Une journée à Pise : guide historique, artistique et commercial
Chapter 3
On a beaucoup discuté sur l'inclinaison de cette tour. Les uns veulent que cette inclinaison soit l'effet du hasard (par exemple un abaissement du sol); les autres sont d'avis que c'est avec préméditation qu'elle a été ainsi construite. Il ne manque pas de preuves pour appuyer la première opinion, telles que les étages inclinés des galeries, et un aqueduc pour l'écoulement des eaux, établi en sens inverse de l'inclinaison du clocher.
CAMPANILE OU TOUR PENCHEE
La hauteur de la tour est de 54 mètres 474, et sa circonférence, à la base, de 48 mètres 638. Elle est, au dehors, entourée de 8 rangs de colonnes superposés les uns aux autres. Ces colonnes sont en tout au nombre de 207. Sur la porte d'entrée, des sujets en ronde-bosse représentent la Vierge avec l'Enfant Jésus, saint Pierre et saint Jean, oeuvre de l'antique Ecole pisane. On voit à l'entrée d'autres bas-reliefs et parmi eux une tour avec deux navires, représentant peut-être la fameuse tour de la _Meloria_, oeuvre de _Bonanno_, près de laquelle tour, en 1284, les Génois battirent complètement les Pisans.
Notre clocher est célèbre par l'expérience qu'y fit Galilée, à l'âge de 23 ans, sur la chute des corps graves, expérience qui établit les fondements de la dynamique, comme le dit une inscription latine placée au mur interne de la tour, dans lequel on, trouve encore un reste de l'inscription sépulcrale de l'architecte Bonanno.
Par un escalier de 293 marches, on monte au septième étage, et par un autre escalier en colimaçon on arrive au sommet, d'où l'on jouit d'un panorama splendide. Ses 7 cloches ont un son harmonieux qui correspond aux 7 notes musicales. On ne peut monter au dernier étage moins de 3 personnes, afin qu'une surveillance puisse être exercée sur les personnes qui seraient tentées de se suicider.
VIII
Au sortir de la tour, l'étranger qui prendra la nouvelle et large rue _Torelli_ trouvera à gauche la petite église de _S. Ranieri_ ou _S. Ranierino_ (pl. 33, B C I), église succursale de la Primatiale, construite en 1864, après la démolition de l'église du même nom qui se trouvait située à l'angle de la rue conduisant à l'Archevêché et dont la porte, dit la tradition, avait été dessinée par Michel-Ange. Attenante à cette église est l'habitation Curiale qui dépend du _Dôme_ ainsi que les Archives des registres Baptismaux. En face, une petite rue mène à l'_Arcivescovado_ (pl. 3, C I), (palais Archiépiscopal), édifice d'un aspect imposant construit en 1116 et rebâti vers la fin du XVIe siècle, agrandi par la suite et achevé en 1849.
Ce palais a une élégante cour, au centre de laquelle se trouve une statue de Moïse, oeuvre de _Vaccà de Carrare_. La chapelle supérieure a été peinte par les frères _Melani_. Les archives archiépiscopales renferment des manuscrits antiques très précieux.
En continuant de suivre cette rue, on arrive au célèbre _Bain de Néron_ (pl. 4, DI) près de la Porta a Lucca. C'est un ancien _sudatorium_ des temps romains, de forme octogone, avec quatre majestueuses niches et des arcs à l'intérieur. Les savants ont beaucoup disserté sur cet imposant monument où donne accès une grille (cancello) ayant de chaque côté une inscription en marbre.
Vient ensuite l'église du martyr pisan saint Torpè (pl. 12, DI), construite sur l'emplacement du palais de Néron.
C'est près de là, dit-on, que se trouvait l'ancienne habitation royale du monarque Pélops, fondateur de Pise.
IX
SAINTE-CATHERINE
Après avoir suivi une partie de la rue Sainte-Anne, si l'on tourne à gauche par celle de Sainte-Catherine, on arrive à l'église de ce nom (pl. 17, E 2), qui se présente avec sa façade de style gothique, ornée de plusieurs rangs de colonnes. A côté est le séminaire et le collège (pl. 7, E 1), jadis couvent des Dominicains, où vécurent des hommes illustres tels que: _B. Giordano de Rivalto_, _Dominique Cavalca_, _Barthélemy de S. Concordio_ et _Alexandre Spina_, inventeur des lunettes.
La bibliothèque du Séminaire contient plus de 40,000 volumes et des manuscrits très anciens. Parmi les personnes qui l'ont enrichie, il faut citer l'archevêque Franceschi et le cardinal Corsi. Le dernier a légué à ce pieux institut sa riche bibliothèque dans la salle de laquelle on admire, entre autres choses, des peintures sur panneau du _Traini_, ancien et illustre peintre pisan.
A propos de ce célèbre couvent, il est intéressant de lire la _Chronique_ de Fr. Dominique de Peccioli. L'église construite en 1253, d'après le dessin de _Guillaume Agnelli_, possède à l'intérieur deux beaux monuments funéraires en marbre; l'un de ces monuments est le mausolée de l'archevêque Saltarelli par _Nino Pisano_(1342). Les tableaux des autels représentent des saints de l'ordre des Dominicains. Celui de saint Thomas d'Aquin, par _Franc. Traini_, pisan (1340), est très estimé. Le saint y est représenté assis au moment où lui viennent d'en haut les rayons du savoir; plus bas que lui, se trouvent les nombreux disciples de sa doctrine. A côté de l'autel est une chaire que la constante tradition dit être celle d'où le savant Docteur, se trouvant à Pise, dicta ses saintes leçons. Une inscription en caractères gothiques, placée sur cette chaire et recouverte d'une plaque en cristal, dit:
HIC PISIS HAC IPSA HOSPES SUM SEDE LOQUTUS. PISAS ET SEDEM NUNC QUOQUE GRATUS AMO.
Le tableau du pisan _Tempesti_, représentant la Vierge du Rosaire, est d'une belle conception.
La place de Sainte-Catherine est une des principales de Pise. Elle est de forme elliptique, ombragée à l'entour de platanes touffus. Au milieu s'élève la statue de Léopold Ier, du _Pampaloni_, avec la simple, mais éloquente inscription: «_Au Grand-Duc Pierre-Léopold premier, quarante ans après sa mort._»
Allant ensuite vers l'Est, par la rue de Saint-Laurent, on trouvera à droite la _Banque Toscane_, et de suite en tournant, la rue Sainte-Elisabeth, par laquelle on va au remarquable temple de Saint-François.
X
S. FRANCESCO
L'église de Saint-François (pl. 10, E F 3), actuellement changée en dépôt d'artillerie, a été fondée avec le couvent annexe en 1211. Selon le Morrona, l'architecte _Nicolas de Pise_ en est l'auteur. Il n'y a qu'une seule et grande nef ayant à son extrémité un transept avec plusieurs chapelles. D'élégants piliers octogones bordent le grand jubé et les chapelles latérales et soutiennent de majestueuses arcades de forme ogivale.
Les tableaux des autels sont l'oeuvre d'habiles artistes qui ont aussi décoré notre Cathédrale. Les cérémonies religieuses se font dans une chapelle du couvent.
Le clocher est surprenant, car il pose par moitié sur un angle de l'église, tandis que l'autre moitié repose sur de forts appuis. On voit dans le cloître une grosse pierre sépulcrale près de la porte latérale de l'église, comme celle qui couvre la tombe du Ghérardesca et du fameux Comte Ugolin. L'inscription du sépulcre était ainsi conçue.
HIC REQ............ MAGNIFICI ET POTENTES VIRI DOMINI UGOLINI COMITIS DE DONORATICO QUI OBIIT DIE VIII. JANUAR MCCC XXXXII.
Les os des Ghérardesca furent enlevés de ce sépulcre par un gardien du couvent et transportés à Florence, comme le raconte notre _Dal Borgo_.
Vient ensuite une chapelle décorée de belles peintures à fresque exécutées, en 1391, par _Nicolas Petri_, disciple de Giotto.
Saint Bonaventure ayant tenu un chapitre de Frères Mineurs dans cette chapelle, en 1255, elle fut appelée la _Chapelle du Chapitre de Saint-Bonaventure_. Une inscription latine dit que, dans ce Chapitre, fut établi pour la première fois l'usage de réciter la salutation Angélique, ou _Angelus Domini_, trois fois par jour, comme cela se pratique aujourd'hui dans tout le monde chrétien.
D'antiques fresques se trouvent aussi à la sacristie.
De Saint-François, en allant vers le Sud, nous viendrons à l'église de Saint-André, en traversant la rue du même nom. On prétend que c'est dans cette église que fut enseveli le malheureux _Piero delle Vigne_, secrétaire de l'Empereur Frédéric II.
De là on va à la nouvelle rue _Palestro_, et l'on trouve la Synagogue des Israélites.
Tournant à droite, on arrive, par une petite rue, à la nouvelle _Cour d'Assises_, et revenant par le même chemin (toujours à droite), on voit le grandiose _Théâtre Neuf_, après lequel vient la _Caserne de la Gendarmerie_. Vis-à-vis, à gauche, on rencontre l'ancienne église de S. Pierino.
XI
S. PIERINO OU S. PIERRE IN VINCULIS
Cette église (pl. 32, E 4), surnommée par le peuple S. Pierino, fut fondée en 1072.
Une porte latérale introduit dans la crypte partagée en trois rangs de piliers que surmontent des arcs en demi-cercle qui soutiennent les voussures formées de grosses briques, comme celles qui se trouvent dans les bâtisses romaines.
On entre dans l'église supérieure du côté de la _rue Cavour_ en montant plusieurs marches. Au-dessus du portail est un bel architrave, reste d'un ancien épistyle. L'objet qui dans cette église frappe l'attention est un Crucifiement sur panneau, de l'ancienne école pisane. Au sortir, en tournant à gauche, on trouve la place de la _Berlina_, où s'élève une colonne avec la statue de l'Abondance, oeuvre de _Pierin da Vinci_, neveu de l'immortel Léonard, et l'on rentre à Lungarno Mediceo.
Parmi les palais qu'on rencontre en descendant vers l'Est, nous citerons: celui du comte Agostini, qui a une belle façade clair-obscur: puis celui de Lanfranchi, maintenant Toscanelli, dont l'architecture est attribuée à Michel-Ange. La façade est tout en marbre. Il fut habité par Lord Byron en 1822. A côté est le palais de _Roncioni_, où l'on conserve les plus riches archives privées de Pise, qui renferment des parchemins du VIIIe et du XVIIIe siècle, et plusieurs documents de l'histoire du pays. L'Archiprêtre Raphaël, auteur des _Histoires Pisanes_, était de la famille Roncioni. Il mourut en 1618.
Nous voici, après avoir traversé la place de la Fontina, au célèbre _Palais Mediceo_, qui fut autrefois la première résidence des grands-ducs Médicis. Ce fut là que Cosme Ier tua son fils D. Garzia, pour venger la mort de son autre fils le Cardinal Jean, que D. Garzia avait par jalousie assassiné en 1562. Ce palais est devenu aujourd'hui la propriété du marquis Spinola qui l'a fait reconstruire dans son ancien style gothique.
XII
S. MATTEO
L'église de Saint-Mathieu (pl. 45, E 45), fondée en 1027, ainsi que le monastère annexé, (aujourd'hui transformé en prison judiciaire), par Donna Teuta, femme d'Hildebert Albito, attire la curiosité du voyageur qui admire sa surprenante voûte peinte par les _Frères Melani de Pise_. Pour mieux jouir de tous les sujets religieux et des ornements d'architecture qui la décorent, il est nécessaire de s'arrêter au milieu de l'église, sur une petite pierre bleuâtre, octangulaire. De là, on aperçoit l'admirable artifice de ce travail, et la voûte se montre alors beaucoup plus élevée qu'elle ne l'est en réalité.
Nous voici à l'extrémité du quai: vous avez à gauche la rue Sainte-Marthe (pl. 27, F 4), où est l'église de ce nom édifiée en 1342, dans laquelle on voit à droite de l'autel une peinture qui représente la Nativité de Jésus-Christ, par _L. Pêcheux de Lyon_, et à gauche sainte Marthe agenouillée devant le Seigneur, par _G.-B. Tempesti_. Il faut observer à droite de la porte d'entrée un Crucifiement sur panneau de l'ancienne école pisane.
Revenant vers Lungarno, vous avez encore à gauche la spacieuse place de Saint-Silvestre, (pl. 46, G 5). Dans l'église (maintenant fermée), est un remarquable bas-relief en terre cuite, ouvrage du célèbre _Della Robbia_. Du couvent annexe, on a fait une maison de correction pour les enfants.
Auprès du _pont de la Forteresse_ ou des _Piagge_, se trouvent la Barrière et l'agréable promenade qui portent ce nom. Du pont, on jouit, de chaque côté, d'un admirable coup d'oeil.
Lorsque vous avez traversé le pont, prenez le chemin que vous voyez sous une sombre voûte du palais Scotto-Corsini, vous entrerez dans l'enceinte de l'_antica fortezza_ (pl. 2, F 7), construite en 1475, par les Florentins, quand ils se furent rendus maîtres de Pise. La petite église qu'on rencontre à gauche est celle de _S.-Andrea in Chinseca_, où fut baptisé Galilée, et où est ensevelie la mère de S. Ranieri.
Toujours à gauche, à peu de pas de là, vient la maison où, le 18 février de l'an 1564, naquit de Vincent Galilei, florentin, officier de cette forteresse, et de Julie Ammannati de Pescia, le célèbre Galilée, dont la statue, comme il est déjà dit, se trouve dans la grande salle des hommes illustres de l'Université. A l'occasion du troisième Centenaire de sa naissance (18 février 1864), on a placé sur la porte de cette maison une pierre en marbre où sont gravés ces mots: _Ici naquit Galileo Galilei, le 18 février 1564_. On frappa aussi une médaille en commémoration de cet événement.
Les murs et les remparts de l'ancienne forteresse réunis au susdit palais Scotto-Corsini, forment une ravissante promenade, où l'on monte au moyen d'un escalier qui est dans la cour. Cette promenade se compose d'une longue galerie en arcades couverte d'un second passage en plein air, interrompu par des tourelles et des plates-formes plantées d'arbres et renfermant un beau jardin avec un charmant bosquet.
Dans ce vaste palais existe une suite de délicieuses salles, et l'on remarque particulièrement la plus grande, où sont de belles fresques du peintre Ademollo, représentant du côté droit: Enée quittant Didon, puis le serment des Troyens; sur le mur, entre les fenêtres, le malheureux Priam demande à Achille le corps de son fils; vient après le combat entre Pâris et Ménélas, et, en dernier lieu, la vieille Hécube, mère de Priam, qui va prier au Temple.
A chaque extrémité de cette salle se trouvent, dans deux grands meubles en acajou entourés de cristal, de la riche vaisselle, des porcelaines de Chine, une infinité d'objets de décoration pour tables à manger, en argent plaqué et en bronze doré. Au-dessus de ces meubles, il y a une collection de superbes vases en faïence et une infinité d'autres objets précieux.
Deux salles plus loin, vous trouvez encore des fresques où sont peints des traits d'histoire grecque, et près de la porte d'entrée un grand tableau offrant le portrait en grandeur naturelle de la noble dame Scotto, debout, habillée en velours noir, portant des bijoux de perles et d'émeraudes. Avec elle, est sa fille, la princesse Corsini. Cette dernière est représentée dans sa première jeunesse, vêtue de blanc avec parure de turquoises et de diamants, assise devant un piano.
Au rez-de-chaussée du palais est une petite chapelle dédiée à saint André Corsini, où l'on voit, en face la porte, un joli tableau qui représente le saint. Cette chapelle contient une quantité d'objets intéressants, entre autres un tableau où est peint un _Ecce Homo_ attribué à l'école de _Leonardo da Vinci_, et deux grands cierges donnés par Pie IX. On peut y dire la messe et rien ne manque de ce qui est nécessaire pour les cérémonies religieuses: chasubles, aubes ornées de riches dentelles, etc. Tout le pavé du palais est en marbre à la vénitienne.
Du donjon regardant la porte Florentine, un escalier conduit à un souterrain qui, traversant sous l'Arno, va aboutir au fort de la Verruca.
Lorsque vous avez franchi une arcade faisant face à la maison où naquit Galilée, et qui était l'entrée occidentale de la forteresse, laissant à gauche la porte Florentine, tournez à droite dans la rue S. Martino et vous trouverez l'église de S. Martino (pl. 28, E 6.), construite par le comte Boniface de la Gherardesca. Elle a appartenu successivement aux Chanoines _Lateranensi_ et aux Clarisses. C'est là que l'on conserve le corps de sainte Bone, pisane.
Après avoir parcouru une partie de la rue Saint-Martin, vous verrez à gauche, dans le mur d'une maison, une statuette qui, dit-on, représente _Chinseca de'Sismondi_, laquelle, en 1006, par un acte de courage héroïque, sauva sa patrie d'une invasion de Barbares conduits par le féroce Musetto, qui avaient tenté d'incendier la ville pendant la nuit.
A peu de pas, tournant à gauche vous rentrez dans la rue S. Giovannino, où est l'église S. Giovanni. En face est celle de Saint-Bernard avec le couvent annexé des _Cappuccine_ (pl. 42 E 6). Et revenant encore à Saint Martin, vous trouverez bientôt à droite la place de Saint-Sépulcre.
XIII
S. SEPOLCRO
Saint-Sépulcre (pl. 35 E 5) est une église octogone, avec un dôme en pyramide. C'est l'ancienne église des Chevaliers de Malte, vulgairement dite S. Sepolcro, restaurée et rendue à sa forme primitive en 1860. On y entre en descendant quelques marches. A l'origine elle était au niveau de la place; celle-ci ayant été par la suite rehaussée, ce n'est que de nos jours que cette église a été désensevelie. Dans l'intérieur, la coupole est soutenue par des arcs en ogive, et l'autel est au-dessous, isolé. Le temple a été construit par l'architecte _Diotisalvi_, l'an 1153.
En revenant dans la rue Saint-Martin, on trouve à gauche la nouvelle église Evangélique. A peu de distance, passant par la rue Traversa, on se retrouve sur le Lungarno Galileo, au palais de la Préfecture auquel est annexé le Tribunal et le bureau du Télégraphe.
Ayant passé les _Logge de Banchi_, vous rencontrerez l'ancien palais Gambacorti, qui a des fenêtres à double arcade soutenues au milieu par une colonnette, et vous arriverez au _Bureau de la Poste aux lettres_, (pl. 51, D 4. 5).
Peu après, au carrefour de deux rues, se présente la petite église de _Sainte-Christine_, (pl. 21, D 45) _célèbre parce que Sainte Catherine de Sienne_ y reçut les stigmates le 1er avril 1375.
En commémoration de ce fait, on y a érigé un autel.
On voit enfin apparaître à droite sur les bords du fleuve ce charmant bijou d'art appelé _la Spina_.
XIV
SANTA MARIA DELLA SPINA
Sainte-Marie de l'Epine (pl. 26, C 5), est un petit temple, heureusement restauré de nos jours, qui, bien que de petite dimension, donne une idée du Saint-Ambroìse de Milan. Tout y est mignon, mais d'un travail exquis. D'élégantes aiguilles, des statuettes, de petits tabernacles, des rosaces, et d'autres ouvrages en marbre très fins de sculpture embellissent l'église de trois côtés, mais surtout du côté méridional.
Elle a été édifiée en 1323 par le Sénat et par les soins de la famille Gualandi. C'est là que venaient prier les marins au moment de leur départ. Elle fut construite à la place d'un oratoire dit de _Sainte-Marie du Pont Neuf_. Ce pont fut emporté dans un débordement de l'Arno. Elle est appelée _Sainte-Marie de l'Epine_ parce que, en 1333, une insigne relique de la Couronne sacrée d'épines de Notre-Seigneur y fut enfermée.
Les statues qu'on remarque dans l'intérieur, sur l'autel, sont de _Ninus de Pise_, lequel, comme l'a observé le Vasari, exprima l'effigie de son propre père dans une des statues représentant saint Pierre; mais les deux statues qui sont de chaque côté de l'autel, sont attribuées au _Moschino_. On voit encore une autre statue de _Ninus_ entre les deux portes.
Cette église contient peu de tableaux et ceux-ci sont de _Jean-Antoine Razzi_. L'ornementation extérieure est en grande partie l'oeuvre de _Jean de Pise_ et de quelques-uns de ses élèves. (Sonner vis-à-vis, au n° 22, pour le gardien auquel on donne un pourboire.) De là, on monte par une douce pente au nouveau et élégant pont Solferino, commencé le 18 août 1871 et achevé le 10 avril 1875, sous la direction de l'architecte _Micheli_. En suivant toujours Lungarno Gambacorti, après avoir passé devant le monastère de _S. Benedetto_ (Benoît) (pl. 41, B6), qui a sa façade ornée d'ouvrages en terre cuite exécutés de nos jours, on trouve la place de Saint-Paul.
XV
S. PAOLO
Nous voici à l'ancienne église _S. Paolo_ (Saint-Paul), _a Ripa d'Arno_ (pl. 31, B 6), qui était, dit-on, l'ancienne cathédrale de Pise. Fondée l'an 805, elle resta en possession des moines Vallombrosaniens jusqu'à l'an 1483. Il y a peu d'années qu'elle a été restaurée et remise dans son état primitif. Elle a trois nefs et un transept. Sa façade est ornée de plusieurs ordres de colonnes et d'arcs avec des encadrements, des feuillages et des bas-reliefs bizarres. A l'intérieur, une inscription contient l'éloge du célèbre _Burgundio de Pise_, un des plus doctes hellénistes du XIIe siècle, interprète des Pandectes.
Anciennement les murs de ce temple étaient couverts des peintures de _Buffalmacco_, de _Cimabuë_ et de _Simon Memmi_. Il ne reste maintenant que deux ou trois sujets à fresque.
Sur un des autels est une Madone avec saint Ranieri et saint Torpè, pisans, peints par _Turino Vanni_.
Dans un jardin contigu au presbytère, on voit une ancienne chapelle de Sainte-Agathe, dont le sommet se termine en pyramide.
C'est dans cette église que l'on conserve le corps de sainte Anastasie, vierge et martyre, et la tête de sainte Agathe de Catanie.
Le maître-autel fut consacré par le bienheureux Eugène III, pape pisan, le 18 octobre 1149.
Derrière Saint-Paul est l'hospice des Orphelins, surnommé la _Qualconia_.
Il ne faut pas oublier de signaler que la partie des murs qui s'étend depuis Saint-Antoine jusqu'à Saint-Paul et au fort _Stampace_, situé à l'angle occidental, est célèbre à cause des combats mémorables qui eurent lieu en cet endroit entre les Pisans et les Florentins, au commencement du XVIe siècle. Ce fort, à moitié ruiné et impraticable, a des souterrains et des bastions.
XVI
Vu la brièveté de cet ouvrage, j'ai négligé de décrire bon nombre de rues peu importantes, cependant je parlerai encore de quelques-unes qui sont dans le centre de la ville, telles que: _Via del Borgo Largo_ qui continue _via del Borgo_ ou _Sotto Borgo_. De cette dernière voie, tournant à droite, on entre dans la rue Saint-François, le long de laquelle est située à gauche l'église de Sainte-Cécile (pl. 19, E 3), qui, dans la partie latérale, a deux anciens arcs de style moresque. La rue qui s'ouvre devant cette église en porte le nom. Un peu plus loin, à droite, on voit l'église de _S. Paolo all'Orto_ (pl. 30, E 3).
A la fin de Borgo Largo, il y a deux rues, dont l'une conduit sur la place Sainte-Catherine, l'autre est la rue de Sainte-Anne, derrière laquelle se trouvent la rue et l'église S. Apollonia (pl. 14, D 2). Dans la rue Sainte-Anne, est le Royal Conservatoire des Jeunes Demoiselles, réuni à l'église aussi de Sainte-Anne.
De retour au Lungarno Regio, nous remonterons la place Saint-Nicolas, qui est ornée, au milieu, par une belle statue du _Francavilla_, représentant le grand-duc Ferdinand 1er, dont l'attitude indique le désir de soulager la ville de Pise, que symbolise une femme qui nourrit deux enfants.
A quelques pas, sur la droite, le R. THÉATRE ERNEST ROSSI, autrefois _dei Ravvivati_, qui a été construit en 1770, et qui depuis peu a été restauré avec goût et élégance.
Au coin de la place, la façade sur Lungarno, est le _Palais Royal_, (pl. 49, C 4), érigé en 1550, sous la direction de l'architecte _Bandinelli_.
Contiguë au palais, la façade donnant rue Sainte-Marie, est l'église de S. Niccola, (pl. 11, C 4), à laquelle peut aller la famille Royale par des tribunes qui la réunissent au palais. Ce qui mérite le plus d'attention pour ce qui concerne cette église, c'est le célèbre clocher, un des plus beaux ouvrages de _Nicolas de Pise_, de forme octogone, divisé à l'extérieur en quatre étages.
Digne d'observation est aussi, dans l'intérieur, l'escalier établi avec un art extrême; il est soutenu par vingt-quatre colonnes de granit et de marbre. Le Vasari assure que cet escalier servit de modèle au Bramante, dans la construction de celui du belvédère à Rome, pour le pontife Jules II.