 8. Tantôt on les eût vus côte à côte nager.
Ce vers et les deux suivans sont d'une vérité pittoresque qui met la chose sous les yeux.
FABLE XIII.
V. 13. ... _Louvats._ Mot de style burlesque, qui s'emploie, comme on le sait, pour louveteau.
V. 27. J'en conviens; mais de quoi sert-elle, Avec des ennemis sans foi?
La Fontaine se met ici à côté d'une grande question, savoir jusqu'à quel point la morale peut s'associer avec la politique.
FABLE XIV.
V. 2. _Prouesse_, action de _preux_, vieux adjectif qui signifie, en style marotique, _brave_, vaillant.
FABLE XV.
V. 8. _Depuis le temps de Thrace, etc._, n'est pas une tournure bien poétique ni bien française: cependant elle ne déplaît pas, parce qu'elle évite cette phrase: _depuis le temps où nous étions ensemble dans la Thrace_.
FABLE XVI.
V. 25. .... _Assez hors de saison._ C'est mon avis, et je ne conçois pas pourquoi La Fontaine s'est donné la peine de rimer cette historiette assez médiocre.
FABLE XVII.
V. 19. Ce que je vous dis-là, on le dit à bien d'autres:
La Fontaine, avec sa délicatesse ordinaire, indique les traitans d'alors, tourne court bien vite, comme s'il se tirait d'un mauvais pas.
FABLE XVIII.
Cette fable est charmante d'un bout à l'autre pour le naturel, la gaîté, surtout pour la vérité des tableaux.
LIVRE QUATRIÈME.
FABLE I.
V. 5. Et qui naquîtes toute belle, A votre indifférence près.
Ces deux vers sont d'une finesse peu connue jusqu'à La Fontaine, mais l'Apologue ne vaut rien. Quoi de plus ridicule que cette supposition d'un lion amoureux d'une jeune fille, de l'entrevue du lion et du beau-père de ce lion, qui se laisse limer les dents? Tranchons le mot, tout cela est misérable. Il était si aisé à La Fontaine de composer un Apologue dont la morale eût été comme dans celui-ci:
Amour! Amour! quand tu nous tiens, On peut bien dire adieu prudence.
FABLE II.
Cette petite aventure n'est point une fable: La Fontaine l'avoue lui-même par ce vers:
Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé.
Il s'en sert pour amener de la morale.
V. 24. ... _Assuré._ Mauvaise rime.
V. 27. Les conseils de la mer et de l'ambition.
Expression très-noble et rapprochement très-heureux, qui réveille dans l'esprit du lecteur l'idée du naufrage pour le marin et pour l'ambitieux.
FABLE III.
Le commencement de cette fable est charmant. L'indignation de la fourmi contre l'illusion de l'amour-propre, et l'aveuglement de la fourmi qui se compare à elle, peint merveilleusement le délire de la vanité; mais La Fontaine a eu tort d'ajouter
V. 17. Et la dernière main que met à sa beauté Une femme allant en conquête, C'est un ajustement des mouches emprunté.
D'abord ajustement n'est pas le mot propre. Ensuite le petit ornement s'appelle mouche en français, et autrement dans une autre langue. Cependant ce jeu de mots est plus supportable que tous ceux qui se trouvent dans la réponse de la fourmi.
V. 39. Les mouches de cour chassées: Les mouchards sont pendus, etc.
Ce sont de mauvais quolibets qui déparent beaucoup cette fable, dont le commencement est parfait. On se passerait bien aussi du grenier et de l'armoire des deux derniers vers.
FABLE IV.
Voici une fable presque parfaite. La scène du déjeûné, les questions du seigneur, l'embarras de la jeune fille, l'étonnement respectueux du paysan affligé, tout cela est peint de main de maître. Molière n'aurait pas mieux fait.
FABLE V.
Jolie fable, parfaitement écrite d'un bout à l'autre; la seule négligence qu'on puisse lui reprocher est la rime _toute usée_, qui rime avec _pensée_.
FABLE VI.
V. 4. .... _Étroites._ La rime veut qu'on prononce _étrettes_, comme on le faisait autrefois, et comme on le fait encore en certaines provinces. C'est une indulgence que les poètes se permettent encore quelquefois.
V. 17. Plus d'un guéret s'engraissa.
Ce ton sérieux emprunté des récits de bataille d'Homère, est d'un effet piquant, appliqué aux rats et aux belettes.
V. 50. N'est pas petit embarras.
Il fallait s'arrêter à ces deux vers faits pour devenir proverbe. Les six derniers ne font qu'affaiblir la pensée de l'auteur.
FABLE VII.
Le fait est faux, mais c'est une tradition ancienne. D'ailleurs, La Fontaine évite plaisamment l'embarras d'une discussion; au surplus, on ne voit pas trop quelle est la moralité de cette prétendue fable, qui n'en est pas une.
FABLE VIII.
V. 18. Pline le dit: il faut le croire.
Même défaut dans cet Apologue. Qu'y a-t-il d'étonnant qu'une idole de bois ne réponde pas à nos vœux, et que, renfermant de l'or, l'or paraisse quand vous brisez la statue? Que conclure de tout cela? qu'il faut battre ceux qui sont d'un naturel stupide. Cela n'est pas vrai, et cette méthode ne produit rien de bon..
FABLE IX.
V. 1. Un paon muait, un geai prit son plumage, etc.
Esope met une corneille au lieu d'un geai: la corneille valait mieux, attendu qu'elle est toute noire; sa fantaisie de se parer des plumes du paon n'en était que plus ridicule, et sa prétention plus absurde. C'est Phèdre qui a substitué le geai à la corneille, et La Fontaine a suivi ce changement, qui ne me paraît pas heureux.
Lesseing, fabuliste allemand, a fait une fable où il suppose que les autres oiseaux, en ôtant au geai les plumes du paon, lui arrachent aussi les siennes: c'est ce qui arrive à tous les plagiaires. On finit par leur ôter même ce qui leur appartient.
FABLE X.
V. 1. _Le premier, etc._ La précision qui règne dans ces quatre premiers vers, exprime à merveille la facilité avec laquelle l'homme se familiarise avec les objets les plus nouveaux pour lui et les plus effrayans. Au reste, ce n'est pas là un Apologue.
FABLE XI.
V. 7. .... _L'avent ni le carême_, n'avaient que faire là.
V. 13. Elle allégua pourtant les délices du bain.
La Fontaine n'évite rien autant que d'être sec. Voilà pourquoi il ajoute ces vers qui sont charmans, quoiqu'il pût s'en dispenser après avoir dit: _Il n'était pas besoin de plus longue harangue_.
FABLE XII.
V. 2. Et la raison ne m'en est pas connue.
Ni à moi non plus, attendu que cette fable n'est pas bonne. Alexandre qui demande un tribut aux quadrupèdes, aux vermisseaux, ce lion porteur de cet argent, et qui veut le garder pour lui, tout cela pèche contre la sorte de vraisemblance qui convient à l'Apologue. Au reste, la moralité de cette mauvaise fable, si l'on peut l'appeler ainsi, retombe dans celle du loup et de l'agneau.
La raison du plus fort est toujours la meilleure.
FABLE XIII.
V. 10. Or un cheval eut alors différent.
Cette fable ancienne, l'une de celles qui renferment le plus grand sens, était une leçon bien instructive pour les républiques grecques.
Les trois derniers vers qui contiennent la moralité de la fable, n'en indiquent pas assez, ce me semble, toute la portée. C'est aussi le défaut que l'on peut reprocher au prologue.
FABLE XIV.
V. 1. _Les grands, etc._ La Fontaine ôte le piquant de ce mot, en commençant par en faire l'application aux grands. Il ne fallait que le dernier vers.
FABLES XV ET XVI.
Ces deux fables me paraissent assez médiocres, et on se passerait fort bien du dicton picard.
FABLE XVII.
Pourquoi mettre ce mot de Socrate dans un recueil d'Apologues?
FABLE XVIII.
V. 4. C'est peindre nos mœurs, etc.
Voilà le grand mérite des fables de La Fontaine, et personne ne l'avait eu avant lui.
Il était inutile d'ajouter _et non pas par envie_; le désir de surpasser un auteur mort il y a deux mille quatre cents ans, ne peut s'appeler _envie_. C'est une noble émulation qui ne peut être suspecte. Celui même de surpasser un auteur vivant, ne prend le nom d'envie que lorsque ce sentiment nous rend injuste envers un rival.
V. _dernier_. Profiter de ces dards unis et pris à part.
La consonnance de ce mot _dards_, placé à l'hémistiche avec la rime _à part_, offense l'oreille.
FABLE XIX.
V. 1. Vouloir tromper le ciel, etc.
Ces cinq premiers vers sont nobles et imposans, ils ont pourtant un défaut. Il s'agit d'un prêtre d'Apollon, par conséquent d'un fourbe, d'un payen incrédule, par conséquent d'un homme de bon sens; et La Fontaine se fâche et parle comme s'il s'agissait du vrai dieu, d'un prêtre du dieu suprême.
Ce ridicule se trouve dans les histoires ancienne et romaine de Rollin. Ce digne professeur s'emporte contre ceux qui ne croyaient pas à Jupiter, à Neptune. Il suppose, sans y songer, que ces gens-là, nés parmi nous, n'auraient pas cru à notre religion.
FABLE XX.
Cette petite pièce n'est point une fable; c'est une aventure très-bien contée, dont La Fontaine tire une moralité contre les avares. Le trait qui la termine, joint au piquant d'un saillie épigrammatique l'avantage de porter la conviction dans les esprits.
V. 13. _Son cœur avec_..... n'est ni harmonieux ni élégant; mais est d'une vivacité et d'une précision qui plaisent.
FABLE XXI.
V. 1. _Un cerf s'étant sauvé...._ Cette fable est un petit chef-d'œuvre. L'intention morale en est excellente, et les plus petites circonstances s'y rapportent avec une adresse ou un bonheur infini. Observons quelques détails.
V. 3. Qu'il cherchât un meilleur asyle.
Voilà le dénouement préparé dès les trois premiers vers.
V. 5. Mes frères... je vous enseignerai...
Il parle là comme s'il était de leur espèce.
V. 5. ... Les pâtis les plus gras.
Voyez avec quel esprit La Fontaine saisit le seul rapport d'utilité dont le cerf puisse être aux bœufs.
V. 12. ... Les valets font cent tours, L'intendant même.
Maison très-bien tenue! tout le monde paraît à sa besogne et ne fait rien qui vaille.
V. 14. N'apperçut ni cor, ni ramure.
Cela ne paraît guère vraisemblable, et voilà pourquoi cela est excellent.
V. 20. ... L'homme aux cent yeux...
Cette courte périphrase exprime tout, et le discours du maître est excellent.... _Je trouve bien peu d'herbe....... Cette litière est vieille......_ Qu'ont fait les valets avec leurs cent tours?
V. 34. Ses larmes ne sauraient...
La Fontaine ne néglige pas la moindre circonstance capable de jeter de l'intérêt dans son récit.
_V. dernier._ Quant à moi, j'y mettrais encor l'œil de l'amant.
Ce dernier vers produit une surprise charmante. Voila de ces beautés que Phèdre ni Esope n'ont point connues.
FABLE XXII.
V. 2. Voici comme Esope le mit En crédit.
Il fallait mettre ces deux vers en un, ce qui était facile, et ce qui sauvait en même temps les trois rimes consécutives en _it_.
V. 6. .... Environ le temps Que tout aime....
Un mot suffit à La Fontaine pour réveiller son imagination mobile et sensible. Le voilà qui s'intéresse au sort de cette alouette, qui a passé la moitié d'un printemps sans aimer.
V. 13. A toute force enfin elle se résolut D'imiter la nature et d'être mère encore.
L'importance que La Fontaine donne à cet oiseau est charmante.
V. 24. .... _Avecque..._ Ce mot, dans La Fontaine, se trouve souvent de trois syllabes, ce qui rend le vers pesant. On ne supporte plus cette licence.
V. 34. ... _Il a dit....._ Avec quelle vivacité est peint l'empressement des enfans à rendre compte à leur mère.
_Aider, écouter, manger_, mauvaises rimes, c'est dommage. On voudrait que cette fable fût parfaite.
V. 36. _S'il n'a dit que cela....._ Peut-on mettre la morale en action d'une manière plus sensible et plus frappante?
V. 50. Il a dit ses parens, mère! c'est à cette heure... Non......
Comme la leçon se fortifie par la sécurité de l'alouette.
V. 67. Voletans et se culbutans.
Ce vers de sept syllabes entre deux vers de huit syllabes donne du mouvement au tableau, et exprime le sens-dessus dessous avec lequel la petite famille déménage. La Fontaine ne pouvait guère finir par une plus jolie fable.
LIVRE CINQUIÈME.
FABLE I.
Vers 6. _Un auteur gâte tout..._ On voit, par ce petit prologue, que La Fontaine méditait plus qu'on ne le croit communément sur son art et sur les moyens de plaire à ses lecteurs. Madame de la Sablière l'appelait un fablier, comme on dit un pommier; et d'après ce mot, on a cru que La Fontaine trouvait ses fables au bout de sa plume. La multitude de ses négligences a confirmé cette opinion; mais sa négligence n'était que la paresse d'un esprit aimable qui craint le travail de corriger, de changer une mauvaise rime, etc. Il y a quelques négligences même dans ce Prologue:
V. 11. Enfin si, dans mes vers, je ne plais et n'instruis, Il ne tient pas à moi; c'est toujours quelque chose.
Cela est commun et ne valait pas trop la peine d'être dit; mais il y a plusieurs vers charmans, comme:
V. 6. Un auteur gâte tout quand il veut trop bien faire; Non qu'il faille bannir certains traits délicats: Vous les aimez ces traits, et je ne les hais pas.
V. 20. Deux pivots sur qui roule aujourd'hui notre vie.
Ce vers et cent autres prouvent que La Fontaine ne manque point de force, quoiqu'il ne s'en pique point; mais il la cache sous un air de bonhommie.
V. 27. Une ample comédie à cent actes divers.
C'est là le grand mérite de La Fontaine, et c'est son secret qu'il nous donne. Tous les fabulistes ont fait parler les animaux; mais La Fontaine entre, plus qu'eux tous, dans le secret de nos passions, quand il les fait parler.
V. 31. .... _Aux belles la parole._ _Parole_ et _rôle_ riment très-mal. La difficulté de la rime a fait pardonner cette faute à des poètes moins négligés que La Fontaine.
V. 33. _Un bûcheron...._ Cette fable, et les quatre suivantes, sont du ton le plus simple. Elles n'ont ni de grandes beautés, ni de grands défauts. Elles n'offrent rien de bien remarquable.