Un explorateur brésilien Deux mille kilomètres de navigation en canot dans un fleuve inexploré et complètement dominé par des sauvages féroces et indomptables (extrait du Journal du capitaine de frégate baron de Teffé)

Part 4

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«Durant tout son cours, qui termina en novembre 1854, quand il sortit garde-marine, Hoonholtz se distingua constamment par sa politesse envers ses collègues, en mérita le respect, et obtint de ses professeurs les plus flatteuses marques de l’estime qu’il leur inspirait.

«En décembre 1854, il partit pour le Paraguay dans l’expédition Pedro Ferreira; ce fut son début dans la carrière qu’il avait choisie. En décembre 1858, étant déjà lieutenant en second,--il avait été promu à ce grade l’année précédente,--il fut nommé professeur de 4ᵉ année du cours de l’Ecole de marine; il se trouvait ainsi, à vingt et un ans au plus, en possession d’un poste de la plus grande responsabilité et réclamant une capacité non moindre; la suite a démontré que le choix qui l’investissait ne pouvait être plus judicieux. Il vint en Europe à cette occasion en mission scientifique, à bord de la corvette _Bahiana_, accompagnant la première équipe de gardes-marine qui faisaient leur 4ᵉ année.

«A la suite d’études ardues et de persévérants travaux scientifiques, Hoonholtz rentrait à Rio de Janeiro, rapportant des données pour le premier compendium d’hydrographie qui ait été écrit au Brésil... Il remplit sa mission de façon à satisfaire l’espérance mise en lui. Son ouvrage, écrit avec beaucoup de méthode, fut publié officiellement, unanimement approuvé par l’Ecole de marine et primé par le gouvernement impérial.....

«En 1865, avec le début de la sanglante campagne du Paraguay, commença pour M. Hoonholtz la rude vie des combats, où il devait affirmer sa haute valeur, son courage exceptionnel égal à celui des capitaines les plus expérimentés.

«Commandant la canonnière l’_Araguary_, il fut un des héros du bombardement de Corrientes, occupée par les défenseurs du Paraguay. Ses actes, dans cette occasion, lui valurent la médaille de la République Argentine: «_Aux vainqueurs de Corrientes_».

«Une fois entré dans la carrière triomphante des combats et de la gloire, Hoonholtz prit toujours une part active à toutes les phases de la longue campagne du Paraguay, ne laissant pas un seul instant pâlir l’éclat de l’étoile brésilienne. Le 11 juin 1865, au formidable combat naval de _Riachuelo_, combat qui coûta tant de sacrifices et de victimes aux belligérants, nous voyons encore Hoonholtz, commandant de l’_Araguary_, remplir un des principaux rôles dans ce drame de sang. On assista là à une chose superbe: un commandant de vingt-huit ans, déployant une science extraordinaire de l’art militaire, triomphant des obstacles qui de toutes parts surgissaient contre les Brésiliens. Dans le plus fort de la lutte, au plus violent du danger, la figure du commandant Hoonholtz, à laquelle la fumée de la bataille donnait des proportions gigantesques, brillait toujours, glorieuse de l’oubli sublime de sa propre existence, illuminée par le sentiment du plus saint patriotisme.

«La bataille se prolongea durant toute la journée, et seulement le soir, grâce à la bravoure et au sang-froid des chefs brésiliens, parmi lesquels notre héros occupait une place hors ligne, l’incertitude disparut et le drapeau brésilien flotta enfin fier et vainqueur. C’est à la suite des actes de bravoure d’Hoonholtz dans ce combat que le gouvernement impérial le fit officier du _Cruzeiro_, l’ordre le plus noble de l’Empire.

«Nous extrayons du remarquable ouvrage intitulé: _Tableau historique de la guerre du Paraguay_, les lignes suivantes qui se rapportent au héros brésilien, dont elles retracent fidèlement la conduite. «Hoonholtz, admirable d’enthousiasme et de bravoure, révèle sur l’_Araguary_ des qualités de commandement rares chez un homme aussi jeune. Il se bat avec une vivacité extrême; en même temps qu’il cherche à causer à l’ennemi le plus grand préjudice et à lui couper la retraite, il secourait de ses propres mains, en leur jetant des câbles, les malheureux qui se débattaient contre le courant. Entre le banc de la Palomera et la batterie de Riachuelo, au plus étroit de la passe, il est entouré par les trois vapeurs qui avaient abordé la _Parnahyba_. Le _Taquary_, vaisseau-amiral ennemi, s’approche à 10 brasses de la canonnière, mais il recule après avoir reçu à bout portant pour ainsi dire, et simultanément, les décharges de ses trois gros canons de 68, chargés à balle et à mitraille.»

«Les résultats du combat naval de Riachuelo ne pouvaient être plus flatteurs pour le gouvernement brésilien, grâce à l’héroïsme de ses chefs parmi lesquels Hoonholtz, qu’applaudissaient avec délire ses propres camarades fiers d’avoir un tel homme pour commandant.

«Durant cette journée du 11 juin, il fit prisonniers le commandant Robles et plus de 50 Paraguayens, et en traversant intrépidement le feu des batteries ennemies, il était allé leur arracher quatre _chatas_ (bateaux plats) armés de canons de 68 et de 80.

«Désormais elle ne s’arrête plus la série des triomphes obtenus par le jeune commandant; chaque date de cette mémorable campagne enregistre un nouveau laurier du héros. Le 13 et le 14 juillet, dans de nouveaux combats, il parvient à incendier le vapeur ennemi _Paraguary_ échoué. Le 18 juin, invulnérable sous la forte cuirasse du patriotisme et de la bravoure, il traverse, sous un déluge de projectiles, les terribles batteries de _Mercêdes_, et le 12 août celles de _Cuevas_. Plus tard, le 28 novembre, il donne la chasse au vapeur paraguayen _Piraguerà_, le force à s’échouer et s’en empare.

«Nommé pour diriger la commission exploratrice du _Paso de la Patria_, en mars 1866, il travailla constamment sous le feu acharné du fort de _Itapiru_, et ses services en cette occasion furent si éclatants, que l’ordre du jour de l’escadre les fit ressortir avec les plus grands éloges.

«Fatiguée par tant de combats, ruinée par la dureté d’une guerre qu’elle avait supportée tant d’années, la canonnière _Araguary_, théâtre des exploits de Hoonholtz, dut être renvoyée à Rio de Janeiro; elle navigua alors de conserve avec la frégate _Amazonas_, que l’amiral vicomte de Tamandaré ramena dans ce port lorsqu’il retourna dans la capitale accompagné par le brave contre-amiral baron de Amazonas. Durant la réparation du bâtiment, Hoonholtz se maria le 28 mars 1868 avec Mˡˡᵉ Maria Luiza Dodsworth, aujourd’hui baronne de Teffé.

«Toutefois sa nouvelle existence, sa nouvelle situation n’eurent en aucune façon pour résultat de rendre Hoonholtz oisif. Le mariage, les liens de famille étaient pour lui comme pour tous les bons fils de la patrie, inférieurs à ses devoirs de patriote. Le devoir l’appelait loin de ses affections les plus intimes; une chose plus sainte encore exigeait la présence du lutteur héroïque; alors que la chaste douceur de la paix domestique paraissait énerver le courage de l’illustre combattant de Riachuelo, la vibration constante de ses facultés l’entraînait de nouveau sur le théâtre de la lutte et vers les vicissitudes de la guerre. Lui-même demanda à partir de nouveau pour combattre, ce qu’il obtint après 34 jours de mariage!

«Hoonholtz alors déjà capitaine de corvette avait été nommé commandant de la corvette _Vital de Oliveira_ et quand il arriva de nouveau au théâtre de la guerre, on lui donna le commandement du cuirassé _Bahia_, à bord duquel il devait plus d’une fois montrer sa bravoure. Cherchant à forcer les batteries du _Timbo_ et de _Tebiquary_, après de nombreuses tentatives où il déploya toutes les habiletés de la stratégie et toute sa valeur militaire, il vit ses efforts couronnés de succès, mais au prix de péripéties sanglantes. Les torpilles et les chaînes qui défendaient le tortueux canal furent inutiles, le _Bahia_ rompit les chaînes et passa outre, bien qu’il eût perdu le pilote Repetto et deux des timoniers. L’escadrille, commandée par le chef baron da Passagem, remonta triomphalement le canal, au milieu du fiévreux enthousiasme des combattants vainqueurs.

«Pour ce fait, et en égard à ses innombrables actes de bravoure, Hoonholtz fut promu capitaine de frégate; il avait commandé dans 22 combats».

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Tel est le militaire.

Avec le journal susnommé de Lisbonne qui reproduit en résumé les notes biographiques du «Panthéon Fluminense», du «Novo-Mundo» de New-York et du «Dictionnaire biographique brésilien», voyons maintenant les traits principaux qui caractérisent dans le baron de Teffé l’homme technique, le savant hydrographe et l’astronome distingué:

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«On sait déjà que dans son traité d’hydrographie, Hoonholtz avait révélé une aptitude rare pour la science hydrographique, jusque-là assez en retard dans les écoles brésiliennes. Le gouvernement impérial utilisant le talent manifeste de Hoonholtz, le chargea dès le début de sa carrière militaire, de la direction d’une Commission qui devait relever la côte et l’île de Sainte-Catherine. Le travail fut exécuté dans des conditions irréprochables; le gouvernement en approuva le résultat et lui accorda les plus vifs éloges.

«Après la fin de la guerre du Paraguay, Hoonholtz fut nommé chef de la Commission de démarcation des limites de l’Empire, au Nord. L’exposé qui précède a montré comment il sut s’acquitter de cette difficile et pénible mission. C’est à la suite de son glorieux succès qu’il fut créé baron de Teffé.....

«Quand fut mise en vigueur la loi du 24 septembre 1873, qui accordait une garantie d’intérêts au chemin de fer de _Paranagua_, dans la province du Parana, de graves difficultés surgirent au sujet de celui des deux ports, _Antonina_ ou _Paranagua_, qui offrait les meilleures conditions techniques et financières comme entrepôt maritime de la province. Hoonholtz fut encore appelé pour cette difficulté, et avec la bonne volonté qu’il apportait toujours au service de son pays, il accepta l’invitation du ministre de l’agriculture; après des études sérieuses et des observations prolongées, il démontra que le port de _Antonina_ était celui qui réunissait les conditions requises. Le 5 novembre 1878, à l’Institut Polytechnique Brésilien, un distingué ingénieur, M. André Rebouças, parlait ainsi à cet égard:

«Le rapport du baron de Teffé, publié en 1877 par l’Imprimerie nationale, constitue aujourd’hui le plus savant et le plus irréfutable document sur les ports et les lignes ferrées du Parana. On ne peut le nier: en hydrographie, notre illustre collègue, auteur de l’unique compendium en langue nationale sur la matière, n’a pas son supérieur dans l’Empire. Dans tout autre pays, son avis serait décisif, aucun gouvernement ne saurait aller à l’encontre. L’Institut a entendu et dûment apprécié ses irréfutables arguments, techniques et économiques; il a admiré l’autorité et la sagacité avec lesquelles notre illustre collègue a étudié ce problème complexe. Comme tous les nobles cœurs, Hoonholtz se passionne pour la vérité; c’est aujourd’hui un des défenseurs les plus convaincus de Antonina et des véritables intérêts du Parana. Cette belle province, elle aussi, n’oubliera jamais son nom; déjà elle l’a attaché à la route qui relie à _Antonina_ la colonie de _Assunguy_; son dernier discours, disent les lettres que je reçois du Parana, court déjà imprimé à travers les _Sertoès_ de _Guarapuava_, popularisant là même un nom si cher à la patrie par ses actions glorieuses dans la guerre et dans la paix».

Depuis, la question a été tranchée en sens contraire, mais le baron de Teffé a été vengé par les événements, et aujourd’hui la Compagnie et le gouvernement s’efforcent de construire le tronçon qui refera d’Antonina la tête de ligne.

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«Quand il s’est agi du litige entre le gouvernement et la Compagnie Nord-Américaine de navigation à vapeur, litige qui reposait sur les bonnes ou mauvaises conditions du port de Maranhao, c’est encore au baron de Teffé que recourut le gouvernement. Celui-ci était alors occupé à la désobstruction de la barre à _Cabo Frio_; il partit pour le Maranhao à la tête d’une commission. Après une analyse minutieuse, il présenta son rapport démontrant la possibilité de l’entrée des grands vapeurs dans la baie de _S. Marcos_ et dans les mouillages de _Eira_, _Itaqui_ et de l’_Ilha do Medo_. Son opinion fut admise et les paquebots se résignèrent à l’escale indiquée dans son rapport.

«L’assainissement de la lagune _Rodrigo de Freitas_ dans la banlieue de Rio-de-Janeiro ayant été reconnu d’une urgente nécessité, le baron de Teffé, sur la demande du gouvernement, présenta un projet qui, mis en parallèle devant la Société (_Club_) des ingénieurs avec d’autres rapports, entre autres celui du distingué ingénieur Milnor Roberts, obtint sur tous la préférence.

«En 1876, il parvint à résoudre une grave question suscitée par les avaries qu’une roche sous-marine, non mentionnée sur les cartes, avait causées à l’entrée de Santos, aux vapeurs français et allemands. Sous sa direction cette roche fut détruite, en employant les plongeurs de l’Arsenal de marine auxquels était encore inconnu l’usage de la dynamite et du scaphandre.

«Récemment, un autre fait a attesté de façon éloquente la grande capacité du baron de Teffé. Nous voulons parler des observations astronomiques exécutées à l’occasion du passage de Vénus sur le disque du soleil, observation qui fut faite aux Antilles, où il alla représenter le corps savant du Brésil. En récompense de cette mission remplie avec tant de distinction, le baron de Teffé a été élevé à la dignité de Grand de l’Empire.

«Le baron de Teffé est, en outre, un littérateur apprécié. Outre ses écrits disséminés dans une foule de journaux et de revues, il est l’auteur d’un drame maritime intitulé: _la Justice de Dieu_, et d’un roman, _la Corvette Diana_, publié en feuilleton par la _Patria_ de Montevideo, par le _Diario de Pernambuco_, et par le _Despertador_ de Sainte-Catherine. _La Corvette Diana_ a été publiée ensuite séparément par l’auteur qui l’a gracieusement distribuée à ses amis.

«Nous avons eu occasion de lire les appréciations portées sur ce livre dans le _Diario de Pernambuco_, le _Diario de Bahia_ et le _Pedro II_, du Ceara. Tous ces journaux sont unanimes à considérer l’œuvre du délicat littérateur, comme une véritable primeur de littérature agréable, où l’imagination s’allie à un langage choisi, sans jamais s’écarter du plan général de l’ouvrage. La _Reforma_, de Rio-de-Janeiro, du 7 juin 1873, consacrait à ce livre les paroles suivantes:

«_La Corvette Diana_ est le titre d’un roman charmant, dû à la plume de M. le capitaine de frégate Antonio Luiz von Hoonholtz, officier distingué de notre marine. C’est un roman maritime, où l’auteur vous fait apprécier de beaux et variés tableaux de la nature brésilienne. Les épisodes y sont racontés avec vérité et les caractères des personnages bien dessinés. Le livre est écrit avec élégance et agrément.»

«Comme écrivain, le baron de Teffé est d’une rare fécondité, puisqu’en outre du compendium hydrographique et des livres précités, il a publié en feuilletons divers mémoires, discours, etc.; il a encore inédits plusieurs autres travaux, comme la traduction et l’organisation alphabétique du code international des signaux maritimes; un mémoire sur l’invention de l’ingénieur allemand Wilhelm Bauer pour retirer les navires du fond de la mer; un livre où il décrit ses impressions durant le voyage qu’il fit aux ports d’Europe sur la corvette _Bahiana_, et deux volumes décrivant son voyage d’exploration sur l’Amazone et ses affluents.

«Parmi ses remarquables travaux scientifiques, il faut mettre à part ses conférences sur l’Amérique préhistorique, faites aux applaudissements d’un auditoire choisi, où se montraient à côté des hommes les plus distingués du Brésil, S. M. l’Empereur Don Pedro II et S. A. le comte d’Eu.»

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La _Folha do Commercio_ énumère à la suite les titres et honneurs accordés au baron de Teffé.

Il est Grand de l’Empire, officier général de la flotte (contre-amiral), officier des Ordres Impériaux du _Cruzeiro_ et de _la Rose_, commandeur de S. Bento de Aviz, de l’Ordre Royal Américain de Isabelle la Catholique; décoré des médailles de la bataille navale de Riachuelo; de la campagne générale du Paraguay; de celle conférée par la République Argentine aux vainqueurs de Corrientes et du Mérite militaire; membre titulaire de l’Institut historique et géographique du Brésil; vice-président de l’Institut polytechnique; membre des Sociétés de Géographie commerciale de Paris et de Lisbonne, et vice-président de la Société de Géographie de Rio de Janeiro; membre du conseil directeur de la Société centrale d’Immigration, et directeur général du service hydrographique de l’Empire; chambellan de S. M. l’Impératrice.

Dernièrement il a été nommé membre correspondant de l’Académie des Sciences de Paris et de l’Académie des Sciences de Madrid.