Une bibliothèque L'art d'acheter les livres, de les classer, de les conserver et de s'en servir
Part 14
Certains personnages, tels que les princes souverains, les papes, divers prélats et écrivains, etc., n'ont point, à proprement parler, de noms de famille, et ne sont communément désignés que par leurs prénoms: c'est ce prénom qui sera le mot d'ordre, «et l'on distinguera, dit M. Léopold Delisle[454], les homonymes par le nom des États qu'ils ont gouvernés, des églises qu'ils ont administrées, des localités dont ils sont originaires. Dans la série des homonymes, les saints passent au premier rang. Les papes viennent à la place que l'ordre alphabétique assigne au mot _pape_.» Exemples:
CHARLES VIII, roi de _France_... CHARLES, duc d'_Orléans_... PAUL (saint). PAUL _Diacre_. PAUL d'_Égine_. PAUL III, _pape_. PAUL I, empereur de _Russie_. PHILIPPE, abbé de _Bonne-Espérance_. PHILIPPE le Bon, duc de _Bourgogne_. PHILIPPE II, roi d'_Espagne_. PHILIPPE III, roi de _France_. PHILIPPE de _Thessalonique_.
«Pour les personnages qualifiés de _saints_ ou de _bienheureux_, les mots _saint_ et _bienheureux_ doivent être mis de côté, tandis que ces mots font partie intégrante des noms de lieu ou d'institution dans la composition desquels ils sont entrés[455].» On écrira donc:
BENOÎT (saint), _Règle..._ LOUIS (saint), _Enseignements..._
Mais on mettra à la lettre S les articles:
SAINT-BENOÎT-sur-Loire (Abbaye de)... SAINT-LOUIS (Ordre de)... SAINT-LOUIS-des-Français, à Rome (Église de)...
On classera aussi «à la lettre S les noms d'hommes tirés d'un nom dans lequel le mot _Saint_ entre comme partie intégrante[456]». Exemples:
SAINT-FOIX (G.-F. de), _Essais historiques sur Paris..._ SAINT-PIERRE (Bernardin de[457]), _Paul et Virginie..._ SAINT-VICTOR (J.-M. Bins de), _Tableau historique et pittoresque de Paris..._
Pour les auteurs dont on possède des exemplaires des œuvres complètes, des œuvres choisies et d'ouvrages séparés, on classe en premier lieu la fiche relative aux œuvres complètes, inscrites dans l'ordre chronologique des éditions; puis la fiche concernant les œuvres choisies, rédigée de même; les fiches relatives aux ouvrages publiés séparément viennent après, rangées par ordre alphabétique des titres[458]. Exemples:
CHATEAUBRIAND, _Œuvres complètes..._ CHATEAUBRIAND, _Œuvres choisies..._ CHATEAUBRIAND, _Atala..._ CHATEAUBRIAND, _Martyrs (les)..._ CHATEAUBRIAND, _Natchez (les)..._
Si un auteur a publié plusieurs de ses ouvrages sous des noms différents, on rédige la _fiche complète_ ou _fiche principale_ avec, pour mot d'ordre, le nom généralement le plus connu, et l'on met à chaque autre nom une _fiche de rappel_ ou _de renvoi_. Ainsi Voltaire (qui est déjà un pseudonyme et représente Arouet) a signé ses écrits de _cent soixante_ noms différents[459]. Vous cataloguerez toutes ces publications à VOLTAIRE sous cette forme:
(Cote du catalogue méthodique.) VOLTAIRE [François-Marie AROUET de]. [Docteur RALPH]. _Candide ou l'Optimisme_, roman traduit de l'allemand du docteur Ralph... (Numéro du registre d'entrée.)
(Cote du catalogue méthodique.) VOLTAIRE [François-Marie AROUET de]. [Docteur AKAKIA]. _Diatribe du docteur Akakia..._ (Numéro du registre d'entrée.)
Et vous mettez à RALPH (Docteur) et à AKAKIA (Docteur) une fiche de renvoi:
RALPH (docteur). Voir VOLTAIRE.
Vous pouvez ajouter, à l'angle gauche supérieur de la fiche de renvoi, la cote du catalogue méthodique inscrite sur la fiche principale, le plus valant mieux que le moins.
Les premières éditions des _Provinciales_ de Pascal ont paru sous le nom de Louis de Montalte; vous cataloguerez de la sorte un exemplaire d'une de ces premières éditions:
PASCAL (Blaise). [MONTALTE (Louis de)]. _Les Provinciales ou les Lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis, et aux RR. PP. Jésuites_, 9e édit. Cologne, Nicolas Schoute, 1685. In-12. Rel. v.
Et à MONTALTE vous placerez une fiche de renvoi:
MONTALTE (Louis de). Voir PASCAL (Blaise).
Quelques bibliographes font l'inverse, placent la fiche principale au nom porté sur le titre, soit à MONTALTE dans le dernier exemple, et la fiche de renvoi à PASCAL; mais la plupart sont d'un avis contraire et estiment qu'il faut prendre comme mot d'ordre le vrai nom ou le nom le plus connu. «C'est cette dernière manière de faire qui a été en général suivie, et avec raison selon nous, dit le docteur Graesel[460], parce qu'elle est plus conforme à ce grand principe qui veut que tous les ouvrages d'un même auteur soient autant que possible réunis sous son vrai nom[461], qu'ils aient paru sous ce vrai nom, sous un nom supposé ou même sous le voile de l'anonymat.»
De même, s'il s'agit d'un nom traduit, d'une métonomasie:--MÉLANCHTHON, traduction grecque de l'allemand Schwarzerd (ou Schwartzerde), terre noire; ŒCOLAMPADE, traduction grecque de l'allemand Hausschein, lumière de la maison; QUERCETANUS, traduction latine du français Duchesne; CASTELLANUS, traduction latine du français Duchâtel; etc.,--il faut prendre pour mot d'ordre le nom traduit, qui est le seul connu, le seul inscrit sur les titres des œuvres, et l'on mettra, si l'on veut, au nom véritable et qui ne figure sur aucune œuvre, une fiche de renvoi. Contrairement à cette règle si rationnelle, la Bibliothèque nationale porte toujours l'auteur à son nom véritable[462]: c'est comme si, dans un dictionnaire biographique, il fallait chercher Mélanchthon à SCHWARZERD ou Œcolampade à HAUSSCHEIN, et, pour cela, d'abord se rappeler,--ou plutôt savoir, savoir précisément ce que l'on cherche,--les vrais noms de Mélanchthon et d'Œcolampade. Ajoutons que c'est aux dictionnaires, à vrai dire, et non aux fiches de catalogues, à donner ces renseignements d'état civil et d'histoire littéraire.
Pour les ouvrages faits en collaboration, vous rédigez une fiche complète ou fiche principale, que vous classez au nom du premier des auteurs, et des fiches de renvoi au nom de l'autre ou des autres. Exemple:
Fiche principale:
(Cote du catalogue méthodique.)
ALEXANDRE, PLANCHE et DEFAUCONPRET.
_Dictionnaire français-grec_, composé sur le plan des meilleurs dictionnaires français-latins, et enrichi d'une table des noms irréguliers, d'une table très complète des verbes irréguliers ou difficiles, et d'un vocabulaire des noms propres.
Paris, Hachette, 1869. In-8. Cart. toile.
(Numéro du registre d'entrée.)
Première fiche de renvoi:
PLANCHE. Voir ALEXANDRE, PLANCHE et DEFAUCONTRET.
Deuxième fiche de renvoi:
DEFAUCONPRET. Voir ALEXANDRE, PLANCHE et DEFAUCONTRET.
Si vous avez affaire à un ouvrage traduit, vous rédigez de même deux fiches, l'une--fiche complète ou principale--au nom de l'auteur, l'autre--fiche de renvoi--au nom du traducteur. Exemple:
Fiche principale:
(Cote du catalogue méthodique.)
HOFFMANN.
_Contes fantastiques_, trad. par X. Marmier.
Paris, Charpentier, 1869. In-18. Br.
(Numéro du registre d'entrée.)
Fiche de renvoi:
MARMIER (X.) Voir HOFFMANN.
De même, les factums et pièces de procédure sont portés au premier nom inscrit dans l'énoncé du titre (demandeur ou défendeur), avec renvois au nom de la partie adverse, des avocats, etc. Exemple: _Mémoire pour Claude VERNEY et Marguerite FOLLEY, sa femme, de La Chapelle, terre de Luxeuil, défendeurs originaires, contre M. de CLERMONT-TONNERRE, abbé commendataire de l'abbaye de Luxeuil... demandeur_, et _Louis MONTAGNON, de Dambenoît, appelé dans la cause_ (au sujet du droit de formariage; 1786. In-4).--La fiche principale doit être portée à VERNEY, et il faut placer des fiches de renvoi aux autres noms[463].
Les fiches des ouvrages anonymes se classent de plusieurs manières. On peut les grouper toutes ensemble;--ou bien placer en tête de chaque lettre celles qui commencent par cette lettre;--ou bien prendre pour mot d'ordre le substantif principal du titre[464];--ou encore prendre le premier substantif nominatif du titre: c'est ce dernier système que préconisent, sauf quelques cas particuliers, MM. Léopold Delisle, Jules Cousin et Graesel[465], et la plupart des bibliographes. Les explications fournies par le docteur Graesel à ce sujet sont très probantes et établissent bien la différence qui existe et doit toujours être maintenue entre les deux catalogues, l'alphabétique et le méthodique.
«En choisissant, dit-il, comme mot d'ordre, à l'exclusion de tout autre, celui qui indique le mieux quel est le sujet traité dans l'ouvrage, on arriverait promptement à confondre le catalogue alphabétique des noms d'auteurs avec le catalogue alphabétique des matières (catalogue méthodique), bien qu'ils diffèrent l'un de l'autre du tout au tout... Le catalogue alphabétique (des noms d'auteurs) n'est pas fait pour qu'on puisse y rechercher les livres dont on ne connaît que vaguement le titre, quand on ne l'a pas oublié tout à fait: dans ce cas, en effet, et pourvu qu'on se souvienne du sujet de l'ouvrage que l'on désire, il sera toujours possible de le retrouver au catalogue méthodique[466].»
Supposons un ouvrage anonyme intitulé _Manuel de bibliographie_; le mot capital, le mot typique de ce titre est «Bibliographie», et c'est à la lettre B qu'on est de prime abord tenté de classer la fiche. Mais, au lieu de ce titre très simple, supposez celui-ci: _Manuel de bibliographie, bibliotechnie, typographie et reliure_; vous avez là quatre mots typiques, quatre mots d'ordre par conséquent, et équitablement il vous faudrait rédiger, pour votre catalogue alphabétique, quatre fiches complètes de classement. Au lieu de ces quatre fiches, on n'en fait qu'une en prenant le mot MANUEL pour mot d'ordre de ce catalogue. Il va sans dire qu'au catalogue de matières, on classera la fiche complète dans la section de la BIBLIOGRAPHIE, le mot MANUEL servant encore de mot d'ordre alphabétique, et qu'on mettra des fiches de renvoi à BIBLIOTECHNIE, TYPOGRAPHIE et RELIURE.
Il arrive fréquemment, pour les livres antérieurs au XIXe siècle, que le nom de l'auteur n'est pas indiqué sur le titre, mais se trouve soit au bas de la préface ou de l'épître dédicatoire, soit à la fin du volume, dans le privilège ou permission d'imprimer. L'ouvrage alors ne doit pas être considéré comme anonyme. Il faut inscrire sur la fiche le nom de l'auteur entre crochets et la classer à ce nom.
Si le titre de l'ouvrage ne porte que les initiales du nom de l'auteur, tâcher d'abord de restituer ce nom dans son entier, et, si l'on y parvient, inscrire, encore entre crochets, ce nom ou sa partie manquante, à la suite des initiales, et classer en conséquence. Exemples:
G. M. [ELZI]: classer à MELZI;
L.-E. J. [LOUIS-ERNEST JEANDIN]: classer à JEANDIN.
_Choix de petits romans de différents genres_, par M. L. M. D. P.
Londres, 1789. 2 vol. in-18.
Ces initiales signifiant: M. le marquis de Paulmy, mettre en tête de la fiche:
[PAULMY (marquis de)]
et classer à PAULMY.
Si le nom est inconnu, on peut ou considérer l'ouvrage comme anonyme, ou le classer à la dernière initiale qui figure sur le titre comme nom d'auteur, ou, au contraire, selon d'autres bibliographes, à la première initiale; c'est-à-dire que ceux-ci considèrent cette première initiale comme étant celle du nom de famille de l'auteur, l'autre ou les autres initiales étant celles de ses prénoms; tandis que ceux-là estiment que c'est la dernière initiale qui doit être celle du nom. Soit un ouvrage intitulé _Pensées chrétiennes_, par D. R. T., dont l'auteur est absolument inconnu; on classera la fiche ou comme celles des ouvrages anonymes[467], ou à la lettre T, ou à la lettre D[468].
Quelques écrivains, parmi ceux notamment dont les noms de famille sont très répandus, ont imaginé, pour éviter autant que possible toute confusion, de joindre, par un tiret ou trait d'union, ce nom à leur prénom. Louis-Aimé Martin, par exemple, l'éditeur de Bernardin de Saint-Pierre, signait ses livres: L. Aimé-Martin; de même M. Fernand Lafargue a signé la plupart de ses romans: Fernand-Lafargue. Il est nécessaire, dans ce cas, de rédiger deux fiches, l'une--principale--à MARTIN et à LAFARGUE; l'autre--de renvoi--à AIMÉ-MARTIN et à FERNAND-LAFARGUE[469].
Les journaux et périodiques se classent, comme les ouvrages anonymes, soit à part, soit à leur mot d'ordre[470], qui est, nous l'avons vu, le premier substantif nominatif du titre. Ainsi, au catalogue alphabétique, _le Magasin pittoresque_ se classera à MAGASIN; _le Moniteur du Sport et de la Mode_, à MONITEUR; au catalogue méthodique, nous classerions ce dernier périodique à SPORT (fiche principale) et mettrions à MODE une fiche de renvoi. Ne craignez pas d'ailleurs de trop multiplier les fiches de renvoi: «un catalogue bien ordonné ne contient jamais trop de renvois», dit très bien l'_Instruction générale_, du 4 mai 1878, relative au service des bibliothèques universitaires[471].
Outre le double catalogage de rigueur, alphabétique et méthodique, il est d'usage de cataloguer à part les manuscrits, les incunables, les volumes de grande valeur, tous les joyaux d'une bibliothèque, ce qu'on appelle à notre Bibliothèque nationale, ainsi que nous l'avons dit déjà, la _réserve_. Comme il est utile de décrire ces ouvrages en détail, d'en reproduire même avec exactitude la disposition typographique du titre, de l'incipit ou du colophon, en signalant les particularités de l'exemplaire, le format de notre fiche habituelle (8 ou 10 centimètres sur 12 ou 14) peut être insuffisant pour de tels développements. On se servira donc, pour ce catalogue spécial, de feuilles de papier plus grandes (pot, tellière, etc.), qu'on renfermera dans des reliures mobiles _ad hoc_[472], et l'on rédigera ces descriptions dans le genre des modèles suivants, empruntés, sauf de légères modifications, à l'excellent _Manuel du libraire_ de Jacques-Charles Brunet et à son supplément[473].
CONTENANCES (Les ||) de la Table. || _S. l. n. d._, in-4, de 6 ff.
Le premier feuillet contient le titre, qui commence par une grande L historiée de Vérard; les deux feuillets suivants sont signés _a_ ii et _a_ iii. Le reste de la pièce est sans chiffres ni réclames; il n'y a pas de ponctuation.
Le 10e quatrain, qui finit le verso du 2e f. et commence le 3e, a cinq vers; c'est-à-dire que le 2e vers se trouve répété en haut du 3e f., ce qui constitue une sorte de réclame.
Au verso du 5e f. commence une ballade de 3 strophes octosyllabiques, plus un quatrain, et à la suite, au bas du recto du 6e f., on lit: _Cy finissent les contenāces de la table_.[474]
CHRONIQUES DE NORMANDIE.
Les croniques de normendie || nouuellement jmprimees a || Rouen. Au verso du dernier f., 2e col., on lit: _Cy finissent... nouuellemēt īprimees a Rou || en pour Pierre regnault libraire de || luniuersite || de caē demourāt en froi || de rue a lenseigne saint Pierre (sans date)_. Pet. in-fol. goth. à 2 col. de 46 lig.
Édition belle et rare, qui doit avoir paru vers 1500. Les feuillets n'en sont pas chiffrés, mais ils ont des signatures. Les six premiers ff. contiennent le titre en trois lignes, et surmonté de la marque de l'imprimeur tirée en rouge, la table des chapitres, et au verso du 6e f. une figure sur bois, avec le sommaire du texte impr. en gros caractères. Ce texte commence avec le cahier a, et continue jusqu'au recto du 5e f. du cahier r, 2e col.; le 6e f. est blanc. Tous ces cahiers ont chacun 6 feuillets. A la seconde colonne du recto du feuillet qui suit la signature _O_ ii, se lit cette rubrique: _Cy apres ensuit vng petit traicte leq̄l parle de la guerre cōtinuee entre francois et anglois depuis la mort du roy henri II. nōme de lenclastre_ (sic) _iusques a lannee destreues donnees et accordees en lā mil cccc. xliiii_[475].
AMBROISE (S.). Sensuyt le Traictie sainct Ambroise || du bien de la mort. Au rº du 39e f., lig. 6, on lit: [¶] cy finist le liure de sainct Ambroise du || bien de la mort. _S. l. n. d._ (vers 1510), pet. in-8, goth., de 39 ff., sign. A.-E., grav. en b. sur le titre[476].
PLAI || SANT Blason, || (Le) de la teste de || Boys. || _S. l. n. d._ (_Lyon, vers 1555_), in-16, de 8 ff. non chiff., de 23 l. à la page, en lettres rondes, sign. A-B. par 4.
Le vº du titre est blanc.
Pièce fort curieuse, que reproduisent MM. de Montaiglon et de Rothschild au tome XIII des _Poësies franç._ des XVe et XVIe siècles, d'après l'exempl. unique, qui est conservé à Aix dans la bibliothèque Méjanes, nº 30 047, dans un recueil qui contient en outre la _Loittre de Tenot à Piarrot_, l'_Admonition contre la dissolution des Habitz_, et _le Franc Archier de Cherré_[477].
LESCARBOT (Marc). Histoire || de la novvelle || France || contenant les navigations, découvertes, & habi || tations faites par les François ès Indes Occiden || tales, & Nouvelle-France souz l'avœu & autho || rité de noz Rois Tres-Chrestiens, & les diverses || fortunes d'iceux en l'exécution de ces choses, || depuis cent ans jusques à hui. || En quoy est comprise l'Histoire Morale, Naturele, et Geo || graphique de ladite Province: Avec les Tables & || Figures d'icelle. || Par Marc Lescarbot Aduocat en Parlement, || Témoin oculaire d'vne partie des choses ici récitées. || Multa renascentur quæ iam cecidere cadentque. || _A Paris, || chez Iean Milot, tenant sa boutique sur les degrez || de la grand' salle du Palais._ || M. DC. IX. || _Avec Privilége du Roy_ (du 27 novembre 1608), in-8, de XXIV ff. lim. et 444 ff. chiff.; à la page 207 se trouve la: _Figvre dv port de Ganabara av Brésil_; à la p. 236: _Figvre de la terre nevve. Grande Riviere de Canada, et côtes de l'Ocean en la Novvelle France_; à la p. 480: _Figvre de Port Royal en la Novvelle France. Par Marc Lescarbot, 1609._ (_Jan Svvelinck sculp., J. Millot excudit_)[478].
LE SAGE (Alain-René).
Histoire || de Gil Blas || de Santillanne (_sic_). || Par M. Le Sage. || Dernière édition, revue et corrigée. || _A Paris._ || _Par les Libraires associés._ || M. DCC. XLVII. || _Avec Approbation & Privilége du Roy_, || 4 vol. in-12, fig.
Édition définitive du chef-d'œuvre de Le Sage, publiée l'année même où il mourut à Boulogne-sur-Mer; elle n'est pas rare, mais jolie et très recherchée...
Les premières éditions de ce livre célèbre sont moins bonnes, moins complètes et surtout moins recherchées que celle-ci[479].
Au lieu des titres in-extenso et des remarques qui les accompagnent, il suffit, pour les fiches ordinaires, d'une rédaction abrégée. Prenons, par exemple, le dernier ouvrage dont nous venons de donner la fiche détaillée, nous aurons, pour la fiche du catalogue alphabétique et celle du catalogue méthodique:
LE SAGE (Alain-René).
_Histoire de Gil Blas de Santillanne_ (sic). Dern. édit. revue et corrigée.
Paris, Libraires associés, 1747. 4 vol. in-12, fig.
On réduirait de même les autres fiches détaillées, en ne laissant que les parties essentielles et de rigueur.
*
* *
Le catalogue par ordre de matières, le catalogue méthodique ou systématique, dont nous allons maintenant nous occuper, forme le pendant ou comme la contre-partie du catalogue alphabétique. Celui-ci s'emploie surtout, avons-nous dit, quand on connaît le nom de l'auteur et qu'on veut trouver le titre d'un livre; celui-là, au contraire, quand on connaît le titre de l'ouvrage et qu'on désire savoir le nom de l'auteur, ou encore et surtout lorsqu'on tient à se renseigner sur la quantité d'ouvrages relatifs à telle ou telle question et mis à la disposition des lecteurs de telle ou telle bibliothèque.
Le plus simple et le mieux, c'est d'exécuter simultanément les deux catalogues, de rédiger chaque fiche en double exemplaire[480], et de classer l'un dans la boîte du catalogue alphabétique, l'autre dans celle du catalogue méthodique. Les diverses sections de ce dernier seront séparées par des fiches de couleur, un peu plus hautes que les fiches ordinaires, des _vedettes_ portant chacune le titre de sa section;--absolument, ainsi que nous l'avons vu page 221, comme sont séparées les sections du premier, c'est-à-dire les fiches de chaque lettre du catalogue alphabétique.
Mais quelles seront-elles, ces sections du catalogue méthodique? Dans quel ordre les ranger et les grouper, ces fiches? Quel sera le système de classification générale bibliographique que nous allons appliquer et suivre?
Il ne s'agit de rien moins ici que de déterminer intégralement tous les éléments des connaissances humaines, de diviser et subdiviser logiquement tout ce vaste ensemble, et, rien qu'à l'énoncé du problème, on en pressent les difficultés, on devine combien la tâche est compliquée, ardue et épineuse.
«La première chose à faire avant de mettre la main au catalogue méthodique, écrit M. Jules Cousin[481], c'est de s'être tracé un système de classement, avec des divisions et subdivisions plus ou moins nombreuses, suivant l'importance du fonds que l'on a à cataloguer. Si l'on n'a pas, dès l'abord, fait ce travail préliminaire, si l'on n'a pas au moins marqué les grandes lignes du plan que l'on s'astreindra à suivre rigoureusement, on marchera au hasard, et, à la place de l'ordre et de la clarté, on n'aura que confusion et chaos... Pour montrer le mieux à faire, il n'y a, croyons-nous, rien de plus sage que d'indiquer ce qui s'est déjà fait, et d'interroger l'expérience des hommes les plus compétents.»
Jetons donc un coup d'œil sur les divers essais et systèmes de classification pratiqués jusqu'ici[482], et voyons ce qu'on en peut tirer et quel choix on doit faire.
*
* *
Un des plus anciens catalogues bibliographiques qui soient parvenus jusqu'à nous est celui de la bibliothèque de l'église de Saint-Emmeran de Ratisbonne; il a été rédigé en 1347 et comprend douze divisions, consacrées la plupart aux livres saints: 1º _Libri textuum Bibliæ_; 2º _Diversi expositores super Biblia_; 3º _Doctores_; 4º _Libri Historiarum_; etc.
Mais ce n'est pas là, à vrai dire, un système bibliographique; pas plus que ce catalogue publié en 1498 par Alde l'Ancien sur un simple feuillet, intitulé: _Libri græci impressi_, et contenant quatorze articles divisés en cinq classes: 1º _Grammatica_; 2º _Poetica_; 3º _Logica_; 4º _Philosophica_; 5º _Sacra scriptura_.
Le premier classement qu'on peut vraiment considérer comme un système bibliographique date de cinquante ans plus tard; il est dû au célèbre médecin suisse Conrad Gesner, qui, dans la deuxième partie de son ouvrage _Bibliotheca universalis_, imprimé à Zurich de 1545 à 1549, classa les _Pandectæ_[483], c'est-à-dire tout ce que l'esprit humain peut embrasser, en vingt et une catégories: 1. _Grammatica_; 2. _Dialectica_; 3. _Rhetorica_; 4. _Poetica_; 5. _Arithmetica_; 6. _Geometria_; 7. _Musica_; 8. _Astronomia_; 9. _Astrologia_; 10. _De Divinatione et Magia_; 11. _Geographia_; 12. _Historia_; 13. _De diversis Artibus_; 14. _De naturali Philosophia_; 15. _De prima Philosophia, et Theologia Gentilium_; 16. _De morali Philosophia_; 17. _De œconomica Philosophia_; 18. _Politica_; 19. _De Jure civili et pontifico_; 20. _Theologia_ (ce titre devait être celui du 21e livre; mais la _Médecine_, qui en aurait formé le 20e, n'ayant pas paru, on la remplaça par la _Théologie_).