Une fête de Noël sous Jacques Cartier
Chapter 18
Ce même commentateur dit encore à la note 2 de la page 109 de l'appendice, en parlant du fort Jacques Cartier:
"On aperçoit encore aujourd'hui, (cela était écrit en 1843), sur la rive _gauche_ de la petite rivière Lairet, à l'endroit où elle tombe dans la rivière St. Charles, des traces visibles de larges fossés, ou espèces de retranchements."
L'opinion évidente du commentateur est que le Fort Jacques Cartier occupait la rive _gauche_ du Lairet, et la résidence des Jésuites, la rive _droite_.
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L'automne de 15358 vit donc arriver les premiers blancs qui soient venus à Québec, (14 septembre 1535). Ils se firent un retranchement sur la rive gauche de la petite rivière Lairet, près de l'endroit où celle-ci se jette dans ra rivière St-Charles, vis-à-vis la Pointe-aux-Lièvres. Ils hivernèrent dans cet endroit, à l'abris de deux de leurs vaisseaux, la _Grande Hermine_ et la _Petite Hermine_, et de leur retranchement.
Le 3 mai 1536, Jacques Cartier fit planter, à ce même endroit, une grande croix d'environ trente-cinq pieds de hauteur, au croisillon de laquelle il fit attacher un écusson aux armes de France avec l'inscription suivante: _Franciscus primus, Dei gratia Francorum rex, regnat_.
Quatre vingt-dix ans plus tard, l'emplacement du premier hivernement des Français sur la terre canadienne devint celui du premier monastère des missionnaires Jésuites. Ceux-ci en prirent possession dans une cérémonie solennelle qui eut lieu le 23 septembre 1625. Ce lieu, dit le P. Martin, portait le nom de Fort Jacques Cartier, en mémoire de ce navigateur célèbre qui l'avait illustré quatre-vingt-dix ans auparavant par son courage et sa piété... Il était situé tout près du couvent (des Récollets), mais de l'autre côté de la rivière St-Charles, au point où le Lairet lui verse le tribut de ses eaux.
"Ainsi, un triple souvenir s'attache à la pointe de terre située au confluent de la rivière St-Charles et de la rivière Lairet.
"C'est l'emplacement du premier hivernement des blancs sur la terre du Canada.
"C'est le lieu où Cartier fit arborer le signe de la Rédemption, en face de l'antique Stadaconé.[161]
"C'est le coin du sol canadien d'où partirent les premiers héros de cette grande épopée qui s'appelle les Missions des Jésuites dans la Nouvelle-France".[162]
[Note 161: Lors de son premier voyage, Cartier avait planté une croix à l'entrée du Bassin de Gaspé (le 24 juillet 1534). L'année suivante, en revenant d'Hochelaga, il fit planter une deuxième croix sur une des îles de l'embouchure de la Rivière St-Maurice (le 7 octobre 1535). Ce ne fut que le 3 mai 1536, fête de l'Invention de la Ste-Croix, trois jours avant son départ de Stadaconé, au confluent des rivières St-Charles et Lairet.]
[Note 162: Extrait d'une _Chronique_ publiée, par M. Ernest Gagnon, dans _Les Nouvelles Soirées Canadiennes_, livraison du mois d'août 1882.]
C'est à cet endroit même que le comité littéraire et historique du Cercle Catholique de Québec, doit, avec l'aide d'une souscription nationale, faire élever un monument à la France colonisatrice et chrétienne, au Découvreur et aux missionnaires martyrs. Le dessin de ce monument est presque achevé. Il est de M. Eugène Taché, l'artiste instruit et inspiré qui a déjà doté Québec de si beaux monuments architectoniques.
"Les journaux de la province de Québec vous ont fait connaître le projet d'érection d'un double monument à l'endroit précis où Jacques Cartier et ses hardis compagnons passèrent l'hiver de 1535-36 et où, quatre-vingt-dix ans plus tard, les Pères Jean de Brébeuf, Ennemond Masse et Charles Lalemant jetèrent les bases de la première résidence des missionnaires Jésuites dans la Nouvelle-France.
"L'emplacement appelé Fort Jacques Cartier a déjà été acheté par le Cercle Catholique de Québec. Il occupe une pointe de terre, au confluent des rivières St. Charles et Lairet, et offre aux regards un site admirable, digne des grands souvenirs qui s'y rattachent.
"Le comité littéraire et historique du Cercle s'adressa aujourd'hui à votre générosité et à votre patriotisme, et il vous invite à contribuer, par votre souscription, à la réalisation de son projet, qui a déjà reçu l'adhésion des principaux organes de la presse française et anglaise de la province.
"Ce projet consiste:"
"1. A faire élever un _fac-simile_, en fonte, de la croix plantée par Jacques Cartier, le 3 mai 1536, sur les bords de la rivière St. Charles, avec l'écusson fleurdelisé et l'inscription _Franciscus Primus, Dei gratia Francorum rex, regnat_. Cette croix sera fixée dans un socle en granit, et aurait 35 pieds de hauteur."
"2. A faire construire une sorte de tumulus à la mémoire des premiers missionnaires de la Nouvelle-France."
"Les noms de tous les souscripteurs, indistinctement seront inscrits dans deux cahier d'honneur, dont l'un sera adressé au Maire de St. Malo (en France), et l'autre remis au Maire de Québec, pour être conservé dans les archives de ces deux filles." [163]
[Note 163: Extrait de la _Circulaire_ publiée par le _Cercle Catholique de Québec_, en février 1887.]
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M. de Voutron, en 1716, commandant le _Saint-François_, écrivait de La Rochelle même, où avait habité Jean Alfonse le célèbre pilote saintongeois, contemporain de Jacques Cartier:
"J'ay esté sept fois en Canada, et quoyque je m'en sois bien tiré, j'ose assurer que le plus favorable de ces voyages m'a donné plus de cheveux blancs que tous ceux quej'ai faits ailleurs.
"Dans tous les endroits où l'on navigue ordinairement, on ne souffre point et l'on ne risque pas comme en Canada. C'est un tourment continuel de corps et d'esprit.
"J'y ay profité de l'avantage de connoistre que le plus habile ne doit pas compter sur la science".
Si les difficultés de la navigation du Canada étaient telles encore après un siècle de fréquentation continue, quelles ne devaient-elles être au début, lorsque Jean Alphonse en écrivait le routier dna le plus grand détail?
Nous ne pouvons donc trop faire attention à ces paroles d'un capitaine de vaisseau, dites près de deux siècles après l'ouverture de la navigation du Saint Laurent par Jean Alfonse et Jacques Cartier.
Pierre Margry: _Les Navigations Françaises_ et la _Révolution Maritime_ du 14ième siècle IV _Le chemin de la Chine et les Pilotes de Pantagruel_: pages 324 et 325.
"On ne peut se défendre de faire remarquer avec quelle prudence, quel tact, quel jugement admirable, et en même temps avec quel courage, Jacques Cartier pénétra dans des pays ignorés, sans accident, quoique avec de très faibles moyens. En examinant sa conduite, on ne le trouve pas seulement un grand navigateur, mais un habile politique, un observateur puissant, un maître accompli dans l'art de se préparer les voies au milieu des populations inconnues. Que l'on compare de près cette conduite avec celles des Cortez et des Pizarre, et l'on verra que, la question d'humanité laissée de côté, quoiqu'elle vaille assurément la peine d'être prise en considération, ce n'est pas à ceux-ci qu'est l'avantage."
Léon Guérin: _Les Navigateurs Français_, page 80.
"L'expédition--(celle de 1535)--était accompagnée de deux chapelains _Dom_ Guillaume Le Breton et de _Dom_ Anthoine."
Ferland: _Histoire du Canada_, ch. Ier, page 22.
Ce titre de _Dom_ fait présumer que ces deux prêtres étaient des religieux bénédictins.
"Le 26 Juin 1615 le Père Récollet Jean Dolbeau célébrait à Québec, au son de la petite artillerie de l'_habitation_ la première messe qui ait été _dite depuis l'époque de Jacques Cartier._"
Laverdière: _Histoire du Canada_, Ch. II, page 37.
L'abbé Faillon, dans une longue et savante dissertation, répond dans l'affirmative à ceux qui lui demandent si Jacques Cartier avait des aumôniers lors de son _second_ voyage au Canada. Leurs noms, d'ailleurs sont inscrits sur le rôle d'équipage que Jehan Poullet présenta à la Communauté de la Ville de St-Malo, à sa réunion du 31 mars 1535.
Les extraits suivants de la Relation du _Second Voyage de Jacques Cartier, confirment absolument cette opinion._
"Le septième jour du dict mois, jour de Notre-Dame (7 août 1535, samedi)--après avoir _ouï la messe_, nous partîmes de la dite Isle--(Il aux Coudres)--pour aller amont le dit fleuve."
Page 33 de l'édition de 1843; verso du feuillet 12 de l'édition de 1545.
"Ils--(_les interprètes_)--répondirent que leur dieu nommé Cudragny avait parlé à Hochelaga et que les trois hommes devant ditz--(_ci-haut mentionnés_)--estaient venus de par luy leur annoncer les nouvelles qu'il y avaient tant de glaces et de neiges qu'ilz mourraient tous. Desquelles paroles nous prismes tous à rire, et leur dire que leur dieu Cudragny n'était que ung sot et qu'il ne sçavait ce qu'il disait et qu'ils le disent à ses messagiers et que Jésus les garderait bien du froid s'ilz luy voulaient croire. Lors le dit Taignoagny et son compagnon demandèrent au dict Capitaine s'il avait parlé à Jésus, et il respondist _que ses prêtres_ y avaient parlé et qu'il ferait beau temps"--(pour aller à Hochelaga).
Pages 39 de l'édition de 1843 et feuillet 19 de l'édition de 1545.
"Notre cappitaine voyant la pitié et maladie ainsi esmeue, feist mettre le monde en prière et oraisons et feist porter ung ymage de remembrance de la Vierge Marie contre ung arbre distant de nostre fort d'ung traict d'arc les travers--(_à travers_)--les neiges et glaces. Et ordonne que le dimenche en suyvant _l'on dirait au dict lieu la messe_. Et que tous ceulx qui pourraient cheminer, tant sains que malades, yraient à la procession chantant les sept psaulmes de David avec la litanie, et priant la dicte vierge qu'il luy pleust prier son cher enfant qu'il eust pitié nous. _La messe dicte et célébrée_ devant la dicte ymage, se feist le capitaine pèlerin à Notre-Dame de Roquemado--(_Roc-Amadour_) promettant y aller si Dieu luy donnait grâce de retourner en France." Cette messe fut célébrée en Février 1536.
Page 57 de l'édition 1843 et feuillet 35, recto et verso, de l'édition de 1545.
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La route de l'Ouest! la route de l'Ouest! telle était la préoccupation dominante, l'idée fixe, unique, obstinée de tous les découvreurs. La crainte d'une concurrence inattendue dans la recherche des richesses dont on se promettait la possession exclusive, l'espoir d'arriver premier aux contrées du Japon, de la Chine et aux Indes d'Asie avaient à ce point détraqué les cerveaux que Christophe Colomb lui-même s' ingéniait à retrouver dans l'archipel des Antilles le Zipangu et les domaines du grand quâân du Katay signalés dans une carte de Toscanelli. Le grand titre des ouvrages de Jacques Cartier donne une preuve éclatante de cette illusion géographique: _Brief récit et succincte narration de la navigation faicte ÈS YSLES de Canada, Hochelaga et Saguenay et autres, avec particulière meurs, langaige et cérémonies des habitans d'icelles; fort délectable à voir._ L'espoir du lucre, l'éternel _auri sacra fames_, avait provoqué ces expéditions héroïques légendaires des trois premier siècles de l'_âge moderne_, expéditions dont les périls n'avaient d'égal que l'audace des équipages.
Voici les noms des prédécesseurs de Jacques Cartier dans les explorations tentées au Nord de l'Amérique à la recherche d'un passage vers l'Ouest:
Jean Cabot, de Venise, 1494; Sebastien Cabot, fils du précédent, 1498; Gaspard Cortéreal, 1500; Michel Cortéreal, 1502; Jean Gonçalves, Jean et François Fernandès, 1501, 1503, 1504 et 1505; Jean Denys de Honfleur et Camard de Rouen, 1506; Thomas Auber, 1508; Le baron de Lere et De Saint Just, 1518; le florentin Jean Verrazzano, 1523; Gomez de Porto, 1525; Jean Rut, 1527; Pierres Crignon, 1529; Jacques Cartier, 1534, 1535, 1541 et 1543.
J'ai préparé cette liste sur l'_Introduction historique aux ouvrages de Jacques Cartier_ pa M. D'Avezac.
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Sur le récit que fit Cartier de son voyage (celui de 1534) le roi (François Ier) ordonna d'armer et d'équiper pour quinze mois trois navires dont il lui conféra le commandement par une commission datée du 15 octobre 1534. Cette fois (expédition de 1535) il (Jacques Cartier) joignit au titre de _capitaine_ celui de _pilote du roi_.
_Nouvelle Biographie Générale par Firmin Didot Frères, édition de 1855 tome 8 page 906_ au nom de _Cartier (Jacques)_.
_L'Histoire des Canadiens-Français_ de M. Benjamin Sulte donne le mot _Macé_ au lieu de _Marc_, ce qui est conforme au texte de l'édition rarissime (1545) du Voyage de Jacques Cartier, 1535-36; voir feuillet 32.
Marc ou Macé Jallobert avait épousé Allizon DesGranches, soeur de la femme de Jacques Cartier.
Sulte: _Histoire des Canadiens-Français_, Tome Ier, page 12.
Jacques Cartier avait épousé Catherine DesGranches, fille de Jacques DesGranches, connétable de la ville et cité de St. Malo.
_Brève et succincte narration historique_ par M. D'Avezac, verso du feuillet XIV, précédant la narration du Voyage de Jacques Cartier, 1535-36.
Ni Ferland, ni Garneau, ni Benjamin Sulte ne mentionnent le nom de _Jehan Poullet_. On le retrouve seulement dans la _Relation du Second Voyage de Jacques Cartier_, 1535-36 recto du feuillet 22, édition 1545.
Jacques Maingard, Michel Maingard, Raoullet Maingard et Pierre Maingard, dont les noms apparaissent au rôle d'équipage, sont les quatre fils de Guillaume Maingard, le parrain de Jacques Cartier.
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_Rôle d'Equipage_ de l'Expédition de 1535, présenté par Jehan Poullet à la réunion de la Communauté de la ville de Saint-Malo, à la Baie Sainct Jehan, mercredi, le trente-unième jour de mars 1535.
L'incertion des dicts maistre compaignons mariniers et pilottes s'ensuyvent:
Jacques Cartier, capitaine; Thomas Fourmont, maistre de la nef; Guillaume Le Breton Bastille, cappitaine et pilote du galion; Jacques Maingard, maistre du galion; Marc Jallobert, cappitaine et pilotte du _Correlieu_; Guillaume Le Marié, maistre du _Courlieu_; Laurens Boulain, Étienne Nouel, Pierre Esmery, dict Talbot, Michel Hervé, Étienne Princevel, Michel Audiepbre, Bertrand Samboste, Richard LeBay, Lucas Fammys, Françoys Guitault, apoticaire; Georget Mabille, Guillaume Séquart, charpentier; Robin Le Tort, Samson Ripault, barbier; Françoys Guillot, Guillaume Esnault, charpentier; Jehan Dabin, charpentier; Jehan Duvert, charpentier; Julien Golet, Thomas Boulain, Michel Phelipot, Jehan Hamel, Jehan Fleury, Guillaume Guilbert, Colas Barbe, Laurens Gaillot, Guillaume Bochier, Michel Eon, Jehan Anthoine, Michel Maingard, Jehan Maryen, Bertrand Apvril, Gilles Stuffin, Geoffroy Ollivier, Guillaume de Guernezé, Eustache Grossin, Guillaume Alierte, Jehan Ravy, Pierre Marquier, trompecte; Guillaume Legentilhomme, Raoullet Maingard, Françoys Duault, Hervé Henry, Yvon LeGal, Anthoine Alierte, Jehan Colas, Jacques Poinsault, Dom Guillaume Le Breton, Dom Anthoine, Philipes Thomas, charpentier; Jacques Duboy, Jullien Plantirnet, Jehan go, Jehan Legentilhomme, Michel Douquais, charpentier; Jehan Aismery, charpentier; Pierre Maingard, Lucas Clavier, Goulset Riou, Jehan Jacques Morbihen, Pierre Nyel, Legendre Estienne Leblanc, Jehan Pierres, Jehan Coumyn, Anthoine DesGranches, Louys Douayrer, Pierres Coupeaulx, Pierres Jonchée.
Ce rôle d'équipage est textuellement copié des _Documents inédits sur Jacques Cartier et le Canada_, communiqués par M. Alfred Ramé, de Rennes et faisant suite à la Relation du _Premier Voyage de Jacques Cartier_ en 1534 d'après l'édition de 1598, pages 10, 11 et 12.
Paris.--Librairie Tross, 5, rue Neuve-des-Petits-Champs, 1865.
Les noms de _Charles Gaillot_ et de _De Goyelle_ n'apparaissent pas sur le rôle d'équipage signé le 31 mars 1535. On les trouve sur la liste publiée par M. Benjamin Sulte dans son _Histoire des Canadiens-Français_ Vol. I, page 12. Si l'on en croit l'ouvrage de M. James Lemoine, _Picturesque Quebec_,[164] ces deux noms et cinq autres, auraient été ajoutés aux 74 noms inscrits sur la Liste de l'Équipage de Jacques Cartier, conservée dans les archives de St. Malo, et revue avec soin sur le _fac-simile_ par M. l'abbé C. H. Laverdière. Voici quels sont ces sept noms:
Jean Gouyon, Charles Gaillot, Claude de Pontbrians Charles de la Pommeraye, Jean Poullet, Philippe Rougemont, de Goyelle.
[Note 164: "The subsequent seven signatures were added in the answer to the Quebec Prize Historical Questions submitted in 1879: Jean Gouyon, Charles Gaillot, Claude de Pontbrians, Charles de la Pommeraye, Jean Poullet, Philippe Rougemont, de Goyelle" _Picturesque Quebec_, appendix, page 483.]
Les équipages réunis des trois vaisseaux de Jacques Cartier, y compris leurs officiers et les genitlshommes de St-Malo volontaires de l'expédition, donnaient un effectif de _cent dix_ hommes. Or, le rôle d'équipage ne compte que soixante-quatorze signatures de marins. Si l'on y ajoute les noms des gentilshommes, Claude de Pontbriand, fils du Seigneur de Montcevelles et Echanson de Monseigneur le Dauphin, Charles de la Pommeraye, Jean Garnier de Chambeaux, Garnier de Chambeaux, Jean Poullet et Jean Gouyon, l'on atteint le chiffre de quatre-vingt personnes. Si l'on y ajoute encore le nom de _Philippe Rougemont_, le seul de vingt-cinq à trente victimes du scorbut nommé par la relation de Jacques Cartier, celui de _De Goyelle_, un autre mort du mal _de terre_ que Charlevoix nomme dans son _Histoire du Canada_, enfin celui de Charles Gaillot que M. Benjamin Sulte dans son _Histoire des Canadiens-Français_, nous dit être le secrétaire de Jacques Cartier, il se fait que le grand total des expéditionnaires connus s'arrête à 83. Il nous manque donc 27 autres noms pour atteindre le chiffre de 110.
Comment expliquer cette lacune? On a cherché à s'en rendre compte en disant que ce _rôle d'équipage_ n'est qu'une liste de matelots rédigée _au retour_ de l'expédition de 1535. Malheureusement, cette explication est une contradiction flagrante des _Documents inédits_ que nous possédons sur _Jacques Cartier_. Ce _rôle d'équipage_ fut présenté par Jean Poullet, à la Communauté de Ville de St. Malo, à sa réunion du 31 mars 1535. Les archives publiées en 1865 par M. Alfred Ramé, de Rennes, le disent en toutes lettres.--(Voir pages 8 et 9 des _Documents inèdits_ publiés à la suite de la Relation du Voyage de Jacques Cartier en 1534)--Plus et mieux que cela, nous savons qu'à cette séance mémorable de la Communauté de Ville de St. Malo, Jehan Poullet en produisant le _rôle d'équipage_, lequel portait alors _soixante et quatorze_ signatures, se réserva le droit de récuser jusqu'à trente des mariniers inscrits et les remplacer par d'autres de son choix.
"Et icelly Poulet a aparu le role et nombre des compagnons Que le dict Cartier a prins pour la dicte navigation, et a esté (mis entre nos mains?) pour incerer cy dessous, et a, icelly Poulet protesté de en dynyer du nombre de XXV à trante et de prendre d'autres à son chouaix."
_Document inèdits sur Jacques Cartier, page 9, faisant suite à la relation du voyage de Jacques Cartier en 1534_, édition de 1598 et collection de Ramusio.
On remarquera que ce rôle d'équipage porte la date du 31 mars 1535 et qu'il s'écoula plus de six semaines entre le jour de sa présentation à la Communauté de Ville et le départ de la flottille qui mit à voile et quitta St. Malo le 19 mai 1535. N'est-il pas à présumer que, durant cet intervalle de temps, le _rôle d'équipage_ fut modifié en quelque façon, et, tour à tour, amplifié ou amoindri? Il est encore probable que Jean Poullet n'abusa pas de son privilège et qu'il ne l'appliqua qu'à moitié, c'est-à-dire que, loin de récuser aucun des matelots inscrits sur le rôle d'équipage il se contenta d'ajouter de vingt-à trente mariniers de son choix aux 74 bons compagnons déjà acceptés. Cette supposition, qui est mienne, expliquerait suffisamment, à mon sens, ce chiffre de _cent dix hommes_ composant l'expédition.
Le _rôle d'équipage_ présenté par Jean Poullet le 31 mars 1535, à la réunion de la Communauté de ville est demeuré de record dans les archives de Saint-Malo. Les nouvelles recrues de Jean Poullet (s'il en engagea aucune) ne le signèrent pas. Et pour cause; car il n'est pas permis d'altérer en aucune manière un document officiel qui demeure de record. N'empêche qu'elles durent signer un double de ce rôle d'équipage que l'on tint ouvert jusqu'au départ, probablement à bord de la _Grande Hermine_. Ce document, comme bien d'autres, ne nous serait pas parvenu.
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En lisant les noms des personnes présentes à la _Réunion de la Communauté de la ville de St. Malo_, le lundi huictième de feubvrier, l'an mil cinq cents XXXIIII je trouve ceux-ci, que vraiment on dirait empruntés à l'_Almanach de Adresses Cherrier_ tant ils ont une orthographe contemporaine: Guillaume Deschamps, Etienne Picot, Pierres Gosselin, Françoys Martin, Robin Gauthier le Jeune, Estienne Gilbert, Jacques Martinet, Martin Patrix, Alain Patrix, Yvon Morel, Guillaume Martin Lalonde, Hamon Gauthier, Bertrand Picot, et plusieurs aultres des bourgeois congrégés (_réunis_) et assemblés comme dict est.
Le Gouverneur et Lieutenant-Général pour le Roy en Bourgogne et pour Mgr le Dauphin de Normandie se nommait _Philippes Chabot_.
Je lis encore, au procès-verbal de la _Réunion de la Communauté de Ville de St. Malo_, tenue le 31 mars 1535--séance à laquelle fut présenté le rôle d'équipage de l'expédition de Jacques Cartier--les noms suivants des _bourgeois_ du temps.
Comme il est facile de s'en convaincre, ils ont une orthographe moderne:
Jacques Martinet, Pierres Hamelin, Guillaume Pepin Guillaume Saint-Maurs, Pierres Colin, Pierres May, etc.
Extrait de _l'Appendice au voyage de Jacques Cartier 1534. Documents inédits_, vol. Ier, Alfred Ramé, page 5, 6, 7, 8 et 9.
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CHAPITRE TROISIÈME
Les _Te Deum_ militaires portant, comme des drapeaux de régiments, le chiffre de leurs glorieux millésimes: 1690, 1711, 1758; celui de Frontenac, à Notre Dame de Québec, avec le pavillon-amiral de Sir William Phips, suspendu comme trophée à la voûte sonore, etc., etc.
Cette victoire fit grand bruit en Europe, surtout à Paris, où l'on admira beaucoup l'audace et le sang-froid guerrier du Comte de Frontenac. Fier de ses sujets du Canada, Louis XIV fit frapper une médaille pour perpétuer le souvenir de cet exploit. L'Université Laval en possède un très beau spécimen dans son musée de numismatique. Ce spécimen est unique au pays.
En voici la description:
On y voit la ville de Québec assise sur un rocher, étayant à ses pieds des pavillons et des estendards aux armes d'Angleterre. Elle a prés d'elle un animal qu'on appelle _Castor_, et qui est fort commun en Canada. Au pied du rocher, est le fleuve de Saint Laurent appuyé sur une urne. La légende, _Francia in Novo Orbe Victrix_, signifie: _La France Victorieuse dans le Nouveau Monde_. L'exergue, _Kebeca Liberata M. DC. XC_: _Québec délivré 1690_.
_Médailles de Louis le Grand, Imprimerie Royale, 1723._
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CHAPITRE QUATRIÈME
Commentaire sur cette parole du charpentier Séquart:
_Et vous croyez que notre Capitaine-Général, notre Jacques Cartier, le hardi gars de Bretagne, aura sa statue é Stadaconé?... Jacques Cartier n'aura pas plus de monument à Stadaconé que de statue à St. Malo,_ etc.
Qu'ont-ils fait, là-bas, les Français d'Europe? oui, qu'ont-ils fait sur la terre de Bretagne pour garder immortelle la mémoire de Jacques Cartier? Où est le monument de leur découvreur par excellence? Et sur laquelle de leurs places publiques, la grande et forte race de leurs paysans, de leurs marins, de leurs soldats va-t-elle, aux anniversaires historique, saluer sa statue, acclamer son nom écrit en bronze sur un flamboyant piédestal? La parole est à la ville de St. Malo, à la Bretagne, à la France elle-même.
Il y a vingt ans, le 19 février 1868, le romancier Émile chevalier publiait un livre qu'il signait d'un beau titre: JACQUES CARTIER.
"Saluez avec moi, s'écriait-il dans la dédicace de son roman historique, saluez avec moi... le premier Découvreur Français, un Breton, homme de forte souche, de coeur haut et droit, le premier qui ait baisé cette terre d'Amérique!"