Une bibliothèque L'art d'acheter les livres, de les classer, de les conserver et de s'en servir

Part 13

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Mais, dans chacune de ces catégories: histoire de France, littérature, linguistique, beaux-arts, etc., n'oubliez pas de ranger toujours vos volumes par ordre alphabétique de noms d'auteurs, ce qui facilitera de beaucoup vos recherches, et toujours de gauche à droite sur chaque rayon, comme nous l'avons dit.

Un autre système de classement, applicable seulement aux bibliothèques particulières, se trouve mentionné, sinon préconisé, par l'auteur des _Mémoires d'un bibliophile_. Il est de beaucoup plus simple, et on peut le dire aussi original que rationnel pour certains lecteurs ou amateurs. C'est le système employé par M. d'Herbouville, directeur général des postes de 1815 à 1816, «possesseur d'une magnifique bibliothèque, et l'un des hommes de France le plus en état de la bien classer[426]». Il consiste tout bonnement à «mettre les plus beaux livres devant, et les plus laids derrière[427]».

D'autres amoureux des livres placeront devant, bien à portée de la main, leurs volumes préférés, ceux qu'ils relisent ou consultent le plus fréquemment.

Tous ces systèmes ont du bon pour une collection particulière: vous n'êtes pas et ne pouvez être astreint, dans votre bibliothèque, qui ne sert qu'à vous seul, au même ordre, à la même rigoureuse méthode, qui doit régir un établissement public. Le point capital pour vous, ou même le seul point à retenir, c'est que votre classement vous plaise et que vous le possédiez jusqu'au bout des doigts, de façon à aller quérir sans lumière ou les yeux fermés n'importe lequel de vos volumes, c'est qu'il vérifie et confirme l'excellente règle posée par un bibliophile anonyme:

«Un livre doit être placé dans une bibliothèque de manière à n'être jamais cherché, mais tout simplement pris[428].»

CHAPITRE VIII

DES CATALOGUES ET DE LA CLASSIFICATION BIBLIOGRAPHIQUE

Différentes sortes de catalogues.--Catalogue alphabétique ou par noms d'auteurs.--Emploi des fiches.--_Ex-libris._--Timbrage et _rondage_ des volumes.--Détermination du _mot d'ordre_ et classement des fiches: nombreux cas douteux et principales difficultés.

Catalogue méthodique ou systématique, c'est-à-dire par ordre de matières.--Classification de J.-Ch. Brunet.--Autres systèmes de classification bibliographique.--Classification décimale de M. Dewey.

«On ne jouit vraiment de ses livres qu'à la condition de les classer, de les garder et de les cataloguer,» a prétendu l'académicien Cuvillier-Fleury[429]. Et Jules Richard affirme de son côté que, dès qu'un «bibliophile amateur a commencé sa collection..., il lui faut tout de suite un catalogue; il le lui faut absolument; car il n'y a pas de vrai bibliophile ni de bibliothèque bien classée sans catalogue[430]».

Sans être aussi certain de la rigoureuse et inflexible nécessité de cette condition, du moins pour une modeste bibliothèque comme la nôtre, occupons-nous donc le plus succinctement possible, et si complexe, si rébarbative et ingrate que soit la matière, du catalogage des livres et de leur classification.

Les livres peuvent se classer et se cataloguer soit par noms d'auteurs: c'est le catalogue _alphabétique_ ou _onomastique_;--soit d'après les titres des ouvrages, c'est-à-dire par ordre de matières: c'est le catalogue _méthodique_, nommé aussi _systématique_ ou _idéologique_;--soit selon la place que les volumes occupent sur les rayons: c'est le catalogue _topographique_, appelé par les Allemands _Lokal-Katalog_[431]. On peut aussi les classer d'après leurs dates de publication ou d'impression, et l'on a le catalogue _chronologique_; ou d'après leurs lieux d'impression, ce qui donne le catalogue _géographique_: ces deux dernières sortes de catalogues sont presque exclusivement réservées aux incunables, et nous ne nous occuperons que des deux premières, du catalogue alphabétique et du catalogue méthodique.

Le catalogue alphabétique, écrit M. Albert Maire[432], «est le plus important des catalogues d'une bibliothèque, celui qui est consulté sous toutes ses formes et à tous les instants». Le catalogue méthodique ne lui cède guère en utilité et mérite, et rend aussi les plus grands services. Avez-vous à chercher le titre d'un livre dont vous connaissez le nom de l'auteur, vous le trouvez sans difficulté avec le catalogue alphabétique; mais si vous ne connaissez pas ce nom, ou encore si vous voulez vous rendre compte du nombre d'ouvrages publiés sur une matière, c'est au catalogue méthodique qu'il faut recourir. Tous deux sont donc, et à peu près au même degré, d'un usage essentiel dans les bibliothèques publiques et les grandes collections.

Un principe tout d'abord: ne vous servez pas de registres pour cataloguer vos volumes, mais de fiches ou cartes[433], faites en bon papier épais, de 8 ou 10 centimètres de large sur 12 ou 14 de haut, et que vous rangerez, par ordre alphabétique, dans une longue boîte en bois[434], ou, si vos livres, et par conséquent vos fiches, sont en petit nombre, simplement en fort carton. En tête de chaque lettre, il est bon de placer une fiche, dite _vedette_, plus haute que les autres et de couleur différente, portant à son sommet mention de cette lettre.

Si votre bibliothèque comprend beaucoup de volumes, quatre ou cinq mille au moins, il sera préférable d'employer des fiches articulées, qui se classent dans des boîtes en chêne, traversées dans toute leur longueur par une vis sans fin. Ces fiches, échancrées à leur partie inférieure ou talon[435], se placent à cheval sur la vis sans fin. Chaque talon est réuni, par une articulation en toile, au corps de la fiche, à la fiche proprement dite, ce qui donne à celle-ci une grande mobilité, et rend les recherches des plus faciles. Chaque talon possède en outre, à droite et à gauche, un petit rebord en saillie qui vient s'engager dans une rainure tracée dans les parois latérales de la boîte. Le talon de la fiche étant ainsi, grâce à ce rebord, plus large que la boîte, il faut le diriger obliquement pour l'y faire entrer; lorsqu'il est en place, la fiche se trouve comme fixée, par sa partie inférieure, son talon, dans la boîte, et ne peut en être retirée verticalement. Il n'y a plus qu'à manœuvrer la vis au moyen d'une clef spéciale, qu'on ôte à volonté, pour faire avancer un écrou qui serre et immobilise les talons de toutes les fiches et, par suite, empêche celles-ci de se déplacer ou d'être enlevées. Mais chacune d'elles, grâce à l'articulation de toile, peut se mouvoir en avant et en arrière, osciller sur son talon, et par conséquent être aisément consultée. Veut-on extraire de la boîte ou y insérer une ou plusieurs fiches? Il suffit de desserrer la vis. Cet ingénieux système de fiches et de boîtes, d'usage fréquent dans les bibliothèques publiques, porte le nom de son inventeur, M. Ferdinand Bonnange[436].

Sur chaque fiche on inscrit:

1º Le nom et le ou les prénoms de l'auteur: c'est ce nom qui devient le _mot d'ordre_ de la fiche, c'est-à-dire qui en détermine le classement: aussi doit-il être écrit en tête et en gros caractères, bien détaché de la suite de l'inscription;

2º Le titre (autant que possible complet) du livre, et, s'il y a lieu, le chiffre de l'édition;

3º L'_adresse_, c'est-à-dire le lieu de publication, le nom de l'éditeur[437] et la date de publication ou millésime;

4º L'indication du nombre de volumes, du format,--beaucoup y ajoutent le nombre de pages,--et de l'état matériel du ou des volumes de chaque ouvrage[438]: brochés, reliés, non rognés, dorés sur tranches, etc. Ces dernières indications se mettent toujours en abrégé: _br._, _r._ ou _rel._, _n. r._, _d. s. tr._ (Voir à l'Appendice: ABRÉVIATIONS.) Si le titre ne mentionne pas la date de l'édition, on inscrit sur la fiche _s. d._ (sans date) ou _s. m._ (sans millésime), et si le lieu de publication n'y figure pas non plus, on le constate de cette façon: _s. l. n. d._ (sans lieu ni date) ou _s. l. n. m._ (sans lieu ni millésime).

Si vous voulez procéder plus régulièrement encore et à l'instar des bibliothèques publiques, vous aurez un registre d'entrée[439] sur lequel vous inscrirez, en lui donnant un numéro d'ordre, chacun de vos livres, à mesure qu'ils vous arriveront. Si l'ouvrage se compose de plusieurs volumes, il est préférable d'attribuer à chacun d'eux un numéro spécial: tous vos livres auront ainsi en quelque sorte, chacun distinctement, un état civil, et le dernier numéro porté sur votre registre vous indiquera le nombre de volumes entrés dans votre bibliothèque, le total de vos richesses.

Sur les registres ou cahiers du catalogue méthodique, dont il sera question plus loin, vous ne donnerez, au contraire, qu'un seul numéro à chaque ouvrage, quelle que soit la quantité de volumes dont il se compose; et cela se comprend, puisque, là, dans le catalogue méthodique, chaque ouvrage n'est considéré qu'au point de vue du sujet qu'il traite, n'est envisagé que dans son ensemble, et ne doit, par conséquent, former qu'une unité.

Ces inscriptions effectuées, vous transcrivez dans l'angle gauche supérieur de la fiche le numéro du registre du catalogue méthodique, ainsi que les lettres ou chiffre indices affectés à la section de ce catalogue à laquelle cet ouvrage appartient, ce qu'on nomme la _cote_, comme nous le verrons aussi plus loin. Quant au numéro du registre d'entrée, au lieu de le porter pareillement en tête de la fiche, vous l'inscrirez au-dessous du titre et de l'adresse. Voici pourquoi. Un ouvrage peut se composer de nombreux volumes, qui, s'il est en cours de publication, par exemple, vous seront adressés successivement; et, comme vous devez assigner à chacun d'eux un numéro d'ordre, la place ne tarderait pas à vous manquer pour ces inscriptions: vous seriez arrêté, quelques centimètres au-dessous du bord supérieur de la fiche, par le nom de l'auteur, le _mot d'ordre_, qui, comme nous l'avons dit, doit être écrit en tête et en gros caractères. De plus, les mêmes ouvrages, quel qu'en soit le nombre d'exemplaires que vous possédez, devant respectivement figurer sur la même fiche, avec leurs numéros d'entrée, le chiffre et le format de leur édition, et ce qui caractérise chacune d'elles ou chaque exemplaire (illustrée, annotée, revue, etc.;--broché, cartonné, relié, etc.), il est indispensable de réserver pour ces inscriptions une place suffisante, et, cette place, vous ne pouvez la trouver qu'au-dessous du mot d'ordre, du titre et de l'adresse. Si elle venait à vous faire défaut, si votre fiche était complètement remplie,--ce qui peut arriver, même assez vite, spécialement pour les publications périodiques, dont vous recevez un ou plusieurs volumes par année,--vous prendriez une seconde fiche, que vous réuniriez à la première par le talon, à l'aide de colle, et sur laquelle vous continueriez vos inscriptions. Ajoutons que numéro d'entrée et cote du catalogue méthodique doivent figurer sur l'_ex-libris_ de chaque volume, étiquette ou vignette que vous collerez ou avez déjà collée au verso du premier plat de la couverture.

Supposons que nous ayons à rédiger la fiche d'un exemplaire broché de l'_Histoire de Paris_ de Dulaure, composé de quatre volumes, inscrits sur notre registre d'entrée sous les numéros 3415 à 3418, et, sur le registre de la section du catalogue méthodique (Histoire: U; Histoire de France U V1; Paris U V1 Oa.--Classification de Brunet, voir _infra_, pp. 278-281) sous le nº 62; nous libellerons et disposerons ainsi nos diverses indications sur une des fiches précédemment décrites, une fiche du système Bonnange:

U V1 Oa ------- Nº 62 DULAURE (J.-A.) _Histoire physique, civile et morale de Paris_, 7e édit. Paris, Librairie des Publications illustrées, 1864. 4 vol. in-8 br.

Nº 3415: Tome 1. -- 3416: -- 2. -- 3417: -- 3. -- 3418: -- 4.

Par abréviation, on pourrait réunir ces quatre derniers numéros et se contenter d'écrire, après «4 vol. in-8 br.»: Nºs 3415-3418; mais l'affectation d'un numéro spécial à chaque tome sur la fiche même est préférable; elle permet de faire suivre cette mention de la désignation des caractères particuliers à chaque tome comme à chaque ouvrage: relié, broché, etc., et de donner ainsi encore une fois à tous vos livres, sur le registre d'entrée aussi bien que sur les fiches, une sorte de certificat d'identité ou d'état civil.

Pour les tomaisons, employez toujours les chiffres arabes, de préférence aux chiffres romains, qui occupent trop d'espace et sont une source de confusion et d'erreurs. (Voir l'Appendice.)

De même, pour la fiche d'un exemplaire du roman d'Alphonse Daudet, _Sapho_, nous aurions,--la cote du catalogue méthodique étant: Belles-Lettres: O; Fictions en prose: O IV; Romans: O IV 2; Romans français: O IV 2 D; et le numéro d'ordre supposé 515:

O IV 2 D -------- Nº 515

DAUDET (Alphonse).

_Sapho_, mœurs parisiennes.

Paris, Charpentier, 1884. In-18. Cart. brad.

Nº 4841.

Si un ou plusieurs autres exemplaires de ce même roman venaient s'ajouter à votre bibliothèque, vous inscririez sur la fiche précédente, au-dessous du Nº 4841, affecté à l'exemplaire que vous possédez déjà, les numéros d'entrée de vos nouveaux exemplaires, avec les mentions de rigueur:

Nº 5307: Paris, Flammarion, s. m. In-18. Illustr. Rel. toile. Nº 6015: Paris, Lemerre, 1895. Pet. in-12. Br.

Pour un journal ou un recueil périodique, nous aurions:

U Journaux I b -------------- Nº 43

REVUE DES BIBLIOTHÈQUES. Mensuelle. In-8.

Directeurs: Émile Chatelain et Léon Dorez. Paris, Émile Bouillon, édit.

Nº 5885: 4e année, 1894. Demi-rel. chagr. -- 7921: 5e -- 1895. -- -- 8518: 6e -- 1896. -- -- 9302: 7e -- 1887. -- -- 9950: 8e -- 1898. -- -- 10217: 9e -- 1899. -- -- 11588: 10e -- 1900. --

Nous rappelons que, pour ces nombreuses inscriptions, une fois la première fiche remplie, on en prend une seconde, puis, s'il le faut, une troisième, une quatrième, etc., et on les réunit toutes par leur talon, qui, grâce à la charnière de toile, laisse indépendante et mobile la partie supérieure, la fiche proprement dite.

Il arrive très fréquemment que le nom de l'auteur figure, accompagné de mentions ou de qualités, à la suite du titre de l'ouvrage; il est bon alors, quoique ce nom soit déjà placé comme mot d'ordre en tête de la fiche, de le maintenir à son rang dans la transcription du titre. Souvent même il s'y trouve comme incorporé. Exemples:

CHARTIER (Alain).

_Les O[eu]vres de feu messire Alain Chartier._

Paris, Galliot du Pré, 1529. In-8. Rel. en vélin.

PASCAL (Blaise).

_Pensées de M. Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets, qui ont été trouvées après sa mort parmi ses papiers._

Paris, Guillaume Desprez, 1670. In-8. Rel. en parch.

Il ne faut jamais modifier sur les fiches le texte du titre d'un ouvrage; si ce texte est trop long, s'il semble diffus et chargé de détails inutiles, et qu'on juge à propos de l'abréger, on indiquera par des points (trois points suffisent:...) chaque endroit où une suppression a été opérée.

Si un ouvrage, composé d'un certain nombre de volumes ou de parties, a mis plusieurs années à paraître, a été, en d'autres termes, imprimé à des dates différentes, on inscrit sur la fiche les deux dates extrêmes, c'est-à-dire celle qui est portée sur le titre du premier volume et celle du dernier, et on les joint par un trait d'union. Ainsi: 1864-1867 indique que l'ouvrage a commencé à paraître ou à être imprimé en 1864 (millésime du premier volume), et qu'il a été terminé en 1867 (millésime du dernier). On pourrait encore, ce qui vaudrait mieux, ajouter à la suite de chaque tome l'adresse de ce tome:

Nº 1219: Tome 1. Paris, Hetzel, 1864. Nº 2502: -- 2. -- -- 1865. Nº 3909: -- 3. -- -- 1867.

Quand un ouvrage n'a qu'un seul volume, il suffit, comme nous l'avons fait tout à l'heure (fiches DAUDET, CHARTIER, etc.), d'en indiquer le format; la mention 1 vol. se trouve sous-entendue.

Pour vos fiches ou cartes, comme pour vos registres, une écriture droite, du genre de la petite ronde, est de beaucoup préférable à l'écriture penchée, dite anglaise. L'écriture droite permet de faire tenir dans un même espace bien plus de texte que l'anglaise, et elle s'accommode mieux, par suite, avec les colonnes des registres[440]. Écrivez toujours bien lisiblement et, autant que possible, pas trop fin. Vous pouvez d'ailleurs et vous devez même tracer en plus forts caractères certaines mentions, telles que le mot d'ordre; en souligner d'autres: le titre du livre, par exemple; dans certains cas, il vous est loisible d'incliner légèrement votre écriture, en imitant l'italique: vous donnerez ainsi à vos fiches toute la clarté désirable et le meilleur aspect possible.

Les bibliothèques publiques remplacent les ex-libris par des empreintes à l'encre grasse et indélébile, faites sur le titre des livres au moyen du timbre même de ces bibliothèques, et elles inscrivent souvent dans le champ de cette empreinte la cote du livre. Le même cachet est reporté plus loin à deux endroits: à la dernière page du volume, et à une page conventionnelle, qui est toujours la même pour chaque bibliothèque: page 97, anciennement page 101, pour la Bibliothèque nationale; page 41 pour la bibliothèque Sainte-Geneviève; page 99 pour les bibliothèques universitaires; etc. Si le volume n'atteint pas le chiffre de la page conventionnelle, après avoir apposé l'empreinte sur le titre et sur la dernière page, on timbre,--à la Bibliothèque nationale du moins,--la première page de la deuxième feuille. «La forme du timbre est d'une grande importance pour ne pas abîmer le livre, écrit le docteur Graesel[441]; c'est pour cette raison qu'en France, où le timbrage triple est obligatoire dans toutes les bibliothèques publiques, une circulaire ministérielle[442] a recommandé d'employer des timbres oblongs et de faible diamètre, de telle façon qu'on puisse les appliquer sur les marges des volumes sans risque de couvrir le texte.»

C'est par ces marques indélébiles que les établissements publics attestent leur propriété et se précautionnent contre les détournements ou adirements de leurs livres. Afin qu'on puisse aisément reconnaître et trouver les volumes lorsqu'ils sont en place sur les rayons, la cote, ou simplement le numéro du registre d'entrée est inscrit sur une étiquette de papier, en forme de menue rondelle (d'où le nom de _rondage_ donné à cette opération[443]), que l'on colle au dos de chaque livre[444].

Mais vous, dont les volumes n'ont pas à redouter des mains étrangères et ne doivent pas sortir de votre cabinet de travail, gardez-vous bien de souiller et déshonorer de la sorte vos chers trésors: pas de rondelles sur leurs dos, pas de timbres sur leurs feuilles de garde ou de titre, pas de cachets gras sur leurs pages, pas d'inscriptions à l'encre, si ce n'est des dédicaces d'auteurs étalées en belle place sur le recto du faux titre, un _ex-dono auctoris_ qui spécialise votre exemplaire et en augmente le prix.

Les aristocratiques amateurs d'autrefois faisaient graver, _pousser_, leurs armoiries sur les plats de leurs reliures. A défaut de cette somptueuse marque de propriété, vous avez de très artistiques vignettes destinées à servir d'_ex-libris_, et vous pouvez encore, pour comble de précaution et tout comme le président Auguste de Thou[445], faire pousser vos initiales au bas du dos de vos livres, même de vos simples bradels.

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Un grand nombre de difficultés peuvent se présenter dans la rédaction et le classement des fiches, dans la fixation et la transcription de ce _mot d'ordre_, dont nous avons parlé tout à l'heure, ce mot à mettre en tête de la fiche, mot qui déterminera le classement et qu'il faudra chercher quand on recourra au catalogue. Voici les plus fréquentes de ces difficultés et leurs solutions.

Les noms précédés de la particule nobiliaire _de_ ou _d'_ rejettent cette particule après le nom. Ainsi:

Joseph de Maistre s'écrira: MAISTRE (Joseph de); Mme de Sévigné -- SÉVIGNÉ (Mme de); Comte d'Houdetot -- HOUDETOT (Comte d'); M.-A.-P. d'Avezac -- AVEZAC (M.-A.-P. d').

Au contraire, les noms précédés de l'article _le_ ou _la_ se classent à la lettre L:

Jean Le Maire s'écrira: LE MAIRE (Jean); Jean de la Fontaine -- LA FONTAINE (Jean de); Duc de la Rochefoucauld -- LA ROCHEFOUCAULD (Duc de).

Et non: MAIRE (Jean Le); FONTAINE (Jean de la); ROCHEFOUCAULD (Duc de la)[446].

Les noms précédés de la particule nobiliaire _du_ ou _des_ ne rejettent pas cette particule à la fin et se classent à la lettre D. La raison qu'on donne pour justifier cette règle, c'est que _du_ étant mis pour _de le_, _des_ pour _de les_, c'est cet article contracté qui, comme tout à l'heure l'article simple, doit déterminer le classement.

Joachim du Bellay s'écrira donc: DU BELLAY (Joachim); Jacques des Barreaux -- DES BARREAUX (Jacques).

Peut-être vaudrait-il mieux adopter une règle uniforme et _mettre toujours le mot d'ordre au nominatif_. On ne verrait pas alors de ces anomalies: Henri de Verdier classé à VERDIER (Henri de), et Henri du Verdier classé à DU VERDIER (Henri)[447].

Les mêmes singularités et contradictions se retrouvent avec les particules étrangères: _von_, _zum_, _zur_ (allemand); _van_, _ten_, _ter_, _de_ (hollandais); _da_ (portugais); _o'_, _mc_, _mac_ (irlandais et écossais); etc. _Von_ se rejette toujours après le nom: MÜLLER (Johann von); SICKEL (Theodor von). Mais on écrit[448] ZUM BACH (Karl Ad.[449]), ZUR HELLEN (D. A.); VAN PRAET (J.-B.-B.), VAN DEN BERGH (J.), TEN BRINCK, DE DENE (Ed.); DA CUNHA (P.); O'BRIEN (Matthew), MAC-KAIN (D.). MAC-LAURIN (C.), MC-CRADY (J.), M'CRAW (W.)[450]; etc.

D'autres bibliographes classent, au contraire, van Aelbroeck à AELBROECK (van), van Praet à PRAET (van), et même von Schlegel à SCHLEGEL (von)[451]; etc.

Ajoutons que, dans les noms allemands, les voyelles surmontées d'un tréma, _ä_, _ö_, _ü_, sont considérées comme l'équivalent de _æ_, _œ_, _ue_, de sorte que les noms Hänel, Löwenfeld et Dümmler seront placés comme s'ils étaient écrits: HAENEL, LOEWENFELD et DUEMMLER. C'est même sous ces dernières formes, conseille M. Léopold Delisle[452], qu'il sera bon d'inscrire les noms au sommet des fiches.

Si un nom est composé de plusieurs mots, c'est généralement le premier mot qui est le mot d'ordre. On écrira donc, et l'on effectuera le classement en conséquence:

ARNAULD D'ANDILLY, et non ANDILLY (Arnauld d'); LENAIN DE TILLEMONT, -- TILLEMONT (Lenain de); MALTE-BRUN, -- BRUN (Malte-).

Cependant Poquelin de Molière, François de Salignac de la Mothe-Fénelon, Arouet de Voltaire, Charles de Secondat de Montesquieu, Caron de Beaumarchais, etc., se classent à MOLIÈRE, FÉNELON, VOLTAIRE, MONTESQUIEU, BEAUMARCHAIS, etc., parce que ces noms, universellement connus, s'imposent comme mots d'ordre; et les fiches seront rédigées sous cette forme: MOLIÈRE (Poquelin de), FÉNELON (François de Salignac de la Mothe-), etc.

Les femmes auteurs sont désignées par le nom sous lequel elles ont publié leurs ouvrages:

DACIER (Anne Lefèvre, femme d'André); SÉVIGNÉ (Marie de Rabutin-Chantal, marquise de).

Lorsque plusieurs auteurs portent le même nom, on les classe d'après leurs prénoms: CORNEILLE (Pierre) avant CORNEILLE (Thomas).

Si les prénoms sont les mêmes pour plusieurs homonymes, les qualités, grades ou professions, joints à ces noms par les auteurs eux-mêmes, ou ajoutés exceptionnellement par vous, détermineront le classement. DUMAS (Alexandre) _fils_ se classera alphabétiquement avant DUMAS (Alexandre) _père_[453]; MARTIN (Henri), archiviste paléographe, conservateur à la bibliothèque de l'Arsenal, avant MARTIN (Henri), historien, membre de l'Académie française, et ce dernier avant MARTIN (Henri), professeur, membre de l'Académie des inscriptions.

Les homonymes dont les prénoms seraient inconnus se classeraient par ordre chronologique.