Une journée à Pise : guide historique, artistique et commercial

Chapter 1

Chapter 13,571 wordsPublic domain

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UNE JOURNÉE A PISE

GUIDE HISTORIQUE. ARTISTIQUE ET COMMERCIAL

PAR

EVE DESTANTINS ANTHONY

Prix: 1 fr. 50

EN VENTE CHEZ TOUS LES LIBRAIRES ET CHEZ L'AUTEUR _Sotto Borgo, 6, PISE_

Tous droits de traduction et de reproduction réservés

PRÉFACE

_Afin de satisfaire à la demande de plusieurs étrangers, j'ai entrepris d'écrire en italien et en français un petit guide de Pise, dont le contenu est fort abrégé. Je me réserve de publier, au besoin, une seconde édition plus étendue.

J'espère que ce modeste ouvrage sera bien accueilli des touristes et des Pisans.

Mon but a été d'attirer toujours plus les étrangers dans cette ville dont le séjour est très agréable et qui est non moins illustre par son histoire que par ses monuments.

Il faut espérer que cette ancienne et jolie cité conservera son prestige bien mérité. On vient de l'embellir de belles et spacieuses rues, d'élégantes et commodes habitations, ce qui nous fait supposer qu'elle aura, plus encore que par le passé, le bonheur de recevoir un grand nombre de bienveillants étrangers, attirés par la douceur de son climat, par la beauté et la commodité de sa position, et par l'affabilité et la politesse de ses habitants.

EVE DESTANTINS ANTHONY_.

HISTOIRE

D'après une respectable opinion (opinion très accréditée), Pise tire son origine d'une colonie grecque, qui y serait venue du Péloponèse bien avant l'ère vulgaire.

Pélops, fils de Tantale, roi de Phrygie, fut, dit-on, celui qui, arrivé en Italie sur le rivage de la Méditerranée, à l'embouchure de l'Arno, ayant trouvé dans le voisinage de la mer une plaine délicieuse arrosée par deux fleuves, l'Arno et le Serchio, y bâtit cette ville, qu'en mémoire de son ancienne patrie d'Elide, il appela _Pise_.

Virgile, le grand poète latin, nous apprend dans son _Enéide_, au liv. Xe, qu'un valeureux capitaine nommé Asila, vint au secours d'Enée à la tête de mille guerriers pisans; d'où il résulte que déjà dans ces temps reculés notre Pise était puissante.

Pour attester l'origine de Pise, je citerai ces vers de Virgile traduits en italien par Beverini:

Degli uomini e degli Dei terzo scorreva Asila................................. Mille lance da Pisa egli traeva In sembianze a vedersi orride e belle; Città, se fama il ver già non offusca, D'origin Greca e di tirreno Etrusca.

Elle dut par la suite devenir une ville étrusque, et, sous les Romains, elle fit partie de la _Tribu Galéria_. Sa fidélité aux aigles romaines lui valut le nom de _Colonie Julie obséquieuse_. Elle fut alors ornée de temples magnifiques, de superbes thermes, de cirques et de théâtres.

A la chute de l'empire Romain, elle devint, comme les autres villes d'Italie, la proie des barbares et fut assujettie aux Longobards.

Cette cité est célèbre pour son port muni de trois tours qui reçut le nom de _Triturrita_. Il y avait encore jadis une grande quantité de tours dans la ville et dans ses environs, qui ont presque toutes disparu.

La puissance de Pise et son commerce furent très considérables au Moyen-Age; les exploits militaires de ses habitants la rendirent célèbre et lui procurèrent des privilèges et de grands honneurs.

Les Pisans défirent les Sarrasins près de Rome, en 1003; à Reggio de Calabre, en 1006, à Carthage, en 1030, à Palerme, en 1063, et plusieurs fois en Sardaigne. Ils prirent part à la première croisade en 1099; et l'un d'eux, _Cucco de Ricucchi_, fut le premier à monter sur les remparts de Jérusalem vaincue, dont l'archevêque Daïbert, pisan, devint patriarche. Tandis que Cucco de Ricucchi, portant l'étendard surmonté d'une croix en métal avec le Christ, était attentif à la bataille, la hampe tourna dans sa main, et le Christ se trouva la face vers lui. Alors il s'écria: _Continuez, Chrétiens, la victoire est à nous!_ ce qui advint. De là l'usage des Pisans de porter le crucifix la face tournée vers le porteur.

Il est de tradition qu'en mémoire de ce miracle, le pontife Pascal II adopta depuis le même usage ainsi que les patriarches, les primats, les archevêques, les évêques et les prélats, qui ont pour privilège l'usage de la croix.

Les Pisans construisirent sur le mont Sion une forteresse qui porte encore le nom de _Tour des Pisans_.

En 1117, après une guerre longue et acharnée, les Pisans s'emparèrent des îles Baléares et firent prisonniers la femme et le fils du roi Nazaréodole.

La reine veuve de Nazaréodole et son fils Lambert se firent chrétiens. Une inscription, sur la façade du _Duomo_, indique qu'elle fut ensevelie dans cette ville.

Ces exploits et d'autres entreprises de la République de Pise, contre les barbares, accrurent sa puissance, sa richesse et sa renommée; mais les guerres fréquentes et surtout les luttes qu'elle eut à soutenir contre les Florentins, les Lucquois, les Génois et d'autres peuples voisins, troublèrent trop souvent sa tranquillité et sa prospérité.

En 1134, les Pisans combattirent contre le roi Roger de Naples. Deux ans après ils surprirent Amalfi, la pillèrent et emportèrent le célèbre Code Justinien, c'est-à-dire les Pandectes.

Partisans de l'empereur Frédéric, ils s'attirèrent la haine d'une grande partie de l'Italie; plus tard ayant embrassé le parti des Gibelins, ils reconnurent son successeur et d'autres empereurs allemands.

L'inimitié entre Pise, Gênes et Florence fut continuelle. La paix de temps à autre conclue entre les trois rivales fut toujours de courte durée.

La catastrophe de la _Méloria_, en 1284, abattit irréparablement la puissance de Pise. Un grand nombre de ses enfants tombèrent en combattant auprès de ce fatal écueil, et empourprèrent de leur sang les eaux de la mer; un grand nombre d'autres allèrent remplir les prisons de Gênes. Alors le soupçon de la trahison suffit pour soulever les Pisans contre le Comte Ugolin de la Gherardesca. Celui-ci expia ses complots dans la _Tour_,--à jamais mémorable,--_de la Faim_.

Gouvernée alternativement par les Gherardesca, par Dell'Agnello et par les Gambacorti, Pise subit bien des vicissitudes. Le 14 octobre 1406, cette illustre ville, affaiblie par ses discordes intestines et lâchement trahie par ses chefs, tomba au pouvoir des Florentins conduits par le fameux _Gino Capponi_.

Quatre-vingt-huit ans après, les Pisans, fatigués d'un lourd esclavage, se soulevèrent pour secouer le joug de leurs voisins, et les femmes autant que les hommes firent des prodiges de valeur pour reconquérir l'indépendance de la patrie; mais ce fut en vain, car, abandonnés par le roi de France et à bout de ressources, ils durent se plier aux conditions des Florentins et subir de nouveau leur domination, au mois de juin de l'année 1509.

Sous les grands-ducs de Médicis, Pise se releva de son abaissement. Sa célèbre Université brilla d'une nouvelle splendeur en 1543, et, en 1561, l'Ordre des Chevaliers de Saint-Etienne y établit son siège principal. En 1571, elle eut encore la gloire d'avoir ses galères à la fameuse bataille de Lépante, où les susdits Chevaliers de l'Ordre de Saint-Etienne remportèrent une éclatante victoire sur Sélim II, près des îles Curzolari. Ferdinand Ier l'enrichit, l'embellit d'importants édifices, et lui procura le bienfait d'eaux salubres amenées par de longs aqueducs qui d'Asciano viennent jusqu'à Pise. Cette ville a reçu un grand nombre de bienfaits de la dynastie de Lorraine, et sous le gouvernement actuel elle n'a pas été moins favorisée parmi les villes du royaume, ce qui lui a permis de réaliser de grands progrès. Elle se promet, avec raison, d'obtenir de nouveaux et importants avantages, grâce à la vigilance de son syndic, M. le Com. Thomas Simonelli, et au zèle de son Député, M. le Prof. Ulisse Dini, lequel est toujours guidé par l'amour de sa patrie. Son préfet actuel, M. le baron François Brescia-Morra, bien que n'étant pas de la région, ne montre pas moins d'empressement à faire régner l'ordre et à donner une bonne direction à toutes choses. En 1859, son Université a recouvré la Faculté de Jurisprudence qui avait été transférée à Sienne. Elle a été embellie de nouveaux quartiers, de nouveaux édifices et de nouveaux Instituts pour la jeunesse.

De plus, elle a eu l'avantage d'avoir été choisie pour point central du réseau de la voie ferrée, ce qui contribue beaucoup à l'affluence des étrangers.

UNE JOURNÉE A PISE

I

Pise, chef-lieu de province qui comprend l'arrondissement de Volterra, est une ville très ancienne. Son histoire, comme nous l'avons déjà dit, se perd dans les ténèbres d'une époque fort reculée. Elle est située dans une plaine très fertile, à environ 10 kil. de la mer, et s'étend aux pieds des monts Pisans.

Son climat, doux et tempéré, attire chaque année une grande quantité d'étrangers qui, atteints principalement de maladies de poitrine, y trouvent un prompt soulagement. Pise mérite d'être visitée pour ses monuments qui, bien que peu nombreux, sont cependant dignes d'admiration par leur beauté et leur antiquité.--Sa population est de 26,514 habitants en ville, dans ses dépendances, elle en a 27,040, en tout 53,554, comme il résulte du dernier recensement qui a eu lieu le Ier janvier 1882.

L'eau, qui vient des monts d'Asciano, et qui est amenée en ville par le moyen d'un aqueduc de la longueur de 7 kil., est très légère.

La ville est entourée de murailles en forme de quadrilatère. Six portes y donnent accès: celle de la _Barrière Victor-Emmanuel_, la plus rapprochée de la gare; celle de _Saint-Marc, ou Porte Florentine_, conduisant à Florence, en traversant la plaine Pisane; celle de _Porta a Mare_, ancien chemin conduisant à Livourne, passant par Saint-Pierre à Grado; la _Porta Nuova_ conduisant à Viareggio, Spezia, Gênes, etc.; la _Porte de Lucques_ qui conduit à la ville de ce nom; et la _Porte aux Plages_, sur les bords de l'Arno. De ce côté on va à _Calci_, où est située la Chartreuse dont nous parlerons plus tard. La même voie conduit aussi aux délicieux villages de Buti, Vico Pisano, Lugnano, S. Giovanni alla Vena, Cucigliano, Uliveto, lieux renommés pour leurs huiles exquises. Hors de ces portes se trouvent d'agréables promenades dont les principales sont: celle de la _Porte aux Plages_, sur les bords de l'Arno, ombragée d'arbres et ornée de gracieux bosquets; celle de la _Porta à Lucca_, bordée de platanes jusqu'aux Bains de Saint-Julien, lieu agréable dont nous parlerons également; et celle de la _Porte Neuve_, par laquelle on va aux _Cascine S. Rossore_, ancienne métairie ducale, aujourd'hui château de chasse du roi, et de là à la mer.

Pise est divisée par le fleuve Arno en deux parties qui communiquent par le moyen de trois ponts: le _Ponte di Mezzo_, le _Pont aux Plages_, ou _alla Fortezza_, et le _Pont Solferino_, appelé aussi _Pont Neuf_. Il y a encore, hors de la _Porta a Mare_, deux autres ponts: le pont de circonvallation, utile au commerce pour transporter les marchandises sans rentrer en ville; et le pont de fer sur lequel passent les trains du chemin de fer. Les quais de l'Arno forment la promenade la plus belle et la plus animée de la ville et offrent un coup d'oeil enchanteur. Ils portent les noms de _Lungarno Galileo_, _Gambacorti_, _Regio_ et _Mediceo_. On compte à Pise quatre théâtres: deux diurnes placés hors des portes et deux nocturnes en ville, savoir: Teatro Nuovo, rue Palestro (pl. 52, C. 1); R. Teatro E. Rossi, place S. Niccola (pl. 53, C. 4); Politeama, hors de Porta a Piagge (pl. 54, D 23); Arena Federighi ou Garibaldi, hors la Porta a Lucca (pl. 55, A 6).

II

La première pensée du touriste qui visite Pise est de voir ses monuments et tout d'abord ceux qui sont réunis sur la place de la Cathédrale. Pour y aller, le voyageur, après avoir passé la _Barrière Victor-Emmanuel_, pourra prendre à son gré la rue _Fibonacci_, chemin plus court, ou la rue _Victor-Emmanuel_ qui, traversant le centre de la ville, est plus agréable. Par cette dernière, ayant passé devant la petite église de _S. Domenico_ (pl. 44, D 7), il pourra s'arrêter afin de visiter l'église du Carmine (Carme) (pl. 9, D 6), à côté de laquelle se trouve l'_Hospice de Mendicité_; puis, en continuant son chemin, ayant passé les _Logge de Banchi_, construites en 1605, par Buontalenti, pour Ferdinand Ier, transformées aujourd'hui en halle au blé, il arrivera au _Ponte di Mezzo_ (Pont du Milieu), ayant à droite le palais de la Préfecture et à gauche l'ancien palais Gambacorti, actuellement la Commune.

Arrivé au milieu du pont, l'étranger sera émerveillé du magnifique aspect que présentent les deux quais de l'Arno.

Ce pont est mémorable à cause du combat simulé dit le _Jeu du Pont_, dans lequel deux factions de citoyens se disputaient le prix.

Une autre curiosité de Pise revient à notre esprit en ce lieu: c'est la fameuse _Luminara_ (illumination) qu'on avait l'habitude de faire tous les trois ans pour la fête de S. Ranieri (Regnier), patron de la ville. De là, mieux qu'en tout autre endroit, l'on jouissait dans toute sa splendeur du spectacle féerique des _lungarni_ illuminés par des dessins représentant d'anciens édifices qui apparaissaient tracés en bandes de feu sur le sombre champ de la nuit.

Il est à regretter que, depuis quelques années, cette fête qui appelait tant d'étrangers de toutes les parties du monde semble tombée dans l'oubli.

Au delà du pont, on rencontre la _Place du Pont_ où stationnent les voitures publiques, puis on rentre dans le _Sotto Borgo_ ou _via del Borgo_, rue bordée de portiques. Presque au commencement on voit une église dont la sombre façade présente le caractère d'une grande antiquité; c'est l'église de _Saint-Michel_, (pl. 29, E 4) à laquelle était annexée une illustre _Abbaye des Camaldules_. Cette église a une crypte appréciée par les archéologues qui y voient un hypogée romain. Un peu plus loin vis-à-vis est le marché aux herbes.

A l'extrémité des portiques, prenant à gauche, vous trouverez la rue du _Mont de Piété_, et vous observerez dans un point, toujours à gauche, de chaque côté du magasin de l'orfèvre Bargellini, deux élégants chapiteaux surmontant des colonnes presque ensevelies qui appartenaient à l'ancienne église de Saint-Félix.

Par cette rue on va à la place des Chevaliers.

III

PIAZZA DEI CAVALIERI

Cette place tire son nom du palais et de l'église des Chevaliers de l'Ordre militaire de Saint-Etienne, à présent supprimé, et qui avait son siège principal à Pise. Autrefois c'était la place des Anciens, c'est-à-dire des Anciens de la République, qui y avaient leur palais devenu par la suite l'Ecole militaire des Chevaliers ou la _Carovana_, aujourd'hui _Ecole Normale Supérieure_. Au-dessus de la façade de ce palais se trouvent les bustes de six grands maîtres. La statue qui est devant représente Cosme Ier, fondateur de l'Ordre de Saint-Etienne. La statue, ainsi que la fontaine qui est à sa base, sont l'oeuvre de _Francavilla_.

L'église de Saint-Etienne, dite des _Cavalieri_ (Chevaliers) (pl. 18, D 3), s'élève avec sa belle façade de marbre sur une spacieuse place. On voit sur l'architrave de la porte une croix en agate qui porte cette inscription: _In hoc signo vinces_ (avec ce signe tu vaincras).

Elle n'a qu'une nef et un seul autel en porphyre.

Sur cet autel est la statue du saint titulaire, sous laquelle se trouve un riche siége en bronze renfermant une partie d'un autre siége qui a appartenu au saint et plus bas, dans un reliquaire, se trouvent ses os. Les trophées suspendus aux parois, enlevés aux Turcs, rappellent les exploits des Chevaliers de l'ordre. Le riche plafond de l'église des Cavalieri mérite d'être observé. On y admire les précieuses peintures qui représentent la prise d'habit de Cosme Ier, par _Ludovic Cardi_, dit le Cigoli; le retour de la bataille de Lépante, de _Jacopo Ligozzi_; l'embarquement à Livourne de Marie de Médicis, par _Christophe Allori_; la conquête de 4 navires turcs, de _Jacopo d'Empoli_; la prise de la Prevesa, ou bataille de Nicopolis, de _Ligozzi_; et enfin la prise de Bone, du même _Jacopo d'Empoli_. Dans les chapelles latérales on voit la lapidation de saint Etienne, du _Vasari_; la multiplication des pains, par _Ludovic de Buti_; la Nativité de J.-C., par Alexandre Allori, dit le _Bronzino_.

Cette église possède deux orgues, dont l'un à gauche est excellent. Il faut l'entendre pour Noël, à la messe de minuit, quand il est touché par l'habile organiste Henri Barsanti.

La place des Cavalieri est renommée à cause de la fameuse _Tour de la Muda_, dite aussi de la _Faim_, dans laquelle on fit mourir de faim le malheureux comte Ugolin de la Gherardesca avec ses enfants et ses neveux, comme le décrit le Dante dans le 33e chant de son Enfer. Elle était située sur l'aile droite du palais appelé aujourd'hui Finocchietti, lequel présente dans sa façade seulement quelques restes des belles fresques du _Paladini_ et du _Maruscelli_.

A côté du petit oratoire de Saint-Roch, est le _Collège Puteano_, fondé par l'archevêque C. Ant. del Pozzo, pour 8 jeunes Piémontais qui y sont entretenus pendant leurs études universitaires. A l'angle, est situé le _palais du Conseil Provincial_. Entre l'ancien palais, qui était jadis le siège du _Conseil des Chevaliers_, et la _Maison Canoniale_, s'ouvre la rue _S. Frediano_, par laquelle on va à l'_Académie des Beaux-Arts_, (no. 972), (pl. I, D 3) fondée en 1812 par Napoléon Ier, où se trouvent une galerie de tableaux antiques et des livres ecclésiastiques d'un grand prix en parchemin enluminé. En continuant de suivre ce chemin, on passe devant l'ancienne église de S. Frediano (pl. 23, D 3), et l'on arrive, non loin du Lungarno, à la R. Université, (pl. 50, CD 4), qui est une des plus anciennes d'Italie et qui contient la Bibliothèque publique. Cette Université, fondée par _Bonifacio della Gherardesca_ en 1340, et en 1542 réorganisée par Cosme Ier, se compose de 4 facultés avec plus de 70 chaires. Faculté de Jurisprudence, Faculté de Philosophie et Lettres, Faculté de Médecine et Chirurgie, Faculté de Sciences physiques, Mathématiques et Sciences naturelles. Elle est et a été illustrée par les savants les plus éclairés, qui, en diverses époques, y instruisirent la jeunesse; l'un des plus renommés est Galilée, dont la statue, placée d'abord dans la cour, en 1839, à l'occasion de la première assemblée des _Savants Italiens_, a été ensuite transportée dans l'Aula Magna (grande salle). La Bibliothèque (pl. 58, CD 4), qui fut ouverte au public en 1742, possède plus de cent mille volumes. Elle s'est formée en grande partie par la générosité des citoyens qui l'ont peu à peu augmentée. Je citerai parmi les dons les plus récents In partie nommée la Bibliothèque Carrara composée de 4.000 volumes de Jurisprudence sur le Droit civil et criminel, donnés en 1880 par M. Carrara, professeur de Droit criminel et l'une des célébrités de notre époque.

La famille du professeur Ferrucci, notre regretté Bibliothécaire que nous venons de perdre, a fait cadeau récemment d'environ 6.000 volumes sur l'Histoire, l'Archéologie et la Littérature.

La bibliothèque Carrara est ouverte au public le lundi, le mercredi et le vendredi.

A côté de l'église de Saint-Frediano, se trouve la résidence de l'Archiconfraternité de la Miséricorde, institution dont le but est de porter des secours en cas d'accidents, de transporter les malades à l'hôpital, et souvent d'accompagner les morts au cimetière.

Revenant à la place des Cavalieri, on s'achemine vers le Duomo (la cathédrale), en passant à côté de Saint-Sixte (pl. 36, C 3), église élevée par les Pisans en mémoire de plusieurs victoires remportées sur leurs ennemis le jour de la fête du dit saint (6 août).

Le presbytère de Saint-Sixte renferme le tombeau d'un Bonaparte, qui était professeur de médecine à Pise en 1744.

Puis, par Sainte-Euphrasie, on arrive sur la place du _Stellino_, et l'on peut, en prenant à droite, aller directement à la cathédrale, ou, si l'on préfère, par le côté opposé, au _Musée d'Histoire naturelle_ et au _Jardin Botanique_ (pl. 37, C 3), situés dans la belle rue Sainte-Marie.

Ce musée, un des plus anciens d'Italie, fut fondé en 1544; en 1563 il fut réorganisé par Incèlebre Cesalpino. Le jardin a été créé, en 1595, par Joseph Benincasa.

En allant par la rue Sainte-Marie, vers le N., on trouve à droite l'ancien collège Ferdinand, fondé par Ferdinand I'er, l'an 1595, en faveur de quelques jeunes gens. Près de là est l'_Hospice des Enfants trouvés_ (pl. 56, C 2).

IV

IL DUOMO

Nous voici sur la place de la Cathédrale, où se présentent à nos yeux les ravissants et gigantesques monuments de la _Cathédrale_, de la _Tour penchée_ et du _Baptistère_.

La cathédrale (pl. 22, B 1), construite en marbre, commença à être édifiée en 1063 sur l'emplacement de l'ancienne église de Sainte-Reparate. Une inscription fixée à la façade dit que les Pisans, avec les trésors enlevés aux barbares dans la conquête de Palerme, entreprirent ce superbe ouvrage sous la direction de l'architecte _Buschetto_. Son sépulcre est là, près du tombeau de la reine des îles Baléares, îles dont, par une éclatante victoire, les Pisans se rendirent maîtres en 1117.

FAÇADE DE LA CATHÉDRALE

Les trois merveilleuses portes en bronze (du côté de la façade), avec des bas-reliefs exprimant les principaux faits de la Vie de Notre-Seigneur et de la Vierge, furent exécutées, en 1602, par le _P. Dow. Partigiani_, dominicain, et par _Ange Serrano_, sur les dessins de _Jean de Bologne_, du _Turini_, du _Mochi_, de _Jean dell'Opera_ et de _Gaspard Mora_.

La façade, tournée au couchant, est ornée de 58 colonnes et d'arcades, qui forment 4 galeries de colonnettes superposées diminuant graduellement.

Au-dessus de ces galeries sont placées cinq statues, la plus élevée desquelles représente la Vierge. Elles sont du temps de _Niccola Pisano_.

La basilique, de la longueur de près de 100 mètres et de plus de 32 de largeur a la forme d'une croix latine; elle a cinq nefs et est ornée de belles galeries et d'un riche plafond à caissons dorés. Un transept à 3 nefs la traverse. Dans la nef du milieu, on admire l'abside avec une grande mosaïque sur fond d'or représentant le Sauveur entre la Vierge et saint Jean-Baptiste, par _Cimabuë_, et au-dessus s'élève la magnifique voûte, dite du _Ghirlandajo_, parce qu'elle est décorée d'anges peints par cet artiste.

La coupole, de forme elliptique, fut peinte à l'huile par _Horace Riminaldi de Pise_. A un des grands piliers qui la soutiennent, le dernier à droite, est suspendu le précieux tableau de sainte Agnès d'_Andréa del Sarto_, et, en face, une Madone de _Pierino del Vaga_. Au milieu de la voûte est suspendu un lampadaire ancien, orné de petits enfants en bronze, de _Vincent Possenti_ (1583). La tradition veut qu'en observant ses oscillations, le grand Galilée Galilei découvrit les lois du pendule.