Une fête de Noël sous Jacques Cartier
Chapter 17
[Note 155: Le _feu du temps_ pour le tonnerre, archaïsme très gracieux. La langue française de l'époque de Jacques Cartier, abondait en locutions de ce genre; plusieurs d'elles sont très jolies, à preuve: _muer le sang_, pour _se mettre en colère_;--_oindre le musel_, pour _souffleter_;--_l'aube crevée_, pour _le point du jour_;--_rire clair_, pour _rire agréablement_;--_peler la figue_, pour tromper;--_parer une châteigne_, pour _tramer un complot_;--_avoir mauvaise robe_, pour _ne pas réussir_;--_clamer ses coulpes_, pour _accuser ses péchés_;--_parler en pardon_, pour _parler inutilement_;--_avoir le cri_, pour _être accusé_;--_perdre son âge_, pour _mourir_;--_cueillir en haîne_, pour _prendre en aversion_;--_voir son pied_, pour _sortir de prison_; etc., etc. 1873--_Dictionnaire de la Langue Française_, par C. Hippeau.
Je viens de signaler quelques archaïsmes de la langue française au temps de Jacques Cartier; le lecteur aimera peut-être à connaître aussi certains mots de la langue sauvage parlée, à cette même époque, par les Algonquins du Canada. En voici quelques uns, choisis parmi les plus euphoniques:
Ils appellent seigneur, agouhanna; la neige, canisa; le vent, cahoha; le feu, azista; l'eau, âme; la terre, damga; le blé osizy; le pain, carraconny; la fumée quea; la mer agosasy; les vagues de la mer, coda; le bois (la forêt), conda; les feuilles, hoga; le chemin, adde; un chien, agayo; bonjour aignaz; un petit enfant, exiasta; le nombre 1, segada; le nombre 9, madelon; etc., etc. Ils appellent une ville: Canada. La traduction sauvage du mot chien, est particulièrement heureuse: agayo, on croirait entendre japper. Second Voyage de Jacques Cartier 1535-36 feuillet 13, verso du feuillet 46 et des feuillets 47 et 48.]
C'est ce qu'ils vont maintenant observer. Grossin, Duvert et Séquart ont partagé en trois parts égales les débris de la tronche de chêne. Elles seront, chacune, placées au fond de la cale des navires. De la sorte, les trois équipages et leurs vaisseaux seront à l'abri de la foudre pendant l'orage.
Laverdière ajouta presque aussitôt d'une voix brève et sèche comme un commandement de manoeuvre:
Regarde vite, le jour vient.
Ces paroles que je ne compris pas, dès l'abord, me laissèrent stupéfait.
Effectivement je regardai autour de moi, ou mieux, autour du feu; Jacques Cartier, les aumôniers, les officiers de son état-major, les compagnons mariniers et les charpentiers de navires avaient disparu, comme par magie, escamotés comme des monnaies dans les manchettes d'un prestidigitateur.
Cet isolement subit me glaça d'effroi et je reportai vivement les yeux sur les trois croque-morts de l'_Émerillon_ qui chargeaient maintenant le bois carbonisé sur la tabagane. Et j'entendis Guillaume Séquart qui disait à ses camarades:
Pauvre petit Rougemont! ça lui aurait fait grand heur tout de même de voir la fête!
Il regarde mieux que cela, répondit Duvert accompagnant cette réflexion d'un geste énergique de la tête qui montrait bien le ciel à ses auditeurs.
N'empêche, ajouta Eustache Grossin, en manière de réflexion mentale, n'empêche qu'on ne s'habitue pas à voir mourir la jeunesse, et que ça peine d'y songer!
Pour la seconde fois Charles Laverdière me dit d'un ton impératif:
Regarde vite, vite... le jour arrive!
Phénomène étrange! (le propre du rêve et sa caractéristique dominante), plus j'ouvrais les yeux et moins les objets m'apparaissaient visibles. Par contre, il me suffisait de fermer énergiquement las paupières pour ramener fixe, distincte, précise et de netteté photographique absolue, la vision des choses naguère troublées et flottantes. Je ne savais trop comment expliquer cet événement bizarre, sinon que les lueurs expirantes du brasier faisaient vaciller, sauter à leur lumière, tous les profils du paysage. Le feu, comme la vie humaine, a quelquefois une agonie tourmentée. Je regardai derrière moi pour m'en convaincre. A ma grande stupéfaction, je m'aperçus que le feu de joie était mort, bien mort sous ses braises éteintes et ses charbons noirs. De ses cendres épaisses, encore tièdes, s'élevait une lente spirale de pesante fumée, fumée blafarde, fumée grise comme le matin d'un jour de pluie.
Étais-je donc le jouet d'un songe? Quand je retournai la tête, Grossin, Séquart et Duvert avaient disparu, à la magique façon des autres, les maîtres compagnons mariniers et charpentiers de navires. Si loin que je pouvais regarder à la ligne de l'horizon et sur tous les points de sa circonférence, il m'était impossible d'apercevoir aucune silhouette humaine.
Le maître-ès-arts, seulement, demeurait auprès de moi.
A ce moment précis le vent m'apporta de grandes bouffées d'orgue et de voix chantantes, comme de la musique échappée par l'entrebâillement d'une porte ouverte et close presque aussitôt.
Je voulus demander à mon guide d'où venait cette étrange mélodie, cette musique d'église orchestrée, savante, comme le chant moderne de nos maîtrises. Mais la métamorphose que lui-même, Laverdière, subissait, me rendit muet d'épouvante. Je n'avais plus de lumière suffisante pour l'apercevoir, et sa silhouette indécise semblait appartenir maintenant aux ténèbres extérieures, s'y fondre par degrés. Cette effacement fantasmagorique rappelait, par l'identité des effets, ces accidents de lanterne magique où, la lumière venant tout à coup à manquer, la flamme du lampadaire à s'affaisser dans son brûleur de cuivre, la lame de verre colorié ne projette plus sur la muraille blanche qu'une image vacillante, indéterminée. Ainsi m'apparaissait Charles Honoré Laverdière. Son ombre n'était plus maintenant qu'un fantôme affreusement pâli aux lueurs grandissantes de l'aube, un spectre si léger, si ondulant, si subtil, que la brise l'entraînait déjà dans sa course inconsciente, que je le voyais enfin s'évanouir, et pour jamais, comme une buée de marécage dans l'atmosphère diaphane de l'aurore.
Je courus à lui avec l'énergique impétuosité du désespoir, craignant, à tout instant, de le voir me laisser seul. Ce qui me causait une peur horrible. Mais égale se maintenait la fatale et infranchissable distance.
Cette course affolée dura longtemps. Soudain, je lâchai un cri terrible, tendis les bras en avant, et demeurai stupéfait... Un rayon de soleil venait de fondre de sa lumière le spectre du prêtre-archéologue.
Seulement, une voix grêle, diluée, flottante, et dont le timbre me restera pour jamais au fond de l'oreille et de la mémoire, vint expirer, en lointain écho, ces paroles ailées, faibles comme un souffle, timides comme un aveu:
"Jour venu! Adieu!! Souviens-toi!!!"
Et je n'entendis plus rien... rien... rien... qu'un puissant accord longuement soutenu sur un clavier d'orgue, des voix de jeunes filles, des voix merveilleusement belles chantant une partition soprane, des strettes de violons, une grande rumeur d'orchestre roulant un flot d'harmonie, comme un ressac sur une grève sonore, des cuivres soutenant les notes basses et lentes d'un accompagnement magistral écrit par quelque auteur célèbre.
J'ouvris de grands yeux cette fois, des yeux bien éveillés, que les lumières éblouissantes des gazeliers aveuglèrent... et je me retrouvai scandaleusement assis, au fond de mon banc, à l'église, au franc milieu de la Basilique Notre-Dame de Québec, tandis que mes voisins, tandis que mes voisines, pieusement agenouillés, priaient avec ferveur.
L'on chantait au choeur de l'orgue une phrase de l'_Agnus Dei_ et l'orchestre, en guise d'accompagnement, jouait sur ses premiers violons un délicieux motif de berceuse, charmeur, endormant, d'un effet irrésistible sur des auditeurs bien disposés et bien assis.
Cette oeuvre magistrale de Fauconnier (sa _Messe Solennelle de Noël_)[156] avait ceci de particulier que les accompagnements d'orchestre soutenaient une mélodie identique au _Kyrie_ et à l'_Agnus Dei_. La berceuse, qui m'avait endormi avec les premières stances musicales du _Kyrie_, m'éveillait maintenant au rhythme somnolent de ces mêmes mesures. Cette singularité confirmait, d'ailleurs, l'exactitude d'une vieille expérience physiologique sur les phénomènes natures du sommeil, savoir: que le son des paroles habituelles, l'accent connu, le timbre d'une voix familière, le nom du dormeur prononcé, même à voix basse, l'éveillent plus vite que l'éclat d'un grand bruit.
[Note 156: La Messe Solennelle de Noël de Fauconnier, fut exécutée à la Basilique de Notre-Dame de Québec, le 25 Décembre 1885.]
Vous savez maintenant, lecteurs, quel rêve historique a traversé cette nuit-là mon sommeil, pourquoi et comment _Une Fête de Noël sous Jacques Cartier_ est devenue le sujet et le titre de mon premier essai littéraire.
APPENDICE
_Réponse de Son Excellence l'honorable Auguste Réal Angers, à une adresse de félicitations présentée par l'Institut Canadien Français de Québec, le 17 janvier 1888 à l'occasion de son élévation à la charge de Lieutenant Gouverneur de la province de Québec._
Monsieur le président de l'Institut Canadien de Québec,
Messieurs,
Je constate avec un vif plaisir que votre influence a su réunir à cette fête de l'esprit l'élite de la société française de Québec.
Avec un rare succès vous avez inspiré à la jeunesse le goût de s'instruire, à l'âge mûr le désir de se perfectionner; goût qui absorbe les entraînements premiers de l'adolescent, désir qui captive l'ambition de l'homme fait.
C'est par vos soins que nous voyons rangés dans votre bibliothèque et classés dans votre catalogue, les plus beaux produits du génie de l'homme dans les science et dans les lettres. Vous avez fait le travail de l'essaim qui envahit la plaine, cueillant, des prés en fleurs, les meilleurs parfums, les sucs les plus purs. Ainsi butinant, vous avez comblé vos rayons de livres précieux, honnêtes et charmants, miel dont se nourrit l'intelligence, manne que nous pouvons ramasser à toute les heures.
Du haut de leur cases, combien d'amis me reconnaissent et me sourient, comme si je ne les avais depuis longtemps délaissés. Comme je me sens tenté d'entreprendre avec vous, monsieur le président, un voyage autour de cette bibliothèque. Il nous faudrait passer à travers l'histoire contemporaine, nous arrêtant aux hauts faits de nos incomparables annales canadiennes; voyager au moyen-âge où resplendit l'héroïque épopée de la chevalerie et des croisades, et remonter jusqu'aux temps anciens, faisant halte aux Thermopyles, nom qui au Canada, depuis 1813, se prononce Chateauguay.
Dans un si long retour vers des temps envolés, nous nous verrions délaissés des dames dont l'esprit, comme le charme, est toujours au présent, jamais au passé.
Puis, conduits par l'ordre alphabétique du catalogue, nous arriverions devant la porte close de la philosophie, et la clef en est aux mains du maître-ès-sciences. Dans le catalogue, la poésie est sa voisine. Similitude des choses de la vie réelle, c'est auprès de buissons inextricables qu'il faut chercher les fleurs. La poésie est une fée qui connaît tous les accents. Dans son domaine, à côté des plus riches moissons, que de pervenches, de muguets et de violettes pour vos parures, mesdames; mais la discrétion de l'âge me soupire à l'oreille: passez, passez!
Comment éviter ce secrétaire en bois de santal incrusté de filigranes d'argent, ce sachet capitonné de soie bleue où repose l'art épistolaire? ces lettres dont l'écriture courante reconstruit le traits, le regard, le sourire des chers absents, évoque l'image, la personnalité entière d'êtres aimés. Lisez des lettres, surtout des lettres de femmes. Elles sont comme ces médailles d'un autre âge, ces portraits dur ivoire, qui, par la délicatesse des lignes, la carnation des chairs, le relief des figures, font revivre des causeries à coeur ouvert et remettent sous la main le velouté des meilleures heures de l'existence. Nous, le grand nombre, nous qui n'aurons jamais cette seconde vie qui attend l'auteur, cultivons l'art de la correspondance. Quelques lettres seront peut-être tout ce qui restera de nous aux soins discrets de l'amitié.
Votre catalogue révèle le choix judicieux des livres qu'il contient et ne me laisse rien à dire de ceux qu'il faut éviter. Vous inviter à l'étude et à la lecture serait aussi un hors-d'oeuvre.
Le goût des lettres nous pénètre dans cette salle avec l'atmosphère qu'on y respire, et nous en voyons les brillants résultats au dehors. Au printemps dernier, un phare allumé aux terres d'Évangéline a percé les brumes qui enveloppaient l'histoire du Bassin des Mines. Une revue nouvelle, _Le Canada-Français_, rajeunira de jets de lumière bien des feuilles détachées et oubliées de nos annales; la religion, les sciences et les lettres entreront aussi dans le cadre de cette publication. Au nombre des ouvriers de la pensée qui lui ont promis leur concours, je trouve plusieurs des membres de votre institut; un autre a clos l'année 1887 par la "Légende d'un Peuple" que Jules Clareti a tenu sur les fonts et que le secrétaire perpétuel de l'Académie française a saluée d'un carillon joyeux. _1888 va commencer par la venue prochaine d'un autre livre, fils du talent d'un des vôtres. Il est de noble lignée; sa source remonte à nos plus vieux parchemins. Il a nom: "Noël 1535 sous Jacques Cartier, Nouvelle-France." Vous le reconnaîtrez, j'espère, à son état, il est roman-histoire; roman par la grâce du style, la mise en scène et l'intérêt, histoire par l'exactitude des faits, des lieux et des dates. Il a les yeux azurés, et le timbre de sa voix est patriotique._
Voilà, entre plusieurs, des fruits que le goût littéraire que vous avez inspiré à faire croître.
Pour ne pas vous imposer l'ennui d'un entr'acte au début de cette soirée, je dois restreindre ma réponse et taire le sentiment filial que vous avez touché en moi en rappelant votre troisième président. Vous m'avez remis en mémoire la bonne fortune que j'ai eue de faire inscrire votre nom sur le budget de l'État au nombre des institutions bien méritantes. Pour toutes ces bonnes paroles, rehaussées de l'éclat de votre loyauté, je vous remercie. Revêtu du titre insigne de membre honoraire de votre institut, je verrai toujours avec fierté vos progrès croissant, et comptez que, dans les limites de mes attributions, mon concours vous est acquis.
Québec, 17 janvier 1888.
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PRÉFACE
La plupart des archives important de notre histoire ont été relevées en moins de 40 ans.
Tout d'abord, dès 1843, la Société Littéraire et Historique de Québec édita la _Relation des Voyages de Jacques Cartier_. Onze ans plus tard (1854) le Gouvernement du Canada (ministère McNab-Morin) publiait une nouvelle édition des _Edits et Ordonnances du Conseil Supérieur de la Nouvelle-France_.[157] Subséquemment (1858) le Gouvernement du Canada (administration McNab-Taché) édita les fameuses archives nationales _Relations des Jésuites_. Deux archéologues éminents, MM. les abbés Bois et Laverdière, dirigèrent l'impression de ce travail gigantesque, laquelle fut exécutée par l'établissement typographique A. Côté & Cie.
[Note 157: Cette édition était de beaucoup plus complète que la première publiée en 1803.]
En 1868, la maison Desbarats publiait à Ottawa les _Oeuvres de Champlain_, monument impérissable élevé à la mémoire du fondateur de notre ville par le soin filial des bibliophiles Laverdière et Casgrain. Ce qui n'excuse pas la cité d'oublier qu'elle doit une statue à cet illustre _Père de la Nouvelle-France_.
La première impression typographique de cet ouvrage célèbre a été exécutée sous la surveillance de M. l'abbé Laverdière, dans l'ancien Secrétariat de l'Évêque de Québec, au Séminaire de Québec.
En 1871, aux ateliers de M. Léger Brousseau, éditeur propriétaire du _Courrier du Canada_. Laverdière et Casgrain publièrent encore _Le journal des Jésuites_.
En 1883, la Législature de Québec prit sous ses auspices la publication d'une collection de manuscrits relatifs à l'_Histoire de la Nouvelle-France_. Ce travail représentant quatre volumes in-octavo et plus de 2,000 pages est un véritable Eden, une Terre Promise aux chercheurs, aux archéologues et aux bibliophiles qui ne nuiront pas,(du moins en nombre) dans le partage de ce paradis. Cette publication a été terminée en 1885. [158]
[Note 158: Collection de Manuscrits contenant Lettre, Mémoires et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France, recueillis aux Archives de la Province du Québec ou copiés à l'étranger.--Québec--Imprimerie A. Côté et Cie.]
En 1886, et sous le patronage de cette même Assemblée Législative, le gouvernement due Québec édita les _Jugements et Délibérations du Conseil Supérieur de la Nouvelle-France_. en même temps, la Société Historique de Montréal publiait le _Livre d'Ordres du Chevalier de Lévis_, ouvrage précieux s'il en fut jamais, et qui corrobore une _Relation de la Guerre de Sept ans en Amérique_ écrite par ce même chevalier de Lévis, l'immortel vainqueur de Ste. Foye. Cette perle archéologique, actuellement en la possession de M. l'abbé Verreau, appartenait à la collection Viger de fameuse et savante mémoire.[159]
Telles sont, réunies à un petit nombre de titres éclatants, les quelques archives nécessaires aux chercheurs, archéologues, bibliophiles ou écrivains.
[Note 159: La Société Historique de Montréal a publié plusieurs autres documents de grande valeur, entre autres: _Les Véritables motifs des Messieurs et Dames de Notre-Dame de Montréal, pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle-France_; un traduction du _Voyage de Kalm au Canada_, etc.
M. Verreau, en 1873 et en 1874, et plus tard M. Brymner, ont fait à Londres, à Paris et à Rome des recherches importantes et qui ont permis d'augmenter considérablement la collection des archives historiques. Le rapport qui vient d'être publié par M. Brymner (_Rapport sur les Archives Canadiennes, par Douglas Brymner, archiviste, 1885_) contient l'analyse de l'immense collection _Haldimand_ copiée au _British Museum_ et dont une partie avait déjà été obtenue par les soins de M. l'app. Verreau et appartient maintenant à la Société Historique de Montréal.
M. G. B. Faribault, avocat de Québec, bibliophile éminent, publiait en 1837, un catalogue des ouvrages sur l'histoire de l'Amérique et en particulier sur celle du Canada, de la Louisiane et de l'Acadie. Le nombre des ouvrages ainsi catalogués s'élevait à 969. Cette statistique nous donne une idée approximative des richesses archéologiques du Canada à cette époque. Les inestimables travaux de l'illustre érudit furent irréparablement anéantis par l'incendie du parlement à Montréal, la nuit du 25 avril 1849 par les émeutiers protestants orangistes. "En un instant ce bel édifice devint la proie des flammes avec les archives de la province, les deux bibliothèques qui renfermaient _vingt-deux mille volumes_. Le Canada perdit dans cette conflagration des livres rares et précieux de la belle collection d'ouvrages sur l'Amérique (seize cents volumes) formée par M. Faribault après les plus pénibles efforts. Les pertes furent estimées à plus de $400,000.00." Louis P. Turcotte: Le Canada sous l'Union, page 112 tome Ier.]
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CHAPITRE PREMIER
Adam Dollard (sieur des Ormeaux), commandant, âgé de 25 ans.
Jacques Brassier, âgé de 25 ans (partis de France avec M. de Maisonneuve en 1653.)
Jean Tavernier, dit La Hochetière, armurier, âgé de 28 ans (venu aussi de France, en 1653, avec M. de Maisonneuve.)
Nicolas Tillemont, serrurier, âgé de 25 ans.
Laurent Hébert, dit La Rivière, âgé de 27 ans.
Alonié de Lestres, chaufournier, âgé de 31 ans.
Nicolas Josselin, âgé de 25 ans. (Il était de Solesmes, arrondissement de la Flèche, et avait suivi M. de Maisonneuve, en 1653.)
Robert Jurée, âgé de 24 ans.
Jacques Boisseau, dit Cognac, âgé de 23 ans.
Louis Martin, âgé de 21 ans.
Christophe Augier, dit Desjardins, âgé de 26 ans.
Étienne Robin dit Desforges, âgé de 27 ans (parti de France, en 1653, avec M. de Maisonneuve).
Jean Valets, âgé de 27 ans de la paroisse de Teillé, arrondissement du Mans (Sarthe), venu avec M. de Maisonneuve, en 1653.
Réné Doussin (sieur de Sainte-Cécile), soldat de la garnison, âgé de 30 ans (parti de France, en 1653, avec M. de Maisonneuve).
Jean Lecompte, âgé de 26 ans (de la paroisse de Chemiré, arrondissement du Mans (Sarthe), venu avec M. de Maisonneuve, en 1653).
Simon Grenet, âgé de 25 ans.
François Crusson, dit Pilote, âgé de 24 ans (parti de France, en 1653, avec M. de Maisonneuve).[160]
[Note 160: Régistre de la paroisse de Ville-Marie. Sépultures. 3 juin 1660.]
A ces dix-sept héros chrétiens, on doit joindre le brave Anahotaha, chef des Hurons, comme aussi Metiwemeg, capitaine Algonquin, avec les trois autres braves de sa nation, qui tous demeurèrent fidèles et moururent au champ d'honneur; enfin les trois Français qui périrent dès le début de l'expédition, Nicolas du Val, Mathurin Soulard et Blaise Juillet.
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CHAPITRE DEUXIÈME
On est aujourd'hui absolument certain de l'endroit où hivernèrent les navires de Jacques Cartier en 1535-1536. Ce site est l'embouchure de la rivière _Lairet_.
La seule difficulté, et c'en est une considérable, est de savoir si le Fort Jacques Cartier fut bâti sur la rive _droite_ ou la rive _gauche_ de la rivière _Lairet_.
Tout milite cependant en faveur de l'opinion allant à dire que la rive _gauche_ du _Lairet_ fut l'exact emplacement du Fort Jacques Cartier. A mon sens, le monument commémoratif, que le Cercle Catholique de Québec fait élever au Découvreur, sera historiquement bien placé.
Consulter à ce propos ce que les anciens historiens ont écrit _relativement à la Rivière Ste-Croix où Jacques Cartier se fortifia et mis ses navires en hivernements_ en 1535-36. Pages 109, 110, 111, 112, 113, 114, 115, 116, 117, 118 et 119 de l'Appendice qui accompagne la relation des trois Voyages (1534-1535-1541) de Jacques Cartier--édition canadienne de 1843.
"La maison principale des Missionnaires Jésuites était à _Notre Dame des Anges_, à deux kilomètres (demi-lieue) du Fort que Champlain avait bâti (Québec). _Notre Dame des Anges_, sur les bords de la rivière Lairet, près de Québec, rappelle un souvenir bien plus ancien que la résidence des Pères Jésuites. C'est là qu'en 1535 le grand explorateur du Canada, Jacques Cartier, éleva un petit fort pour passer l'hiver avec ses hardis marins. Avant de quitter ces rives, où une partie de sa troupe fut décimée par le scorbut, et où il se vit forcé d'abandonner un de ses vaisseaux, il planta une grande croix avec un écusson aux armes de France et l'inscription: _Franciscus Primus, Dei gratia Francorum rex, regnat_. François Ier, par la grâce de Dieu roi de France, règne." _Le Père Isaac Jogues_, premier apôtre des Iroquois, par le Rév. P. F. Martin, chapitre II, page 24.
"En 1626, les Jésuites avaient formé là (à Notre Dame des Anges) leur première résidence, à 2 milles de Québec, sur la rive _droite_ de la petite rivière Lairet, à l'endroit où elle tombe dans la rivière St. Charles. C'était l'extrémité du terrain que leur avait donné le duc de Vantadour, sous le nom de Seigneurie Notre-Dame des Anges. Ce bien portait encore le nom de _Fort Jacques Quartier_ parce qu'en 1535, il avait été obligé d'y hiverner. On Y voit encore aujourd'hui quelques ruines de l'ancienne maison des jésuites." _Biographie de Père François-Joseph Bressani_ par le Rév. Père F. Martin de la Compagnie de Jésus. Première annotation de la page 15, édition de 1852.
Le commentateur de l'édition canadienne des Voyages de Jacques Cartier, publiés sous la direction de la Société Historique de Québec, dit à la note 22 de la page 114 de l'appendice:
"Les Récollets arrivèrent dans la Nouvelle-France en 1615. Les Jésuites ne vinrent qu'en 1625 et 1627 ces pères commencèrent un établissement sur la rive _droite_ de la petite rivière Lairet à l'endroit où elle tombe dans la rivière St. Charles."