Une histoire de l'eBook

Chapter 10

Chapter 103,534 wordsPublic domain

Le format PDF (portable document format) est lancé en juin 1993 par la société Adobe, en même temps que l'Acrobat Reader (gratuit), premier logiciel de lecture du marché, téléchargeable gratuitement pour lecture des fichiers au format PDF. Le but de ce format est de figer les documents numériques dans une présentation donnée, pour conserver la présentation originale du document source, quelle que soit la plateforme utilisée pour le créer et pour le lire. Le format PDF devient au fil des ans un standard international de diffusion des documents. Tout document peut être converti au format PDF à l’aide du logiciel Adobe Acrobat (payant).

Dix ans plus tard, 10% des documents disponibles sur l'internet sont au format PDF. Des millions de fichiers PDF sont présents sur le web pour lecture ou téléchargement, ou bien transitent par courriel. L’Acrobat Reader pour ordinateur est progressivement disponible dans plusieurs langues et pour diverses plateformes (Windows, Mac, Linux).

Adobe annonce en août 2000 l’acquisition de la société Glassbook, spécialisée dans les logiciels de distribution de livres numériques à l'intention des éditeurs, libraires, diffuseurs et bibliothèques. Adobe passe aussi un partenariat avec Amazon.com et Barnes & Noble.com afin de proposer des titres lisibles sur l’Acrobat Reader et le Glassbook Reader.

En janvier 2001, Adobe lance deux nouveaux logiciels.

Le premier logiciel, gratuit, est l’Acrobat eBook Reader. Il permet de lire les fichiers PDF de livres numériques sous droits, avec gestion des droits par l’Adobe Content Server. Il permet aussi d’ajouter des notes et des signets, de choisir l’orientation de lecture des livres (paysage ou portrait), ou encore de visualiser leur couverture dans une bibliothèque personnelle. Il utilise la technique d’affichage CoolType et comporte un dictionnaire intégré.

Le deuxième logiciel, payant, est l’Adobe Content Server, destiné aux éditeurs et distributeurs. Il s’agit d’un logiciel serveur de contenu assurant le conditionnement, la protection, la distribution et la vente sécurisée de livres numériques au format PDF. Ce système de gestion des droits numériques (DRM: digital rights management) permet de contrôler l’accès aux livres numériques sous droits, et donc de gérer les droits d’un livre selon les consignes données par le gestionnaire des droits, par exemple en autorisant ou non l’impression ou le prêt.

En avril 2001, Adobe conclut un partenariat avec Amazon, qui met en vente 2.000 livres numériques lisibles sur l’Acrobat eBook Reader: titres de grands éditeurs, guides de voyages, livres pour enfants, etc.

L'Acrobat Reader s'enrichit d'une version PDA, pour le Palm Pilot (en mai 2001) puis pour le Pocket PC (en décembre 2001).

En dix ans, entre 1993 et 2003, l’Acrobat Reader aurait été téléchargé 500 millions de fois. Ce logiciel gratuit est désormais disponible dans de nombreuses langues et pour de nombreuses plateformes (Windows, Mac, Linux, Palm OS, Pocket PC, Symbian OS, etc.).

En mai 2003, l’Acrobat Reader (5e version) fusionne avec l’Acrobat eBook Reader (2e version) pour devenir l’Adobe Reader (débutant à la version 6), qui permet de lire aussi bien les fichiers PDF standard que les fichiers PDF sécurisés comme ceux des livres numériques sous droits.

Fin 2003, Adobe ouvre sa librairie en ligne, Digital Media Store, avec les titres au format PDF de grands éditeurs - HarperCollins Publishers, Random House, Simon & Schuster, etc. - ainsi que les versions électroniques de journaux et magazines comme le New York Times, Popular Science, etc. Adobe lance aussi Adobe eBooks Central, un service permettant de lire, publier, vendre et prêter des livres numériques, et l’Adobe eBook Library, qui se veut un prototype de bibliothèque de livres numériques.

En novembre 2004, l’Adobe Content Server est remplacé par l’Adobe LiveCycle Policy Server.

Les versions récentes d’Adobe Acrobat permettent de créer des PDF compatibles avec les formats OeB (open ebook) puis ePub (format ayant succédé au format OeB), devenus eux aussi des standards du livre numérique.

= Open eBook et ePub

Les années 1998 et 1999 sont marquées par la prolifération des formats, chacun lançant son propre format de livre numérique dans le cadre d’un marché naissant promis à une expansion rapide.

Aux formats classiques - formats TXT (texte), DOC (Microsoft Word), HTML (hypertext markup language), XML (extensible markup language) et PDF (portable document format) - s’ajoutent des formats propriétaires créés par plusieurs sociétés pour lecture sur leurs propres logiciels - Glassbook Reader, Peanut Reader, Rocket eBook Reader (pour lecture sur le Rocket eBook), Franklin Reader (pour lecture sur le eBookMan), logiciel de lecture Cytale (pour lecture sur le Cybook), Gemstar eBook Reader (pour lecture sur le Gemstar eBook), Palm Reader (pour lecture sur le Palm Pilot), etc. -, ces logiciels correspondant le plus souvent à un appareil donné et ne pouvant être utilisés sur d'autres appareils.

Inquiets pour l’avenir du livre numérique qui, à peine né, propose presque autant de formats que de titres, certains insistent sur l’intérêt - sinon la nécessité - d’un format unique. A l’instigation du NIST (National Institute of Standards & Technology) aux Etats-Unis, l’Open eBook Initiative voit le jour en juin 1998 et constitue un groupe de travail de 25 personnes sous le nom d'Open eBook Authoring Group. Ce groupe élabore l’OeB (open ebook), un format de livre numérique basé sur le langage XML et destiné à normaliser le contenu, la structure et la présentation des livres numériques.

Le format OeB est défini par l’OeBPS (open ebook publication structure), dont la version 1.0 est disponible en septembre 1999. Téléchargeable gratuitement, l’OeBPS dispose d'une version ouverte et gratuite appartenant au domaine public. La version originale est destinée aux professionnels de la publication puisqu'elle doit être associée à une technologie normalisée de gestion des droits numériques, et donc à un système de DRM (digital rights management) permettant de contrôler l’accès des livres numériques sous droits.

Fondé en janvier 2000 pour prendre la suite de l’Open eBook Initiative, l’OeBF (Open eBook Forum) est un consortium industriel international regroupant constructeurs, concepteurs de logiciels, éditeurs, libraires et spécialistes du numérique (85 participants en 2002) dans l'optique de développer le format OeB et l’OeBPS. Le format OeB devient un standard qui sert lui-même de base à de nombreux formats, par exemple le format LIT (pour le Microsoft Reader) ou le format PRC (pour le Mobipocket Reader).

En avril 2005, l’Open eBook Forum devient l’International Digital Publishing Forum (IDPF), et le format OeB laisse la place au format ePub.

= Microsoft Reader

Lancé en avril 2000, le Microsoft Reader est un logiciel permettant la lecture de livres numériques au format LIT (abrégé du terme anglais «literature»), lui-même basé sur le format OeB. Le Microsoft Reader équipe d'abord le Pocket PC, l’assistant personnel lancé à la même date par Microsoft. Quatre mois plus tard, en août 2000, le Microsoft Reader est utilisable sur toute plateforme Windows, et donc aussi bien sur ordinateur que sur assistant personnel. Ses caractéristiques sont un affichage utilisant la technologie ClearType, le choix de la taille des caractères, la mémorisation des mots-clés pour des recherches ultérieures, et l’accès d’un clic au Merriam-Webster Dictionary.

Ce logiciel étant téléchargeable gratuitement, Microsoft facture les éditeurs et distributeurs pour l’utilisation de sa technologie de gestion des droits numériques (DRM), et touche une commission sur la vente de chaque titre. La gestion des droits numériques s’effectue au moyen du Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server). Microsoft passe aussi des partenariats avec les grandes librairies en ligne - Barnes & Noble.com en janvier 2000 puis Amazon.com en août 2000 – pour la vente de livres numériques lisibles sur le Microsoft Reader. Barnes & Noble.com ouvre son secteur eBooks en août 2000, suivi par Amazon.com en novembre 2000.

En novembre 2002, le Microsoft Reader est disponible pour tablette PC, dès la commercialisation de cette nouvelle machine par 14 fabricants.

= Mobipocket Reader

Face à Adobe avec son format PDF (lisible sur l'Acrobat Reader) et Microsoft avec son format LIT (lisible sur le Microsoft Reader), un nouvel acteur s’impose rapidement sur le marché, sur un créneau bien spécifique, celui des appareils mobiles. Fondé à Paris en mars 2000 par Thierry Brethes et Nathalie Ting, Mobipocket se spécialise d’emblée dans la lecture et la distribution sécurisée de livres pour assistant personnel. La société est financée en partie par Viventures, branche de la multinationale française Vivendi.

Mobipocket conçoit le Mobipocket Reader, logiciel de lecture permettant la lecture de fichiers au format PRC. Gratuit et disponible en plusieurs langues (français, anglais, allemand, espagnol, italien), ce logiciel est «universel», c’est-à-dire utilisable sur tout assistant personnel. En octobre 2001, le Mobipocket Reader reçoit l’eBook Technology Award de la Foire internationale du livre à Francfort. A la même date, Franklin passe un partenariat avec Mobipocket pour l’installation du Mobipocket Reader sur l’eBookMan, l’assistant personnel multimédia de Franklin, au lieu du partenariat prévu à l’origine entre Franklin et Microsoft pour l’installation du Microsoft Reader.

Si le Mobipocket Reader est gratuit, d’autres logiciels Mobipocket sont payants. Le Mobipocket Web Companion est un logiciel d’extraction automatique de contenu pour les sites de presse partenaires de la société. Le Mobipocket Publisher permet aux particuliers (version privée gratuite ou version standard payante) et aux éditeurs (version professionnelle payante) de créer des livres numériques sécurisés utilisant la technologie Mobipocket DRM, afin de contrôler l’accès aux livres numériques sous droits. Dans un souci d’ouverture aux autres formats, le Mobipocket Publisher permet aussi de créer des livres numériques au format LIT, lu par le Microsoft Reader.

Déjà utilisable sur n’importe quel PDA, le Mobipocket Reader peut être utilisé sur tout ordinateur et pour toute plateforme en avril 2002, avec le lancement de nouvelles versions pour ordinateur personnel.

Au printemps 2003, le Mobipocket Reader équipe tous les PDA du marché, à savoir les gammes Palm Pilot, Pocket PC, eBookMan et Psion, auxquels s'ajoutent les smartphones de Nokia et de Sony Ericsson. A la même date, le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader se chiffre à 6.000 titres dans plusieurs langues (français, anglais, allemand et espagnol), distribués soit sur le site de Mobipocket soit dans les librairies partenaires.

Mobipocket est racheté par Amazon.com en avril 2005. Ce rachat permet à Amazon de beaucoup étoffer son catalogue d'ebooks, en prévision du lancement de sa tablette de lecture Kindle en novembre 2007. Le site de Mobipocket propose 70.000 ebooks en 2008.

= Numilog

Numilog ouvre ses portes «virtuelles» en octobre 2000 pour devenir en quelques années la plus grande librairie numérique francophone du réseau.

En février 2001, Denis Zwirn, président de Numilog, relate: «Dès 1995, j’avais imaginé et dessiné des modèles de lecteurs électroniques permettant d’emporter sa bibliothèque avec soi et pesant comme un livre de poche. Début 1999, j’ai repris ce projet avec un ami spécialiste de la création de sites internet, en réalisant la formidable synergie possible entre des appareils de lecture électronique mobiles et le développement d’internet, qui permet d’acheminer les livres dématérialisés en quelques minutes dans tous les coins du monde. (...) Nous avons créé une base de livres accessible par un moteur de recherche. Chaque livre fait l’objet d’une fiche avec un résumé et un extrait. En quelques clics, il peut être acheté en ligne par carte bancaire, puis reçu par email ou téléchargement.»

Le site offre ensuite «des fonctionnalités nouvelles, comme l’intégration d’une "authentique vente au chapitre" (les chapitres vendus isolément sont traités comme des éléments inclus dans la fiche- livre, et non comme d’autres livres) et la gestion très ergonomique des formats de lecture multiples».

Fondée en avril 2000 (six mois avant l'ouverture de la librairie), la société Numilog a en fait une triple activité: librairie en ligne, studio de fabrication et diffuseur. «Numilog est d’abord une librairie en ligne de livres numériques, explique Denis en 2001. Notre site internet est dédié à la vente en ligne de ces livres, qui sont envoyés par courrier électronique ou téléchargés après paiement par carte bancaire. Il permet aussi de vendre des livres par chapitres. Numilog est également un studio de fabrication de livres numériques: aujourd’hui, les livres numériques n’existent pas chez les éditeurs, il faut donc d’abord les fabriquer avant de pouvoir les vendre, dans le cadre de contrats négociés avec les éditeurs détenteurs des droits. Ce qui signifie les convertir à des formats convenant aux différents "readers" du marché. (...) Enfin Numilog devient aussi progressivement un diffuseur. Car, sur internet, il est important d’être présent en de très nombreux points du réseau pour faire connaître son offre. Pour les livres en particulier, il faut les proposer aux différents sites thématiques ou de communautés, dont les centres d’intérêt correspondent à leur sujet (sites de fans d’histoire, de management, de science- fiction...). Numilog facilitera ainsi la mise en oeuvre de multiples "boutiques de livres numériques" thématiques.»

Répartis à l’origine en trois grandes catégories - savoir, guides pratiques et littérature - les livres sont disponibles en plusieurs formats: format PDF pour lecture sur l’Acrobat Reader (devenu l’Adobe Reader en mai 2003), format LIT pour lecture sur le Microsoft Reader et format PRC pour lecture sur le Mobipocket Reader.

En septembre 2003, le catalogue comprend 3.500 titres (livres et périodiques) en français et en anglais, grâce à un partenariat avec une quarantaine d’éditeurs, le but à long terme étant de «permettre à un public d’internautes de plus en plus large d’avoir progressivement accès à des bases de livres numériques aussi importantes que celles des livres papier, mais avec plus de modularité, de richesse d’utilisation et à moindre prix».

Au fil des ans, Numilog devient la principale librairie francophone de livres numériques, suite à des accords avec de nombreux éditeurs: Gallimard, Albin Michel, Eyrolles, Hermès Science, Pearson Education France, etc. Numilog propose aussi des livres audionumériques lisibles sur synthèse vocale. Une librairie anglophone est lancée suite à des accords de diffusion conclus avec plusieurs éditeurs anglo-saxons: Springer-Kluwer, Oxford University Press, Taylor & Francis, Kogan Page, etc. Les différents formats proposés permettent la lecture des livres sur tout appareil électronique: ordinateur, assistant personnel, téléphone portable, smartphone et tablette de lecture.

La société est également prestataire de services pour les technologies DRM (digital rights management), à savoir les systèmes de gestion des droits numériques permettant de contrôler l’accès aux livres numériques sous droits, et donc de gérer les droits d’un livre selon les consignes données par le gestionnaire des droits, par exemple en autorisant ou non l’impression ou le prêt.

En 2004, Numilog met sur pied un système de bibliothèque en ligne pour le prêt de livres numériques. Ce système est surtout destiné aux bibliothèques, aux administrations et aux entreprises.

En janvier 2006, Numilog s'associe avec la ville de Boulogne- Billancourt (en région parisienne) pour lancer la version expérimentale de la Bibliothèque numérique pour le handicap (BnH).

En décembre 2006, le catalogue de Numilog comprend 35.000 livres grâce à un partenariat avec 60 éditeurs francophones et des éditeurs anglophones.

En janvier 2009, Numilog, devenue filiale du groupe Hachette Livre (en mai 2008), est un distributeur-diffuseur numérique représentant 100 éditeurs francophones et anglophones, avec un catalogue de 50.000 livres numériques distribués auprès des particuliers et des bibliothèques. Numilog propose également aux librairies un service de vente de livres numériques sur leur propre site.

2004: DES AUTEURS SONT CREATIFS SUR LE NET

= [Résumé]

En 2004, nombre d’auteurs s’accordent à reconnaître les bienfaits de l'internet, que ce soit pour la recherche d’information, la diffusion de leurs oeuvres, les échanges avec les lecteurs ou la collaboration avec d’autres créateurs. Des écrivains férus de nouvelles technologies font un travail de défricheur en explorant les possibilités offertes par l’hyperlien. Les technologies numériques donnent naissance à plusieurs genres: roman multimédia, roman hypertexte, roman hypermédia, site d’écriture hypermédia, mail-roman, etc. Une véritable littérature numérique - appelée aussi littérature électronique ou cyber-littérature - bouscule désormais la littérature traditionnelle en lui apportant un souffle nouveau, tout en s’intégrant à d’autres formes artistiques puisque le support numérique favorise la fusion de l’écrit avec l’image et le son.

= Poésie

Poète et plasticienne, Silvaine Arabo vit en France, dans la région Poitou-Charentes. En mai 1997, elle crée l’un des premiers sites francophones consacrés à la poésie, "Poésie d’hier et d’aujourd’hui", sur lequel elle propose de nombreux poèmes, y compris les siens.

En juin 1998, elle raconte: «Je suis poète, peintre et professeur de lettres (13 recueils de poèmes publiés, ainsi que deux recueils d’aphorismes et un essai sur le thème "poésie et transcendance"; quant à la peinture, j’ai exposé mes toiles à Paris - deux fois - et en province). (...) Pour ce qui est d’internet, je suis autodidacte (je n’ai reçu aucune formation informatique quelle qu’elle soit). J’ai eu l’idée de construire un site littéraire centré sur la poésie: internet me semble un moyen privilégié pour faire circuler des idées, pour communiquer ses passions aussi. Je me suis donc mise au travail, très empiriquement, et ai finalement abouti à ce site sur lequel j’essaye de mettre en valeur des poètes contemporains de talent, sans oublier la nécessaire prise de recul (rubrique "Réflexions sur la poésie") sur l’objet considéré. (...)

Par ailleurs, internet m’a mis en contact avec d’autres poètes, dont certains fort intéressants. Cela rompt le cercle de la solitude et permet d’échanger des idées. On se lance des défis aussi. Internet peut donc pousser à la créativité et relancer les motivations des poètes puisqu’ils savent qu’ils seront lus et pourront même, dans le meilleur des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects positifs à la promotion de la poésie par internet, tant pour le lecteur que pour le créateur.»

Très vite, Poésie d’hier et d’aujourd’hui prend la forme d’une cyber- revue. Quatre ans plus tard, en mars 2001, Silvaine Arabo crée une deuxième revue, "Saraswati: revue de poésie, d’art et de réflexion", cette fois sur papier. Les deux revues «se complètent et sont vraiment à placer en regard l’une de l’autre».

= Fables

Fondé en 1992 par Nicolas et Suzanne Pewny, alors libraires en Haute- Savoie, Le Choucas est une petite maison d’édition spécialisée dans les romans policiers, la littérature, la photographie et les livres d’art. Bien qu’étant d’abord un éditeur à vocation commerciale, Nicolas Pewny tient aussi à avoir des activités non commerciales pour faire connaître des auteurs peu diffusés, par exemple Raymond Godefroy, écrivain-paysan normand, qui désespérait de trouver un éditeur pour son recueil de fables, "Fables pour l’an 2000". Quelques jours avant l'an 2000, Nicolas Pewny réalise un beau design pour ces fables et publie le recueil en ligne sur le site du Choucas.

«Internet représente pour moi un formidable outil de communication qui nous affranchit des intermédiaires, des barrages doctrinaires et des intérêts des médias en place, écrit Raymond Godefroy en décembre 1999. Soumis aux mêmes lois cosmiques, les hommes, pouvant mieux se connaître, acquerront peu à peu cette conscience du collectif, d’appartenir à un même monde fragile pour y vivre en harmonie sans le détruire. Internet est absolument comme la langue d’Esope, la meilleure et la pire des choses, selon l’usage qu’on en fait, et j’espère qu’il me permettra de m’affranchir en partie de l’édition et de la distribution traditionnelle qui, refermée sur elle-même, souffre d’une crise d’intolérance pour entrer à reculons dans le prochain millénaire.»

Très certainement autobiographique, la fable "Le poète et l’éditeur" (sixième fable de la troisième partie du recueil) relate on ne peut mieux les affres du poète à la recherche d’un éditeur. Raymond Godefroy restant très attaché au papier, il auto-publie la version imprimée de ses fables en juin 2001, avec un titre légèrement différent, "Fables pour les années 2000", puisque le cap du 21e siècle est désormais franchi.

= Romans policiers

Michel Benoît habite Montréal, au Québec. Auteur de nouvelles policières, de récits noirs et d’histoires fantastiques, il utilise l’internet pour élargir ses horizons et pour abolir le temps et la distance. Il relate en juin 2000: «L’internet s’est imposé à moi comme outil de recherche et de communication, essentiellement. Non, pas essentiellement. Ouverture sur le monde aussi. Si l’on pense "recherche", on pense "information". Voyez-vous, si l’on pense "écriture", "réflexion", on pense "connaissance", "recherche". Donc on va sur la toile pour tout, pour une idée, une image, une explication. Un discours prononcé il y a vingt ans, une peinture exposée dans un musée à l’autre bout du monde. On peut donner une idée à quelqu’un qu’on n’a jamais vu, et en recevoir de même. La toile, c’est le monde au clic de la souris. On pourrait penser que c’est un beau cliché. Peut-être bien, à moins de prendre conscience de toutes les implications de la chose. L’instantanéité, l’information tout de suite, maintenant. Plus besoin de fouiller, de se taper des heures de recherche. On est en train de faire, de produire. On a besoin d’une information. On va la chercher, immédiatement. De plus, on a accès aux plus grandes bibliothèques, aux plus importants journaux, aux musées les plus prestigieux. (...)

Mon avenir professionnel en inter-relation avec le net, je le vois exploser. Plus rapide, plus complet, plus productif. Je me vois faire en une semaine ce qui m’aurait pris des mois. Plus beau, plus esthétique. Je me vois réussir des travaux plus raffinés, d’une facture plus professionnelle, même et surtout dans des domaines connexes à mon travail, comme la typographie, où je n’ai aucune compétence. La présentation, le transport de textes, par exemple. Le travail simultané de plusieurs personnes qui seront sur des continents différents. Arriver à un consensus en quelques heures sur un projet, alors qu’avant le net, il aurait fallu plusieurs semaines, parlons de mois entre les Francophones. Plus le net ira se complexifiant, plus l’utilisation du net deviendra profitable, nécessaire, essentielle.»

Autre expérience, celle d'Alain Bron, consultant en systèmes d'information et écrivain. L'internet est un des «personnages» de son deuxième roman, "Sanguine sur toile", disponible en version imprimée aux éditions du Choucas en 1999, puis en version numérique (format PDF) aux éditions 00h00.com en 2000.